ANECDOTES PARTICULIÈRES
11 y eut sur les huit heures du matin un combat singulier à la place de l'Ëpau entre deux hommes qui paraissaient être chefs l'un et l'autre. Les uns prétendent que le chef vendéen était Stofflet, d'autres que c'était Larochejaquelein. On ignore quel était l'officier républicain. Le combat resta sans issue, parce que l'affluence des vainqueurs et des vaincus les sépara. •
On ignore si les Vendéens avaient été instruits que trente mille hommes de l'armée du Nord devaient arriver au Mans le même jour que l'armée vendéenne, qui par là se serait trouvée entre deux feux, et par conséquent perdue. Si Larochejaquelein était instruit de cette marche, la connaissance qu'il en avait devait fortifier son désir de repasser la Loire, et c'était une grande témérité à Talmont de vouloir marcher sur elle. Mais cette armée fut divisée entre les villes de Dreux, Évreux, Chartres, par un représentant, d aprè»
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les ordres du Comité de Salut Public, et pour raisons connues du seul Robespierre f .
Quoi qu'il dût arriver, les Vendéens, n'ayant pas de places fortes, ne pouvaient qu'errer et courir çà et là, sans cesse exposés à la poursuite des armées républicaines. Ils ne pouvaient placer nulle part d'hôpitaux pour leurs malades et blessés dont le nombre croissait chaque jour. Ils étaient on ne peut plus mal gouvernés. Les blessés étaient quelquefois trois ou quatre jours sans être pansés, et même jusqu'à huit jours, n'ayant que trois chirurgiens qui aimaient mieux se battre que de faire leur métier ; qui d'ailleurs manquaient de remèdes. Les hôpitaux des villes où ils passaient étaient sans ressources. Quatre cents qui restèrent au Mans lors de leur retraite y furent massacrés.
lis manquaient aussi d'ingénieurs et de bons canon niers. La plupart des leurs étaient Allemands. Ils tiraient trop haut. Ils avaient de superbes canons. Plusieurs chefs se plaignaient d'avoir parmi eux des traîtres, des sauve-qui-pent , qu'ils appelaient le parti Jacobin. 11 paraît constant que des meneurs avaient de l'argent pour les désorganiser et les enivrer. Ils y avaient bien réussi. Pendant la nuit du 12 au 13 décembre, des canonniers brisèrent exprès, dans la rue Dorée, des caissons et chariots pour entraver la retraite. Ils parvinrent par là à sacrifier un nombre in-
1 Armée ficlive. 11 n'y avait pas six mille hommes disponibles dans l'Orne, Eure-et-Loir, l'Eure.
fini de femmes et de traîneurs. Ces mêmes meneurs avaient fait manquer la prise de Gran ville, en insinuant aux paysans que les chefs voulaient Rembarquer et les livrer à la merci des républicains; qu'en ne prenant pas 1* ville ils les forçaient à rester parmi eux. Ils employèrent avec succès la même manœuvre à Angers *.
La ville du Mans offrait, dans le moment du combat et de la retraite, un tableau bien déchirant dont on voulait dérober la connaissance à la postérité; mais l'histoire veut la vérité, toute la vérité, rien que la vérité.
Dans le premier moment on ne connaissait point de bornes, tout était dans le chaos; à mesure qu'on trouvait, le vendredi mutin, des femmes, des enfants et des hommes, on les menait à Pont-Lieue pour les fusiller, et le samedi 13, on y enterra les morts au nombre de trois à quatre cents, non compris les combattants vainqueurs ou vaincus, lesquels furent tués sur cette avenue de la commune, et qu'on ne pouvait reconnaître , car ils avaient été sur-le-champ dépouillés.
Il est à remarquer qu'au moment où l'alarme devint générale, le jeudi, sur le midi, dans l'armée vendéenne, ceux qui étaient du parti Talmont, croyant toujours qu'on allait effectuer la retraite sur la route de Paris, s'y enfilèrent. Bientôt instruits de leurerreur, et que l'armée prenait la route de Laval, ils rétrogradèrent, ce qui fut cause de leur ruine; car, étant
i Absurde.
tombés entre les mains de l'armée républicaine, ils furent tous, ou la plus grande partie, tués sur la place ou livrés au tribunal militaire, qui suivait l'armée , jugés et exécutés sur-le-champ. Ce spectacle cruel se passait sous les yeux des citoyens, qui criaient à l'horreur.
Deux grandes routes se joignent au nord-ouest de la ville du Mans : Tune conduit en Bretagne, par Laval; l'autre en Normandie, par Alençon. Plusieurs traîneurs, surtout ceux qui revenaient de la route de Paris et avaient échappé à la poursuite des républicains, se trompèrent encore à ces deux routes, et se lancèrent dans celle de Normandie. Ceux-ci furent encore victimes de leur erreur; car, instruits, à quelque distance du Mans, que le corps d'armée marchait sur Laval, ils détournèrent leur route sur la gauche, et tombèrent entre les mains de gens partis du Mans pour aller à leur poursuite sous les ordres d'un chef de la garde nationale (Lefaucheux, soldat invalide), qui les fit fusiller et massacrer de son autorité privée, avec une barbarie qui n'a pas d'exemple.
La ville avait couru, le jeudi soir sur les dix heures, le plus grand danger. Les généraux républicains, outrés de la résistance des Vendéens, arrêtèrent de mettre le feu à la ville, et n'en différèrent l'exécution au lendemain que parce que leurs obus n'étaient pas arrivés. Westermann s'y opposait, et d'ailleurs l'évacuation des Vendéens, le lendemain, épargna cette cruelle catastrophe 4 .
1 Etrange nouvelle. Quoi ! les généraux républicains, c'est à dire
L'état de misère dans laquelle se trouvait l'armée vendéenne répandit dans la ville une telle infection, qu'il en résulla une maladie épidémique qui moissonna beaucoup de monde, et particulièrement ceux qui avaient dépouillé les morts et s'étaient habillés de leurs vêtements : il en réchappa très-peu
Les partis différents qui couraient dans les rues, tour à tour, mettaient les citoyens dans la plus grande perplexité pour répondre, ignorant s'ils avaient affaire à des Républicains ou à des Vendéens. Une pauvre domestique du bourg d'Anguy en fut la victime : elle cria vive la République mal à propos et fut massacrée par les Brigands 2 .
Marceau et Tilly, veulent brûler la ville, et c'est Weslermann qui s'y oppose !
Le rapporteur, en vérité, connaît mal les caractères !
Au reste il est à croire que si les Vendéens eussent tenu davantage au Mans, tous les moyens auraient été employés pour les réduire.
L'obus et les bombes eussent porté leurs ravages dans la ville, sans qu'on eût pu en faire un crime aux généraux, car la guerre a de terribles lois !
1 Un fait peut faire voir jusqu'à quel point il s'est trouvé des gens barbares et inhumains : un homme nommé Louis Bouteiller, né à Moncé - en - Bélin, chassé par ceux devers qui il demeurait comme homme dangereux et très mauvais sujet, vint s'établir dans la commune de Pont-Lieue. Il s'occupait à charroyer journellement pour ceux qui en avaient besoin, avec sa charrelte et deux chevaux qu'il avait. Il fut requis pour charroyer des corps morts par suite du combat qu'il y avait eu. Il se rendit aux ordres qui lui furent adressés, et avec un croc ou fourche de fer, il les entassait dans sa charrette comme des boites de paille. Sa femme, aussi bon sujet que lui, les recevait et les arrangeait. Il fut prouvé qu'il en chargeait ainsi qui n'étaient pas encore morts. Son opération finie, il se rendit chez lui, où il mourut le lendemain lui et son épouse saus qu'ils eussent paru atteints d'aucun mal (Note de Niqueux).
* Des drapeaux étaient aux maisons. On les retirait, on lesremettomb m. 23
Nous avons dit que l'armée vendéenne avait commencé à défiler le jeudi , à quatre heures du soir; elle arriva sur les huit heures à Lognes, sur la route de Laval, et le lendemain matin, sur les neuf heures, à Laval, fort harassée. Elle n'avait plus cetairvictorieux qu'elle affectait lors de son passage, après la bataille d' Entrâmes. Westermann la poursuivait sans relâche, et l'on peut dire que sa bravoure , sa constance et son intrépidité ont opéré la défaite des Vendéens. Si dans ce moment il se fût trouvé quatre pièces de canon et un bataillon, elle eût eu lieu sur-le-champ.
L'avant-garde veudéenne et une partie du corps d'armée dut sont salut à Larochejaquelein, qui soutint seul la retraite, qui est une des plus belles qu'on pût faire. 11 était encore le vendredi matin sur la place de l'Éperon, au Mans. Il trouva moyen de favoriser sa retraite par une batterie de quatorze pièces de canon qu'il établit au bois de Pannetière , qui tua sur la route beaucoup de Républicains. Ceux qui ne furent pas atteints se replièrent sur la ville, d'où Westermann eut beaucoup de peine à les faire repartir, parce qu'ils étaient excédés de fatigue et de besoin, ce qui donna une avance de trente-six heures de marche à l'armée vendéenne, en sorte que le passage de la Loire fut effectué par une partie de l'armée, et ce ne fut que l'arrière-garde qui se battit avec Westermann à Ségré*.
tait, on les retirait encore selon le progrès des Brigands ou des républicains.
4 Je donne le rapport avec ses erreurs de détail, faciles à rectifier par les autres pièces que je place devant ou qui viendront à sa suite.
Ceux qui restèrent des Vendéens ont formé le noyau de la Chouannerie.
Excepté les blessés de l'hôpital, les Vendéens perdirent peu de bons soldats au Mans, mais une trèsgrande quantité dans leur déroute.
La plupart de ceux qui ne purent suivre l'armée et quittèrent la grande route furent massacrés, à la réserve d'une colonne d'environ soixante hommes qui se retira entre Vallon et Loué, passa la Vaigre du côté d'Anières et rejoignit l'armée à Château- Gonticr.
Les habitants des campagnes n'eussent pas commis d'eux-mêmes l'horreur des massacres qui furent faits à la Quinte, à Dégré et à Brullon. Ces massacres furent commandés et exécutés par ordre et en présence d'un habitant du Mans qui marcha k la tête de gens encouragés par l'espérance du pillage. De tels monstres doivent être enexècration à leurs concitoyens.
La Marandière, par un nouveau trait de barbarie, fit tirer des maisons d'arrêt et conduire au haut de la place des Jacobins vingt-trois à vingt-quatre femmes et enfants qu'il fit de sang-froid déshabiller en sa présence, et assommer à coups de bâton et desabre quelques jours après le départ des Vendéens ! .
Sur ces actes féroces nous pouvons répéter ces mots du chancelier de l'Hôpital ( Traduction libre) :
1 Non, non, il n'en avait pas le droit, il n'en avait pat le cœur 11 a ici une animosité qui ne se lasse point.
« Que ne puis-je effacer du temple de mémoire,
« Les forfaits, les horreurs de ce siècle pervers?
• Les âges à venir ne pourront pas le croire. « Je me tais et voudrais cacher à l'univers
« De mes contemporains la faiblesse et les crimes,
• Reporter au néant jusqu'au nom des victimes. •
HOTE SDR nEDX PRÊTRES RÉFRACTAIRES.
Un prêtre non assermenté était resté caché pendant les premiers mois de 93 au fond d'un réduit creusé dans l'épaisseur du mur d'une maison de la rue des Quatre -Roues. Il se retirait durant le jour dans sa cachette et n'était libre que la nuit; pour occuper les heures si longues de sa captivité, il filait de la laine.
Le jour de la bataille, il était là gîté et il entendit les soldats républicains qui avec leurs baguettes de fusil sondaient le mur tout autour de lui. Il ne fut pas découvert, mais il entendit découvrir de l'autre côté de la muraille un autre prêtre qu'on y avait caché comme lui sans qu'il le sût.
Qu'on juge de sa désolation et de sa peur !