‹ La Vendée en 1793Chapitre 83 sur 88 · CARRIER · texte numérisé non relu

CARRIER

-, Les Brigands sont a Blain, sur l'Adoti. Marceau et Kléber qui le suivaient l'ont trouvé en bataille. Tilly

arrive, toutes les colonnes républicaines sont réunies. L'attaque est imminente. Mais une pluie torrentielle qui survient, et des débordements considérables dans tous les cours d'eau, ralentissent la marche des bataillons. On ne fut prêt que le soir, et le combat fut remis au lendemain.

Le lendemain, on reconnut que, malgré une pluie horrible, les Vendéens avaient évacué Blain, quitté sans bruit leur position et qu'ils se portaient rapidement sur Savenay.

Vite on se met à leurs trousses pour passer la rivière, les soldats ont de l'eau jusqu'aux aisselles. Us vident les caissons, ils portent les gargousses sur leur tête, ils rechargent ensuite les caissons et continuent la chasse aux scélérats avec des fatigues incroyables.

Scélérats, tigres, monstres, c'est le vocabulaire. On s'excite par les mots.

Mais si nos mœurs sont rudes, celles des Brigands n'eu diffèrent point. Leurs maux sont pires.

Westermann dit : « Ils courent comme des lièvres « et nous comme des barbets. » On rit de tout!

CDI.XX1I

Savenay ouvre ses portes. L'ennemi s'y loge. Nous avions là un général et six cents hommes qui fuient comme des moineaux et s'envolent au Croisic.

Les Brigands aussitôt creusent des fossés, élèvent des redoutes, crénellent les maisons, mettent en batterie les canons qui leur restent, et font voir qu'ils sont résolus h une résistance désespérée.

Ils ne céderont point.

Ils mourront tous.

CDLIIIII

Kléber et Marceau leur feront bien voir aussi que tous ces moyens improvisés ne peuvent retarder leur chute que de quelques heures. Au même instaut le môme cri partit des deux côtés : « Point de grâce! »

Nos pelotons se déployaient à droite et à gauche. Prieur de la Marne leur disait à tous : « Chargez à t l'arme blanche ! » et par sa précipitation il fut un moment près de tout perdre. Sa tactique à lui c'était décrier : t Eu avant! en avant! v il n'en avait pas d'autre. Si on l'en avait cru c'en était fait de l'armée ; l'ennemi eût passé dessus comme un torrent, car dans l'extrémité où il était réduit, acculé, cerné, sans nulle chance de salut, sans recours que dans sa rage, il aurait pu profiter de la nuit qui était venue et, culbutant nos troupes, il les eût fait reculer jusqu'à Nantes où môme peut-être, en cette confusion, il serait entré avec elles.

L'issue des combats est si douteuse, la fortune si mobile !

Prieur ne voulait pas entendre raison. Plusieurs fois à minuit, à deux heures, à quatre heures, Kléber fut provoqué par lui à fondre sur les Brigands; mais il tint ferme, il contint Marceau, et ce fut à son expérience, à son courage raisonné, inébranlable, qu'on dut la ruine totale de cette armée Catholique et Royale qui jouait depuis trois mois aux barres avec

la nôtre, laissant partout des traces de sa colère et de ses malheurs.

CDLXIIV

L'affaire commença au jour. Le ciel était sombre, le vent soufflait de l'ouest par lourdes rafales, on entendait les cloches de Saint Nazaire et de Montoire, et les roulements de la mer !

Dans un moment Kléher vit des grenadiers qui revenaient en désordre, poussés par l'ennemi. Verger, leur commandant, criait : « Nous n'avons plus de « poudre! — Eh! dit Kléber , n'étions-nous pas <« convenus de les écraser à coups de crosse ? Allons, « grenadiers, retournez au combat, je vous ferai sou- « tenir. » Ils y retourneut en effet, électrisés par ces paroles, Verger tombe mort, ses soldats le vengent, et la victoire se décide par eux avec une violence qui tait que tout ce qui avait la cocarde blanche est tué, haché, exterminé.

J'ai recueilli le nom du seul des chefs qui fût resté aux Vendéens jusqu'à Savenay. C'était Langrénière.

Plusieurs fois on le dit pris et blessé ou mort, mais il avait résisté jusque-là. Il était petit, trapu, nerveux, austère et d'un courage à toute épreuve. Il ne quitta pas le champ de bataille. Il avait fait de bonnes dispositions et dit ce peu de mots à ses gens : a Vendons « cher le sang qui nous reste.» Forcé de plier ou de rompre, il tint dans le cimetière, dans l'église, se jeta dans un bois et fut saisi , blessé de deux coups de feu, dans la salle basse d'une auberge où il cherchait

encore à se défendre avec une dizaine de braves, tous blessés grièvement comme lui.

On les fusilla.

Mais là môme à Savenay , ce ne fut pas farinée Vendéenne qui, toute mutilée qu'elle était, souffrit qu'on l'attaquât. Elle tira la première ; c'était le 23 décembre, l'avant-veille de Noël: France contre France, on devait s'attendre à des prodiges. Beaupuy écrivit de Savenay, où, quoique blessé il s'était rendu, en amateur : « Ah! mon cher Merlin, que n'étais-tu « avec nous! comme tu aurais joui ! quel feu, quelle « bataille, quelle défaite! jamais on ne vit rien de « semblable; les Brigands, plutôt que de lâcher pied, * ont préféré mourir. Je les ai vus, bien vus et bien « examinés. J'ai reconnu de mes figures de Torfou, « de Chollet, d'Entrames. Quelle contenance, quelle « mine! il ne leur manquait du soldat que l'habit !

« Je ne sais, mon ami, si je me trompe, mais cette « guerre de paysans et de Brigands sur laquelle on « a tant jeté de ridicule, dont on faisait, à Paris, des « gorges chaudes, qu'on regardait en pitié, et qu'on « trailait volontiers de méprisable; cette guerre, « vois-tu, m'a toujours paru, à moi, la grande guerre, a et puisqu'à présent elle est éteinte, puisque voilà « cette bande formidable, anéantie, il me semble " qu'avec nos autres ennemis nous ne ferons plus que « peloter.

« Vive la République ! »

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