‹ La Vendée en 1793Chapitre 86 sur 88 · tome m · texte numérisé non relu

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« trouvé partout : va, malheureux ! je n'ai pas oe- « soin d'entrer en justification vis-à-vis de toi ; « mais à coup sûr l'homme qui a été vingt fois au « feu, qui a eu, à la connaissance de toute Tannée, * un cheval tué et un autre blessé sous lui, un coup « de feu le 17 juillet dernier; l'homme qui, à la « tète de cinquante hussards, a repris les roches « d'Érigné, abandonnées pardeux bataillons, n'aurait « pas eu un grand mérite à se promener plus ou « moins dans une ville où les boulets passaient à « quarante pieds de haut.

« Interroge tous ceux qui me connaissent ; écris « aux corps constitués de Sablé et de Laval: ils « te diront comment je me suis conduit dans leurs « murs; ils te diront qu'il faut me voir un quart- « d'heure pour deviner que je ne suis ni lâche ni « traître : ces deux qualités ne s'accordent pas avec « mon tempérament.

« Les habitants d'Angers m'ont rendu plus de justice « que toi. Ma conduite militaire, pas une déroute « à me reprocher , l'estime et l'amitié de mes « camarades me consolent des chagrins que j'é- « prouve.

« Le 7 frimaire, ma suspension était signée, et le « 7 frimaire, je résistais à quarante mille coquins « opiniâtres. Le 13, je te défendais de toute mon <r âme : voilà la vérité simple et telle qu'elle devait « paraître. Je n'ai fait que mon devoir, et si la Con- « vention a décerné des éloges, elle les doit aux sol- « dats et aux Angevines : les premiers sont des hé-

« ros de constance, les secondes sont des modèles « d'humanité.

« Quant à moi, j'ai servi la République avec zèle « et quelquefois avec succès. Je suis suspendu de « mes fonctions : je ne le mérite pas. Sans avoir de t grands talents, j'en ai plus que certains autres ; il « est vrai que je suis doué d'une sotte franchise, et « que j'ai dit souvent ce que je pensais sur telle « gaucherie ou telle malversation ; je ne sais flatter « personne. Certes, on s'est trompé, on a été trompé « sur mon compte ; quoi qu'il en soit, je suis con- « tent, mon cœur me dit : Dors tranquille, tu as « bien mérité de la patrie. Toi, tu es, comme beau- « coup d'autres, un empoisonneur de bonnes ac- « tions. »

« Indignation et mépris.

« Auguste DANICAN.

« Le II nivôse, deuxième année Républicaine.

« P. S. J'ai oublié, dans cette lettre déjà trop « longue, et qui t'ennuiera pour le moins autant a que moi, que j'oppose à tes dix lignes d'impostures :

« 1° Quinze années de bons services, et cinq cam- « pagnes tant en France qu'en Amérique;

« 2° Le certificat authentique et flatteur que m'a « donné le général Rossignol, malgré ma suspen- « sion ;

« 3' 1 La lettre du général divisionnaire Chalbos au <( ministre ou au Comité de Salut Public ;

« 4° Le certificat de tous mes camarades, et quel-

« ques lettres de condoléance que je n'ai pas men- « diées.

a Sois donc converti et repentant du mal que tu « m'as voulu faire. Quelques gentillesses de plus de « ta part eussent pu faire tomber ma pauvre tète de « vingt-neuf ans et demi, vraiment républicaine et « révolutionnaire quand il le faut.

<« D'ailleurs, n'est-il pas clair et reconnu que, de- « puis que les Brigands ont passé la Loire à Varades, <( je suis le premier général par qui ils ont été battus; « n'est-ce pas depuis ce moment qu'ils ont été dispera sés et presqueentièrementdétruits?Toutcela prouve « qu'un homme suspendu peut être bon à quelque <« chose. J'attends tout de la justice des représentants c du peuple, car on ne peut me reprocher qu'un ba- « vardage qui n'a jamais fait de tort qu'à moi, et au « travers duquel il s'est échappé quelques vérités. »

Copie du Certificat qui m'a été donné lors de mon départ. RÉPUBLIQUE FRANÇAISE.

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