L ENFANCE
autant que pieuse, elle aimait tendrement les pauvres et faisait le plus qu’elle pouvait d’aumônes. Il arriva plusieurs fois qu’elle mît dans son lit des misérables sans asile et passât la nuit dans Pâtre de la cheminée. Dès douze ans, elle cessa de prendre part aux jeux des jeunes gens et des jeunes filles de son âge; on ne la vit plus danser sous « l’Arbre des Fées ». Elle y suivait encore la troupe joyeuse, mais se tenait un peu à l’écart, non pas morose, mais pensive.
Cet « Arbre des Fées » joue un grand rôle au procès et les juges perfides auraient bien voulu rattacher les victoires de Jeanne à cette source suspecte ou diabolique. Mais ils n’y purent parvenir; et c’est merveille de voir comme, en son ignorance, on ne trouve pas la moindre trace de superstition. « N’y avait-il pas un arbre auprès de votre maison ? — Assez près de Domrémy, il y a un arbre appelé l'arbre des Dames ou l’arbre des Fées ; et j’ai entendu dire que les fiévreux boivent de cette eau pour se guérir. J’en ai même vu boire; mais guérissent-ils, je n’en sais rien. On dit aussi que les malades, quand ils peuvent se lever, vont se promener près de cet arbre. J’y allais aussi quelquefois avec les autres filles et faisais des couronnes pour l’image de la Bienheureuse Vierge Marie de Domrémy. Et plusieurs fois j’ai entendu des anciens qui n’étaient pas de ma famille dire que les Fées hantaient cet endroit. Une femme nommée Jeanne, qui fut ma marraine, mariée au maire Aubery, disait même avoir vu les Fées;