L’ENFANCE
Jacques d’Arc et Isabelle Romée étaient de petits cultivateurs possesseurs d’une maisonnette et d’une cinquantaine d’arpents de terre, champs, prés et bois, qu’ils exploitaient eux-mêmes, travaillant de leurs mains. Ils étaient pauvres, mais non indigents; Jacques d’Arc tenait rang honorable en son petit village; il était qualifié doyen , titre qui le classait après le maire etl’échevin. 11 eut trois fils : Jacques, Jean, Pierre; deux filles : Catherine 1 et Jeanne. Celle-ci, la plus jeune, était née vraisemblablement le 6 janvier i4ia*. Elle fut baptisée en l’église de Domrémy, et selon un usage répandu alors, elle eut quatre parrains et quatre marraines. Elle grandit, dans les jeux et les travaux des champs, sans recevoir aucune instruction; elle ne sut jamais ni lire ni écrire.
d’Àrc : a Charles, etc., au bailli de Chaumont, etc., savoir vous faisons que, en faveur et à la requête de notre bien aimée Jeanne la Pucelle, et pour les grands, hauts, notables et profitables services qu’elle nous a faits et fait chacun jour au recouvrement de notre seigneurie, nous avons octroyé et octroyons de grâce spéciale par ces présentes aux manants et habitants des ville et village de Greux et Domrémy, audit bailliage de Chaumont-en-Bassigny , dont ladite Jeanne est native, qu’ils soient dorénavant francs, quittes, exempts de toutes tailles, aides, subsides et subventions mises ou à mettre audit bailliage. » Les lettres furent données à Château-Thierry le 3 i juillet 1429.
1. Cette sœur ainée mourut, croit-on, avant le départ de Jeanne (voyez S. Luce, Jeanne d? Arc à Domrémy , p. 35 ). Cependant Jeanne parla plus tard à Dunois d’une sœur vivante ; voyez ci-dessous, page 68 .
a. Date établie sur le témoignage de la lettre de Boulainvilliers au duc de Milan citée ci-dessus.
Mais elle savait à merveille coudre et filer. « Pour coudre et filer, dit-elle fièrement à ses juges 1 , je ne crains aucune femme à Rouen. » Elle continue : « Chez mon père, je m'occupais des besognes de la maison; je n'allais pas aux champs garder les troupeaux » . Elle revient souvent sur ce fait 2 , que je relève, parce que la légende a un peu transformé en bergère celle qui fut plutôt une « ménagère ». Ce fut sa mère toute seule qui lui apprit sa croyance et ses prières ; elle sut par cœur : Notre Père ; Je vous salue , Marie ; et le Credo. Son instruction n'alla pas beaucoup plus loin. Et plus tard, ses juges la perdirent par leurs questions captieuses sur « l’Église militante » . Elle ne comprit pas ce que ces mots voulaient dire et fit deux ou trois réponses imprudentes, dont on abusa contre elle.
Dans cette simplicité, sa foi, sa piété furent, dès l’enfance, admirables. Elle passait à l’église tout le temps que lui laissait le travail ; on la voyait sans cesse en prières, et ses compagnes ne lui faisaient d’autre reproche que celui d’être trop dévote et trop sérieuse. Elle aimait le son des cloches parce qu’il appelle à la prière ; elle faisait de petits présents au sonneur, comme de la laine de ses brebis, pour qu’il s’acquittât bien exactement de son office. Charitable
i. Première audience, ai février i43i.
a. a Meniez- vous les bêtes aux champs? — Non, depuis que j’eus grandi et que j’avais l’âge de raison. Je ne me souviens plus si je les ai gardées dans mon enfance. » (Troisième audience, Quicherat, Procès, etc., t. I, p. 66.)