‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 2 sur 65 · CHAPITRE PRExAIlER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRExAIlER

l'enfakce

La vie de Jeanne cVAic a été racontée par d'éminents historiens. Nous ne nous proposons pas ici de refaire ce qu'ils ont bien fait. Nous ne rappellerons que d'une façon sommaire les événements politiques et militaires qui composent cette merveilleuse histoire. Nous parlerons très brièvement des personnages qui ont servi ou entravé la mission de Jeanne d'Arc. Notre objet n'est pas d'étudier Cliarles VII, La Trémoille, le duc d'xAlençon, Dunois, les capitaines, les politiques, les théologiens, les prélats, toute 1 histoire du temps à propos de Jeanne d'Arc. C'est elle-même, c'est elle seule que nous voulons étudier; c'est son âme que nous voulons tâcher de comprendre et d'expliquer. Et pour cela, nous l'écouterons surtout e!ie-méme, parlant à son Roi, à ses compagnons d'armes ou à ses juges. Son propre té-

JEANNE d'arc. 1

2 LA VKNKRAHLK JKAXNE D'ARG.

moignage est de beaucoup le plus sûr, le plus simple, le plus cantlkle et le plus significatif. Jeanne d'Arc demeure encore le meilleur historien de Jeanne d'Arc. Nous écouterons aussi les nombreuses dépositions recueillies au procès de réliabilitalion* ; mais, sans méconnaître que si elles ajoutent quelque chose à la gloire de Jeanne, elles ajoutent peu de traits nouveaux à sa figure morale, dont la beauté apparaît assez dans son attitude et dans ses réponses au procès de condamnation, avec une intensité de vie et de vérité où nul autre document ne peut atteindre. Nous ne négligerons pas, toutefois, les récits des chroniqueurs contemporains des faits ; mais en regrettant que leur témoignage, indirect et médiat, manque souvent de vie et parfois d'exactitude. D'ailleurs, ils sont d'accord entre eux sur toutes les choses essentielles. Or, si le récit des faits n'est pas notre objet, il est pour nous un moyen. C'est en nous appuyant sur ces faits, désormais bien élucidés, hormis des points de détail de faible importance, que nous nous efforcerons de pénétrer dans la pensée, le sentiment, le vouloir de la sainte et de l'héroïne.

Jeanne d'Arc s'est fait connaître elle-même à ses juges dans la première audience^ du procès qui de-

I. Aucun témoignage ne fut entendu au procès de condamnation.

a. Mercredi 21 février i43i.

vait aboutir à son supplice : « Dans mon pavs, on m'appelait Jeannette; depuis ma venue en Franco, on m'a nommée Jeanne. Je suis née à Domremy qui fait un seul bourg avec Greux ; la principale église est à Greu\. Mon père s'appelle Jacques d'Arc* ; ma mère Isabelle ^ Je crois être âgée de dix-neuf ans environ. »

Le jH-lit village de Domremy est coupé par un ruisseau allluenlde la Meuse. La partie au nord du ruisseau relevait directement du roi de France, et était comprise dans le bailliage de Ghaumont-en-Bassigny. La partie au sud du ruisseau relevait du duc de Bar, vassal du roi de France. Près de là, de l'autre côté de la Meuse, c'était la Lorraine, pays indépendant. D'aucune façon, Jeanne n'était Lorraine^.

1. Quelques historiens écrivent à tort Jeanne Darc en un seul mot, pour décerner à Jeanne un brevet de roture ; en quoi ils commettent une double erreur. D'uue part, ni la particule ne signifie la noblesse; ni l'absence de particule ne signifie la roture. D'autre part le x\° siècle, ignorant l'apostrophe, écrivait le ^mc dorUans, aussi bien que Jeanne darc. Mais Darc n'a aucun sens. La famille paternelle de Jeanne était probablement originaire d'Arc eu Barrois, entre Chaumont et Langres. Son père Jacques était né à Celfonds, près Montiereuder (Haute-Marne).

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