‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 3 sur 65 · Isabelle Romée, de Voutlion, près Domremy · texte numérisé non relu

Isabelle Romée, de Voutlion, près Domremy

3. Voj. le texte formel de la lettre envoyée au duc de Milan par le sénéchal de Berrj, Perceval de Boulainvilliers ^2 1 juin 1429)- Il dit: « Elle est née dans un petit village du nom de Domremy, au bailliage de Bassigny, en deçà et non loin des frontières du royaume de France, aux bords de la rivière de Meuse, près de la Lorraine. » (Quicherat, Procès de Jeanne d'Arc, t. V, p. 116,) 11 importe peu que Domremy ait fait plus tard partie de la Lorraine. Jeanne

4 LA VKNKRAlil.r: JKANNE 1) AUC.

Sa chaumière natale faisait partie du doniaine direct du roi de France. Il est vrai que le ruisseau qui la séparait du Barrois coule au pied de cette maison'. Mais fût-elle Danoise (elle ne l'est pas), Jeanne ne serait pas pour cela Lorraine. La Lorraine commençait au village voisin de Maxey, sur la rive droite de la xMeuse. Là on faisait des vœux pour le triomphe des Anglais et des Bourguignons. AGreux, à Domremy, on était fidèle au roi française Les enfants de Maxey et ceux de Domremy se livraient des batailles dont Jeanne fut témoin plusieurs fois. Elle en rappela le souvenir à ses juges : « Je les ai vus revenir, disaitelle, blessés et couverts de sang «.Mais ces mêlées d'enfants ne paraissent pas avoir eu une grande influence sur le développement silencieux, concentré, tout intime et tout personnel, de sa vocation guerrière et de son ^patriotisme '.

est née Française, donc elle n'est pas née Lorraine ; la Lorraine était terre d'empire.

1. La maison actuelle fut rebâtie en 1480 sur l'emplacement de celle où était née Jeanne et qui subsista en partie dans la reconstruction.

2. Sauf un seul homme qui était du parti bourguignon à la grande indignation de Jeanne d'Arc.

3. On sait que Jeanne obtint du Roi pour Domremy et Greux la faveur de l'exemption de la taille. Le Roi n'aurait pu exempter d'impôts un village qui n'eût pas relevé directement de sa couronne. Domremy perdit ce privilège quand Charles IX céda ce village au duc de Lorraine et de liar (26 janvier 1571). Il réclama ce titre d'exemption, qui était aussi un titre d'honneur, quand la Lorraine devint française, après la mort de Stanislas. Les termes de la lettre royale ne laissent aucun doute sur la nationalité de Jeanne

L'KNFANCE. 5

Jacques d'Arc et Isabelle Roiuée étaient de petits cultivateurs possesseurs d'une maisonnette et d'une cinqnantaine d'arpents de terre, champs, prés et i)ois, qu'ils exploitaient eux-mêmes, travaillant de leurs mains. Ils étaient pauvres, mais non indigents; Jacques d'Arc tenait rang honorable en son petit village; il était qualifie «/o^e/z, titre qui le classait apiès le maire etrécheviu. Il eut trois fils : Jacques, Jean, Pierre; deux fdles : Catherine* et Jeanne. Celle-ci, la plus jeune, était née vraisemblablement le 6 janvier i\ii^. Elle fut baptisée en l'église de Domremy, et selon un usage répandu alors, elle eut quatre parrains et quatre marraines. Elle grandit, dans les jeux et les travaux des champs, sans recevoir aucune instruction; elle ne sut jamais ni lire ni écrire.

d'Arc : « Charles, etc., au bailli de Cliaumout, etc., savoir vous faisons que, en faveur et à la requête de notre bien aimée Jeanne la Pucelle, et pour les grands, hauts, notables et profitables services qu'elle nous a faits et fait chacun jour au recouvrement de notre seigneurie, nous avons octroyé et octroyons de grâce spéciale par ces présentes aux manants et habitants des ville et village de Greux et Domremy, audit bailliage de Chaumont-en-Bassigny , dont ladite Jeanne est native, qu'ils soient dorénavant francs, quittes, exempts de toutes tailles, aides, subsides et subventions mises ou à mettre audit bailliage. » Les lettres furent données à Château-Thierry le 3i juillet 1429.

1. Cette sœur ainée mourut, croit-on, avant le départ de Jeanne (voyez S. Luce, Jeanne d'Arc à Domremy^ p. 35). Cependant Jeanne parla plus tard à Dunois d'une sœur vivante; voyez ci-dessous, page 68.

2. Date établie sur le témoignage de la lettre de Boulain- Tilliers au duc de Milan citée ci-dessus.

6 LA VKNKRABI.H JEANNE D'ARH,

Mais elle savait à merveille coudre et filer. « Pour coudre et filei-, dit-elle fièrement à ses juges', je ne crains aucune lenime à Rouen. » Elle continue : « Chez mon père, je m'occupais des besognes de la maison; je n'allais pas aux eliam[)s garder les troupeaux ». Elle revient souvent sur ce fait', que je relève, parce que la légende a un peu transformé en bergère celle qui fut plutôt une « ménagère ». Ce fut sa mère toute seule qui lui apprit sa croyance et ses prières ; elle sut par cœur : Notre Père ; Je vous salue, Marie', et le Credo. Son instruction n'alla pas beaucoup plus loin. Et plus tard, ses juges la perdilent par leurs questions captieuses sur « l'Eglise militante ». Elle ne comprit pas ce que ces mots voulaient dire et fit deux ou trois réponses Imprudentes, dont on abusa contre elle.

Dans cette simplicité, sa foi, sa piété furent, dès l'enfance, admirables. Elle passait à l'église tout le temps que lui laissait le travail ; on la voyait sans cesse en prières, et ses compagnes ne lui faisaient d'autre reproche que celui d'être trop dévote et trop sérieuse. Elle aimait le son des cloches parce qu'il appelle à la prière; elle faisait de petits présents au sonneur, comme de la laine de ses brebis, pour qu'il s'acquittât bien exactement de son office. (Miaritable

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