A PRISON
Mais les Ani^liiis, (jni avaitMit leur propre haine à satisfaire, avant de s'occuper des griefs de l'Université de Paris; les Anglais, qui, même avant la délivrance d'Orléans, avaient déjà juré qu'ils feraient un jour brûler Jeanne d'Arc, n'entendaient pas souffrir qu'une si belle proie pût d'aucune façon leur échapper. D'autre part, il leur plaisait fort de la perdre par un procès ecclésiastique. En la faisant condamner comme sorcière, ils la déshonoraient devant l'opinion publique, et déshonoraient du même coup Charles VII qui s'était servi d'elle. D'ailleurs il n'était pas facile de faire périr décemment Jeanne d'Arc, prisonnière de guerre, à moins de trouver un biais comme l'accusation d'hérésie. On ne pouvait la tuer pour avoir battu les Anglais ; le droit public s'y opposait; il permettait seulement de la garder en prison (comme le duc d'Orléans) jusqu'à la paix, si on ne voulait la mettre à rançon. Un supplice infamant satisfaisait bien mieux leur haine. On s'arrêta donc h l'idée de l'impliquer dans un procès d'hérésie ; mais les Anglais voulaient que les juges fussent bien à eux, et que l'issue du procès fût sûre. A Paris, elle ne l'était pas : dans une si grande ville, une Université, si puissante et si célèbre, pouvait toujours, même sous le joug des Anglais et des Bourguignons, garder ou recouvrer assez d'indépendance pour refuser un arrêt de mort. On forma, dès le premier jour, un autre plan, moins hasardeux; et un homme s'offrit à propos, pour fournir les moyens de l'exécuter méthodiquement, et encore
de cacher la violence et la luiinc sous des apparences légales.
Cet homme est Pierre Cauchon, cvêque de Beauvais, que nous avons vu cliasser de sa ville épiscopale, au jour où Beauvais s'était rendu à Charles VII et à Jeanne d'Arc. Cauchon', créature du duc de Bourgogne et des Anglais, s'était réfugié à Rouen, dont le siège était alors vacant. On lui faisait espérer qu'il en hériterait; mais le pape n'y consentit pas, et Cauchon dut se contenter plus tard de l'évéché de Lisieux: maigre récompense de son nom déshonoré.
Jeanne d'Arc ayant été prise à Compiègne, au diocèse de Beauvais, on pouvait soutenir qu'elle était justiciable de Pierre Cauchon dans un procès concernant la foi. Il la réclama; ou plutôt, pour aller plus vite, il commença par l'acheter; le plus pressant c'était de tenir la prisonnière.
Car les Anglais n'avaient aucun droit sur elle. La situation légale de Jeanne d'Arc, prisonnière de
I. Cauchou n'est pas seulement le favori du duc de Bourgogne, ec l'instrument souple et docile des Anglais ; il est aussi l'idole de l'Université de Paris, l'un de ses suppôts orné du titre de « Conservateur des privilèges de l'Université ». Dès 1419 elle le recommande au Saint-Père pour qu'il puisse exceptionnellement cumuler les bénéfices, attendu que « ceux qui ont fait preuve de courage et de persévérance dans les travaux, les veilles, les souffrances, et les tourments pour le bien de l'Eglise sont dignes aussi des plus grandes récomj)en£es ». En 1420 la même Université le recommande chaudement au chapitre et au peuple de Beauvais pour occuper le siège épiscopal de cette ville.