‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 31 sur 65 · LA PRISON · texte numérisé non relu

LA PRISON

soullort prendre'' Jeanne la Pucelle pour ce qu'elle s'était constituée en orgueil, et pour les riches habits qu'elle avait pris; et parce qu'elle n'avait fait ce que Dieu lui avait commandé, mais avait fait sa volonté (propre)'. »

Si ceux que Jeanne d'Arc avait sauvés, pour qui elle avait combattu, et pour qui elle allait mourir, paraissent avoir attaché peu d'importance à la nouvelle qu'elle était prisonnière, ses ennemis, au contraire, en apprenant qu'ils la tenaient, montrèrent une joie farouche. Dès le 26 mai (surlendemain de la bataille devant Compiègne), le vicaire général de l'Inquisition, à Paris, et l'Université de cette ville réclamèrent la remise de la captive à l'Eglise, comme hérétique ou même idolâtre. Le 1 4 juillet suivant, la même Université sommait Jean de Luxembourg de remettre sa captive au roi « de France et d'Angleterre ». Le 21 novembre, la remise étant faite, comme on verra plus loin, contre beaux deniers comptants, l'Université félicite le roi Henri d'avoir entre ses mains cette cruelle ennemie de la foi chrétienne, et demande que l'évêque de Beauvais érige son tribunal à Paris où tant de savants maîtres fourniraient un corps de juges incomparable. Le même jour, elle gourmande Cauchon et lui reproche ses lenteurs. Il est possible que celui-ci

1, Laissé prendre.

2. Ce pauvre petit pastour ne survécut guère à Jeanne. Pris par les Anglais en août 1 43 1, entre Beau vais et Gournaj, il fut, croit-on, jeté en Seine.

se soit fait écrire celte lettre par ses complices de Paris; mais enfin la lettre est authentique; et ceux qui l'ont signée en restent responsables.

Toutes ces pièces sont animées d'une telle fureur contre Jeanne d'Arc qu'on se demande, en les lisant, quelle injure personnelle l'humble fille avait laite à ces docteurs? L'injure de déjouer leur science mise en défaut; l'injure de faire trembler (le jour qu'elle attaqua Paris) un corps inféodé presque tout entier au parti bourguignon et anglais. Ils la méprisaient parce qu'ils ne l'avaient pas comprise; et ils la haïssaient parce qu'ils la craignaient, tout en la méprisant. Ces sentiments avaient cours à Paris dans ce qu'on peut appeler le monde officiel. Une pauvre paysanne bretonne appelée Pierronne, ayant osé parler en faveur de Jeanne d'Arc, ayant osé dire « qu'elle était bonne, et que ce qu'elle faisait était bon, et selon Dieu », fut prise, emprisonnée, jugée, condamnée et brûlée, comme Jeanne d'Arc elle-même devait l'être neuf mois plus tard '. Au reste, la longue durée de la guerre semble avoir, à cette époque, réveillé chez les combattants la férocité naturelle. C'est le temps où les Anglais enterraient toutes vives, après jugement régulier, des femmes de Normandie, coupables seulement d'avoir porté du pain à des « brigands », c'est-à-dire aux soldats du roi légitime*.

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