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aveu paraissant contraire h la fornielé que lui reconnaissent tous ceuv qui ont assisté au supplice, et atlniiré l'héroïsme dont elle (ît preuve sur le bûcher, on a souvent taxé de mensonge les témoins de la prison. Il est vraisemblable qu'ils eurent seulement le tort d'exagérer la portée d'une concession quelle leur fit : le récit de Jean Toutmouillé, frère Prêcheur, nous met peut-être sur la voie de la vérité. Cauchon, selon lui, avait dit à Jeanne : « Or çà, Jeanne, vous nous avez toujours dit que vos voix vous disaient que vous seriez délivrée, et vous voyez maintenant comment elles vous ont déçue. Dites-nous donc la vérité ! » Alors Jeanne avait répondu : « Vraiment, je vois bien qu elles m ont déçue! » Mais quel est le véritable sens de ces paroles, à les supposer authentiques. Elle ne voulait pas dire : « Ces voix n'étaient pas de Dieu! » Tout à l'heure elle mourra en affirmant « qu'elles étaient de Dieu ». jNIais elle voulait dire : « Je ne les ai pas comprises; j'ai cru qu'elles me promettaient le salut, et je vois que je vais mourir. » Cauchon insista : « Enfin, ces voix étaientelles bonnes ou mauvaises ? — Je m'en attends (c'est-à-dire je m'en remets) à ma mère l'Eglise. »
I, Témoignages de Nicolas de Venderes — Martin Ladvenii — PierreMaurice — Jean Toulmouillé — Jacques Lecamus — Thomas de Courcelles — Nicolas Loiseleur. Elle reconnut que « l'ange qui avait apporté la couronne à Chinon » n'était autre qu'elle-même ; et avoua qu'il n'y avait pas eu d'autre couronne que la promesse du couronuemeut.
(Selon une autre version : à vous qui êtes gens d'Église.) Non, ce n'était pas là désavouer sa mission! JMais elle était lasse de disputer; et puisque la dernière heure était si proche, elle voulait ne plus penser qu'à Dieu seul, et laissait les hommes croire d'elle tout ce qu'ils voudraient^
Elle avait un ardent désir de recevoir le corps de son Sauveur avant d'aller à la mort; et pour que ses juges lui accordassent cette faveur, qu'on refusait en principe aux relaps non repentis, il fallait les fléchir par une parole qu'ils pussent, à la rigueur, interpréter comme une concession dernière. Avec la permission de Cauchon, frère Martin Ladvenu la confessa et lui donna ensuite la communion. « Le corps de Notre-Seigneur* lui fut apporté irrévérencieusement sans flambeau, sans lumière, sans cortège; le prêtre qui l'apporta n'avait revêtu ni le surplis, ni l'étole. » Frère Martin en fut choqué; il renvoya chercher des flambeaux, un surplis, une étole; et la condamnée « communia très dévotement en versant d'abondantes larmes. » C'est alors sans doute qu'elle dit à Pierre Maurice : « Maître Pierre, où serai-jc ce soir? — N'avez-vous pas bon
I. Telle est, croyons-nous, la mesure à tenir entre les témoignages dignes de foi. Nous n'y mettons pas celui de Nicolas Loiseleur, ce perfide et furieux ennemi qui osa conter (lui seul tient ce langage entre tant de témoius) que Jeanne témoigna d'une profonde contrition de tout le mal qu'elle avait fait vilainement aux Anglais et aux Bourguignons. On ne ment pas plus impudemment.
a. Témoignage de Jean Massieu qui était présent.
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ospoiv en Dieu? — Si, si; et avec la <,nàce de Dieu, je serai dans le Paradis. »
Vers huit heures du matin, le triste cortège sortit de la prison et du château. On avait revêtu Jeanne d'Arc d'une longue robe blanche tombant jusqu'aux pieds. Sur sa tète une sorte de mitre portant celte inscription : « Hérétique, relapse, apostate, idolâtre. >' Cent vingt hommes', armés les uns de glaives, les autres de massues, faisaient escorte à la condamnée. Une multitude de peuple était déjà rassemblée sur la place du Vieux-Marché. Jeanne fut d'abord exposée, comme elle avait été le jeudi précédent, sur un échafaud élevé, afin que tout le monde la pût voir. Un tableau attaché à l'échafaud portait cette inscription : « Jeanne qui s'est fait nommer la Pucelle, mcnteresse, pernicieuse, abuseresse du peuple, devineresse, superstitieuse, blasphémeresse de Dieu, présomptueuse, malcréant de la foi de Jésus-Christ, vanteresse, idolâtre, cruelle, dissolue, invocateresse de diables, apostate, schismatique, hérétique. » Nicolas ]Midi prononça un sermon sur ce texte : « Si un membre souffre, tous les autres souffrent avec lui. » [F^ aux Cor., chap. XII.) Jeanne était ce membre gangrené qu'il fallait retrancher du corps. Ensuite elle fut invitée à penser au salut de son âme et à écouter dévote-
I. Sept ou huit cents selon d'autres témoignages probablement exagérés. Pierre Boucher dit qu'il y eut di>c mille assistants au supplice ; mais ce nombre semble excessif; la place n'était pas si vaste.
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ment les Frères Prêcheurs qui l'assistaient. On rappela SCS fautes, son abjuration, sa rétractation orgueilleuse; enfin déclarée hérétique, relapse, elle fut retranchée de TÉglise et abandonnée à la puissance séculière' « avec prière d'en user doucement avec elle, et de modérer sa justice, sans aller jusqu'à la mort ni la mutilation des membres; et si les vrais signes de pénitence apparaissaient en elle, on priait que le sacrement de pénitence lui fût administré. »
Vaines formules ! On admettait « au sacrement de pénitence » à condition qu'elle donnât des signes non équivoques de remords, celle à qui, moins d'une heure auparavant, l'on avait donné dans la prison non seulement l'absolution, mais la communion. En même temps on priait la puissance séculière d'épargner le corps du coupable; et il
I. Voici les dernières li^nies de la sentence d'excommunication : « Qu'après cette abjuration de tes erreurs tu sois retombée (ù douleur!) dans les mêmes crimes ci-dessus dits, comme le chien qui retourne à son vomissement, c'est ce qui suffisamment et manifestement apparaît par tes aveux et déclarations spontanées. En conséquence nous te déclarons relapse et hérétique, et, comme un membre pourri, de peur que tu n'infectes également tous les autres, nous déclarons que tu dois être rejetée de l'unité de l'Lglise et retranchée de son corps; et abandonnée à la puissance séculière. En priant ladite puissance séculière de modérer son jugement envers toi, sans aller jusqu'à la mort et mutilatiou des membres. Et si les vrais signes de pénitence apparaissent en toi, que le sacrement de pénitence te soit admiuistré. »
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était convenu travance que jamais le juge civil ne tiendrait compte de ceite prière.
La relation officielle du procès s'achève sur cette formule d'excommunication. Elle est seulement suivie de l'attestation d'authenticité signée par les trois notaires. Le reste ne regardait pas l'Eglise, et il n'en est demeuré aucun monument olliciel.
La formule d'excommunication prononcée, les iuires d'éirlise se retirèrent, leur office étant terminé. Alors il se passa cette chose énorme et monstrueuse, absolument illégale. Le bailli, juge séculier, nommé Jean Le Bouteiller, entouré de ses assesseurs, était présent; c'est à lui qu'il appartenait de décider du sort de celle que l'Eglise abandonnait. Cet agent du roi d'Angleterre était si pressé d'en finir qu'il oublia qu'il devait faire semblant de la juger, ou tout au moins de la condamner, avant de la brûler. 11 dit simplement au bourreau : « Fais ton affaire. » Et Jeanne d'Arc fut brûlée sans qu'aucune sentence de mort ait été prononcée contre elle*.
Deux sergents la menèrent au bûcher, tout dressé d'avance, et d'une hauteur exceptionnelle, soit qu'on ait voulu qu'elle fût vue de plus loin, soit pour prolonger son supplice; car plus le bûcher était haut, plus le feu tardait à atteindre et à étouffer la victime. Mais il faut laisser aux témoins de cette mort admirable la tâche de nous la raconter. Tous étaient plus ou moins des ennemis de Jeanne : il semble que leur