‹ La vénérable Jeanne d'ArcChapitre 64 sur 65 · I. Voy, ci-dessus, page 3, note · texte numérisé non relu

I. Voy, ci-dessus, page 3, note

APl'ENDICK. 195

Quand elle ont atteint sa (IIx-scplicMne aunce, elle connut par une vision d'en haut qu'elle devait aller trouver Cliarles, Dauphin de France, afin de lui révéler un secret qu'elle avait reçu de Dieu. La bonne et simple fille, appuyée sur la seule obéissance, et enflammée d'une admirable charité, mit aussitôt la main aux grandes entreprises-^ avant quitté pays et parents et traversé les innombrables dangers tlont la route était semée, elle parut devant le Roi dans la ville de Chinon; et, remplie d'une âme franche et virile, elle lui découvrit, et à lui seul, ce qu'elle avait appris du ciel. Elle ajouta qu'elle était envovée de Dieu pour délivrer Orléans assiégé ; puis conduire le prince à lleims, où Jésus-Christ étant proclamé suprême Roi de France, Charles recevrait en son lieu et place le sacre et les insignes de la royauté. Le roi s'émerveilla en entendant ces choses ; mais pour agir avec plus de prudence et de sûreté dans une affaii-e si importante, il envoya Jeanne h Poitiers pour l'y faire examiner par une commission d'hommes très illustres qu'il y avait réunis. On y remarquait l'archevêque de Reims, chancelier du royaume, les évêques de Poitiers et de Maguelone, d illustres docteurs tant du clergé séculier que du clergé régulier, qui tous, peu après, renvoyèrent la Pucelle avec une éclatante attestation où ils rendaient témoignage au Roi de sa foi, de sa piété, de sa virginité, de sa simplicité, et reconnaissaient sa mission divine.

Alors on vit, à l'admiration de tous, cette jeune

fille qui ne savait l'usage ni du bouclier ni du casque, monter à cheval, brandir d'une main l'épée, porter dans l'autre un étendard, où était figurée l'image du Rédempteur; se jeter à travers les fatigues et les dangers de la guerre et s'élancer intrépide au milieu des ennemis. On a peine à croire h tout ce qu'elle mit d'audace dans l'action, de patience à supporter les insultes et les railleries de ses ennemis; à tout ce qu'elle offrit h Dieu de larmes, de jeûnes et de prières pour obtenir la délivrance d'Orléans; puis, après d'autres triomphes des armes françaises, quand elle eut rétabli et assuré le droit du royaume, pour écarter de l'avenir avec l'aide de Dieu tous les dangers qui menaçaient la paix et la prospérité publiques ou pouvaient ébranler la religion des aïeux.

On voyait Jeanne, toujours accompagnée de son confesseur, prendre tous les moyens pour écarter de l'armée tout ce qui pouvait corrompre les mœurs et exciter au mal; et recourir à de saints prêtres pour favoriser la piété des soldats. Mais le plus puissant moyen, c'était l'exemple donné par la Pucelle, qui montrait quelque chose d'angélique dans l'exercice de toutes les vertus et principalement dans la charité dont elle était enflammée envers Dieu et envers le prochain. Cette charité fut si grande envers les ennemis mêmes, que non seulement Jeanne ne blessa jamais personne ou de l'épée ou de la lance, mais même on la vit, avec admiration, relever les ennemis blessés qu'elle

voyait t.4entlus h terre, les secourir et les soigner.

Enfin, en se portant de toutes parts comme un capitaine actif, elle délivra du siège la cité d'Orléans et rendit la paix aux habitants effrayés ; il faut, eu outre, attribuer à Jeanne le retour à ^obéissance du Roi de toute la contrée qu'arrose la Loire, du territoire de Trêves et de la cité de Reims, où le Dauphin Charles fut enfin sacré solennellement.

Pour tant et de si grands bienfaits, par la volonté de Dieu qui voulait éprouver sa servante, toutes sortes de souffrances furent infligées à la Pucelle. Abandonnée ou trahie par les siens mêmes, elle tombe aux mains très cruelles d'ennemis qui la vendent à prix d'or; chargée de chaînes, et tourmentée danssaprison jour et nuit de mille manières, elle est enfin, par un crime suprême, comme infectée d'hérésie, et relapse, en vertu de l'inique sentence de juges, qui pactisaient avec le concile schismatique de Bàle, consumée par le feu'.

Fortifiée par la sainte Eucharistie, elle tint, au milieu des flammes, ses yeux attachés sur la croix et répétant sans cesse le nom de Jésus, elle conquit la mort précieuse des justes ; cette mort, signalée par des prodiges célestes, d'après la renommée, excita à tel point l'admiration des assistants, que ses ennemis en furent épouvantés.

Plusieurs s'en retournèrent de cet horrible spec-

I. Voyez ci-dessus page 146, note i. Texte : Qui schismatico Basilex concilio studebant.

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laclc en se frappant la poitrine ; le bourreau luimême déclara publiquement l'innocence de la Pucelle qu'il avait fait périr. Les hommes rentrèrent en eux-mêmes, et sur le lieu du supplice on commença de vénérer la sainteté de Jeanne. Et c'est pour empêcher que le peuple ne voulût garder ses reliques, que ses cendres, et son cœur, resté intact au milieu des flammes et d'où le sans coulait encore, furent ensemble jetés par les ennemis dans la rivière.

Charles VII étant rentré en possession de son royaume, et les affiiires publiques étant rétablies en France, le Pape Calixte III, sur la requête de la mère et des frères de Jeanne elle-même, institua des juges apostoliques pour la revision du procès en vertu duquel la Pucelle avait été condamnée au feu; ces juges, après avoir entendu cent vingt témoins de tout âge et de toute condition, rendirent une sentence, le ;7 juillet i456, par laquelle le premier jugement était cassé, et l'innocence de la Pucelle déclarée.

La renommée de sa sainteté s'étant affirmée sans interruption pendant quatre siècles, il est arrivé enfin qu'à notre époque, l'enquête ordinaire, sur cette renommée de sainteté et de vertus, a été faite dans la Curie ecclésiastique d'Orléans. Cette enquête régulièrement accomplie ayant été transmise à la Sacrée Congi'égation des Rites, N. T. S. P. le Pape Léon XIII a daigné concéder que le doute touchant la signature de la Commission d'introduction de la

cause (le la servante de Dieu tut posé, comine il vient de l'être dans la réunion ordinaire de la même Sacrée Congrégation.

En conséquence, sur les instances du llévérendissime évêque d'Orléans, et du Rêvérendissime P. Arlliur Captier, supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice, postulatenr de la cause, et étant prises en considération les lettres poslulatoires d'un grand nombre d'Eminentissimes et Révérendissimes Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine et d'évêques, non seulement de France, mais encore d'autres pays divers, et très éloignés, lettres auxquelles un grand nombre de membres considérables du clergé et pour ainsi dire le monde catholique tout entier ont adhéré, dans la séance ordinaire de la Sacrée Congrégation des Rites, tenue le jour sousindiqué, au Vatican, a été proposé à la discussion, par l'Éminentissime et Rêvérendissime Cardinal Lucide-iMarie Parocchi, évêque d'Albano, et Rapporteur de la cause, le doute suivant, savoir : La commission cl introduction de la cause, dans le cas et pour V effet dont il s^ agit, doit-elle être signée ?

Et la même Sacrée Congrégation, toutes choses étant mûrement pesées, et après avoir entendu le Fv.P. Augustin Caprara, promoteur de la Sainte Foi, a jugé devoir répondre : La Commission doit être signée, s'il plaît à Sa Sainteté. Le 2- janvier 1894.

Rapport ayant été fait de toutes ces choses à N. T. S. P. le Pape Léon XIII, par moi soussigné, cardinal préfet de la même Sacrée Congrégation,

Sa Sainteté, ratifiant le rescrit de la Sacrée Congrégation, a daigné signer de sa propre main la commission d'introduction de la cause de la Vénérable servante de Dieu, Jeanne d'Arc, vierge, le même jour du même mois de la même année.

Cajetan, cardinal Aloisi-Masella.

préfet de la Sacrée Congrégation des Rites.

Vincent Nussi, secrétaire de la Sacrée Congrégation des Rites.

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