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(^clalanles ([iii sont partout, dans ce procès, de la haine de ses ennemis; à tel [)oint cpraussitôt après (|ue l'Eg^Iise l'eiU abandonnée au bras séculier, l'accusée l'ut mise au bùclier sans que le juge civil reût condamnée.
Toutes ces iniquités du procès ayant été relevées, sans qu'aucune voix s'élevât pour défendre les premiers jnges, un résumé complet de TafTaire fut établi par l'Inquisiteur Jean Brélial, sous forme de traité, à l'effet d'énumérer les motifs de cassation du procès ; de démontrer l'innocence de la condamnée; et de rétablir la vraie doctrine de l'Eirlise sur les points délicats qu'avait touchés la condamnation (surtout quant aux. visions et quant à la soumission à l'Église).
Enfin, le y juillet i456, en la grand'salle de l'Archevêché de Rouen, dans la même ville et non loin du lieu qui avaient vu le supplice infâme, fut rendu l'arrêt solennel qui cassait, annulait, effaçait et abolissait entièrement la sentence rendue contre Jeanne d'Arc et réhabilitait sa mémoire.
L'Eglise universelle, par la voix d'un tribunal d'appel que son chef suprême, le Pape, avait constitué, détruisait l'œuvre injuste, fausse et inique d'un tribunal ecclésiastique particulier. Jeanne avait été condamnée par un évêque, et par des théologiens dont le droit légal qu'ils avaient de la juger est discutable; dont l'iniquité, dans le procès qu'ils lui firent, et dans la double sentence, qui le termina, est patente. Elle a été relevée de cette sentence
infamante par arrêt d'un tribunal supérieur, entièrement désintéressé. Le Roi, le Pape lui-même n'avaient rien h gagner à cet acte de justice et de réparation. Le Roi rappelait h tous qu'il avait été longtemps ingrat, au moins oublieux. Le Pape, en cassant si tardivement l'injuste arrêt d'une cour d'Eglise, avouait qu'il avait été longtemps déçu par les faux rapports que l'Université de Paris lui avait présentés. Il faut louer d'autant plus l'un et l'autre de n'avoir songé qu'à la justice en réhabilitant Jeanne d'Arc.
La sainteté n'est le privilège d'aucun âge, d'aucun sexe, d'aucune profession ni d'aucune manière de vivre. Il y eut parmi les saints des rois et des mendiants, des moines et des guerriers, des savants et des ignorants ; les uns ont prié au désert, les autres ont agi dans le tumulte du monde ; les uns se sont cachés dans le cloître; et d'autres ont attiré les regards des hommes par des actions illustres. A qui s'en tient aux dehors des choses, les saints ne diffèrent pas moins entre eux que le reste des hommes; et les yeux profanes sont surpris qu'un culte commun rassemble ceux que tout paraît distinguer.
Quel est donc le trait commun à tous, et qui les fait saints, sans les f\iire semblables? Quel est le caractère nécessaire, essentiel et pour ainsi dire in-
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défeclible de la sainteté? N'esl-ce pas le tlésir aillent et constamment suivi craccom[)lir en soi-même la volonté divine? Celui-là est saint qui clierchc de bonne foi, de toute son âme, et de toutes ses forces, quelle est la volonté de Dieu sur lui; et qui, l'ayant connue, n'a plus qu'un désir et qu'une pensée : c'est de la faire, en bravant tout, jusqu'à la mort.
C'est par cette absolue soumission à la volonté divine (jue Jeanne d'Arc est sainte. Son admirable pati'iotisme est d'une espèce très particulière et très rare; c'est en Dieu qu'elle aime la France. Le patriotisme n'est pas nécessairement fondé sur la religion. D'autres temps ont vu des femmes généreuses, ou d'héroïques enfants, sans qu'ils fussent animés d'aucun sentiment religieux, donner leur vie pour arrêter l'envaliisscur étranger; ceux-là furent des patriotes, sans être des saints. Ils sont très dignes d'admiration, ne fût-ce que pour avoir su braver la mort; mais leur héroïsme n'est pas de la sainteté. La sainteté émane de Dieu seul.
C'est en Dieu que Jeanne aima la France; comme tant d autres saints ont aimé le pauvre en Dieu. Et même son amour passionné de la France ressemble à cette charité pour le pauvre, dont tant de saints furent consumés. La France de 1429 n'est-elle pas pauvre entre les pauvres'; et la « grande pitié »
I. C'est ainsi que la dépeignait Martin Le Franc dans ces beaux vers du Champion des Dames :
Il m'est avis que je la voie, Elle, jadis reine puissante,
(jui est au royaume, Jeanne la voit des mêmes yeux navrés qu'elle voit passer sur les routes les vagabonds nus et afl'amés. Son patriotisme, fait d'abord de charité, n'est ni orgueilleux, ni agressif; il ne demande pour la France ni domination, ni conquêtes; il ignore ces noms trompeurs de gloire et de prouesse ; il est satisfait si la France est un jour paisible, heureuse et libre; rendue à elle-même et à son Roi ; et à Dieu de qui le Roi la tient. Il ne menace personne; il souffre aux étrangers, chez eux, les mômes droits qu'il réclame en France, pour nous; mais que ces droits nous soient rendus! Dieu le veut; et notre juste cause est la sienne; et tant que l'ennemi tiendra notre sol, qui est à nous, et nous imposera son roi, au mépris du nôtre, Jeanne d'Arc, en combattant pour la France, croira combattre pour Dieu. Et qu'on ne lui dise pas hypocritement : « Dieu n'aime donc pas les Anglais? » Dieu aime les Anglais chez eux; il ne les aime pas dans ce pays qu'ils ont pris sans droit. Ce n'est pas les Anglais que Dieu hait, c'est l'injustice.
Et parce que Dieu est la justice même, Jeanne combat pour Dieu, pour le droit, pour la France,
Errant sans sentier ni sans voie, En habit de pauvre servante !
Toute couverte de ruine, Noire de coups et de battures, Criant le meurtre et la famine, Jetée aux pires aventures.
C'est cette France vagabonde et nue, mourante et désespérée, que Jeanne d'Arc aima, consola, releva et sauva.
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sans les ilisliiii;uor, en idenliliant ces trois causes. Ceux-là oui Lieu mal connu son histoire qui Tout . représentée comme une vierge guerrière, une amazone épique. Jeanne n'aima jamais la guerre; elle la fît pour obéir à Dieu à qui il avait plu de la choisir et de l'envoyer. Elle la fit avec enthousiasme, sentant le souille de Dieu passer sur elle, et cédant à la joie de s'y abandonner; mais elle la fit sans plaisir. Peut-on soutenir que celle qui se rua dans vingt batailles, sans jamais frapper un seul coup, avait l'àme vraiment belliqueuse? Douce, humaine, facile aux larmes, et compatissante aux vaincus comme à tous les malheureux ; elle guerroie comme eût guerroyé l'ange qui la visitait et l'encourageait aux combats; terrible et sereine, comme Michel, l'épée de Dieu est dans sa main, l'épée de la justice et du droit; mais la paix est dans son cœur, et nous n'y voyons aucune trace de cette fureur guerrière des vrais soldats ; belle en sa fougue, mais toutefois farouche en son fond primitif, et même barbare.
Ainsi elle mérite à jamais d'incarner en elle ce qu'il y a de plus irréprochable et de plus pur dans le patriotisme; ce qu'il y a de plus soumis à Dieu, de plus docile à son appel, dans la sainteté. Cette double gloire décore à jamais son front : elle a aimé son pays jusqu'à la mort ; et elle a donné à cet amour d'une chose ti^ansitoire le caractère sacré d'un amour impérissable et divin, en unissant Dieu et la France, indissolublement, dans le même dévouement, le même sacrifice et le même martyre.
DECRET CONCERNANT LA CAUSE DE BKATIFICATIOX ET CANONISATION DE LA VÉNe'raDLE SERVANTE DE DIEU JEANNE d'arc.
Le 8 mai 1869, à roccasion de la fête annuelle célébrée à Orléans en l'honneur de Jeanne d'Arc, M^"" Dupanloup, évêque d'Orléans, et avec lui douze autres évèques adressaient au Saint-Père une supplique à l'effet d'obtenir la canonisation de Jeanne d'Arc. Pie IX répondit en invitant l'Ordinaire à commencer une première enquête.
Elle fut faite à Orléans; commencée en 18^4; achevée en 1888. Les conclusions de l'enquête furent proposées à Rome, le 2y janvier 1894; devant la Congrégation des Rites. Le vote fut favorable h l'introduction de la cause. Le même jour, S. S. le Pape Léon XIII ajouta sa signature aux conclusions de la Congrégation ; et le décret suivant fut publié :
Décret concernant la cause orléanaise de la Béatifî' cation et Canonisation de la Vénérable servante
de Dieu Jeanne cV Arc^ vier^e^ dite la Pucelle d'Orléans,
SUn LE DOUTE :
La commission d'introduction de la cause dans le cas et p(nu" l'effet dont il s'agit, doit-elle être signée?
Dieu qui, comme dit V Apôtre, appelle ce cjui nesl pas comme ce qui est ^ de même que jadis, il avait choisi, dans ses desseins, Débora et Judith pour confondre les puissants, suscita, au commencement du xv'^ siècle Jeanne d'Arc, pour relever les destinées de sa patrie presque ruinées par la guerre acharnée entre les Français et les Anglais, et en même temps pour revendiquer la liberté et la gloire de la reliffion affliirée.
Elle naquit en Lorraine* le 6 février i4i2, de parents qui étaient d'une condition médiocre, mais remarquables par leur piété traditionnelle. Dès le premier âge, formée aux bonnes mœurs, elle se distingua par toutes les vertus chrétiennes, principalement par Tangélique chasteté de sa vie. Encore petite fille, craignant Dieu dans la simplicité et V innocence de son cœur, elle aidait de ses mains aux travaux champêtres de ses parents ; à la maison ses doigts prenaient le fuseau ; aux champs elle accompagnait son père, et quelquefois menait volontiers la charrue. Cependant la pieuse enfant croissait tous les jours en célestes faveurs.