LES ANCÊTRES
L'hôtellerie de la « Grande - Halte », à La Bastide. — La famille maternelle de Marie Rivier. — Les Combe, de La Bastide. — Intérieur patriarcal. — Œuvres de charité de la famille Combe. — La chapelle de Saint-Thomas. — Zèle et dévouement de Pierre et de Louis Combe. — Anne-Marie Combe. — Son mariage avec Jean-Baptiste Rivier. — La famille Rivier, du Béage. — Jean-Baptiste Rivier s'établit à Montpezat. — Naissance et baptême de Marie Rivier.
Les caravanes de muletiers qui transportaient jadis les vins du Languedoc et du Bas-Vivarais vers les régions des hauts plateaux du Velay et de l'Auvergne, rencontraient sur leur route, près de Laveyrune, au hameau de La Bastide, une vaste hôtellerie connue aujourd'hui encore sous le nom de la Grande- Halte (i). L'hôte de la Grande-Halte au milieu du dernier siècle, Antoine Combe, fermier des rentes et dîmes du Chapitre cathédral de Mende, jouissait dans la contrée d'une considération due à l'honorabilité traditionnelle de sa famille comme aux vertus privées dont il donnait lui-même l'exemple. Une collection de lettres de famille, heureusement conservées, nous montre les seigneurs des Hubas, la comtesse de La Bastide, les plus puissants personnages du pays, écrivant dans les termes de la plus respectueuse politesse à l'hôtelier de La Bastide, qu'ils appellent tantôt « M. Combe, hôte », plus souvent i M. Combe, bourgeois ». Mais cette correspondance nous est surtout précieuse en ce qu'elle nous
/. V. Les Muletiers du V ivarais et du Velay, par A. Mazon. Privas, 1892. Marie Rivier. 1
I vi NÉRABLE MARIE RIVIER.
permet de pénétrer dans l'intérieur patriarcal de l'hôtellerie des Combe vers le milieu du dix-huitième siècle.
En 174 . nous trouvons à la tête de la famille le vénérable aïeul, Antoine Combe. De ses deux fils, l'aine, marié à une femme d'une Marguerite Baldit, est déjà père de famille depuis plusieurs années ; le second, Louis, vient d épouser Cécile Ranc, fille d'un bourgeois très chrétien du pays. L'ami le plus intime de la famille est un respectable prêtre, M. Lahondès, docteur en théologie, curé de la petite paroisse de Saint-Frézals d'Albuges et prieur en titre de La Bastide. Ce sont surtout les lettres du bon prieur qui nous donnent des détails pleins d'intérêt sur l'intérieur des respectables hôteliers. Nous y voyons d'abord Pierre Cornbe très préoccupé de donner à ses enfants une éducation littéraire solide. En 1743, M. Lahondès félicite Madame Combe « d'avoir une maîtresse pour l'éducation de ses filles. » Vers la même époque il écrit à son mari : < Je vous prie de m'envoyer par voie sûre le [dictionnaire, parce que j'ai à faire une pièce en latin : il vous sera rendu fidèlement pour servir à vos enfants. » Dans cet intérieur cultivé, les nouvelles de pure curiosité pénètrent peu. « Vous n'avez pas accoutumé de recevoir les gazettes, écrit le vénérable prieur, c'est pourquoi je ne vous demande pas des nouvelles de l'Étranger ni des nouvelles de l'Etat. » A plus forte raison les livres légers sont-ils sévèrement exclus. Une dernière citation de l'intéressante correspondance nous fera voir quels sont les ouvrages qu'on leur préfère. « Si vous aviez la bonté de me prêter pour un mois ce savant livre qui traite des quatre fins dernières de l'homme, composé par un Carme déchaussé, vous me feriez un grand plaisir : j'espère cette grâce de votre bon cœur. >
Dans la patriarcale famille, la culture littéraire et l'étude de la religion ne vont pas sans les bonnes œuvres. On voit encore à la Grande- Halte une large cheminée appelée la Cheminée des pauvres, sans doute parce qu'on avait l'habitude d'y recueillir les mendiants de passage ; et les lettres de famille dont nous venons de parler nous ent que les religieux de Saint-François, mendiants eux aussi pour l'amour de Jésus-Christ, étaient reçus chez les Combe avec des marques particulières de charité et de respect.
La vie chrétienne n'eût pas été parfaite à l'hôtellerie de la Grande- Halle .si, à côté des œuvres de charité corporelle, on n'eût aimé à pratiquer les œuvres de charité spirituelle. Dans les papiers de