CHAPITRE PREMIER
Pierre Combe se trouve la lettre suivante, signée d'un jeune rhétoricien du collège du Puy en 1746: « Par la lettre pleine de charité que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, vous me donnez de saints avis : si j'en profitais comme je devrais le faire, je ne manquerais pas de parvenir à l'état ecclésiastique auquel Dieu m'a destiné... » La lettre, il est vrai, est adressée à M. Lahondès, mais Pierre Combe a noté en marge, pour mémoire, les sommes d'argent et les émines de blé qu'il fournissait chaque année pour payer la pension du pauvre étudiant ecclésiastique.
La famille Combe devait elle-même donner plus tard plusieurs de ses membres à l'Église. Un des fils de Pierre deviendra Dom Combe, religieux bénédictin de la Chaise-Dieu, et Etienne Combe, second fils de Louis, réalisera, par sa vocation au sacerdoce et la vie pieuse et digne qu'il y mènera, la prévision que nous trouvons dans une des lettres du bon curé de Frézals : « Votre petit Étiennon deviendra un grand Etienne dans l'Église de Dieu. »
Toutes ces vertus n'étaient encore que les vertus communes de la vie chrétienne. Mais dans des âmes aussi fortement trempées que celles d'Antoine Combe et de ses fils, la foi était capable de prendre, le jour où les circonstances le demanderaient, la forme du dévoûment le plus absolu et du zèle le plus ardent.
Ces circonstances, la Providence les leur offrit. Au commencement du dix-huitième siècle, le village de La Bastide n'avait ni église, ni chapelle. D'un antique oratoire élevé par les seigneurs de Polignac, au début du quatorzième siècle, en l'honneur de l'apôtre saint Thomas, il ne restait plus que les ruines, tristes souvenirs des dévastations des Huguenots pendant les guerres de religion. Pour le baptême de leurs enfants, pour la sépulture de leurs morts et pour l'accomplissement de leur devoir pascal, les habitants de La Bastide se rendaient, par de mauvais chemins, à la paroisse de Chasseradez, à trois lieues de distance ; mais les nombreux voyageurs qui s'arrêtaient à la Grande-Halte, les jours de dimanche et de fête, se trouvaient dans l'impossibilité — et c'était là la grande douleur d'Antoine Combe — d'accomplir leurs devoirs de religion.
Dès l'année 1722, le pieux hôtelier, de concert avec M. Lahondès, avait essayé d'éveiller le zèle de ses compatriotes pour la reconstruction de la chapelle de Saint-Thomas. Les sollicitations les plus pressantes et les plus réitérées n'avaient abouti, en 1735, qu'à obte-
nir des habitante le transport de quelques matériaux. Le 21 novembre
même année, Antoine Tombe put du moins assister à la
bénédiction de la première pierre de la chapelle tant désirée. C'était
le jour où l'E lèbrela fête de la Présentation de Marie. Le
ul mourut peu de temps après. Ses deux fils, Pierre et
Louis, reprirent l'œuvre paternelle avec une nouvelle ardeur. Ils
-. appel aux seigneurs du pays, ils adressèrent une .supplique
aux I ivinciaux de 1740 : mais les requêtes des fils auprès
le ce monde n'obtinrent guère plus de résultats que
.ces du père auprès des pauvres paysans de La Bastide.
s, ne comptant plus que sur l'aide de Dieu, les humbles
iers de la Grande-Halte entreprirent à leur charge presque
exclusive de reconstruire, pour le bien des âmes, la chapelle que
la munificence d'un seigneur de Polignac avait bâtie trois siècles
auparavant.
1 euvre fut longue et pénible. Elle fut poursuivie au milieu de difficultés et de contradictions de toutes sortes. Enfin, en 1745, la petite chapelle de Saint-Thomas s'ouvrit au culte. Monument peu digne sans doute de l'admiration de ceux qui auraient apprécié la valeur de l'œuvre d'après l'ampleur des dimensions et l'éclat des ornements, mais fruit d'un labeur opiniâtre et d'une foi vivante que la Providence ne devait pas tarder à récompenser.
En effet, cette même année, Dieu bénissait l'union de Pierre Combe et de Cécile Ranc par la naissance d'une enfant qui reçut au baptême les prénoms d'Anne-Marie.
Anne-Marie Combe était destinée à donner le jour, vingt-trois ans plus tard, à la Vénérable Servante de Dieu dont nous allons raconter la vie. C'est elle qui, restée veuve à vingt-huit ans, auprès du berceau de son enfant, dirigera presque seule son éducation première, déposera dans son âme les germes d'une vertu destinée à monter si haut ; c'est elle qui deviendra plus tard, dans les difficultés des premières oeuvres d'apostolat de sa sainte fille, son meilleur, souvent son unique appui ; c'est d'elle que Marie Rivier pourra dire avec vérité : « Après Dieu, c'est à ma bonne mère que je dois tout. ) Il n'était pas sans intérêt de montrer, au début de cette , dans quel milieu profondément chrétien était née et
dans quelle atmosphère de vertus fortes et solides allait grandir celle que Dieu devait associer à l'une des plus grandes œuvres de sa grâce, l'éducation de l'âme d'une sainte.