‹ La vénérable Marie RivierChapitre 179 sur 279 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

du fond de la mer, et qui serait tout seul, triste, mais tranquille. Je reprends ensuite la faculté de prier. Chaque fuis que cela revient, l'état m'est aussi pénible que la première fois ; je ne me rapp rien du passé. Tant que durent les ténèbres, j'agis machinalement ; je suis tout étonnée d'écrire et de parler suivant le bon sens. Il [n'arrive alors de dire des choses pieuses, affectueuses, n'en sentant rien du tout, ou plutôt éprouvant tout le contraire, comme si quelqu'un agissait par moi sans ma participation. Cet état, une fois passé, me laisse dans la plus grande humiliation, et dans une vue assurée de mes misères. La consolation, au contraire, finit souvent par m'inspirer des sentiments de vanité, qui me font tant de frayeur que je préférerais toutes les horreurs du trouble... »

La bonne religieuse passe alors en revue ce qu'elle appelle les mauvaises tendances de sa nature ; elle s'accuse en particulier « du plaisir que lui a causé l'acquisition du couvent de Bourg-Saint- Andéol, et du trop grand empressement qu'elle a mis en ce qui concerne les constructions. » Elle signale aussi, parmi plusieurs grâces surnaturelles, celle-ci, qui fut le partage de saint Philippe de Néri, de sainte Angèle de Foligno et de sainte Marguerite de Cortone : « J'ai éprouvé souvent, dit-elle, une douceur particulière dans la bouche après la sainte Communion, surtout pendant quelques années » ; puis elle signe : € Votre très humble et très obéissante servante et indigne fille, sœur Marie. »

Si sœur Marie tenait de la Providence et de son éducation première cette distinction de langage et de pensée, que le lecteur a sans doute admirée dans les lignes qui précèdent, c'est de la Mère Rivier qu'elle tenait ce sens juste et profond des choses spirituelles, qui n'est pas moins remarquable dans la lettre que nous venons de citer. Nous avons été heureux de la placer à la fin de ce chapitre, pour montrer, au moment même où la Servante de Dieu achevait de bâtir pour sa Congrégation un couvent splendide, à quelle hauteur elle avait su élever lame de ses filles.

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