CHAPITRE XXV
sensible : c'est là encore un sacrifice que Notre -Seigneur vous demande ; ce monde n'est vraiment qu'un pa >age et la mort s'approche : tout nous le dit à chaque instant Attachons-nous donc de
plus en plus à Dieu et adorons ses saintes volontés. »
Le premier objet des préoccupations de la Vénérable Mère, après avoir installé au couvent de Bourg sa Communauté, avait été la décoration de la chapelle. Au commencement de janvier 1820, trois riches autels de marbre y avaient été posés. Le dimanche, 11 juin, jour où se célébrait dans le diocèse la fête du Cœur de Jésus, Mgr de Mons vint d'Aubenas réconcilier et bénir ce sanctuaire, que la Révolution avait profané, et, cinq jours plus tard, le 16 juin 1820, en la fête de saint François Régis, il présida à la bénédiction solennelle du Couvent.
Le digne M. Pontanier ne put être de la fête. Du grand séminaire du Puy, où ses Supérieurs l'avaient envoyé au mois d'octobre de l'année précédente, il écrivit combien son cœur paternel s'associait à la joie de ses chères filles de la Présentation.
Mais il eut bientôt, hélas! l'occasion de rappeler, dans une nouvelle lettre, sa maxime favorite : « que nous n'avons pas ici-bas de joie permanente, mais une vie semée d'épreuves destinées à nous mériter le seul bonheur véritable du ciel. »
La restauration des Bourbons, que Marie Rivier et M. Vernet avaient saluée, nous l'avons vu, avec une joie pleine de confiance, ne répondit pas, il faut en convenir, à toutes les espérances que les catholiques avaient mises en elle pour le relèvement de la religion en France. Malgré plusieurs mesures inspirées par un réel sentiment de respect pour les lois de l'Église, le gouvernement royal n'avait pas dépouillé sa vieille tendance au gallicanisme (1) et sa méfiance ombrageuse à l'égard des ordres religieux. La demande d'autorisation légale, formée depuis longtemps par l'Institut de la Présentation, et plusieurs fois renouvelée avec instance, était restée, maigre l'appui de l'autorité diocésaine et des autorités civiles locales, sans
1. Une des premières préoccupations du Roi avait été d'abolir le Concordat de 1S01, qu'il prétendait avoir été fait en violation de ses droits, et d'exiger en conséquence la démission de tous les évêques qui occupaient leurs postes en vertu de cette convention ; mais le premier à qui un s'adressa répondit : « Sire, ce que me demande votre Majesté ne saurait avoir lieu qu'entre les mains du Saint- l'ère. Que le Saint-Père me demande ma démission et je la donnerai sur-le-champ. » L'évêqne qui répondait ainsi était Mgr d'Aviau, qui, sous les Bourbons comme sous l'Empire, donnait à tous l'exemple d'une âme vraiment épiscopale. (V. Rohrbacher, Histoire universelle de f 'Eglise, 1. XCi.) Marie Rivier. 20
réponse favorable. S'il faut en croire le témoignage du général Brun, député de la Lozère, dans une lettre écrite à la Vénérable Rivier, doux cents demandes de ce genre attendaient pareillement dans les cartons des Ministères une ordonnance royale, en 182a
Ces atermoiements injustifiés, qui ne devaient pas avoir de solution avant le 29 mai 1830, à la veille de la chute de la branche ainée des Bourbons, eurent, à la fin de l'année 18 19, une conséquence grave pour l'existence de l'Institut.
Un arrêté du ministre de l'Intérieur venait d'enjoindre à toutes les institutrices primaires qui n'appartenaient pas à une Congrégation légalement reconnue, de se présenter dans un court délai devant un jury, à l'effet d'y subir un examen et de recevoir, s'il y avait lieu, un diplôme qui les autorisât à continuer leurs fonctions.
Sans doute, une pareille mesure, mise en regard des entraves autrement vexatoires dont les écoles congréganistes ont été l'objet depuis lors, peut paraître aujourd'hui presque inoffensive. On conçoit cependant que le sens très droit et très chrétien de Marie Rivier en ait jugé autrement, qu'elle s'en soit vivement émue, et qu'y voyant le premier acte d'une ingérence funeste de l'autorité civile dans la direction de l'enseignement chrétien, elle ait tout fait pour s'y soustraire.
La Vénérable Mère pensait en effet qu'une mesure de ce genre impliquait, à l'égard des religieuses vouées à l'enseignement de l'enfance, une mise en suspicion outrageante, à l'abri de laquelle aurait dû les mettre la confiance générale des familles, qui leur envoyaient à l'envi leurs enfants. L'obligation imposée à une religieuse de rendre compte de sa capacité à d'autres qu'à des représentants de l'autorité ecclésiastique lui paraissait exorbitante. Du reste, une timidité, facilement explicable en pareille circonstance, n'empccherait elle pas plusieurs d'entre elles de donner, devant un jury, la juste mesure de leur science ? et cette appréciation de leur capacité d'institutrice, était-ce bien aune épreuve de ce genre qu'il fallait la demander ? Une longue expérience ne lui avait-elle pas appris que, surtout en matière d'éducation de la première enfance, une institutrice vaut moins par ce qu'elle sait que par le talent qu'elle a d'enseigner ce qu'elle sait?
Sous une forme respectueuse, la Supérieure de la Présentation soumit ces observations judicieuses au ministre du Roi très chrétien,