‹ La vénérable Marie RivierChapitre 186 sur 279 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

lumineuse observation : « Croyez-moi, vous aimez Dieu quoi qu'il vous semble, vous l'aime/, beaucoup et de toute la sincérité de vôtre âme, puisque vous craignez tant de l'offenser et de le ^aimal servi. »

L'épreuve change de nature. Ce n'est plus la main de Dieu qui frappe, c'est, par la permission de Dieu, la main même du démon. « Eh ! oui, ma fille, écrit le bon Père, c'est bien le démon qui vous attaque en ce moment. C'est lui qui cherche à vous inspirer et ces dépits, et ces troubles, et ces frayeurs. J'ai bonne oreille, ma fille désolée, j'ai tout entendu d'ici, et aussi les éclats de rire que fait le diable quand il voit que vous l'écoutez un peu sur tout cela. » Et il termine en lui rappelant fort à propos le mot de saint François de Sales : <{ Confiance et courage ! quand le diable fait tant de bruit au dehors, c'est une preuve qu'il n'est pas au dedans. »

De telles épreuves ne devaient pas tarder à recevoir leur récompense, même en ce monde. Aux deux maisons nouvelles, créées en 1819, à Bourg-Saint- Andéol et à Saint- Vincent-de-Barrès, étaient venus s'ajouter en 1820, 1821 et 1822, les établissements de Saint- Victor-Lacoste, de Saint-Bonnet (1) et de Sumène, au diocèse de Ximes ; de Langeac et de Saugues, au diocèse du Puy ; de Florac, au diocèse de Mende ; de Salon, au diocèse d'Aix ; de Jonquières, au diocèse d'Avignon, et de Saint-Montan, au diocèse de Viviers ; mais la plus grande consolation de la Vénérable Fondatrice et de ses chères filles fut la distribution solennelle des Règles imprimées, qui se fit le 9 septembre 1822.

M. Hamon, qui écrivait trois ans après la mort de la Mère Rivier, au moment où le souvenir de cette imposante cérémonie était encore très vivant dans la Communauté, en a laissé une description intéressante, que nous allons reproduire intégralement. « Les premiers exemplaires des Règles, écrit-il, arrivèrent au Couvent la veille de la fête de la Nativité. La Vénérable Mère, qui donnait alors la retraite annuelle à ses Sœurs, tint la chose secrète ; le jour de la fête, elle n'en parla pas davantage ; mais le lendemain, jour consacré au Renouvellement des promesses, après une instruction relative aux exercices du jour, et qu'elle semblait prolonger comme pour modérer l'empressement et le plaisir qu'elle éprouvait ; après

t. La fondatrice de l'établissement de Saint-Bonnet fut Mme la baronne du Roure de Beaujeu. Elle habitait le château d'Argilier, près Uzès, appartenant aujourd'hui à M. le comte de Séguins de Cabassole.

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r peint le bonheur de vivre en Communauté sous une Règle bien observée, tirant tout à coup l'exemplaire qu'elle tenait caché sous son bras, et le montrant avec une sorte de transport: « La voilà, votre Règle, s ecria-t-elle, elle est enfin arrivée ! Oh ! que je suis contente de pouvoir vous la présenter et vous la mettre entre les mains. Depuis que la maison existe, je n'avais pas goûté une si grande consolation : mon cœur nage dans la joie. Ah ! mes enfants, si à présent vous ne l'observiez pas exactement, cette sainte Règle, quelle excuse donneriez-vous ? Vous devez d'autant plus la chérir, qu'elle vous vient de la très sainte Vierge : le bon Dieu a permis qu'elle soit arrivée la veille d'une de ses fêtes, et je puis bien vous assurer que c'est cette bonne Mère qui a tout fait dans cette maison. Quand je commençai, je ne savais pas ce qu'elle voulait de moi : je n'aurais jamais cru en venir où nous en sommes. J'ai agi, pour ainsi dire, sans savoir ce que je faisais, et la Sainte-Vierge a tout conduit, tout dirigé, tout fait. » .

« Après ce discours, la Vénérable Mère plaça cet exemplaire de la Règle dans une corbeille élégamment ornée, et le fit porter solennellement à l'église, pour y être exposé à la vénération des Sœurs, leur recommandant d'aller souvent le visiter et le baiser avec amour, comme un trésor qui renfermait pour elles le moyen le plus assuré de salut. Toutes les Sœurs, pénétrées par cet exercice d'une grande estime pour leur Règle, désiraient vivement en avoir chacune un exemplaire ; le lendemain fut désigné pour cette distribution. Mais, avant de la faire, la sainte Supérieure voulut que la bénédiction de l'Église vînt rendre plus vénérables encore ces saintes Règles, et les consacrer, si je puis ainsi dire. En conséquence, ayant invité M. Vemet pour cette bénédiction, elle fit porter processionnellement à l'église, pour y être bénits, dans des corbeilles décorées avec soin, autant d'exemplaires qu'il y avait de Sœurs ; on chanta les litanies et des cantiques en l'honneur de Marie ; et ce chant fini, M. le Supérieur, montant en chaire, fit un discours analogue à la cérémonie, où, appliquant à la Règle ce que le saint vieillard Siméon a dit du Sauveur : Celui-ci est pour le salut et la ruine de plusieurs en Israël, il établit que cette Règle serait pour celles qui l'aimeraient et la pratiqueraient une source de bonheur et de mérites, et, pour celles qui auraient le malheur de la regarder de mauvaise grâce, comme un fardeau pénible, le principe de leur perte. Puis, citant le beau passage du IIe Livre des Machabées, où le prophète Jérémie donne à Judas

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