‹ La vénérable Marie RivierChapitre 185 sur 279 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Cet appel, sorti de l'âme 'l'une sainte, eut l'effet qu'on en devait attendre : i Votre lettre, écrit sœur Xavier, me fut remise au moment où nous étions toutes réunies pour lire notre Règle. Elle nous tint lieu d'exercice. Je mis une demi - heure pour la leur lire ; la sensibilité m'interrompait à chaque instant ; toutes, Sœurs et novices, sanglotaient et elles protestèrent toutes, à la fin, qu'elles ne voulaient être que des sujets de consolation.

« Tour moi, tendre Mère, je désire de plus en plus me sacrifier pour vous aider dans l'œuvre de Dieu, tant qu'il me donnera vie. Je vous prie de me pardonner tous les sujets d'inquiétude que j'ai pu vous donner et de me renouveler les permissions dont je puis avoir besoin pour agir en votre nom et selon vos intentions, dont je ne veux pas m écarter. »

Les incidents du Malzieu ravivèrent dans l'esprit de la Vénérable Mère un projet qu'elle avait à cœur depuis fort longtemps, et sur lequel nous la verrons revenir plus tard : celui d'instituer, au sein de la Congrégation, une œuvre continuelle de prière, d'action de grâce et d'intercession auprès de Dieu. « Tout mon recours est au ciel, écrit-elle le 9 août 1821 ; c'est pour cela que j'ai donné l'emploi à notre bonne sœur Marion, de Luzet, que j'ai fixée à Bourg, de prier continuellement pour tout le corps : elle ne fait que cela et ne sort de l'église que pour prendre ses repas et pour se délasser un peu. »

Les prières de la bonne sœur Marion conjurèrent sans doute bien des périls, mais on ne peut douter que le plus puissant intercesseur auprès de Dieu n'ait été la sainte Supérieure elle-même.

La prière de Marie Rivier était alors d'autant plus méritoire que Dieu, renouvelant en son âme une épreuve réservée aux plus grands de ses serviteurs, la privait de toute consolation sensible ou spirituelle, et la laissait dans le seul sentiment de son néant et de son indignité.

Ici encore, à défaut des lettres de la Vénérable Mère, les réponses de son directeur nous serviront d'indications, sinon très complètes, du moins très authentiques et très sûres.

Pour se rendre compte de l'état d'aridité, de souffrance, de torture spirituelle par lequel elle dut passer, il faudrait peut-être se reporter aux célèbres descriptions que saint Jean de la Croix nous a laissées dans sa Montée du Carmel et dans sa Nuit obscure. Ce n'est point

pour la Servante de Dieu que toutes les souffrances corporelles ou spirituelles de ses filles aient dans son âme un retentissement douloureux, l'excessive délicatesse de sa conscience la porte à s'attribuer la responsabilité de tous leurs manquements. Le péché d'omission l'épouvante : fait-elle assez pour le bon Dieu? Lui est-il permis d'accorder quelques instants à la récréation ou au repos, quand il y a tant à faire pour le salut des âmes et pour la gloire de Dieu ?

Son bon directeur est obligé de lui répondre : « Vous voudriez, ma chère fille, pouvoir tout faire ; vous voudriez que tout fût au mieux ; vous voudriez que toutes vos Sœurs fussent exactement à leur devoir. Je vous loue en cela ; c'est le devoir d'une Supérieure. Mais il est un Supérieur au-dessus de nous, au nom de qui vous gouvernez. Or, Dieu, votre Supérieur et votre Maître, veut que vos filles aient les faiblesses de l'humanité et que vous les ayez aussi ; que le jour ne soit que de vingt-quatre heures et que l'on en prenne une portion suffisante pour le soin de son corps : il veut aussi que nous essuyions des contrariétés, que nous soyons dérangés ou arrêtés dans nos occupations, que la faiblesse du corps s'oppose souvent à la bonne volonté de l'âme. En tout cela, vous devez adorer paisiblement et amoureusement sa divine volonté, faire tout bonnement ce que vous pouvez faire et être sans souci pour le reste, le laissant avec confiance dans les mains du bon Dieu. »

Mais, hélas ! voici que Dieu semble se retirer. L'état de l'âme de la Vénérable Mère est comparé par son directeur « à une marche sans repos à travers un désert sec et aride, au milieu des hurlements des bétes féroces. »

C'est peu : cette âme que Dieu abandonne, Dieu lui-même semble s'appliquer à l'affliger, à la faire souffrir. « Dieu permet que depuis quelque temps vous soyez dominée par la tristesse, l'ennui, la frayeur. Et voilà ce qui aggrave vos infirmités. C'est bien pénible, c'est accablant pour la nature, c'est plus douloureux que toutes les maladies du corps, et c'est une situation à laquelle ni les médecins, ni aucun homme ne peuvent rien. Pourquoi? Parce que c'est la main »ieu même qui lance les traits qui nous percent, parce qu'il se cache à nous dans des vues de bonté et qu'il nous soustrait sa lumière sensible, et cela pour nous faire mourir à nous-mêmes et ne nous faire vivre que de la vie de son divin Fils. » P^t, plus loin, le judicieux directeur répond à un scrupule de sa sainte pénitente par

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