CHAPITRE XXVII
Enfant-Jésus de l'avancement et de la perfection de chacunvous, je priais ce divin Enfant d'établir son règne pour toujours dans vos .'unes. .. Je le veux bien, me répondit ce bon Sauveur, je suis venu apporter le feu sur la terre et je brûle du désir de rallumer particulièrement dans les cœurs de mes chères filles de la Présentation. Je frappe sans cesse à la porte de tous les établissements. Mais, hélas ! un grand nombre me refusent l'entrée. Elles veulent bien me recevoir avec mes amabilités et ma gloire du Thabor, mais plusieurs ne veulent pas m'accueillir avec ma sainte famille des vertus, et surtout mes quatre Sœurs intimes, de qui je ne me sépare jamais. » Voici, mes chères filles, le nom de ces quatre Sœurs inséparables de Jésus-Christ : Humilité chérie du Cœur de Jésus, Pauvreté de Jésus, Mortification de Jésus, Obéissance de Jésus. — Je dis alors au bon Sauveur que j'allais frapper partout pour faire ouvrir toutes les portes à ses quatre Sœurs et que je croyais qu'à Pont-Saint-Esprit particulièrement, le grand nombre le recevrait cette année.
« Voyez, mes chères filles, si j'ai bien interprété vos intentions. Je conviens avec vous que ces quatre Sœurs sont très pénibles et très exigeantes. Plus on leur donne, plus elles demandent. Elles sont le fléau des passions, le bourreau de l'amour-propre, de l'esprit mondain, de la propre estime, de la vanité. Elles crucifient tous nos caprices et toutes nos propres volontés. Cette pauvreté ne nous laisse rien, elle nous dépouille de tout, elle ne supporte pas la moindre attache. L'obéissance nous resserre toujours de plus en plus dans les liens de Jésus-Christ, qui sont pour nous ceux de la Règle. Si vous les recevez, mes chères filles, il vous en coûtera ; mais une fois qu'elles auront établi leur règne en vous, le saint Enfant-Jésus fera sa demeure dans vos cœurs ; il vous comblera de ses grâces, il se communiquera à vous, il vous fera part de ses secrets, il vous apprendra à faire oraison, il prendra ses délices dans vos cœurs, il vous parlera du paradis, il vous chantera les beaux cantiques du ciel. Oh ! que vous serez contentes et heureuses, mes chères filles. C'est le vœu le plus ardent de mon cœur. Fasse le ciel que vous ayez ce bonheur! Mais vous ne l'aurez pas sans les quatre Sœurs. Le saint Enfant-Jésus veut aussi que vous donniez entrée au saint recueillement, au silence, et que vous fermiez bien les portes à tout le reste. J'ai la confiance que vous serez dociles et fidèles à la grâce. Je vous embrasse bien tendrement
toutes et vous laisse avec Jésus et ses chères Sieurs, et suis, mes chères filles, avec mon tendre cœur de mère :
• Votre bonne Mère Rivi
Une composition analogue au Domaine des Passions date de la même époque. Nous en possédons également le précieux manuscrit ; elle a pour titre : Entretien de la Sainte-Famille avee les premiers menthes de l'Association. La tentative était périlleuse, puisqu'elle consistait à mettre dans la bouche de Notre-Seigneur, de la très sainte Vierge et de saint Joseph un langage digne de la majesté des interlocuteurs et accessible en même temps aux âmes les plus humbles. La Servante de Dieu n'y faillit point. La Garde du Cœur avait montré, en des tableaux d'un relief saisissant, les vices qu'il faut fuir ; X Entretien avec la Sainte-Famille indiquait, en des portraits d'une grâce et d'une simplicité touchantes, les vertus qu'il faut suivre. Après le tableau du vice honni entre tous, l'amour-propre, voyons le portrait de la vertu particulièrement chère au cœur de Marie Rivier, l'humilité.
<i Jésus-Christ. — Mes chères filles, apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Considérez mes exemples. J'ai passé trente ans dans une vie cachée au monde, dans l'oubli et le mépris des créatures, quoique je fusse le maître du ciel et de la terre ; je ne me suis glorifié de rien, j'ai été le serviteur de tous. J'ai été foulé aux pieds, insulté, maltraité, accusé faussement, traîné comme un scélérat dans les rues et les prisons. J'ai été souffleté, flagellé, et enfin l'on m'a fait mourir sur une croix, après m'avoir brisé de coups, couronné d'épines, abreuvé de fiel et de vinaigre, accablé des plus humiliants outrages. J'ai souffert tout cela sans me plaindre, je ne me suis pas excusé une seule fois ; ma vie, depuis la crèche jusqu'au tombeau, n'a été qu'une croix et une humiliation continuelles.
■ Voulez-vous, mes chères filles, entrer avec moi dans cette voie de souffrances et d'humiliations? Écoutez ce que je demande de vous :
Supportez patiemment les petites humiliations journalières : que l'on vous accuse d'une chose vraie ou fausse, ne cherchez jamais a vous justifier extérieurement ou intérieurement ; pensez que si on vous connaissait comme je vous connais, on vous trouverait bien plus coupables.