l';e Je Madame Rivier, pp
2. Le Domaine tics Passions fut publié après la mort de la Vénérable Mère, par une de ses religieuses les plus intelligentes. Tout en respectant scrupuleusement la pensée de la Servante de Dieu, on crut, avec raison, devoir faire disparaître, dans une édition livrée au public, certaines négligences de style et abréger certaines longueurs ; mais il était inévitable que l'œuvre perdit à ce travail de revision, quelque chose de sa vigueur et de son originalité.
Marie Rivier. 23
LA \ ÉNÉRABLE MARIE RIVIER.
qu'il est pauvre, pour qu'on lui dise qu'il est riche ; il dit ne mériter
.•.tentions de personne, et il les veut toutes ; il prend toutes les
>ur se les attirer ; il mendie les louanges et les
:ics de tout le monde, mais surtout des personnes les plus
5l à un tel [Joint qu'on dirait qu'il ne peut pas
vivre sans cela.
àt un grand tourment pour lui s'il n'est pas approuvé et applaudi de tous dans tout ce qu'il fait et dans tout ce qu'il dit. Il ne reconnaît pour amis que ceux qui l'approuvent. C'est un être singulier et indéfini : il prend toutes les figures. Il est tantôt doux, honnête, bon, caressant, affable, serviable ; il prend cette voie pour mieux se faire estimer de certaines personnes. Avec d'autres, il est tout dévot, modeste, retenu, de manière qu'on le prendrait pour un saint ; c'est ce qu'il désire. Mais si l'occasion se présente que quelqu'un le méprise, le blâme, le désapprouve, le critique dans la moindre chose, ou qu'on lui refuse une louange sur ce qu'il dit ou fait ; si on ne s'empresse pas pour lui rendre un service qu'il désire, ou que l'on ne donne pas toute son attention à ce qu'il dit ; si on manque de le saluer, de lui céder le pas ; si on lui trouve un défaut, si on lui donne un mis, — il se croit méprisé Une seule de ces choses, que je viens de dire, le jette dans la tristesse, l'abattement, la rêverie, et quelquefois dans un tel état de malice et de dépit, que l'on ne peut l'apaiser ; car si on lui manque une fois, c'est un ennemi pour la vie. I! conserve la froideur et il ne vous aime plus. Le souvenir de ce qu'on lui a fait ou dit lui reste imprimé, de sorte qu'au bout de dix ans, de vingt ans, il se le rappelle, et il le fait sentir si l'occasion s'en présente. Il est extrêmement sensible, un rien l'affecte, et il passe souvent une partie de la nuit à s'occuper de tout ce qui l'a flatté ou contristé pendant le jour.
« L'amour-propre est d'une petite santé ; tout le rend malade ; il iouillet, sensuel ; il recherche en tout ses aises, ses commodités ; il craint beaucoup les chaleurs et le froid ; le moindre air l'enrhume ; il dit ne pouvoir dormir ; cependant il se lève très tard.
Les allégories semblables se rencontrent fréquemment dans la correspondance de la Vénérable Supérieure. Elles lui servent parfois a insinuer, sous les formes les plus gracieuses, les plus austères leçons. « Mes bien chères filles, écrit-elle le Ier janvier 1828, aux S eurs de Pont-Saint-Esprit, depuis Noël, en traitant avec le saint