DITES SŒURS DE LA. SAINTE-FAMILLE
Mobiles de la Vénérable Mère dans la fondation des Sœurs de la Sainte- Famille. — Rôle qu'elle assigne, dans son oeuvre, à la nouvelle association. — Préparation de l'œuvre : pèlerinages aux tombeaux de saint François de Sales et de sainte Chantai et au sanctuaire de Notre-Dame de Fourvières. — Établissement solennel du nouvel Ordre le 24 septembre 1827, fête de Notre-Dame de la Merci. — Attachement particulier de la Vénérable Fondatrice pour cette nouvelle branche de sa famille religieuse. — La chapelle de la Sainte-Famille. — Fruits d'édification produits par la nouvelle association : traits édifiants de plusieurs Sœurs de la Sainte-Famille. — La Vénérable Mère à Thueyts et à Alais. — Nouveaux périls de l'Église de France ; sollicitudes de la Vénérable Mère : l'allocution du samedi de la Pentecôte en 1829. — Dévoûment des Sœurs pendant l'hiver rigoureux de 1830. — La Congrégation des Sœurs de la Présentation de Marie est approuvée par Ordonnance royale, le 29 mai 1830.
DEPUIS longtemps la Vénérable Mère méditait l'organisation, dans son Institut, d'une nouvelle classe de religieuses, spécialement destinée « aux filles qui, n'ayant ni les talents ni les qualités propres à l'enseignement, désireraient se consacrer à Dieu et vivre en communauté (i). •• Lorsque, en 1827, il lui fut donné de réaliser
1. Projet de fotulaiion des Saurs de la Sainte- Famille, daté d'Aix-le.s-Uains, le 14 juillet 1827. — (Archives de la Maison-Mère de la Présentation.)
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son projet par la fondation de de la Sainte-Famille, une de
- :s filles lui demanda : « Pourquoi donc, bonne Mère, puisque cette œuvre vous tenait tant à cour, avez-vous tant tardé a la fonder? — enfant, répondit-elle, il y a vingt ans que j'y pensais et que je la désiiais, mais il m'a fallu ce temps pour prier et pour consulter I >ieu. »
« En effet, dit sœur Sophie, notre bonne Mère, continuellement occupée de ce qui lui restait à faire pour le perfectionnement de œuvre, méditait des projets, combinait des plans, mais elle attendait pour les exécuter les indications de la Providence. » — La première :e de la Vénérable Fondatrice semble avoir été de donner pour principale fonction à ses nouvelles filles l'adoration du très saint Sacrement. & Pendant que les unes d'entre nous, disait-elle, travaillent à cette ouvre de l'éducation, si difficile aujourd'hui, je voudrais que d'autres se tinssent, comme de nouveaux Moïses, prosternées au pied des autels pour obtenir du Cœur de Jésus-Christ les grâces nécessaires à nos travaux. » Ce projet d'instituer, dans la Congrégation, des adoratrices permanentes, chargées d'intercéder pour l'ordre entier, ne fut pas abandonné ; mais, après l'avoir mûri dans la réflexion et dans la prière, la Vénérable Mère crut devoir réserver les fonctions d'adoratrices à celles de ses religieuses, tant de la Présentation que de la Sainte-Eamille, à qui 1 âge ou les infirmités interdiraient l'exercice du dévoûment actif. Les emplois spécialement réservés aux nouvelles Sœurs furent les travaux manuels de la Maison-Mère et des autres établissements, la direction des orphelines et, suivant les aptitudes particulières de chacune et les besoins de la Congrégation, l'enseignement des pauvres à la campagne et des jeunes enfants dans les petites écoles.
Pour la réalisation de son œuvre, la Mère Rivier fit choix de quelques filles dont la sage conduite lui était connue et qui étaient pour la plupart déjà dans la maison, mais n'avaient jamais été agrégées à l'Institut. Au mois de juillet, elle les réunit, dans l'intérieur même de la Maison-Mère, en une sorte de noviciat, sous la direction d'une religieuse de la Présentation. Ensuite, pour obéir aux ordres des médecins et aux conseils de M. Vernet, elle se rendit à Aix-les-Bains, en Savoie, accompagnée de sœur Marie et de sœur Arsène.
De pareils voyages avaient toujours été pour elle les occasions de quelque œuvre de prière ou d'apostolat. Elle en profita, cette fois,
pour rôt:' Règleî de la récente institution et pour la recom-
mander, à Annecy, devant les châsses de saint François de Sales et
linte Chantai, à ces deux saints vénères, lui revenant par Lyon, elle alla déposer aux pieds de la Sainte- Vierge, sur l'autel de Notre- Dame de Fourvières, pendant une messe qui fut dite à ses intentions, le cahier des I le la nouvelle fondation et une longue lettre
dont voici les principaux passages :
i Très sainte Vierge, ma tendre Mère, Souveraine et Fondatrice de la maison de la Présentation, que vous m'avez confiée malgré mon indignité, souffrez que je vienne aujourd'hui déposer à vos pieds, sur l'autel de votre église de Fourvières, le second projet de fondation que vous m'avez sans doute inspiré vous-même. Prosternée à vos pieds, je vous prie très humblement de jeter les yeux sur ce petit cahier que j'ose vous présenter. Voyez, ma bonne Mère, si c'est ainsi que vous désirez cette œuvre. Si vous voulez différemment, manifestez votre sainte volonté. Ma grande peine, ce qui fait mon tourment de tous les jours, c'est la crainte de gâter toutes vos œuvres, de ne pas conduire vos filles comme vous le voulez, de mettre obstacle à leur perfection par mes infidélités sans nombre et mon peu de vertu....
Très sainte et bonne Mère, je vous supplie de jeter vos regards sur le projet qui est à vos pieds. S'il doit procurer la gloire de votre divin Fils et la vôtre, daignez l'agréer et le bénir ; mais, s'il ne vous est pas agréable, rejetez-le, opposez-vous à sa réussite. Je préférerais la mort et la destruction de tout ce qui s'est fait jusqu'ici plutôt que de ne pas faire la volonté de Dieu et la vôtre. Périsse tout ce qui n'est pas pour la gloire de Dieu et de Marie !....
€ Je vous présente, ma bonne Mère, toutes vos filles de la Présentation : les Sœurs, les novices, les prétendantes, les orphelines et filles de la nouvelle fondation. Regardez favorablement ce troupeau qui vous appartient. Donnez-nous à toutes l'humilité, car sans cette vertu nous ne pouvons rien faire qui vous soit agréable, et couvrez-nous toujours de la protection de votre divin Cœur. Ainsi soit-i!. 17
La Vierge de Fourvières exauça une prière si touchante. De retour a Bourg, la Mère Rivier acheva la formation de quelques novices de la Sainte-Famille, et, le 15 septembre, elle ouvrit les exercices d'une retraite pour les préparer à la cérémonie de leur