CHAPITRE XXVIII
agrégation. Pendant cette retraite: la bonne Mère leur fit de fréqui
instructions pour leur expliquer leurs devoirs, et leur donna lecture du Dialogue de la Sainte-Famille, dont nous avons parlé au chapitre précédent Plus d'une fois, au témoignage de sœur Joseph, les bonnes So-urs furent attendries jusqu'aux larmes. Le 24 septembre 1827, fête de Xotre-Dame de la Merci, Mgr l'évêque de Viviers se rendit à Bourg-Saint-Andéol, et, pour témoigner de l'intérêt qu'il prenait à cette œuvre, voulut présider lui-même la cérémonie de l'agrégation des nouvelles religieuses. Les sept premières sœurs de la Sainte- Famille, vêtues de leur costume, robe noire, tablier bleu et pèlerine bleue, reçurent des mains de leur Supérieure le cahier de leurs Règles, promirent fidélité à tout ce qui y était contenu et s'avancèrent vers le sanctuaire, où l'évêque bénit les voiles et les croix, qu'il leur imposa ensuite. La cérémonie se termina par une allocution de Monseigneur et la célébration de la sainte Messe.
Les registres de la Maison-Mère nous ont conservé les noms des premières Sœurs de la nouvelle fondation : elles s'appelaient Jeanne \ "incent, Victoire Exbrayat, Victoire Voile. Françoise Blache, Marie Jouvin, Victorinc Durand et Marianne Oreille. La Vénérable Mère, d'abord incertaine sur le nom à donner à la nouvelle association, hésita au début entre les dénominations de Sœurs du tiers-ordre de la Présentation (1), Sœurs de Marie, Sœurs converses de la Présentation et Sœurs de la Sainte-Famille. C'est ce dernier titre qui fut définitivement adopté. « NotreMère choisit ce nom, disent les Annales, d'abord parce qu'elle voulut que nos nouvelles Sœurs fussent sans cesse appliquées à imiter Jésus, Marie et Joseph formant la famille de Nazareth ; ensuite parce qu'elle entendit leur proposer également pour modèle la famille de Béthanie, Lazare, Marthe et Marie : Lazare pour l'esprit de pénitence et de mortification, Marthe pour l'amour du travail, Marie pour l'esprit intérieur. »
« Oui, vous êtes les enfants chéries du cœur de votre Mère, écrivait aux premières Sœurs de la Sainte-Famille M. Vernet, parce qu'elle voit Jésus, Marie, Joseph vivant dans l'exercice de vos emplois, et,
1. La Vénérable Mère les appelait parfois ainsi, par analogie sans cloute avec les Sœurs du tiers-ordre de Saint-Dominique, dont elle avait fait partie à Montpezat. Mais cette dénomination est impropre. Les Sœurs de la Sainte-Famille, qui ont le même noviciat, la nicme constitution générale, et les mêmes exercices que les Sœurs de la Présentation, ne constituent à aucun titre un Tiers-Ordre ou un second Ordre.
elle l'espère, vivant dans vos cœurs par le zèle que vous avez à imiter leurs verti
Pans le but de mieux graver cette leçon dans l'esprit des nouvelles Sœurs, M. Vernet indiqua à la Vénérable Mère un groupe en - sculpté, qu'il avait remarqué chez un de ses amis de Lyon, M. Guillaud, et qui figurait dans l'attitude du travail les trois saints personnages de la maison de Nazareth : Notre-Seigneur y était représenté à l'âge de vingt-cinq ans environ, maniant le rabot ; la Sainte-Vierge assise, tenant un ouvrage de couture, et saint Joseph dans la tenue d'un humble ouvrier sciant une planche. Ces trois statues, œuvre d'un pauvre berger du Tyrol, âgé de plus de quatre-vingts ans l), pouvaient laisser à désirer au point de vue artistique, mais il était impossible de n'être point frappé par leur expression naïve de sainteté.
Grande fut la joie de la Vénérable Mère, qui se hâta de faire l'acquisition des trois statues (2), et les fit placer, d'abord dans la salle de communauté, puis, dans une pièce attenante à la chapelle, faujourd'hui la tribune des orphelines), où on alla fréquemment les vénérer
Bien des faits, dans la vie de la sainte Fondatrice, semblent justifier la parole de M. Vernet aux premières Sœurs de la Sainte- Famille : •• Vous êtes les enfants chéries du cceur de votre Mère. » — « Elle avait une confiance toute spéciale, dit sœur Sophie, dans leurs prières et leurs pratiques de pénitence, et elle aimait à les réclamer dans les circonstances qui intéressaient la gloire de Dieu et le salut des âmes. Ayant appris un jour que les jeunes gens de Bourg, désespérant de voir les jeunes filles de la paroisse prendre part aux divergents de la fête patronale, y avaient invité les filles des communes voisines, avec promesse de gratification en argent pour celles qui serendraient à cet appel, elle mit aussitôt les Sœurs converses en prières, afin d'obtenir une pluie abondante qui empêchât les danses et les divertissements projetés, s'engagea à donner aux pauvres une somme égale à celle qui avait été votée pour entraîner les jeunes
1. L< ttre 'le M. Guillaud à la Vénérable Mère, citée dans les Annales.
2. La dévotion de la Vénérable Mère à la Sainte-Famille de Nazareth était très ancienne : on montre encore à Montpezat, dans la maison dite du Chanton, où Marie Kivier ouvrit sa première école, un groupe de la Sainte-Famille, qu'elle y avait elle-même placé.
3. La Révérende M'jre Arsène ri t , plus tard, transporter ces statues à la petite chapelle, appelée des lors de la Sainte- Famille, au premier étage.