‹ La vénérable Marie RivierChapitre 235 sur 279 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

La période qui suit la mort, des grands serviteurs de Dieu, est, en t, ordinairement marquée, ainsi que le Sauveur l'avait prédit p mi- lui-même, par une triple manifestation : par l'accomplissement il ■ prodiges plus grands ou plus nombreux que ceux qu'ils accomplirent pendant leur vie terrestre, par une expansion nouvelle de leur œuvre 1 et par une effusion de leur esprit : (2) les saints se survivent sur la terre par leurs miracles, par leurs institutions et par la surnaturelle influence de leurs vertus. Sans vouloir rien préjuger des décisions de la sainte Église, et en renouvelant ici d'une manière plus spéciale la déclaration que nous avons placée en tète de cet ouvrage, il nous semble qu'aucun de ces signes providentiels ne fut refusé à la Vénérable Servante de Dieu dont nous avons raconté la vie.

Dans sa déposition au l'rocès de canonisation, le 11 juillet 1S46, sœur Marie déclare avoir entendu parler de plus de cinquante guérisons obtenues à la suite de prières adressées à la Vénérable Mère Rivier et elle énumère quarante-quatre de ces faits, que la voix publique qualifiait déjà de miraculeux. Dans le registre où les filles de Marie Rivier inscrivent religieusement tous les signes de protection obtenus par l'invocation de leur Vénérable Fondatrice, nous comptons, au moment où nous écrivons ces lignes (novembre 1897) plus de quatre cents grâces, toutes garanties, soit par la signature des personnes qui en furent l'objet, soit par celles des personnes qui en furent les témoins. Plusieurs de ces attestations sont accompagnées de procès-verbaux des médecins. Nous raconterons d'abord celles de ces grâces qui furent obtenues dans l'année même de la mort de la Vénérable Fondatrice.

Il était naturel que la première de ces faveurs fût réservée aux Sœurs de la Présentation de Marie. A l'époque de la mort de la Vénérable Mère, sœur Théophile (Anne Montcouquiol, de Laurac), institutrice au Monastier, souffrait depuis quatorze ans d'une tumeur au bras droit, accompagnée de douleurs violentes et d'une contraction dans toute la longueur de ce membre. Les soins les plus assidus du docteur Sénac, du Monastier, et du docteur Cade, de Bourg- Saint-Andéol, avaient été impuissants à enrayer les progrès du mal.

1. Et ego si exallatics fuero a (emi, omnia traham ai meipsum. C'est lorsque je serai élevé au-dessus de la terre que j'attirerai tout à moi. (S. Jean, ch. XII, v. 32.

2. Si enitn non abiero,Parac!elus >ion veniet ad vos. Si je ne m'éloigne pas de vous,l'Esprit consolateur ne viendra pas à vous. (S. Jean, ch. XVI, v. 7).

is >ns aux eaux thermales de Bagnols et de Gréoux n'avaient apporté aucune amélioration. Les doigts et le poignet de la main droite se contractaient déplus en plus. Le docteur Doux, inspecteur des bains de Gréoux, déclara à sœur Théophile, en présence de sœur Saint-Éloi, que tout traitement était désormais inutile, le mal étant trop invétéré.

Abandonnée par les médecins, sœur Théophile se sentit portée à invoquer une pieuse jeune fille, Mlle Sermet de Tournefort, qui venait de mourir à la Tour-d'Aigues en odeur de sainteté : (i) « Obtenezmoi, lui disait-elle, au moins la consolation de pouvoir faire le signe de la croix. » Or, une nuit, la bonne Sœur vit en songe la Mère Rivier lui apparaître et lui dire avec un ton de doux reproche : « Eh quoi ! ma fille, n'avez-vous pas confiance en votre Mère? » Dès lors, dit sœur Théophile, je cessai mes prières à M1,e de Tournefort, et, comme mon départ pour Bourg-Saint-Andéol était très prochain, je résolus d'y faire une neuvaine auprès du tombeau de notre Vénérable Mère.

Foute la Communauté s'y associa. Chaque jour, j'allais sur la tombe de la Servante de Dieu ; je prenais un peu de terre de la main gauche et j'en faisais un signe de croix sur le bras malade ; puis, je montais à la chapelle de la Sainte-Famille, et, plaçant ma main droite sur le reliquaire où est renfermé le cœur de notre bien-aimée Supérieure, je faisais à haute voix l'aveu de quelques-unes de mes faiblesses. Le troisième jour de ma neuvaine, qui était un samedi, me trouvant un matin dans la chapelle de la Sainte-Famille, en compagnie de sœur Célestine et de sœur Saint-Éloi, je sentis tout à coup mes doigts s'allonger. J'essayai aussitôt de faire le signe de la croix. O prodige ! mon bras droit avait repris sa souplesse naturelle. Depuis lors je n'ai plus rien éprouvé de mes anciennes infirmités.

je mets avec assurance la main sur les saints Évangiles pour attester que tout ce qui a été écrit dans ma déposition contient la vérité, étant disposée à mourir plutôt que de dire la moindre chose qui ne soit pas exacte, et j'ai signé, le 30 juin 1838, fête delà commemoraison de saint Paul : Sœur Marie Théophile. »

ima Sermet de Tournefort, fille de M. Scipion Sermet de Tournefort, de la famille du célèbre botaniste aixois. avait été une insigne bienfaitrice de l'établissement de la Tour-d'Aigues. Son corps repose dans la chapelle du Carmel d'Arles, que la famille de Tournefort avait fait construire, à côté de la dépouille mortelle de sa sœur aînée, la vénérée Mère Saint-Pierre, morte comme elle en odeur de sainteté.

Page 1