CHAPITRE V
nous disait : « Vous qui ave/, en abondance, donnez quelque ch< telle ou telle, ce sera pour vous une mortification de courte durée, puisque, arrivées chez vous, vous trouverez tout ce qu'il vous faut, tandis que ces pauvres petites n'auront peut-être pas un morceau de pain. » Nous faisions volontiers ce que désirait notre charitable maîtresse, et, le lendemain, nous avions soin d'apporter un goûter encore plus copieux, afin de pouvoir mieux contenter son bon cœur. »
Ici se place un fait dont nous laissons l'appréciation au jugement de l'Eglise, nous bornant à citer, à ce sujet, les témoignages que les juges ecclésiastiques ont recueillis, soit pendant le cours du premier Procès d'information institué par l'Ordinaire, soit au cours du Procès apostolique.
Le 6 juin 1846, Marie Grasset, épouse Brun, demeurant à Montpezat, alors âgée de soixante-dix ans, faisait dans l'église de sa paroisse, après avoir solennellement prêté sur l'Évangile le serment d'usage, la déclaration suivante : « Il y avait, tout près de la classe, dans un oratoire, une petite et ancienne statue de la Sainte-Vierge. Notre bonne maîtresse nous disait quelquefois : « Allez réciter un Patej- et un Ave devant la statue : si vous priez avec ferveur, la Sainte-Vierge vous regardera en souriant, mais si vous ne la priez pas bien, vous la ferez pleurer. » — Eh bien, nous allions, par bandes de cinq, six, parfois en plus grand nombre, nous agenouiller autour de la statue, nous récitions notre prière avec toute la ferveur possible, les yeux fixés sur le visage de la Sainte-Vierge ; et, plusieurs fois, il nous fut impossible de douter que la Vierge nous eût souri.
« Bien des années se sont écoulées depuis lors , mais je me rappelle très bien ces gracieux sourires. En nous mettant à genoux, nous nous disions : « Remarquons bien lorsqu'elle sourira », et la première qui s'en apercevait avertissait les autres. Quelquefois nous nous en apercevions toutes, en un même instant, et nous nous écriions d'une voix : « Maintenant ! maintenant ! iaro ! iaro ! » Nous étions d'ailleurs d'un âge à bien discerner les choses, plusieurs d'entre nous avaient de dix à douze ans. Quelques-unes de mes anciennes compagnes qui vivent encore m'ont plus d'une fois rappelé ce fait merveilleux, qu'elles avaient observé comme moi. Je me souviens d'avoir vu notre sainte maîtresse elle-même prier avec nous, agenouillée devant la statue, et de l'avoir entendue nous dire : « Voyez comme elle nous sourit ! »
gssïon du Procès apostolique, M. le
chanoine Valette, curé de Montpezat, après avoir certifie que le
—us cité, Marie Grasset, épouse Brun, décédée depuis
quelques ann lujours été - une femme d'honneur, une bonne
mère de famille, une chrétienne fervente et d'une conduite exemplaire ». déclare qu'il a entendu le même récit, fait en termes identi- . de la bouche d'autres personnes honorables, parmi lesquelles il cite : Il Marie Tourrette, Marie Breysse, épouse Laplanche,
n. épouse Coudène, Marie Brun, veuve Delubac, et
irrche Combette, veuve Teyssier.
La précieuse statue est aujourd'hui vénérée dans la chapelle des religieuses de la Présentation de Mtontpezat. L'expression du visage, grave et sévère, n'a rien qui puisse donner lieu à l'illusion d'un sourire.
Mieux placées que personne pour apprécier le bien que faisait autour d'elle la pieuse institutrice, les Sœurs du Tiers-Ordre de Saint-Dominique lui confièrent, par un vote unanime, le soin de former leurs postulantes et leurs novices. Elle accepta cette charge avec une joie qu'elle ne chercha pas à dissimuler, et se mit à l'œuvre avec son ardeur ordinaire. Sous sa direction, le noviciat prit une face nouvelle et un accroissement inespéré. De sept, le nombre des novices s'éleva en quelques mois jusqu'à vingt. Les instructions avaient lieu le dimanche, mais l'infatigable maîtresse profitait du temps libre que lui laissaient ses classes pendant la semaine, pour travailler à la formation de ses chères novices par de fréquents entretiens particuliers.
La Vénérable Mère déclarait à sœur Marie qu'elle ne fut pas à ce sujet à l'abri de toute critique. « J'étais très gaie, dit-elle. Pensant qu'il fallait rendre la vertu aimable à ces jeunes filles, j'allais quelquefois à la maison du Chanton pour y passer la soirée. On y riait et on s'y amusait beaucoup. Une vieille Sœur, que nos rires fatiguaient et scandalisaient, nous manifesta plusieurs fois son mécontentement. Quand notre joie lui paraissait trop bruyante, elle allait subitement se coucher, puis elle appatit, à demi-vétuc, pour imposer le silence. Mais elle comprit bientôt qu'une joie innocente était plus propre à détacher ces jeunes filles des fausses joies du monde qu'une piété trop austère. » effet, le Tiers-Ordre tout entier se ressentit de l'accroisse-