CHAPITRE V
débuté par une sévérité exagérée. Peut-être la nécessité d'établir des le début son autorité et la vivacité naturelle de son tempérament l'avaient-elles portée à quelque réprimande excessive. Mais le témoignage de l'humble Servante de Dieu doit être ici complété par celui de ses anciennes élèves.
M ' l.uplanche, en iS.|\;i exprimé d'une manière très saisissante l'impression qu'avait produite sur elle, en 1787, la jeune institutrice de Montpezat. « 11 y avait dans sa personne quelque chose qui ne se peut expliquer : je frissonne de joie quand je parle d'elle. En entrant dans la classe, elle nous regardait toutes ; mais, tandis que ses yeux portaient la crainte dans l'âme de ceux qui axaient quelque faute à se reprocher, les autres y voyaient une bonté qui n'a pas de nom. »
Il va sans dire qu'elle ne se bornait pas à enseigner à ses élèves à lire et à écrire, ni même à observer les règles d'une bienséance naturelle ; ses efforts tendaient surtout à leur inspirer une vraie et solide piété. Les points sur lesquels elle insistait le plus fréquemment étaient la pensée des fins dernières, le souvenir de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la dévotion à la Sainte-Vierge et à l'Ange Gardien.
« Elle nous enseignait avec tant de soin le catéchisme, dit Mnie Brun, que nous nous sentions toutes affermies dans la foi. Elle ajoutait à ses explications des paroles enflammées. Il en est une qu'elle répétait souvent : «, Mes enfants, s'écriait-elle, je veux vous mener toutes en Paradis ! »
« Je me souviens du grand soin qu'elle mettait à nous préparer aux sacrements, dit un autre témoin ; elle ne nous quittait pas à l'église, nous surveillait bien exactement, nous aidait à faire notre examen et à nous exciter à la contrition, nous parlant avec beaucoup de force de la rigueur des peines de l'enfer : « Le feu de ce monde, nous disait-elle, n'est qu'une eau froide en comparaison du feu qui brûle les damnés. »
4. Le souvenir de la Passion du Sauveur, dit Jeanne Breysse, était une de ses dévotions les plus chères: elle nous faisait faire souvent des processions dans la classe, avec des croix et d'autres instruments, pour nous rappeler les diverses circonstances des souffrances de Jésus-Christ. » D'autres témoins rapportent que souvent, surtout le dimanche ou le vendredi, elle conduisait ses élèves au Calvaire, que l'on voit encore près de l'ancienne église de Montpezat, pour y faire
Ile savait si bien leur rendre cet exercice aimable allaient toujours avec plaisir. •
airait dire, ajoute Agnès Chastagnier, tout ce que son inventait pour nous inspirer l'amour de la Sainte-Vierge : elle avai: m toujours sur les lèvres et ne cessait de nous recom-
mander d'avoir recours à elle dans tous nos besoins. » Chaque jour, en classe, on récitait trois chapelets. Quand M11'' Rivier était particulièrement satisfaite de la bonne conduite de ses élèves, elle les conduisait en pèlerinage au sanctuaire de Notre-Dame-de-Pitié, et .13 sage de toutes avait l'honneur d'allumer les deux cierges qui brûlaient devant l'image de la Mère de Dieu tout le temps que les enfants restaient en prière à la chapelle.
« Je n'ai jamais pu oublier, dit Mme Brun, ce qu'elle nous disait de la dévotion que nous devions avoir pour notre saint Ange Gardien. Depuis lors, je ne me suis jamais sentie seule. Pendant des journées entières, personne ne me visite dans ma chambre, d'où je ne sors plus guère, mais, dès l'enfance, grâce aux leçons de ma sainte maîtresse, j'ai pris l'habitude de m'entretenir avec mon bon Ange. Il me garde et il me tient compagnie. »
En même temps qu'elle inculquait à ces jeunes âmes une foi vive et une tendre piété, Marie Rivier n'oubliait pas de leur inspirer un attachement fidèle à tous leurs devoirs d'état. « Il n'est pas un devoir de notre condition et de notre âge, dit Marie Grasset, qu'elle ne nous aidât à bien remplir. Elle revenait souvent sur le respect, l'amour, l'obéissance que nous étions obligées d'avoir pour nos parei.'
Si la bonne maîtresse paraissait avoir quelque préférence parmi les élèves de sa classe, c'était pour les plus pauvres. Elle ne se contentait pas de leur faire un aussi bon accueil qu'aux enfants riches, elles les envoyait chercher, elle allait elle-même les inviter à venir. « Ainsi, dit Marie Suchon, elle me fit dire à moi par une de ses élèves : <{ La maîtresse vous prie de venir en clas-e : peu importe que vous payiez ou que vous ne payiez pas, venez toujours. » C'était le petit nombre des enfants qui donnait une rétribution scolaire, et la bonne maîtresse s'appliquait à leur faire pratiquer la charité envers leurs compagnes moins fortunées, sous la forme qui pouvait le moins blesser la délicatesse de celles-ci. ■ Que de foi- . par exemple, dit M",e Brun, à l'heure du goûter, s'apercevant que quelques enfants pauvres n'avaient rien à manger, elle