CHAPITRE IX
moins sa bonne œuvre, toute disposée à recommencer si l'occasion s'en présentait. »
L'occasion en effet ne tarda pas à s'offrir. Peu de temps après, elle recueillit un petit enfant abandonné à Montpezat par une femme étrangère. Elle le confia à une nourrice qu'elle se chargea de payer. € Dans mon empressement, dit-elle, je m'étais engagée sans avoir pris le conseil de ma mère. Aussi ne lui en parlai-je qu'avec une certaine appréhension. Loin de me blâmer, elle se hâta de me répondre : «Tu as bien fait; le bon Dieu prendra soin de cet enfant.» Effectivement, le bon Dieu prit soin de lui, puisque quelque temps après il l'appela au ciel. »
\< Plus je faisais, dit-elle, plus je désirais faire encore. Une pensée surtout m'affligeait et me venait continuellement â l'esprit : ici, me disais-je, les enfants s'instruisent ; les jeunes filles et les femmes ont le secours d'un enseignement chrétien, mais ailleurs, les mêmes œuvres ne seraient-elles pas possibles ? à Thueyts, à Meyras, â Burzet, ne faudrait-il pas aussi soutenir la foi, montrer le chemin du ciel ? Cette pensée me remplissait de tristesse et faisait sur moi une si vive impression que j'aurais voulu pouvoir me multiplier pour travailler partout à l'enseignement de la religion et à la gloire de Dieu. Alors mon idée de communauté me revenait plus vive que jamais. Dans mon imagination, je me figurais un couvent déjà fondé. Puis, me voyant seule, tout en faisant ma classe, je regardais mes enfants l'une après l'autre : Celle-ci et celle-là, me disais-je, ont de la facilité, elles feraient de bonnes maîtresses. Il faut que je les forme bien, puis, si Dieu me les donne, je les enverrai faire l'école. »
Pour commencer au plus vite, Mlle Rivier dut chercher des auxiliaires hors de sa classe, mais ses deux premiers essais furent des plus malheureux. « La première personne qu'elle s'adjoignit, dit sœur Sophie, ne servit qu'à exercer sa patience, elle ne lui parlait jamais que du ton le plus grossier et le plus injurieux. Mlle Rivier supporta tout avec une douceur inaltérable, et, au lieu de la renvoyer, attendit sans se plaindre qu'elle se retirât d'elle-même. Elle ne fut pas plus heureuse avec la seconde personne qui se présenta ; une maladie dangereuse obligea celle-ci de retourner dans sa famille ; de sorte que M'le Rivier continua de porter toute seule le poids de ses travaux. »
Enfin la Providence lui envoya trois précieuses auxiliaires. La
ière, Marie Eyraud, âgée de vingt-sept ans, et la seconde,
ne Delubac, âgée de vingt et un ans, devaient pins tard, sous
>ms de sœur Marion et de sœur Anastasie, jouer un rôle important dans l'établissement de l'Institut La troisième, connue dans le peuple sous le nom de Chirouze. se sépara en 1794 de la communauté pour diriger une petite école à Montpezat.
« A chacune de ces trois compagnes fut assigné un village, à
mité de Montpe/.at. Klles y enseignaient le catéchisme aux enfants, y surveillaient la jeunesse et venaient ensuite rendre compte de leur mission à Mlle Rivier. Celle-ci visitait ensuite chacune de ces paroisses, et, comme elle y était connue, elle réprimandait avec autorité les coupables, leur faisait comprendre leurs torts et ne craignait pas d'adresser aux pères et mères les reproches qu'ils méritaient pour n'avoir pas surveillé leurs enfants. Ses avis étaient toujours bien reçus parce qu'on savait qu'ils partaient d'un cœur brûlant de zèle, et personne n'osait lui manquer de respect 1). »
Dans la salle de Montpezat où Marie Rivier avait établi le centre
.s <euvres, elle avait déjà réussi à donner à sa petite communauté la forme religieuse depuis si longtemps rêvée. « Outre les externes, raconte la Vénérable Mère, nous recevions, sous le nom de cameristes, dix à douze petites pensionnaires qui prenaient dans la maison leurs repas envoyés par leurs parents, et qui y avaient leur logement. Il est vrai que la même salle servait de classe et de réfectoire pendant le jour et de dortoir pendant la nuit. Chaque matin, on entassait les lits dans un coin, les uns sur les autres. Mais, en attendant de pouvoir faire mieux, nous cherchâmes à imiter autant que possible les exercices et les usages des communautés religieuses. Une petite cloche, placée à la porte, pour les étrangers, nous servait à donner le signal de tous les exercices. Une sorte d'oratoire, dressé dans la salle, nous tenait lieu de chapelle. Quelques colonnettes, du papier peint, des guirlandes de buis, des fleurs, en faisaient toute la décoration. C'est là que se faisaient les prières de la communauté.
Mes cameristes ressemblèrent bientôt à de petites religieuses. Quand elles allaient, en bon ordre, par la ville, tout le monde s'édifiait de leur modestie, de leur retenue; de sorte que bien des familles