CHAPITRE XII
blissement dut être abandonné quelques années plus tard. La Servante de Dieu connaissait alors, par sa propre expérience, cette loi providentielle qui, dans les œuvres surnaturelles, proportionne ordinairement les épreuves îles premiers jours à la grandeur du succès
qui doit couronner l'entreprise. C'est parce que Dieu voulait l'œuvre de Thueyts, c'est parce qu'il devait en faire le berceau d'une œuvre plus grande encore, qu'il entoura sa naissance des plus dures tribulations.
Pour le département de l'Ardèche, comme pour bien d'autres départements éloignés fie la capitale, les premiers mois qui suivirent la révolution de thermidor ne furent pas une période d'accalmie ; la Terreur, parvenue plus tard dans ces régions, s'y prolongea plus tard, aussi. lTn mois après les exécutions de Privas,au commencement du mois de septembre 1794, un arrêté du Comité du Salut public avait ordonné l'arrestation « de la personne du nommé de Blou. » L'église paroissiale de Thueyts, fermée depuis quelque temps, put s'ouvrir de nouveau (1 , il est vrai, en exécution du décret du 21 janvier 1795, qui proclamait « la liberté des cultes », et de la loi du 30 mai 1795, qui « remettait aux paroisses les églises non aliénées » ; mais cette concession devenait un leurre pour les catholiques, par suite de l'obligation imposée aux prêtres de prêter un nouveau serment de « haine à la Royauté, d'attachement et de fidélité à la République et à la Constitution de l'an III. » Ni M. Pontanier, ni aucun prêtre fidèle ne purent, dans ces conditions, célébrer le Saint- Sacrifice dans l'église de Thueyts.
Le gouvernement du Directoire, qui succéda, le 27 octobre 1795, au gouvernement de la Convention nationale, ne parut pas apporter une amélioration sensible à la situation religieuse et politique du pays. Soit par la corruption des mœurs qui fut le caractère particulier de ce régime et dont ses agents se firent trop souvent les propagateurs dans les provinces, soit par les lois plus savantes et plus dures qu'il porta, soit par le privilège qu'il s'arrogea de les exécuter lui-même, le Directoire aggrava, sur plusieurs points, la Terreur elle-même (2).
Mgr d'Aviau, archevêque de Vienne, nommé par le Saint Siège administrateur du diocèse de Viviers, avait, le 17 mars 1795, confié
1. Le Schisme constitutionnel dans l'Ardèche, par Simon Brugal.
2. Voir le savant ouvrage de M. Victor Pierre : La Terreur sous le Directoire, Paris, Retaux- Bray, 1893.
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les p . à un prêtre
Ipice, M. Vemet Celui-ci, déguisé sous un costume de Montai, parcourait les villes et tant le repentir et recevant l'abjuration clés prêtres que l'exemple de M. de Savine avait pu ébranler ou momentanément séduire. Les retractations furent nombreuses. lui même temps, les populations catholiques, mieux éclairées, tient le vide autour des prêtres assermentés qui s'obstinaient dans leur défection, et, en plus d'un endroit, ne ménageaient pas les signes de leur mépris aux apostats (i). Les autorités révolutionnaires s'alarmèrent alors. L'agent Flaugergues écrivit au Directe >ire de Privas que l'Ardèche allait devenir « une nouvelle Vendée ». L'ordre d'arrêter les prêtres réfractaires fut renouvelé. Au mois de juin 1795, le représentant du peuple, Goupilleau, parcourut le département et vint à Thueyts même, pour réveiller « le patriotisme endormi » des populations. L'agitation se propagea jusque dans les villages les plus reculés des montagnes. Des bandes de brigands parcoururent le pays. Suivant un rapport adressé au Directoire de J 'rivas en 1797, ils étaient au nombre de cinq mille ; le bois de Bauzon, près de Montpezat, leur servait de repaire (). Nuit et jour, on entendait, dans les rues de Montpezat et de Thueyts, des coups de fusil ou de pistolet. Dans un engagement qui eut lieu, en février 1797, entre les gardes nationaux de Montpezat et les brigands, on compta trois morts et vingt blesssés (3).
En même temps, la Révolution travaillait à remplacer les fêtes catholiques par le culte de ses prétendues nouvelles divinités. Aux mois d'avril, mai, juin, juillet et août 1796, on imposa la célébration des fêtes de la Jeunesse, de la Reconnaissance, de la Victoire et de la Liberté, jusque flans les moindres bourgades (4).
Au milieu de ces agitations, que faisait Marie Rivier ? Elle mettait en pratique la maxime qu'elle devait donner comme règle de conduite à ses compagnes, dans des circonstances semblables : * Prier, travailler et se taire. »
1. Les catholiques du Yivarais avaient adopté le cliant du coq pour rappeler aux intrus, ainsi que le coq le fit à <-aint l'ierre, le scandale de leur chute. A Annonay, quatre jeunes filles furent condamnées à la prison pour avoir crié Cacaraca au passage d'un apostat. (Le Schisme constitutionnel dans i'Ardic/ie, p. 18).