CHAPITRE XII. IOI
Elle priait d'abord et faisait prier autour d'elle. « Dans le corridor de la maison d'( : fit placer clés écriteaux portant de
pieuses sentences, que les élèves lisaient et méditaient ; de telle sorte que le corridor lui-même devint un lieu de prière. De pareilles maximes ornèrent les murs des chambres. Mais ce fut le galetas de la maison qui devint surtout l'asile de la ferveur. On y avait dr< une grande croix. C'est là que l'on faisait le chemin dit Calvaire, les processions, les méditations ; c'est là que MUe Rivier allait porter ses inquiétudes et répandre ses larmes (i). »
A la prière, la pieuse maîtresse d'école joignait un travail sans repos. D'abord seule, elle eut, dans le courant de l'année 1795, l'aide de deux bonnes jeunes filles de Thueyts, Martine Teston, âgée de vingt-trois ans, et Thérèse Chaudanson, qui entrait dans sa trente et unième année. Au début de l'année suivante, deux de ses anciennes compagnes de Montpezat vinrent la rejoindre, ce furent Marie Eyraud et Jeanne Delubac. La troisième, nous l'avons vu, resta à Montpezat, sur les instances de la population, pour y continuer l'école.
De ces quatre auxiliaires, deux ne savaient pas autre chose que leur catéchisme; les deux autres enseignaient à lire et à coudre aux enfants, mais étaient absolument incapables, au début, de leur apprendre à écrire, par la raison qu'elles ne le savaient pas ellesmêmes. Dans les premiers temps, leur secours ne déchargea donc que fort peu Marie Rivier. Celle-ci, dans les intervalles libres que laissaient à ses compagnes les travaux manuels, la surveillance des enfants et les quelques leçons qu'elles pouvaient donner, fut obligée de se faire leur institutrice. <l J'ai connu ces quatre premières compagnes, dit sœur Saint-Pierre ; l'une d'elles racontait ainsi sa vocation : € M1Ie Rivier me dit un jour : <L Venez avec moi et nous ferons l'école aux petits enfants. > A quoi je répondis : « Je ne puis vous offrir que ma bonne volonté, mais je vous promets bien de vous obéir en tout. » Et je quittai ma maison et j'allai chez elle. » Telle fut, sans doute, la vocation des trois autres compagnes, tel fut leur empressement à répondre à la grâce. Admirable simplicité, qui fait songer à la générosité des premiers apôtres, lorsque le divin Maitre, les rencontrant sur les bords du lac de Génésareth, leur disait ces seuls mots : Venez ; suivez-moi ! \<, Nous étions cinq pauvres