‹ La vénérable Marie RivierChapitre 82 sur 279 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

plus douteuse pour elle : elle assistait à la messe le matin même, et venait de faire la sainte Communion, lorsque subitement elle s'était sentie toute changée. « Pendant que Notre-Seigneur était en moi) dit-elle, une pensée s'est tout à coup imposée à mon esprit avec une puissance irrésistible : N'hésite pas, vends ta maison à MUe Rivier;elle en a grandement besoin pour ses œuvres, elle la fera servir à la gloire de Dieu. Cette pensée m'obsédait tellement, que j'avais hâte d'achever mon action de grâces pour venir vous annoncer ma résolution, que je crois inspirée par Notre-Seigneur. X> L'intelligente Supérieure se hâta de profiterdecesbonr.es dispositions. Le contrat fut passé le jour même. Sur le prix de 6.000 francs dont il avait été question, Mlk Charaix voulut encore accorder une réduction de 500 francs. C'était le 28 août 1797.

Mais aussitôt, comme pour mieux prouver que l'œuvre était véribl'-ment de Dieu, le démon suscita dans l'âme de la pieuse demoiselle le plus violent orage. Toutes les difficultés qui l'avaient arrêtée se représentèrent à son imagination avec une vivacité nouvelle ; l'appréhension du bruit incessant causé par une troupe d'enfants, la crainte d'affliger ses locataires en leur donnant un brusque congé, l'incertitude même d'être payée du prix de sa maison, le regret d'avoir cédé à un mouvement irréfléchi pour s'engager dans une aventure sans avenir possible, toutes ces pensées soulevèrent dans son âme des troubles si grands, qu'elle n'omit rien pour faire casser la vente. Cependant le profond esprit de foi de Mlle Charaix finit par dominer la tentation, et, quelques mois après, le 17 novembre 1797, la Supérieure de la Présentation et ses compagnes purent prendre possession de leur nouvelle demeure.

La fête de la Présentation approchait. Le premier soin des Sœurs fut de disposer dans leur nouvelle maison une petite chapelle. Le 21 novembre, M. Pontanier vint y célébrer la sainte Messe. La petite Communauté s'était accrue, pendant l'année, de cinq nouvelles compagnes ; c'étaient : Mlles Félicité, Rose Vidil, Marguerite Voile Madeleine Testud et Marie- Anne Combe.

Après une exhortation de leur vénérable directeur, les dix premières Sœurs de la Présentation de Marie promirent solennellement obéissance à une Règle que M. Pontanier avait rédigée dans sa retraite, et qu'il leur présenta ce jour-là. Cette Règle primitive, élaborée par le pieux Sulpicien au milieu des orages de la Révolution, est restée, malgré les modifications et additions nécessitées

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dans la suite par les circonstances, la Règle fondamentale qui régit llement l'Institut de la Présentation de Marie.

Le prix de la nouvelle maison fut payé en partie par la dot de la Vénérable Mère, en partie par îles aumônes que la Providence lui ménagea Malgré l'accroissement du nombre des pensionnaires, la Communauté était restée pauvre. Le registre des recettes, tenu avec une régularité parfaite par M. Pontanier, ne porte, de janvier à fin décembre i,~ >~. comme produit total des pensions et îles rétributions scolaires, qu'une somme de 1.762 francs. La Vénérable Mère aimait à rappeler sans cesse ces origines pauvres et humbles de l'Institut. Elle y voyait le signe le plus marqué de la bénédiction divine. Elle se plaisait à rapprocher son œuvre, à ce point de vue, de celles qui lui apparaissaient comme le plus manifestement bénies de Dieu : l'œuvre de Saint-Vincent-de-Paul, s'établissant au milieu des pauvres gens de la campagne ; l'œuvre de M. Olier, se fondant dans une rue misérable et étroite du village de Vaugirard. D'autres fois, elle faisait considérer à ses Sœurs les origines mêmes de l'Église, fondée par douze pécheurs, ignorants, obscurs et sans crédit. Dans une de ses plus émouvantes instructions de retraite de l'année 1S26, elle revient encore sur ce signe providentiel, sur ce gage d'avenir pour sa Congrégation, et trouve un nouveau et saisissant rapprochement puisé dans l'Histoire sainte : « Mes filles, rappelez-vous ce que Dieu fit au commencement du monde, lorsque les hommes l'eurent irrité par leurs crimes. Il dit à Noé qu'il allait détruire le monde, qui était devenu abominable à ses yeux, mais il voulut sauver une partie des hommes pour repeupler la terre après le déluge.

•■ Ce prodige ne s'est-il pas renouvelé dans la Révolution? Beaucoup de saintes Communautés étaient déchues de leur première ferveur. Dieu leur dit alors : « Puisque vous avez laissé pénétrer l'esprit du monde dans ma maison, eh bien, que le monde y entre maintenant! mais vous, indignes serviteurs, sortez! Je vais abandonner au monde ces asiles fie grâce, en punition de VOS péchés. » Et pendant que Dieu exerçait ainsi ses vengeances, il jeta ses regards sur nous, il nous rassembla dans un coin de terre, dans une vallée de pauvreté et de simplicité, et il nous confia ses enfants. ■ dut bien, en cette occasion, se servir de ce que l'univers renfermait de plus ignorant, pour faire voir que lui seul établissait notre maison... » — «A ces mots, ajoute sœur Xavérine, qui recueillait, à

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