CHAPITRE XII. i i
tatés, trouvait encore le moyen de prolonger la veillée par une
leçon de lecture et d'écriture donnée a ses chères filles. De temps en temps, elle allait elle-même, tantôt dans un village, tantôt dans un autre, s'assurer du fruit obtenu par ses dévouées auxiliaires, interroger les enfants sur le catéchisme et ranimer la foi des parents par quelqu'une de ces exhortations brûlantes qui laissaient tous les cœurs enflammés.
Ainsi furent évangélisés Bruc, Barnas, Luzet, Champagne, et plusieurs autres villages ou hameaux voisins.
M. le curé de Thueyts, dans son témoignage au Procès apostolique, se fait l'écho de l'impression profonde laissée dans ces diverses localités par les instructions des premières Soeurs delà Présentation. € C'est à la Mère Rivier et à ses compagnes, dit-il, qu'il faut attribuer la conservation de la foi et de la piété dans les environs de Thueyts pendant la Révolution. »
« Je me souviens, dit une des femmes qui avaient assisté à ces instructions, que, dans notre empressement d'entendre la Sœur, pour n'être pas en retard, nous faisions cuire d'avance, dans chaque maison, les pommes de terre qu'on devait manger le soir. » Et les bonnes Sœurs n*'étaient pas moins heureuses au retour de leurs courses apostoliques : « Nous n'avions eu parfois qu'un morceau de pain à notre repas, disait l'une d'elles à sœur Caroline, mais la joie que le bon Dieu nous donnait remplissait nos cœurs, et en rentrant à Thueyts, chacune de nous disait : « Il me tarde d'être à dimanche prochain ! » tellement nous étions heureuses de nous trouver au milieu de ces âmes si affamées de la parole de Dieu. »
La prospérité même du pensionnat de Thueyts devint une source de préoccupations nouvelles. La maison des Dominicaines était insuffisante : l'achat d'un nouveau local s'imposait. La première pensée de la Vénérable Supérieure se porta sur la maison Durand, devenue plus tard le collège de Thueyts, laquelle était en vente ; elle fut offerte et acceptée au prix de 1200 francs ; mais, au moment du contrat, le vendeur se dédit.
Entre la rue de Bise et le chemin qui va du bourg à la Croix de l'Ormeau, se trouvait une autre maison de deux étages, éloignée de tout fâcheux voisinage et de tout bruit. Elle avait basse-cour et verger attenants. Un jardin et un coin de vigne n'étaient séparés du reste que par le ruisseau de Médéric. Ancienne propriété de Jean de Luzy, seigneur de Bordes, elle avait été vendue, en 1744, à
is Charaix, curé de Thueyts, et celui-ci l'avait légu
licite Charaix. Le prix paraissait devoir en être tivement I M ' Charaix, d'autre part, n'avait jamais
manifeste l'intention de vendre son immeuble. Néanmoins, la situation de la maison paraissait si appropriée à la destination de l'œuvre, que M. nie Rivier se décida à tenter une démarche pour en faire Pacquisiti
Aux premières ouvertures cpii lui furent faites, M ' Charaix se récria, alléguant qu'elle ne pouvait songer à sortir de sa maison, que, dans ces conditions, le voisinage d'une troupe bruyante d'entants lui serait insupportable, que du reste elle ne saurait se résoudre à donner congé à ses locataires auxquels elle tenait beaucoup.
A cette première opposition, qui paraissait déjà mettre un obstacle insurmontable au projet, vint s'en ajouter une seconde non moins vive, de la part du frère même de la Servante de Dieu, Louis Rivier. Leur grand-père venait de mourir à Montpezat, le 26 décembre 1796, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, et la part qui revenait à Marie Rivier de son modeste héritage avait été évaluée à 3.500 francs. Louis Rivier, qui avait déjà payé à sa sœur une partie de cette somme, n'eut pas plus tôt appris son projet d'acheter une maison pour y établir un couvent, qu'il se rendit à Thueyts. Il reprocha vivement à sa sœur ce qu'il appelait une folie, voyant déjà sa légitime engloutie sous les ruines d'une entreprise impossible à réaliser ou confisquée par le gouvernement révolutionnaire. La réponse de Marie Rivier fut pleine de calme et de pieuse fermeté. « En agissant comme je fais, dit-elle à son frère, je crois suivre la volonté de Dieu ; et lors même que mon œuvre ne devrait durer que deux ou trois ans, je l'établirais pour prouver à Dieu ma bonne volonté, h Louis n'insista plus, et paya à sa sœur le complément de sa légitime ' [).
Cependant le refus de M1,c Charaix persistait et paraissait inflexible. Marie, renonçant à tous les moyens humains, eut recours à sa ressource accoutumée, la prière, et demanda instamment à la Sainte-Vierge de vouloir bien changer les dispositions de cette personne. Quelques jours après, celle-ci se présente spontanément à la maison des Dominicaines et déclare que la volonté rie Dieu n'est