CHAPITRE XIV
supposer. Le grand vicaire de Viviers avait été invité, à cette occasion, par son ancien confrère de Saint-Sulpice, M. Pontanier, à partager l'hospitalité que celui-ci recevait chez sa respectable tante, ïc. « J'arrivais à peine, raconte M. Vernct, lorsque j'aperçus dans la rue, près de la porte d'une maison voisine, une petite fille à genoux, la tête décorée d'oreilles d'âne. Je demandai aussitôt quelle était cette maison et qui avait si bien coiffé la fillette. M. Pontanier me répondit que cette maison était la demeure de la maîtresse d'école, et il me parla alors avec éloge du zèle, de la sagesse et de la fermeté de Mlle Rivier. »
Le soir, Mlle Rivier elle-même se trouva chez MUe Pose et y vit un moment M. Vernet Chose étonnante, aucune parole ne fut échangée dans cette première rencontre, entre la future Fondatrice et celui qui devait posséder un jour sa confiance la plus entière. « J'aurais vivement désiré, disait-elle, parler à Monsieur le grand vicaire, mais la timidité rendit mes lèvres immobiles. » Cet incident servit néanmoins de point de départ à M. Pontanier lorsque, quelques mois après, ainsi que nous l'avons vu, il sollicita et finit par obtenir de AL Vernet l'approbation de la Communauté religieuse de Thueyts.
Trois ans plus tard seulement, au mois d'août 1799, époque à laquelle nous sommes arrivés dans la suite de notre récit, une seconde entrevue, entre le grand vicaire de Viviers et la Supérieure de la Communauté de Thueyts, allait devenir le début de cette longue et féconde collaboration à tant de bonnes œuvres que la mort seule put briser. Mais avant d'en entreprendre l'histoire, il est utile de faire connaître au lecteur celui que l'Institut de la Présentation de Marie honore à bon droit, après sa Vénérable Fondatrice, comme son véritable Fondateur.
Joseph-Laurent-Régis Vernet appartient, comme Marie Rivier, par sa naissance, par son éducation et par la plus grande partie de ses œuvres, au diocèse de Viviers. Né le 20 septembre 1760, à Villeneuve-de-Berg, ville de l'ancien Vivarais, il fut élevé par une sainte mère et par un père d'une austère probité. Dès son enfance, dans l'intérieur de sa famille, et plus tard au collège d'Aubenas, où il poursuivit le cours de ses études, le jeune Régis Vernet se fit remarquer par un esprit sérieux et réfléchi, par une intelligence lucide jointe à une possession de soi-même qui fut le trait dominant de son caractère. La famille Vernet avait constamment
Marie Rivier. g
donne à l'Eglise, de temps immémorial, des prêtres séculiers et des ieux. Elle comptait parmi ses membres deux Pères Jésuites et un Père Dominicain, lorsque, au sortir du collège, en 1776, le jeune tdant à son tour à l'appel de Dieu, entra comme élève -tique au séminaire de philosophie de Viviers. Sa formation cléricale s'acheva au séminaire de théologie de Bourg-Saint-Andéol, qui, jouissant alors du droit d'Université, attirait à lui le jeune clergé de plusieurs diocèses et formait une communauté des plus florissant
Des aptitudes remarquables et, ainsi qu'il l'avoua depuis, un attrait des plus vifs, attiraient le jeune séminariste vers la vie active du ministère paroissial. On le vit néanmoins, après de mûres réflexions, se décider à solliciter son entrée dans la Compagnie de Saint- Sulpice. Sans doute, la vie d'étude, de règle et d'abnégation que M. Olier demande de ses disciples, convenait à la gravité de son caractère ; mais ce qui le détermina plus puissamment que tout autre motif, ce fut, déclarait-il, la considération du grand bien qu'il lui paraissait possible d'accomplir dans cette œuvre capitale de la formation du clergé (1). Admis à la Solitude d'Issy, qui est le noviciat des prêtres de Saint-Sulpice, il fut ordonné prêtre à Paris le 18 décembre 1784. Son maitre à la Solitude fut le vénérable M. Richard, son compatriote, dont la science théologique et l'expérience consommée dans les voies spirituelles furent très appréciées de son temps. Son noviciat achevé, M. Yernet, âgé de vingt-quatre ans seulement, fut appelé à occuper la chaire de dogme au grand séminaire de Toulouse. Il devait y rester jusqu'à la dispersion de la Communauté, en 1790. Pendant ces six années, il se prépara, par l'étude approfondie des sciences théologiques, par la pratique de la direction fies âmes et par les fonctions qui lui furent confiées dans l'administration temporelle du séminaire, à la difficile mission que la idence devait lui réserver dans le diocèse de Viviers.
Il n'avait pas attendu, d'ailleurs, que la persécution fût à son comble pour se mêler au combat. A peine la Constitution civile du Clergé avait-elle été décrétée, qu'un opuscule était sorti de sa plume,
1. Un jour, raconte Mgr Dabert, un jeune prêtre demandait à M. Vernet son avis sur le
'ju'il avait d'entrer à Saint-Sulpice. « Ce n'est pas, lui disait-il, qu'un attrait
n prononcé m'y attire, mais c'est que j'y vois plus de bien à faire qu'ailleurs.»
[on cher ami, répondît M. Yernet, c'est la vue de ce plus grand bien qui m'a
. n! moi-même plus que tout le reste, et je vois tous les jours que je ne me suis
pas trompé. * ! VU de Al. Vernet, p. 18.)