‹ La vénérable Marie RivierChapitre 93 sur 279 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

ayant pour titre : La vérité opposée à r erreur, ou parallèle de la foi catholique > apostolique et romaine avec la doctrine des prêtres constitutionnels.

Cet ouvrage, très court, d'une forme neuve et piquante, d'une précision théologique rigoureuse, mettait en regard, sur deux colonnes, d'une part les sacrilèges prétentions des schismatiques, de l'autre la doctrine de l'Eglise catholique sur chacun des points attaqués. Cet écrit aussitôt répandu éclaira bien des consciences, surtout parmi les membres du clergé. Une seconde publication lui succéda bientôt. Celle-ci eut pour but de faire pénétrer ia vérité jusque dans les dernières classes du peuple. Le célèbre compatriote de M. Vernet, l'ancien Jésuite Barruel, venait de publier son « Prône d'un bon Curé. :» M. Vernet se hâta de le traduire en languedocien ( 1 , et, par le concours dévoué de pieux laïques, fit distribuer gratuitement la petite brochure dans toutes les maisons pauvres de la ville. Bientôt il n'est bruit, parmi le peuple, que <{ del pronè del boun curé. » Par la promptitude et la résolution de sa manœuvre, M. Vernet avait contribué, pour une grande part, à arrêter la diffusion du schisme constitutionnel dans le diocèse de Toulouse.

De la maison des prêtres de Saint-Sulpice était sorti le premier cri d'alarme ; c'est de là aussi que vint un des premiers exemples de la fidélité. Lorsqu'en 1790 arriva l'ordre de prêter le serment d'obéissance aux lois schismatiques, les professeurs du grand séminaire s'y refusèrent avec une noble fermeté. Ordre leur fut donné alors d'évacuer leur établissement. Ils se séparèrent en pleurant, disent les Mémoires. M. Vernet se dirigea vers son diocèse natal. Un champ d'action plus périlleux encore l'y attendait.

Peu de temps après, en effet, le prêtre de Saint-Sulpice était dénoncé au directoire départemental de Privas comme « un homme de contre-révolution » : c'était assez pour que sa vie ne fût plus en sûreté. Un jour deux soldats, le sabre au poing, se présentent à la demeure qu'il habite à Viviers et demandent qu'on leur livre « l'aristocrate. » Averti par la servante, M. Vernet tente de se dérober par une porte du jardin; les soldats l'y poursuivent, une lutte s'engage ;

l. Prôné (Fun boun curé, à Vouceasiou del sermen que l'assewblado nationale* fa demanda, abey, as abesqués, curés, bicarés et aoutres capclas ouccufaclis al sa/il minislèri (in-8 de 6 pages). La brochure est écrite en pur languedocien, lequel diffère notablement du dialecte parlé à Yilleneuve-de-Btrg : ce qui prouve que M. Vernet avait dû étudier le langage populaire de Toulouse.

M. Vernet n'échappe à leurs mains que grâce à l'intervention d'hon-

isins. C'était la nuit. 11 se rend, à la faveur des ténèbres, à

Villeneuve-de Mais il ne trouve pas dans son pays natal un

asile plus assuré qu'à Viviers, et, convaincu que toute action est rmais impossible, il se décide à se réfugier momentanément en Suisse. Il parvient à Lyon au moment où la courageuse cité, après avoir tenté un noble effort pour secouer le joug révolutionnaire, est sur le point d'être assiégée par l'armée de la Convention. Mis dans l'impossibilité de continuer son voyage, le saint prêtre ne songe plus alors qu'à se dévouer au bien des âmes là où la Providence vient de l'arrêter.

Deux pieuses et respectables chrétiennes, les demoiselles Benoit, lui offrent un asile. Il célèbre le Saint-Sacrifice avant le jour dans une chambre, puis, muni des plus amples pouvoirs de l'autorité diocésaine, à la faveur d'un costume militaire et d'un nom d'emprunt qui le dérobent aux recherches de la police, il tâche de se trouver partout où son ministère peut être utile, à la brèche, dans les hôpitaux, au milieu des blessés, et dans les maisons particulières où l'introduit la prudente charité des demoiselles Benoît.

Mais la ville de Lyon est enfin obligée de capituler. On sait quel châtiment terrible fut réservé à la cité qui avait osé se révolter contre les ordres de la Convention. Les tribunaux commençaient à fonctionner : « Ou'est-il besoin de tribunaux? s'écrie tout à coup le féroce Collot-d'Herbois. Tous sont coupables, excepté les sansculottes !» A ce signal sauvage, des troupes de femmes, d'enfants, de vieillards, sont traînés pêle-mêle sous le feu de la mitraille ou au pied de l'échafaud. Un jour, M. Vernet passe près d'une prison, lorsque, parmi la foule nombreuse et bruyante, il aperçoit une troupe de prisonniers enchaînés, conduits par des soldats. Au milieu de la troupe, il lui semble qu'un des prisonniers jette sur lui un regard suppliant. En effet, il reconnaît une personne qui s'est confessée à lui récemment. Ce regard, n'est-ce pas une demande d'absolution en prévision du moment fatal qui approche ? A cette pensée, une mission nouvelle se révèle à son zèle : offrir, en face de l'échafaud, au péril de sa vie, les derniers secours de son ministère aux chrétiens qui vont mourir. Pendant six mois, la guillotine se dresse en permanence sur la place des Terreaux ; pendant six mois, à partir de la scène dont nous venons de parler, pas une exécution capitale n'a lieu sans que M. Vernet y assiste. Par les demoiselles Benoît et par

Page 1