‹ La vénérable Mère Marie de l'Incarnation, première supérieure des Ursulines de Québec; supplément à sa correspondanceChapitre 3 sur 58 · LA MÈRE MARIE DE SAINT-JOSEPH, URSULINE DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

LA MÈRE MARIE DE SAINT-JOSEPH, URSULINE DE QUÉBEC

Le nom et la mémoire de la Mère Marie de Saint-Joseph, la compagne emmenée de Tours par la Mère Marie de l'Incarnation, ont été éclipsés par l'éclat légitime qu'a jeté- la vie de cette première Supérieure de Québec. Par bonheur, du reste, la biographie même et surtout les lettres de Marie de

l'Incarnation, nous ont conservé, quoique dans l'ombre, tous les traits de sa physionomie. D'ailleurs, la vie très peu accidentée, très courte, mais aussi très pleine de travaux et de mérites, de cette jeune religieuse est bien simple et bien unie. Entrée comme pensionnaire au couvent des Ursulines de Tours, dès l'âge de neuf ans, elle n'en sortit pour ainsi dire plus jusqu'à son départ pour le Canada, le seul incident notable de sa vie, mais fécond en scènes dignes de la primitive Eglise.

Rien ne la peint mieux d'ailleurs que le récit de sa vocation pour les missions lointaines. Nous nous effacerons derrière la vénérable Marie de l'Incarnation, qui, mieux que personne, pouvait en parler. La Relation qu'elle a envoyée à Québec, après la mort de sa compagne, est la meilleure biographie qu'on puisse rêver, la vie d'une sainte écrite par une autre sainte l.

C'est là, ainsi que dans la vie de la vénérable supérieure de Saint-Joseph de Québec, que nous puiserons, en lui laissant le plus possible la parole, les traits les plus saillants de cette figure vraiment angélique.

Née le 7 septembre 1616, de M. la Troche, seigneur de Savonnière, de Saint-Germain et des Hayes, et de Jeanne Raoul, tous deux d'une piété profonde, la future compagne et émule de Marie de l'Incarnation ne rencontra au foyer paternel que des exemples édifiants qui développèrent rapidement les germes d'une vocation précoce. Les traits charmants ou naïfs que sa biographe, depuis longtemps sa confidente, nous rapporte de sa première enfance, nous la mon-

1. Aussi M. l'abbé Chapot qui, dans les pièces justificatives de sou premier volume, reproduit, comme biographie de la Mère de Saint- Joseph (p. 418-421), une partie du chapitre XI de M. l'abbé Casgrain, eût été mieux inspiré, lui qui se référait volontiers au P. Martin et à ses publications, de nous donner les lettres 46« et 47e de la seconde partie (p. 463 à 503). Récit de la vie, des vertus, et de la mort de la Mère Marie de Saint-Joseph.

trent comme irrésistiblement attirée vers la vie religieuse1, sensible à l'excès aux petites taquineries que son père, sans conviction du reste, aimait à lui adresser sur son futur établissement dans le monde, auquel parmi les siens personne ne semble avoir jamais songé, mais tellement affectueuse en même temps que nous concevons ses luttes de cœur lorsqu'il s'agit d'abandonner, si jeune, tout ce qui lui est cher.

« Elle ne pouvoit aimer le monde parce qu'elle le voioit comme un golfe de perdition : son cœur ne tenoit plus qu'à sa mère 2. »

Mais avant que la jeune professe de seize ans obtînt, au prix de déchirements qui nous révèlent sa puissance d'aimer, ce droit de se donner à Dieu qu'elle avait sollicité depuis deux ans avec tant d'instances, avant de s'affectionner à ce pensionnat, si austère pourtant, que dès son entrée elle envisageait déjà comme un vestibule du cloître auqtiel la portaient ses désirs d'enfant, elle avait été façonnée par les mains maternelles. Relevons en effet, à propos de sa première éducation, un détail qui mérite d'être mis en lumière. On sait si peu de chose sur la manière d'élever les jeunes filles à cette époque, que rien ne doit être négligé.

« Dès que cette chère fille commença d'avoir l'usage de la raison, Madame sa mère la voulut enseigner elle-même, ne voulant confier à 'personne le soin de son éducation 3 ».

1. Deux des sœurs de la future missionnaire de Québec entrèrent aussi en religion, mais nous ignorons à quelle date. Leurs noms se ren cou trent dans la correspondance de Marie de l'Incarnation.: la sœur de Saint-Germain, Ursuline à Tours (on sait que la seigneurie de Saint- Germain était un des titres de son père); Mme de la Troche, religieuse Bénédictine du Calvaire, qui devint supérieure générale de son Ordre. Toutes deux reçurent des lettres de Marie de l'Incarnation. Une autiv ii sœurs épousa M. de la Bretêche; et nous rencontrerons son nom dans une des lettres de Mons. (Cf. p. 75.) On voit enfin que sa mère lui survécut; son père était mort avant elle; peut-être l'avait elle déjà perdu en 1641. Du moins dans la lettre du I septembre de cette année, elk' ne parle que de sa mère.

Page 1