‹ La vénerie (volume 2)Chapitre 35 sur 62 · Chapitre · texte numérisé non relu

Chapitre

Près auoir descrit la Tenerie du Cerf, selon TiiHtelligence de mon esprit , ie feray seulement icy yn petit traicté de la chasse et propriété du Sanglier, combien qu'il ne doit pas estre mis au rand des bestes chassées à force de Chiens courants mais est le vray gibier des mastins , et leurs sem- »b1ables : d'autant que c'est yne beste pesante, et de grande senteur, laquelle ne se fie qu'en ses dénis et défenses, ne

VENERIE PAR vovlant fttir ne s'esloigner àeê Chiens , à ce^te cause ne peut on cognoi^ tre la bonté et vitesse d'kenx. Aussi à la Taritè, il me semble que c'est grand dommage de faire courir à me bonoe meule de Cbiens telles softov de bestes , pour les raisons i|ui s'easuineat.

Premièrement, le Sanglier est le seul asimai qui peut tuer et fe^jr d'yn coup : car si les autres espeees esgratignent ou mordent , il y a to^gusiours moyens de remédier à leur morsure, mais au Sanglier, s'il blesse ▼n Chien de la dent, a« eottre du. corps, il n'en cuidera iamais efçbapper. Et a ceste mâdice , que s'il Toit tbo bamne meute de Cbiens , qvî Je chassent de près , il fuira dedans le plus grand fort qu'il pourra facouacTt là où il les pensera tuer à son aise. Ce que i'ay yeu par eifvsrieiice plusieurs fois , et entre autres d'vn Saaiglier, qaâ auoit dnqw^e CU^s courants après luy, l<Mrs qu'il les voyoit tous bien nimml/m H. eoseinblez , il toumoit sa bure deoers eux, et doBMit dedans le mUieu. de la meute, de telle sorte qu'il tuait ancuaesfois rix ou sept Chiens, 4'Tne ?enuê : et des cinquante Chiens oonrants, il n'en fut poiiit ramené dix sains au logis. Et aussi que si vue meute de Chiens est voe foisdrsssee pour le Sanglier, ils ne veulent plus courrir les bestes kgieres, paece qu'ils ont accoustumé de chasser de près, et auoûr. gnsnd sentimeni de leur beste : ce qui est du tout contraire aux bestes legieres* Pour ces causes, ie veux conclure, que tout homme qui veut pmndre le iwf , cbeureul, ou Lieure à force, ne doit point foire courrir le Sanglier à ses Chiens. Mais parce que les hommes soatt de diuerses opinions et cerchent leur plaisir selon la commodité de leurs «saisons , ie leur descriray icy la propriété du Sanglier, ei comme on le doit diasser, et le moyen de le tuer auec l'espiéu , et l'espee , comme on le poitrra voir par les pourtraits cy après mis.

Du naturel H malice du Sanglier.

Chap. XLVIL

Es Sangliers sont de telle nature, que quand ilsinaissenl et , sortent du ventre de la mère, ils apportent toutes les dents qu'ils auront iamais, et ne multiplieront plus leurs dents sinon en grosseur et longueur. Ils en ont quatre entre autres, lesquelles ae nomment defonses , dont les deux de dessus ne blessent point , mais seruent seulement d'aiguiser celles de dessoubs , desquelles ils blessent et tuent. S'il aduient que les Sangliers se creuent les

yeux ,

lACQYES Ï)V FOVILLOVX. 'i7

jéuXt ils garissent soudainemeot. Us peuvent viare yingt et cinq oa trente ans. En Âuril et May Us sont plas aisec à mettre aux tailles qae en antre saison : la raison est » qu'ils dorment pins fort en ces deux mois qn*en autre temps , parce qu'ils mangent les herbes fortes , et la iette du Bois, qui leur esmounent le sang, et font monter les fumées au cerneau / ce qui les endort» Aussi que le printemps leur renouuelle le sang, qui est cause de leur grand repos. Les Sangliers vont au Rut enuiron le mois de Décembre, et dure leur grande - chaleur près de trois sepmaines. Et eneores que les Layes soient refroidies , tesSMglierd ne bougent de leurs oompagnies» qui ne soit enuiron le moi^de lanvièr : al<yrs se departeiM:, ^ vont prendre leur buisson , se reeelMs auomesfois dedans leur fort deux eo trois iours sans en sortir, et ^tinciptlement quand ils ont omuert leur fooge, et qu'ils trouuent la taèifle de fougère de«ee* Les SangKers sortent aneuaesfois des fo- Tests, et imit cerefaer leurs maBgewes Mra lemg, le {dus sonnent au temps* de vendanges, et demeurent là où le iear les prend, sans regarder le lieu, mais leur suffit seulement de demeurer en quelque gros huilier de mieesy oa d'eapines, allendnnt la nuitt h vwir. Ils escoutent)%onme«de.bîisn lofaig^ quand Usaent au dessoid>s du yent:maîs quand ih sont au dessus r n'en «ut lentîmeDt que bien peui Les Sanglmrs yhient de toutes sortes de Meds, fruieta^ légumes, comme pommes, poires, prunelles, faine, giand^ et autres seadiiables, et de toules racines, excepté de ranei^ et namaux. Aussi en Auril et May, ils mangent la gette du pruiiier, el du diesne, et tmites bonnes fleurs qtC'is peuuent trouner, prinei paiement celle da genest. Us Yont aux cfaaroigoes du Chenal , et non d'autres bestes. Il faut entendre que le Sanglier a ceste propriété , qu'il ne dénient iamais ladre, comme vu Porc priué. Quand les Sangliers sbùi aux marets , ils Tiuent d'anguilles , d'achets , el autres choses qu'ils peuuent trouner.

A la coste de la mer, ils viuent de toutes sortes de coquilles , comme mousfts , hay très , et leurs semblables. Leur saison et Tennisen cornmance à la my-Septembre , et finist enuiron le commencement de Décembre , qu'ils commancent à aller au Rut. Communément les Sangliers se font abboyer aux Chiens en leur bauge, ou au partir d'icelle , et font plustost leurs demeures dedans les bois forts d'espines et ronces I qu'ailleurs. E( quand ils sont chassez des Chiens, ilsfuyent le fort pays, et couuert, ne se roulant desbucher de leur fort, qu'ils

ne senlent la nuict approcher. Et si de fortune il y a vne comp^ifnie de besles , et qu'il y en ayt Tne qui se desbuche par vn endroict , toutes les autres la suiuront » et sortiront par mesme lieu. Les Sangliers aban-* l

donnent plus tost 'les foresti pour aller au loing cercher des iiuissons «^ (|ue ne font pas les Cerfs : aussi dit on que le Sanglier n'est quVn hosle. Et si d*ananture les Sangliers font leur demeure en vn buisson , et qu'ils soient venus de quelque forest loing delà, s'ils y sont chassez , ils s'en retourneront sur les mesmes erres par où ils sont venus , et depuis qu'ils i

se débuchent d'vn buisson i ils fuyant tousiours , sans leur arrester, i

iusques à ce qu'ils soient au pays oA ils ont esté nez, duquel ils sont ven nus : là où ils estiment leur fiauue-garde , et le refuge de leur foice. Ce que i'ay veu par expérience d'vn Sanglier, qui estoit venu en vn]lH|||ih*. son , lequel dés le lendemain laissé courre deuant les Chiens , et tout souw dain desbucha du buisson où ie le lancé, s'en retournant pur ces mesmes^ erres par où il estoit venu , en vne forest, qui estoit à sept lieAes loing. de là , et par les lieux où passoit ie voyois les vieilles erres par où il estoit venu. Il est vray, que s'il est nourri en vn pays, et que les Chiens le^ chassent, il ne cuide pas desbuciler de son fort aisément, mais bien mettra la hure hors du fort pour s'en cuider aller, en sentant et prenant le vent de toutes parts : puis s'il oyt quelque chose, il retottrae | soudainement sur luy : et après quelque bruit que puissent faire les pi- I queurs ne les Chiens, il ne cuidera pas ressortir par cest endroit, si ce n'est vers le soir : mais s'il estoit me fois sorty, ayant entreprîos son ^ chemin , il ne laisse pour homme , ne pour bruit à passer outre. Le masie ne ' cuide pas crier quand on le tue , principalement vn grand j Sanglier, mais la femelle ouy. Quand le Sanglier fuit deuant les Chiens ^ il ne fait point de rozes, d'autant qu'il est pesant» et que les Chiens le suiuent et chassent de près. le trouué dedans le propriétaire, qo'on j cognoist la vieillesse du Sanglier à la iambë, à laquelle y a force peti- ^ tes foussettes ou rides , et autant que la iambe en marque , il doit auoir d'ans : mais quant à moy, ie ne m'arreste qu'aux traces , à la heure, et ^ux défenses. Les femelles ne portent qu'vne fois l'an. Les^Sanglier^ sont plus hardis, et s'addressent plus tost aux hommes, pour leur courir sus, quand ils font leur pouchaison de nozilles, et de faine, qu'ils ne font pas quand ils la font de gland , ou d'autres mangeures. Va ieuce Sanglier en son tiers an , ne doit estre assailly pour prendre à force , car il courra beaucoup plus longuement que ne fera vn ieune Cerf '^portant six cornettes.

lACQVES l)V FOVILLOVX

Des mots el termes qu'on doit mer pour le Sanglier.

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