‹ La vénerie (volume 2)Chapitre 43 sur 62 · Chapitre LV · texte numérisé non relu

Chapitre LV

E commanceray aux vertus et proprieltz du Lieiure, lesquelles soot ^andes: selon la statufe de la 'lies le.

Premièrement 9 le sang du lieure est graademeni deâsicatif : si vous l'appliquez sur quelque nm^e >oii dartre, il la desseehe et guarist. Le Lietnre a vs ^^^^j^etit os dedans la ioincture des iambes » lequel est souuerainement bon pour la colique-passion. Sa peau bruslee et nise eu poudre , est vn souuerain remède pour arrester le sang d'yne |daje eu l'appliquant dessus.

Le Lieure nous a monstre l'herbe dé la Cicoree sauuage , laquelle est fort bonne aux melanchoUques : pour autant qu'il est l'animal le plue triste et melancholique que nul autre : et pour se guarir de sa tristesse » t'en va gister volontiers dessous icelle herbe , laquelle les anciens ont nommée PalMium Leporis , dit Palais du Lieure,

Le Lieure de sa nature , cognoist de vingt et quatre heures en vingt quatre heures la mutation du tempa. Quand il va au giste, îl ne veut point que Tesgail ny l'eau luy touchent, à ceste cause il suyt les grands chemins et voyes. Et bien souuent la femelle fait de petits sentiera , en couppant l'herbe et petites branches auec les dents. Et pour autant quer il y en a quelque&-vns qui sont ladres , qui suiueat les eaux , ceux là ne font point de sentiers, et ne suyuent gueres les chemins, mais font leurs ruzes dedans les eaux. Et deuez sçauoir qu*on ne trouue gueres de femelles ladresses , comme on fait des masies : à cette cause le pi— queur pourra iuger quel Lieure c'est, et où il sera gisté, envoyant sa nuit.

Les Lieures vont au rut communément en lanuier, Feurier, et Mars , allans cercher les femelles, iusques à sept ou huit lieues loing d'où ils sont nez , suiuans les ^ands chemins , comme ie declaireray cy après.

Le masle attend mieux les Chiens et de plus près au giste , que ne fait pas la femelle , à cause qu'il se sent plus viste , le corps plus dispos él hardy.

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Si au partir du giste le Lieare leue les oreilles » ne fuyant point de puissance » et qu'il retrousse la queue sur l'eschine , c'est signe d'yn fort et malicieux Lieare. Combien que Phebus dye qu'il n'y a point de iugement entre le masle et la femelle desLieures : si est ce que ie luy prouueray le contraire. Car le masle a communément son repaire ou ses crottes plus petites , plus sèches , et plus aiguillonnées au bout , que non pas la femelle, laquelle les fait grosses, rondes, et non si sèches que le masle. La raison est, que la femelle ne fait pas tant depaïs la nuk» et aussi qu'elle est beaucoup plus grande: qui est la cause qu'elle iette seM crottes plus grosses. Par autre moyen cognoistrez le masle aux Chiens, en delTaisant sa nniticaï* il bat plus les grands chemins et carrefowrsi prenant plus grand paTs en lieux descouuerts , que la femelle , et fait ses ruzes plus sottes , et de plus grand espace : la femelle , les fait phis courtes, et par lieux plus couuerts, en tournoyant comme vn Connil autour des brosses. Et si la femelle va faire sa nuit dedans les bleds vers , elle ne trauerse gueres les seitlions , mais lés suit de long , et s'arreste aux plus fortes brosses du bled pour Tiander : ne luy suffisant pas d'en manger son saoul, car elle le couppe, et laisse dans les seilloDS.

Plus, on cognoist le masle , en le voyant partir du giste, par ce qu'il a le arrière tout blancbeastre , comme s'il anoit esté plumé. Ou bien le cogimstrez par les espaules» lesquelles sont communément rouges , ayant parmy qudquea poils longs.

SembJablement le cognoistrez à la teste , laquelle il a plus courte et plm ioffnë que la femelle, le poil et barbe des iouës long, et a volontiers les oreilles courtes , larges, et blaneheastres, qui est au contraire de la femtUe, car elle a la teste longue et estroite, et les oreilles grandes :Ie pml de dessus l'eschine d'vn gris tirant sur le noir. Et volontiers quand les Chiens chassent la femelle , elle ne fait que tournoyer autour de son pais, passant sept ou huiet fois par vn mesme lieu, sans se vouloir iamais forpayser. Le masle fait le. contraire, 'car si les Chiens le chassent, et qu'il y ait fait deux tours autour de son giste , alors il prend congé de sa mente, et s'en va aucunesfois trois ou quatre lieOes loing sans s'airester, en quelque pals où il aura esté autre fois , duquel il pourroit estre venu : car les Lieures vont aux passages à sept ou huit lieues loing , et les pourrez cognoistre en ceste manière.

Quand vous verrez que voz Chiens trouueront la nuict d*vn Lieure dedans les carrefours ou chemins , et qu'il aura fort ruzé sur quelques

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petits coustaux secs, sans auoir gueres faict de paYs, ne s'estre pourmeoé dedans les bleds , c'est signe que c'est vn Lieure qui n'est que venu » lequel se sera arresté au plus haut lieu , pour regarder le pars et le lieu où il ira faire son giste , et pour se sauner» si les Chiens , ou autres choses le rcncontroient.

Voui le pourrez encore cognoislre en ceste iorle.

Communément les Lieures de passage , font leur giste au couuertpar autant qu'ils sont en doute et crainte : et quand les Chiens les trouuent , ils font les rompus , se faisans relancer deux ou trois fois : par ce qu'il leur fâche de sortir du fort , ne sachant le pals : m^is alors qu'ils voyent que les Chiens les pressent, ils prennent les chemins par où ils sont venus, et s'en retournent en leur pays. Par ainsi, si vn Lieure se fait relancer deux ou trois fois auprès de son giste , c'est signe que c'est vn Lieure de passage , qui pourra emmener les Chiens bien loing.

Des finesses et malices des Lieures , que les ptqueurs doiuent entendre pour les prendre à force.

Qiapiire LVI.

E veux bien dire la chasse du Lieure estre plus plaisante et de plus grand esperit, pour les gentils-hommes, que de ^ nulle autre beste, d'autant qu'ils trouuent leur plaisir à ijl toutes heures , et auec petis frais, voy^mt tousiours eou- ' ^'-^^ rir leurs Chiens deuant eux : pourquoy peuuent iuger, sans prendre grand peine ne travail , lesquels sont les meilleurs , et mieux chassans , requerans et forcenans. £t aussi que c'est grand plaisir de veoir l'esprit de ce petit animal , et des ruzes qu'il fait pour se deOaire des Chiens. Et faut que les piqueurs y soyent fins, et d'esprit, pour entendre ses ruzes, et malices: ce que i'ay pratiqué toute ma vie, qui m'a causé mettre par escrit vue partie dès expériences qu'en aurois peu veoir, cognoistre , et entendre.

Premièrement, le piqueur qui sera après les Chiens, doit regarder au partir du giste plusieurs points. Sçauoir est, quel temps il fait: car si c'est vn temps dç pluye , le Lieure dresse et suit plus les chemins qu'en autre temps, et s'il arriue à quelque bois taillis, il n'entre pas dedans, mais se relaisse au bort , et laisse passer les Chiens : puis quand ils sont outre-passez , ils s'en retourne sur ses mesmes pas par où il sera venu, au

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pals où il aura esté poussé : par ce qu'il ne veut pas entrer dans les forts , à caiise de Tégail , qui est parmy le bois.

A telles ruzes le piqueur doit demeurer à cent pas près du bois , par

où le Lieure sera Tenu , car il ne faudra point è le veoir retourner sur ces pas droit à luy : et pourra à l'heure le piqueur forhuer ses Chiens , et les rappeler, d'autant qu'il seroit malaisé qu'ils redressassent telles ruzes , par ce qu'ils ne cuident pas que- le Lieure soit retourné sur luy : aussi qu'ils penseroient que ce fûst le contrepié. Plus doit regarder en quel lieu on trouuera le giste du Lieure , et de quel vent il s'est caché : car si c'est du vent de Galerne on Hautain , il ne cuidera pas fuir le nez dedans, mais le eoustoyera , ou luy tornera le cul. Aussi que s'il fait son giste en l'eau, c'est signe qu'il est ladre: à tels Lieures le piqueur doit prendre garde tout le iour , dedans les eaux : car ils y font volontiers leurs ruzes et finesses. D'auantage, le piqueur regardera si c'est vn masle ou une femelle , et s'il est nourry au pays ; ce qu'il pourra co-

VENERIE PAR gnoisire par ce que i'ay deelaré ey dessas : car c'est vne chose certaine qu'Tn Lieure nourrj anpay^» priacipalemeDt la femelle, si le piqueur regarde le premier pays et cerne qu*il prendra la première iMs au partir du giste, estant deuant les Chiens» tous les autres qull fcora tetot le iour seront par mesmes lieux « et seront par mesmes passés et musses : si ce n'est , comme i'ay dit , quelque Lieure masie qui fust Tenu de loing , ou bien que les Chiens Teussent si malmené et lassé , qu'il fust conlraint d'abandonner sou pays, et se forpaiser:ce qu'ils fontvoloiHierS'quand ils ont esté chassez deux heures sans deAiut. Au oommaneement que les Chiens chassent les Lieures, ils ne font que tournoyer, pussans cioq ou six fois par yn lieu , et sur leurs mesmes pas. Et faut eslendre que si les Chiens courans faillent k prendre vu Lièvre m iour, le pîqueur peut bien regarder le pays , et les lieux par où il aura passé :ear ei vue autre fois il le retrouue , et que les Chiens le chassent, il passera par mesmes lieux , et fera mesmes ruzes qu'il aura faites le ioar qu'il m sera sauué : et par ce moyen pourra cognoistre sa malice » et le pays où ii Tendra aller, et beaucoup aider à ses Chiens.

l'ay veu tu Lieure si malicieux , que depuis qu'il <^oiC la trompe, il se leuoit du giste , et eust il esté gisté à vn quart de lieué de là , et s'en alloit nager en vu estang, se relatssant au milieu d'ieeluy sur des ienes; sans estre aucunement chassé des Chiens : pais à la fin ie descouvry sa fines* se, car ie m'en allay cacher secrsttement au long de l'estang, pour sçauoir qu'il deuenoit, lors allay faire decoupler les Chiens là eù-ie le pensois trouuer, et incontinent qu'il ouTt la trompe, il seleua d'effroy, et s'en vint deuant moy se relaisser au nÂliou de l'estang , et pour pierre ou motte que te luy sçeusse ietter, ne Toulnt bouger de là : alors te fus contraint me despouiller pour le faire desloger, et attendit presque à estre pris auec la main , premier que vouloir bouger : me voyant près de luy, il se met à la nage, et sortit deuant les Chiens, où il courut encores l'espace de trois heures, premier que d'estre jpris, nageant et faisant toutes ses ruzes dedans les eaux. l'ay veu courir Lieure biau éeux heures deuant les Chiens, qui après auoir couru veqoît pousser vn autre, et se mettoit en son giste. l'en ay veu d'autresi qui nageoient deux ou trois estangs , dont le moindre auoit quatre vingt p^ de large, l'en ay veu d'autres après auoir esté bien courus l'espace de^dewc heures, entroient par dessous la porte d'vn tectà brebis, et se rdaiss oient parmi le bestail. l'en ay veu, quand les Chiens lés eourroîeat qui s*al» loient mettre parmi vn trooppeau de brebis , qui paissait par les

champs

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obaièps, oc les vouUds abandonner ne laisser : dont fus contraint de oaqpler mes Chiens, et faire toucher les brebis à la Bergère iusques diedavs le tect : et alors, qu'il vit les uuiisons, se départ, et s'en va : là ie 4eeoa{>le mes Chiens, et le pris, l'en ay veud!autres, et que quand ils oyoient les Chiens courants, se cachoient en terre. l'en ay veu d'autres qui allaient par vn costé de haye , et retournoient par l'autre , en sorte ^'il A'y adoit que Teapesseur de la haye entre les Chiens et le Lieure. l'en ay veut d'autres, quand ils auoient couru demye heure, s'en alloient moAler dessus vue vieille nMiraille de six pieds de haut, et s'alloient relaifiser en vn pertuis de abauffaut , couuert de lierre, l'en ay veu d'autres qui uageoient vue riuiere, qai pouuoit auoir huit pas de large : et la pfissoient et r^asaoîeut ,* en la loogaeur de deux cens pas , plus de vingt

A «este cause, fout que le piqueur soit caut, et fin, ponr chasser le lieure : car il est certain que. si les Chiens sçaueat bien prendre le Lieure à force, ils pourront courir toutes bestes : et e^t le vray principe et cornmancenient pour les dresser et affiner le nez. . .

Pois quand' on les vent dresser pour le Cerf, ils abandonnent aisément le Lieure, par ce que la venaison du Cerf est plus friande que celle du Lieure, et plus désirée des Chiens courants, aussi que le Cerf a plus graoë vent et sentiment. Les Lieures ne viuent que sept ans pour le plus , et principalement les masies. Ils ont ceste malice, que si le masle et la femelle sont accompagnez ensemble en vn pays , Jamais n'y laisseront demourer autres Lîenres estranges , s'ils peunent, si ce n'estoient ceux qu'ils ont engendrez* Et pQii]:ce dit ou : Tant plus on chasse en vn pays , et plus on y trouue de Lieures : parce que ceux des autres pays y viennent.

Comme on doit dresser les ieunes Chiens pour le, Lieure,

€kopUr,0 LVIL

Rëuiërememt , à la chasse du Lieure , il ^st requis qu'il n'y ait que deux ou trois piqueurs , pour le plus : > dont faut qu'il y. en ait vn qui menace les Chiens qui demourcront derrière : les autres les doiuent faire chasser et requester : oàf s'ils estoient grand nombre de pi- |ueurs qui pariassent aux Chiens , ils romproient les erres du Lieure , ou bien estonneroient les Chiens aux deffaux : parce que

VENERIE PAR chaleurs ne soDt trop vefaemeiiles^.et aussi que les ieanes Lieures mmt soU» et n'ont point de corps « se sçachans faire enceres lears riiz^s et malices» et se fout relancer plosteo'ra fois douant les Chiens > lesquels y prenaent fort grand plaisir, et se dressent mienx qu'Ms ue feroîent pas's'îb fuy oient » et s'esloignoient il*eux .

Il est tout certadn que les Lieures ont plus grande senteory et soni uiieux courus des Chiens quand ils viandeot et paissent les bleds ▼erds, qu'en toutes autres saisons de Tannée. Toutesfoisil y enaqoi^e nat«-' re ont plus grand senteur les vos que les antres, et qm sont pins désirer des Chiens, comme les grands Heures de bois, et ceux qui sont ladreav lesquels se tiennent près des eaux, liais les petis Lieures rouges, ^î sout du genre des Connils, n'ont pas si grand sentiment, et ne sont pas tant desirez des Chiens courants que les autres. Ceux qui Yiandent sur les pelouies ou petits coustaox, d'yne herbe qui se nonsme -Sei^ polet, ou poUot, sont conumiiiement forts Lie«res, et courent 16ii^ guement. Aussi il y a des Lieures plus malicieux les vns qw les aotMs, et principalement les femelles , car elles font leurs maes plus conrt»^, et plus soouent que ne font pas les masles^ ce que les Chiens n'aiment pas ; parce qu'il fasche a Chiens vigoureux <et de cueur, de tournoyer si souuent, d'autant qu'ils désirent vue beste qmi fuye deumitenx, |iour courir à leur force. A tels Lieures qui ruzent si sonnent, il est requis d« faire les cernes grands» à fin d'entendre toutes leurs ruxes, et n'en trouuer que La sortie ; ce faisant on ahbrege bien leur force , et les contraint on de ne ruzer plus. Il y en a aussi qui fuyent les chemins et voyes , des-* quels les Chiens ne peuuent auoîr sentiment, à cause qu'il n'y a brancbe, herbe, ne aucune humidité où ils touchassent du corps, par oà les Chiens en poussent assentir, ainsi qu'ils feroient s'ils estoieat en antres lieux couuerts, comme bois, bleds et antres fraischeurs. Et pour-* ee quand le piqneur trouuera tels Lieures, et qu'il verra le deffaut 4e ses Chiens en vn chemin , il les doit pousser outre tout le long du ehe-* min , les suiuans tousiours iusques à ce que les Chiens en trouuent la sortie, ou bien qu'il ait trouué vue petite vallée ou fraischeur par le milieu du chemin , où les Chiens en poussent auoir sentiment. Et luy mes— me doit mettre pied à terre, regardant en la poudre, ou autres lieux, pour en reuoir par pied : ce qu'il cognoistra aisément, car la forme du pied du Lieure est aiguë , et fsicte à la semblance d'vne pointe de Cousteau, ayant ses petits ongles fichez tous droits en terre, qui marqueront tout au tour, venant tousiours en appointissant : d'autant que ia-

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mais le Lieore, qoaod il fuit, n'ouore les ongles, comme font les bestes puantes, mais tient tousiours sa patte serrée, en forme d*vne pointe de coQsteaO'. Il j a ansai certains pays et saisons on les Chiens n'ont aucun sentiment des Lieures : comme en hyuer, au pays des plaines , où les terres sont grasses, et fortes : parce que le Lieure a la patte pleine de poil, et quand il fuit, la terre qui est grasse se prent de contre-, laquelle U emporte auec le pied , qui couure et oste tout le sentiment que les Cbiens en pourroient auoir. Et aussi qu'aux pleines il n'y a ne branches oy heri)es où il peust toucher du corps , non plus que dedans les chemins^ D'auantage, il faut entendre qu'il y a aussi certains mois esquels les Cbiens n'ont point de sentiment, comme à la saison du printemps, à cause de la véhémente odeur et senteur des fleurs, qui outrepasse celle-^. Lieure. Semblablement , faut se donner garde de mener les Chiens à la chasse quand la terre est gelée , car ils se dessoleroient les pieds, et perdraient les ongles: qui est au contraire des lieures,' qui courent mieux en ce temps là , qu'en autre , à cause qu'ils ont les pieds fourrez. U faut parler aux Chiens quand ils chassent en mesmes ler-> mes qu'on parle à la ebasse du Cerf, fors ou forbuz, car en lieu de crier Thia-Hillaud , il faut crier, Voy-lecy aller : et mesmes sons de trompe , eaioepté eo la queste, auant que le Lieure soit bouté , car on ne doit sonner que le gros, comme i'ay dit cy dessus.

Vous deuez entendre ce secret, qui est, que quand on dressera des Chiens courants, on ne leur doit iamais donner curée auec les Leuriers : parce que si on acooustume de faire prendre les Lieures aux Leuriers douant les Chiens courants , depuis qu'on criera et forhuera , les Chiens courants ne feront que leuer la teste, pensant tousiours voir le Lieure devant les Leuriers , sans vouloir mettre le nez en terre , ne faire semblant de quester ne chasser. Mais les droittes curées qu'on doit donner à ieunes Chiens, doiuent estre auec vieux Chiens courans, sages, lesquels les dresseront et apprendront à faire leurs cernes.

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VENEBIE PAR s*il trouue la sortie desr ruxea que le Lieure poorroit aiioir £siiciM à^ dans les chemin», pour entrer en quelque taîUU ou fort» alors smCUoiui le pourront aller quérir aisemeal, elluy mewies doUliattra le^^JhrfiH sesauee la gaule pour leur aider àlolMNiter. Et s'il aduîeat qu'il tffinrp ue quelque vieux giste* il doit mettre la main à la gîlibeciere». «t i$ll^ quelque friandises dedan»^ et appela tmisses Chiens à In^t 4fh,^np(f|i Âguerecy, Theau voy le lict. Et faut noter que le pîquwr dfiîi.^jioîn vu loppin de lari grillé, eoneloppè en la gibbeciMO, daqnoy il.^otiDioW ter le bout de sa gaule» car par là pourra aooonrtumer ses Chiens à.yoniy sentir le bout d'ieelle. Et alors qu'il tes Tondra faire pnasnr à vne mnate » il n'aura qu'à mettre le bout de sa gante en terra « et les nppeller.rija^.nii faudront à venir incontinent, se bnttans à qui passera le premiev» £1 si d'auanture les Chiens ne trouuoyeni le Lieure aorty de ses ^^rnéa^ le piqueur doit ramener tout bellement ses Chiens au lieu oii anra^eaté son deffaut, et regarder de qu«l eosli le Lîenre auoiila leste; townee quand il eM entré dedans le «hemin ; et s'il Tanoît tournée anal^ il doiti^ peller aes Chiens ni les faire* fnester des deux costen fnrijongnemenli car aucnnesCeis lesLiewes sninent les chemins -, pour faire les rnne»> plnê d'vn grand quart di^lieuë, sans en vouloir sortir^

En tels lieux les Chiens n'en penuent a^ok» sentiment , 4 envse de la poussière » et autres naisnne qne i'ay dilen ey desMis f et les Li9nms demewent souueat sur le bord des chemins» ou bien près de là; à ceate cause celny qui mènera les Cfaîois tes doit fahre questev anx <m^k&B. Et si tous ces cernes ne ponuoienl eneores redresser les Chiens «In pi^ queur peut bien penser que le lieure a fait vn houmarjr sur Inj^ et pourra rappeller ses Chiens de là où il vient , en fnnllant tel battant tout au tour, en prenant ses cernes plus gvands : et n^est possible que les Chiens ne redressent les erres , où qu'ils ne le bontent, tonteafeis qu'ils passeront bien sonnent dessus qnelqnés Uêores , premier qn^ls vueillent sortir de la giste, ou bien se laisseront prendre dedans. Com-^^ bien que ie loue grandement de voir défaire la nulct du lieure nnx Chiens , cl l'aller quérir et pousser en la giste , si est^e iqn'il ihe MmMe que c'est vne chose trop longue, et de peu de plaisir, pouf entant qu'ils ne font que balancer et troller. Mais seroit beaueouf plus court •« ^et de plus grand plaisir, de le tronner et cercher en la manière qoi s'ensuit.

Quand trois bons ptqueufs seront ensemble, et qu^ils vert<Mft ^ue les Chiens rencontreront de la nuict d'vn Lieure, en quelques -bleds , ou autres gaignages ils doiuent regarder la saison o<i ils seront, et quel

temps

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temps il fera : car si c'est au printemps on esié , les Lieures ne se gistcnt pas an fort, à cause des Fourmis» et antres barbots» et des Serpens et LaîsiÉrds» qui les ciiassent des forts, alors sont contraints de leurgister dedans les bleds, guerets, et lieux foibles; En hyuer ils font le con- Wkifé , ear ils se gistent en quelques gros halliers ou forts , principale- BM»t quand tes vents de Galerne et Hautain régnent , lesquels ils craignent grandement. Or donc selon le temps et les lieux ob ils ▼errônt que les Lieures seront au giste, ils y doiuent appeller leurs Chiens, et battre tout de rang, et en accoustrant les Chiens à telles questea, ils tronueront pins de Lieures, et auront plus de plaisir, que non pas de leur apprendre à èeiïaire la nnict. Et pourront dresser leurs Chiens de telle sorte , qu'en frappant vn coup de gaule sur les brosses , les' Chiens se battront à qui entrera le premier comme font les Chiens d'oiseaux à la remise des Perdrix.

QMild le Lieure sera lancé et bouté, le piqueur s'en doit aller sur les Toyes , et appeller tous ses* Chiens , en farhaant , et sonnant de la trompe, sans bouger du lieu^b îl sera^ iusques à ce que ses Chiens ayent tom passé denant luy • Puis quand il les yerra feus outre-passez , et aineutex sur les erres du Lieure, il les doit suiure tout bellement sans approcher d'eux , ne les presser, et sans gueres erier , ne sonner de la tiM>mpe , parce qu'au eonmaneement qoe les Chiens l'ont bouté , la chaleur les transporte volontiers , et si le piquenr les pressoit , il lès eschauferoit eneores d'auantage , qni seroît cause qu'ils oulrepasseroient les erres. Mais quand ib ont couru l'espace d'vne heure, et qu'ils sont bien esdiaufiex sur les fuites, îl pourra approcher de ses Chiens, pour autant qu'ils aaront perdu la dîaleur, et qu'ils commanceront à conrir sagement. Et sur , tout, il doit regarder les premières ruzes et malices que fera le Lieure, comme iay dit cy douant, et segouuerner tout le iour par là : car toutes les autres qu'il fnra sembleront à icelles. Et selon les ruzes qu'il verra , et le pays où il sera , îl doit faire ses cernes, grands ou petits, longs ou estroits , en oercliant les lieux les plus commodes , et plus frais poar le nez de ses Chiens.

Il y a deux façons de prendre le Lieure à force, qui sont, que les vus le prennent sans forhuer,* mais suiuetit seulement les Chiens par où ils vont sraa. abbreger les ruzes. Et me semUe que ceste prise est la plus honorable, d'autant qu'on cognoist la bonté, force, et vigueur des Chiens.

Les autres le praioent autrement, car depuis qu'ils ont veu faire le

VENERIE PAR premier cerjie à vn LUure» e( quMk ont ea cognoiMance du pays q^iï tient eu ses fuites » ils vontgaiguer les deuants peur le voir à ve«ë^>ei en eest endroit forhuent leurs Chiens , abbregeans les ruzes. Et quand les Chiens sont dressez en cesle sorte, ils sont de si bonne créance } qu*ils laissent leur droit pour aller au forbu , qui esl cause que les Lie4 ures ne courent que bien peu deuant eux. Et certes qui veut faire graM de exécution de prendre Lieures, ie loue grandement les Chieosr qu| prennent de grands cernes en leurs deffauts : toutesfois que pour bteii ^oir chasser, il u*est que Chiens qui suiuent le droit. Mais pour ahhia:? ger les Lîeures » ie donne la louange à ceux qui prennent les grands cernes I parce qu*ils enueloppent dedans, toutes les ruses et maUce&^# Lîeures. ■ if

leusse descrit ^lus amplement le moyen de bien haHer les Chiens ^ mais d'autant que i'en ay donné Tintelligence, tant en la Vénerie ^dif Cerf, qu'aux chapitres cy deuant, traiians des- malices et ruj^s de^ Lieures : par lesquels chapitrés les piqueurs peuuent cognoistre eatie-* rement les secrets el moyens de s'y gonuemér, et aussi qu'il y a taal de bons maistres qui entendent Testât, ie me suis déporté d*eii faire plus, ample récit.

Comme oti dùà faire la curée du Lieure aux Chiens. Chapùre LIX.

1 èS*tv^ l

-Vard lé Lieure sera pris, il faut que le valet de [Cbiens couppe de petites gaules ou houssines bien déliées à vn arbre, puis prendra le Lièvre, et Je per- ' tera en quelque beau lieu , sus de Therbe la plus net^ ^te qu'il pourra trouuer. Alors le pîqueur descendra *de cheual, qui sonnera la mort du Lieure, pour appeller tous ses Chiens. Ce fait, le valet de Chinns, deffuidra la curée des Chiens , auec ses gaules , lesquels abboiroot tous autour de luy. Le piqueur sonnera tousiours, comme dessus» en frottant ses Chiens auec la main , leur monstranl le Lieure en disant , Va le mort. Puis le prendra et Tonurira, après le despouillera deuant eux, en luyostant le pas, le poulmon, et la peau, lesquels il encruchera en quelque arbre, de pcnr que les Chiens en mangent, parce qu'ils leur sont fort coufraires , tellement qu'ils en tombent malades. Quand le Lieure

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sem tltispouillé et ouueri, le piqueur prendra le paJa, fourmajj^c, et adiré» friandises» lesquelles il meUra dedans le corps du Lieure, à iin

de les arrouser et brunir de sang. Puis prendra le Lieure duquel ostera les espaules et la teste, qu'il mettra en la gibbeciere» pour donner à quelqu'vn de ses ieunes Chiens, lequel n*aura osé approcher de la euree. Alors le valet de Chiens aura sa corde toute preste pour bien attacher le Lieure par quatre ou cinq lieux, à fin de faire tirer ses Chiens, et quVn n'emporte pas tout: puis le cachera, et s'en ira à cent pas de là, porter son forhu. Cependant le piqueur estendra sa curée de fourmage, et autres friandises, brynies du sang du Lieure, sur l'herbe nette, et la défendra des Chiens auec sa gaule. Cela fait, il commancera à sonner pour Chiens , et leur laissera manger la curée , en les resiouissant, et frottant les costez, sonnant incessamment pour Chiens. Quand la curée sera presque achcuee le valet de Chiens qui sera, comme dit est, à cent pas loing du piqueur, doit forbuer ses

VENERIE PAR Chiens auec la trompe : soudaio le piqueur les menacera , el fessera auecla gaule, en criant, Escx>nte à luy valet. Alors le valet de Chiens leur monstrera le Lieure, le tenant le plus haut qu*il pourra auec les mains : et doit tenir sa corde par vn bout, à laquelle le Lieure sera attaché par Taiiire bout. Puis ^naad il verra ses Chiens toua aiitoiiff»4 luy, il ieltera son Lieure au milieu d'eux, et leur laissera manger : aprc les doit mener boire auant que les coupler. Et encores pour bien faire les faut ramener au logis tous descouplez , à fin de les laissa p^tetre parce qu'ils sont subiets à estre malades quand ils ont mangé de la chai de Lieure : puis doit auoir du pain ^ pour leur donner après la curée s'ils en veulent manger, de peur qu'ils ayent mal au cueur, et quHls ren* dent leur gorge.

Pin de ta chasse du lieure.

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Chasse des Renards ^ et Tessons.

Comme U faut dresser les petits Chiens de terre ^ pour la chasse des Renards et Tessons. Chapitre LX.

Peb^ auoir parlé de la chasse des Chieos courants , ie feray icy vn petit traitté de la chasse de Chiens de terre, et comme on les doit dresser pour prendre Renards , Tessons , et leurs semblables.

Il faut entendre premièrement, que nous auons bde deux espèces de Bassetz, desquels nous dirons la race estre venue des pays de Flandres. et d'Artois : dont les vns ont les iani-

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VENERIE PAU bes torses, et sont comuiuoëment à court poil : les autres ottt Imm droites, et sont volontiers à gros poil» comme Bai^ets. Ceux quiies^nt torses 9 coulent plus aisimeot eu la terre que les autres , et soot meillevrS' pour les Blereaux, d'autant qu'ils y demeurent plus louguemeut» tesau» mieux sans sortir. Ceux qui ont les ïambes droktes. se nieiii à .deat* mestiers, par ce qu'ils courrent sur terre oomme Chiens counMfts« et* entrent de plus grand fureur et hardiesse on terre que les aoties^^ mais il n'y demeurent pas si longuement» d'autant qu'ils se tOMVien^ tent à combattre les Renards et Tessons, ce qui les contraint d'e» aoitir pour prendre l'air. 11 s'en trouaent de bons et de inauuais desideux (sspe^* ces. Or par ce que la chasse en est belle , et furieuse, sans grand'inuuiil ne peine, i'ay bien voulu icy descrire le moyen de dresser les Bassdzt et les mettre à la chair.

Premièrement, on doit commancer à dresser les Bassets de Tadgeiie huit à dix mois, car si vu Basset n'entre en terre à son an, à peine biy pourra on iamais faire entrer. Et se faut bien donner garde ^«u coaa** mancement qu'on les dresse , de les rudoyer, ne que les -Tessons. on Renards les blessent en terre , pour autant que s'ils y estoîent battes ou outragez, ils n'y voudroient plus retourner. A ceste cause ,r on «a doit iamais faire entrer les Bassetz es terres où il y ait de vieux Tessens ou Renards, que premier ils ne soient dressex, et qu'ils n'ayent leer an accompli. Encores faut il mettre tousiours vu vieux Basset devant eux , qui endurera la fureur des Tessons. Vous pouuez dresser les Bassetz, et mettre à la chair, en plusieurs manières, dont la première est : Qu'en la saison que les Renards et Tessons ont leurs petis, il faut prendre tous les vieux Bassetz , et les laisser aller en terre : puis alors qu'ils commanceront à abboyer, on doit tenir tous les ieunes auprès des pertuis, vu à vn, de peur qu'il se battent, et leur faire escouter les abbois. Apres que les vieux Renards ou Tessons seront pris, et qu'il n'y aura plus que les petis, faut prendre tous les vieux Bassetz, et les coupler, puis laisser aller les ieunes, les hardissant en terre, en criant. Coule à luy Basset, Coule à luy, hou, prenez prenez. Et alors qu'ils tiendront quelque ieune Tessonneau ou Renardeau, il leur faut laisser estrangler dedans la tranchée ou pertuis , se prenant bien garde que la terre ne tombe sur eux, de peur qu'elle leur nuise. Ce fait, faudra porter tous les petis Tessonneaux ou Renardeaux au logis , et en faire fricasser les foyes et le sang, auecdu fourmage, et delagresse, |»uis leur en fiiire curée, en leur monstrant la teste de leur gibbier.

lACQVES DV FOVILLOVX. 72

Apres qu% U» Basselz auront lûangé la curée, ou bien au parauant, il les fâQt laoer d*eau tiède» auec du* Sauon, pour faire tomber la tenre» qui sera mesiée entre le poil et la peau : car autrement ils pourvoient deuenir galeux f d'vne galle qui seroit fort difficile à guarir. Od les peut encores dresser en vne autre manière : sçauoir est : Il faut fture prendre de vieux Renards ou Tessons tous vifs, par les vieux Baseelr» et auec des tenailles propices & ce faire , comme vous pourres Teoîr en portraictore cy après, les prendre, et leur coupper toute la maschovërededessouz, là où sont fichez les grands crochets, et ne toucher peint à celle de dessus , pour autant qu'elle monstrera tousiours la fhrtur delà beste, sans pouuoir blesser ne faire mal. Âpres faut faire faire des terres en vn pré, lesquelles doiuent estre assez larges , à fin que les Bassetz ayent espace de leur tourner et virer, et entrer deux tout de fptet, puis couurir les terres d'ais, et de gazons. Cela fait, on doit mettre le Tesson dedans, et lascher tous les Bassetz, ieunes et vieux, levr donnant conrage, et les enhardissant, comme Tart le requiert. Et quand ils auront assez abbaye, faut frapper sept ou huit coups de beaehe au eosté, pour leur donner hardiesse quand on bcschera. Puis favdra leuer les ais à Tendroit ou sera le Tesson , et le prendre auec les tenailles , en le tuant deuant eux , ou bien le faire estrangler à quelque Leorier, pour leur en faire curée. El faut auoir du fromage en vne po-^ cbeCle, pour leur ietter soudainement sur leur gibbicr, quand il sera mort. Et si d'auanture on ne vouloit rompre la maschouërc de dessouz du Tesson , il luy faut coupper tous les crochets , et toutes les roaislresses dents , de peur quil morde , et face mal.

VENERIE PAR

Du noUurd H complexion des Renards et BlerecMx.

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