‹ La vénerie (volume 2)Chapitre 50 sur 62 · V . CùuntM on doit chasser ei prendre le Blereau · texte numérisé non relu

V . CùuntM on doit chasser ei prendre le Blereau

Vamd le Veneur voudra chasser le Blereau , il doit quérir les terriers et tasnieres ob ils demeurent , et doit quand la Lune sera claire , après la miouict tendre aux bouches des tasnieres ses poches : puis le matin doit venir à tout ses Chiens quérir les hayes et fort pays enuiron tasnieres : et dés qu'ils oirront l'effroy des Chiens, ils se cuideront bouter dedans les terriers, et seront prins es poches, et si Chiens \éÊ altatgnéol «ntre deui^ on en aura bonne chasse et bon déduit : car ils se font aUny«r comme vn SangUer.

De l'Ours el de sa naêwe.

^L y a Ours de deux conditions p les vns sont grands de leur nature , et les autres petits , ores qu'ils soient vieils , toutes ^ois leurs manières et conditions sont toutes vues : mais les ''plus grands sont les plus forts , et ceux qui naurent aucunesfois les bestes priuees merueilleusement, sont forts par tout le corps, forts qu'en la teste. qu'ils ont si foible, que s'ils y sont feruz ils sont morts. Us vont en leur amour en Décembre , les vns plustost que les autres , selon ce qu'ils sont à requoy en bonnes pastures , et durent en leur chaleur quinze iours« Et comme l'Ource a conceu ou se sent grosse , elle se met en vne.caue de roche, et demeure dedans iusques à tant qu'elle ait faonnë : et pource prend on peu d'Ources qui soient praings. Aussi les Ours masles demeurent dedans les caues quarante iours sans manger ne sans boire, fors qu'ils succent leurs mains. Et au qoarantiesme iour issent hors, et si celuy iour fait beau, il s'en retournent dedans leurs caues, iusques à autres quarante iours : car ils se pensent qu'encore sera mal hyuer. Et dort iusques à celuy iour qu'ils sortent de leurs canes. Us naissent en Mars , et le plus d'eux tous morts par l'espace d'vn iour : Leur niere les aleine si fort , et les eschauffe si bien , €t lesclie de la langue, qu'elle les faict rcuenir. Leur poil est plus près

Od iij

VKNERIE PAR du blaoc que du ooir, et aillaicteiil bien vn oioîft lenrs petits et pk». Lu cause est , qu'ils n*ODi mauuab oogles et malles dents * et soot faunesses bestes de leur nature. Quand ils ne trouueot le laief^de leur mère à leur guise, ou que TOurce se remue ou se meut, ils mordent et esgratignent les paupes de leur mère, et elle se courrouce et les blesse ou tttë aucuuesfois. Et pource se garde elle quand ils sont yn peu forts, que ne les laisse plus allaicter, mais elle va manger tout ce qu'elle peut trouuer, et puis leur iette par la gorge deuant eux ce qu'elle a mangé. Et ainsi les nourrist iusqu'à faut qu'ils se peuuent pourchasser. Quand l'Ours fait sa besongne auec l'Ource, ils sont en guise d'homme et de femme, et tous estendus Tyo sur l'autre* Ils viuent d'herbes, de froiels, de miel de chair creuë et cuiUe, quand ils en peuuent auoir : de laict , de glan, de febues, de fromis,-et de toutes autres vermines et eharon- ^oes, et montent sur des arbres pour quérir des fruicts. Et aucunesfois quand tout leur faut par grand hiuer et par grand famine, ils osent bien prendre et tuer vue vache ou vn bœuf. Toulesfoîs peu sont qui le facent, mais pource aux brebis, chieures, et tel menu bestail mangent et prennent volontiers quand ils les tiennent à point , spécialement ceux qui sont de la grand forme durent « leur force dix ans. L'Ours peut' viure vingt ans : car il dénient volontiers aneagle, et puis ne peut quérir sa vie. Ils vont trop loing qnerir leur manger, estans si pesantes bestes. Et c'est à fin qu'on ne les tronue : car ils ne demeurent ia près leurs viandiers : quand on les chasse ils suiuent l'homme , et ne luy court pas sus , iusqu'à ce qu'il se senle blessé : mais qnand il est blessé il court sus à tout tant qu'il voit deuant. Il a memeillenx et forts bras dequoy il estraint aucuuesfois vn homme ou vn Chien si fort qu'ils l'affollent ou tuent : ses ongles ne font pas mal , tel que beste on puisse mourir, mais ils tirent aux mains, et meinent à leur bouche et dents , de cela font leurs merueilleuses armes : car ils font trop forte et trop malle morsure, tant que s'il tenoit vn homme par la teste il luy romproit iusques à la ceruelle, et le tuëroit, et s'il tenoit les bras ou la ïambe d'vn homme aux mains et aux dents, il les romproit tout outre: il n'est si forte hante d'espee, que aux mains quand ils sont férus , ne la rompent. 11 est si pesante beste que les Chiens qui le -veulent chasser, le voyent tousiours : car il ne court gueres plus fort qu'vn homme. Il ne se fait point abbayer ou trouuer, comme faict le Sanglier, ainçois s'enfuit de loing , comme fait vn Lieure , iusques à tant que les gens approchent, et ainsi qu'il voit que les Chiens le tiennent, et luy com-

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QianccjBt à faire grand mal, lors il se met en defence moult vaillamment. Aucuns se lieuent sus les pieds de derrière , aussi bien que sçauroit faire vu homme, et c'est signe de couardise et d'eOroy. Mais s'ils sont sur les quatre pieds, ils tuent l'homme qui vient contr'eux. Adonc il semble qu'ils se vueillent reuencher, et non pas fuir. Ils sentent de loiog et ont bon vent, plus que nulle autre beste, fors que le Sanglier: car ils sentiront vue pasture de glan , s'ils sont en vue forest : et quand ils sont las et desconfits ils se font prendre en aucune petite riuiere ou ruisseau. On les chasse aux allans et Leuriers , et aux Chiens courants» à l'arc, à l'espieu, aux lances et espees , et aux* fossez et autres engliM». Si deux hommes à pied auoient bons espieux et se veulent bien tenir bonne compagnie, tuent bien vn Ours : car sa nature est telle, que à chacun coup qu'on le fiert , il se veut reuencher de chacun , et quand l'vn le fiert il luy court sus : et quand l'autre le fiert, il laisse iceluy, et cpwt àr^^utre, et ainsi le peut on ferir chacun tant de fois comme il veut. Leur nature est de demeurer es grands montagnes , mais quand il neige fort, ils descendent pour la neige, et pource qu'ils ne trouuent que manger es plaines forests, ils ieltent leurs laisses aucuncsfois en torches» aucunesfois en plateaux comme vue vache, selon ce qu'ils auront mangé , raisins , ou autres choses semblables qui soient molles. Ils jettent leurs laisses en plateaux, et s*ils ont mangé du glan, ou des febues, ou semblables choses dures , ils ietteront en torches. Les Ours peuuent engendrer en vnan, et lors se départent de leurs mères, ils vont on le pas ou le cours, et puis trottent volontiers les voyes quand il va à son aise. Mais quand on le chasse , il fuit les forests et les couuerts. La saison de l'Ours commence en May, et dure iusques à tant qu'il va aux Ourses : toutes ses saisons sont gras au dedans ou dehors : et plus dure sa saison que nulle autre beslé qui soit. Et quand il est blecë et peut esebapper aux chasëeurs , et estre hors d'eux , il s'euure auec les mains sa playe , et attaint hors ses boyaux. Quand il reuient de son manger il va volontiers les chemins , c'est pour s'en aller demeurer quand il se destourne des chemins , et il s'en va demeurer : il ne fait point deruzes, il se baigne et souille comme vn Sanglier, et mange en guise de Chien. Il a malle chair et mal sauoureuse , et malle saine à manger. Son sain porte médecine contre goûte , et adoucissement de nerfs . meslé aiiecqoes autres oignemens , les pieds sont merueilleux à manger, et meilleurs que rien qu'il porte. Et deuez sçauoir qu'on appelle de toutes bestes mordantes le sain et maageures quand ils vont manger, et

VENERIE PAU de Cerf et de toutes beste , rouises qui ne sont mordaus, oo TappeUe 6«ir, et quand il vont manger on appelle viaoder.

Comment an doù chasêer H prendre l'Ours.

1^ Vand le Veneur voudra chasser TOurs, la plus senre chose sera d'aller en queste auec son Liimer : car ' autrement à Vm\ il tres-passeroit trop de fois roules . et le Chien assentira en trop de lieux qu'il ne pourroit |ia voir. Et si n'a Limier, il faut qu'il le qtriere en . taillant , comme i'ay dit du Dain , du Cbenrueil , ^comme aussi de sa nature et de ses mangeures, il doit aller en queste selon le temps que les bleds et herbes sont. Et au temps des vignes, des glans, des feines, et d'autres mangeures que i'ay dit qu'il faict , si aille en queste à chacun selon sa saison : et le doit destourner et laisser courre , tout ainsi comme vn Sanglier, et pour le chasser etptustost prendre, doit auoir meslez mastins auecques les Chiens courans: car ils le pincent et le font couroucer tant qu'ils le mettent aux abbois , ou il luy feront vuider le pays : et s'il y a des allans, iecte aux abbois , et ils luy feront vuider le pays, dedans le bois, ils ne laissent point partir d'vne place , iusques à tant qu'on Tait tué , et ainsi sera plus tost prins : car il ne tue point les Chiens comme fait vn Sanglier, mais les mord et estraint seulement.

Du Loutre , et de foule m nuitée.

ÏOvTRE est assez commune b#ftte, elle mange poissons , et demeure enuiroa les riuieres et estaags. Elle demeure dessous les racines des arbres près des riuieres. Elle mange comme vne autre besie faict les herbes seulement au printemps, et va aux F poissons , comme dit est. Elle nooe par dessus les Iriuieres, et par dessous quand il luy plaist^ et pour eene luy peuuent eschapper nuls poissons que ne prenne, s'ils ne sont trop[ grands. Elle fait grand dommage es viuiers et estangsicar vne paire de Loutres sans plus , destruiront bien de poissons vn grand viuieret estang, et pource les chasse on. Elles vont en leur amour au temps que font les Fm*ons : chacun qui en tient en sa maison ou en

son

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Mniiostel le sait. Et partent leurs eheanx comme le furon, aucunesfois plus ou moins, et sont leurs eheuaux es fosses dessous les racines des arbres près des riuieres. On les chasse aux Chiens par grand maîtrise, ainsi que ie diray cy après , et aussi les prend-ton és-riuîeres , à cordelettes , comme on fait des Lieures aux filets , aux chaussepieds , et autres engins : elle a malle morsure et venimeuse : elle se défend bien de la force des Chiens : et quand elle est prinse es cordes ou es filets, se on n*y est tantost. elle les rompt aux dents, et se deliure. Il n'est besoin de faire mention d'icelle ne de sa nature : car sa chasse est ce que plus vaut , fort tant seulement qu'elle a les pieds comme une oye : car elle a peau d'vn doigt à Taotre, et n'a nul talon ^ fors qu'elle a vne bocette dessous le pied , et appelle on les marche^ du Loutre , ainsi comme on appelle le pied du Cerf, et le» fumées , fiante ou espraintes , Loutre ne demeure guieres en vn lieu : car quand elle y est , espouuenteou mange le poisson qui y est. Lors va elle aucujies fois vne lieuë en amont ou en aual, querant les poissons si eH^ n'est en estang.

CommerU on doit prendre et chasser te Loutre.

[ Vànd le Veneur voudra chasser Loutre il doit auoir Li-

|,miers et doit faire aller quatre valets^en queste, deux à mont l'eau, et les autres deux aval l'eau, les vns

^d'vne part de l'eau, et les autres de l'autre : et s'il y a Loutre an pays, les vns ou les autres en rencontreront :

^ car Loutre ne peut tousiours demeurer en l'eau qu'il ne saille dehors la nuict , pour soy vuyder et paistre de l'herbe , ce qu'il fait aucune fois : et si son Chien encontre il doit regarder s'il en pourra voir parle pied ou en sablon, ou en antre mol terrin près de l'eau, et doit regarder où tient la teste , ou en allant à mont et anal. Et s'il ne peut voir par le pied il en deuroit veoir par les fiantes ou espi^aintes , et le doit poursuiuir de son Chien , ou le destourner ainsi qu'on faict vn Cerf ou vn Sanglier , et s'il n'en peut trouuer tantost ou encontrer, il peut aller à vne lieuë courant k mont ou à val l'eau : car vne Loutre va bien quérir ses mangeures demie lieuë; et volontiers et plus communément à mont Teau, pour ce que l'eau qui vient à val porte le vent des poissons qui sont audessous ou le nez au vent , pource que le vent luy apporte au nez l'assentement des poissons qui sont audessous du vent. Et si se doit faire l'assemblée pour le Loutre, ainsi comme pour le Cerf : car de toutes choses dequoy

Ee

VENEUIE.

on va en queste se doil faire assemblée , et la doit faire chacun son rapport de ce qu'il aura trouué en sa queste , et quand aura veu et diuisé et desieuné ses Chiens , celuy qui aura destourné ou en aura encontre , il doit faire laisser aller ses Chiens, ainsi comme deux traicts d'arc, auant qu*il soit là où il en aura encontre, a6n que ses Chiens se soient vuidez : et aussi quand les Chiens portent des couples ils courent çà et là , si vaut mieux qu'ils ayent fait leurs folies auant qu'ils soient aux Loutres, et se faisoient vuider, que s'ils descouploient sus les routes et alloient foUiaut , et quand les Chiens en assentiront ils iront qiierant les riues de l'eau. Et le valet du limier et des autres doiuent tousiours quérir par les riues et racines près de l'eau , iusques à tant que l'vn des Chiens le trouuent. Et doiuent estre deux ou trois valets à mont l'eau , où le valet en aura encontre , et autant à val l'eau sus les gens en lieu où il aura plus petite eau : et doit auoir chacun son baston fourché : et faire deuant à leur guise. Et quand il verra venir deuant la Loutre, qui viendra par dessous l'eau , il doit faire s'il peut, et sinon quand il aura passé ou en amont ou en à val , il doit courre par la riuiere iusques a vn autre lieu où il y ait basse eau, et le doit attendre, pour voir autrefois s'il pourra ferir. Et ainsi doit faire , tant de fois iusques à tant que la fiere : car si les Chiens sont bons pour la Loutre , viendront tousiours chassanl après. Et pour ce qu'ils ne pourront assentir en l'eau , viendront tousiours chassant et querant après les riues dessous les racines , et ainsi ne pourra il estre que les Chiens ne le prennent, ou que les gens ne le fièrent. Et c'est très belle chasse et bonne, et bon début , quand les Chiens sont bons, et les riuieres sont petites. Et si les riuieres sont grosses, ou c'est vn viuier ou vn estang, on doit auoir des filetz qui attcgnent d'vne riue à l'autre, emplombez dessous, et non pas dessus, afin que le filet aille au fons de l'eau. Et deux hommes doiuent tenir le bout à deux mains, vn de Tvne part.de la riue, et l'autre de l'autre. Et quand la Loutre qui viendra dessus l'eau cuidera passer, il s'en viendra bouter au filet , et ils sentiront bransler le bout de la corde qu'ils tendront s'ils doiuent tirer lent filet. Et ainsi sera la Loutre prinse plustost. Les Chiens qui sont bons pour la Loutre, et on les met au Cerf, mais qu'ils ne soient trop vieux sont merueilleusement bons.

Fin de la chasse du Roy Phd>us.

Adîonctions à la Veuerie de lacques du Fouilloux.

Contenatis pltisieui's traictez> des Chasses du Loup ^

du Conil et du Lieure non encor par

ey deuant imprimez^.

Aiiec plusieurs remèdes tres-vtiles et nécessaires pour la maladie d^ Chiens.

De la chasse du Loup.

Quelle besle est le Loup^ et quelle est sa nature. Chapitre I.

Ntre (ou» les animaax saouages viuans dans le

bois , et subiets à la chasse des hommes et des I Chiens , le Loup est le plus meschant , qui plus

fait de mal et de nuisance, et qui plus mérite d'c- 'stre questé, couru , chassé, et halé des Chiens et

des hommes: et neantmoins la nature, qui à l'en- Mroit des autres bestes qu'ordinairement on quiert et chasse, pour le plaisir, ou pour le proufit: s'estant monstrée mère, en a produit grand nombre, pour le passetemps, ou pour la nourriture de rhomme : semble s'estre voulu monstrer comme marâtre pour le regard des] Loups , ayant remply les bots et autres lieux saunages et solitaires , d'vne si grande quantité de ces meschans animaux , qu on pourroit imaginer qu'elle eust par ce moyen conspiré la secrète ruine de tous les autres animaux , nommeement des domestiques , que l'homme nourrit pour son soûlas ou soulagement. Car les Asians, Africains, et Eutropeans , sçauent assez combien mauuaise et cruelle beste est le Loup , pour les grans, torts et dommages qu'en recoiuent , tant eux que leur famille, bestail, et volaille. Ceux qui ont veu le nouueau monde» endient autant de l'Amérique, et des Indes Orientales, de mesmes de Suéde, de laNouergue, de Dannemarc, de la Moscouie, et antres pays Septentrionaux. Or combien que chacun cognoisse les Loups , les vns pour en] auoir beaucoup veu , les autres pour en auoir souuent ouy parler (il est vray que la renommée commune tient pour vérité , que onques n'en a esté veu aucun es Isles d'Angleterre et d'Escosse) neantmoins ay-ie bien voulu dire quelque chose en passant de leurs forme , mœurs, et nature. Le Loup donc est vn animal de la stature d'vn moyen

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Cbieo 9 et approchant de sa forme : qui a le poil gris » noireissaol sur le bout, blanchastre sous le ventre, la teste assez grosse, la gueule armée de grosses et longues dens, et a courtes et droites aureilles. Il a Thaleine et la veuê si venimeuse, que s'il voit et haleine le premier vn homme, il le rend si rauque pour vn temps, qu'il ne peut parler ne crier, et luy fait perdre Tvsage de la voix. Les Loups sont plus petis es pays chauds, plus grans et plus cruels et meschans es froides régions. Leur plus grande meschanceté et férocité se descouure principalement au mois de lanuiér, lors qo'estanseo chaleur ils suiuent la Louue. Mesmes durant les plus grandes froidures ils vont de compagnie et en grand nombre: et lors sont si courageux et hardis, que les habitans des régions froides, n'osent aller par les champs que bien accompagnez et bien armez, pour euiter leur furie : laquelle se manifeste singulièrement sur les femmes enceintes, et sur les petis enfans, dont ils se désirent paistre et gorger. £n la copulation les Loups s'attachent aux Louues comme les Chiens : et ont le membre génital , d'vne substance dure comme vu os, comme on dit qu'ont aussi le Cerf, le Renard, et la Belette. Les Louues portent , et font leurs petis , comme les Chiennes , et en raesme espace de mois et de iours. £n certains lieux les Loups couurent les Chiennes, et les Chiens les Louues : et est le Loup entre toutes les autres bcstes des plus malaisez à appriuoiser : et quoy que de ieunesse il soit domestiqùement et prioement nourry : tousiours garde sa naturelle cruauté et ferité, auec ses trompeuses finesses Les Loups se nourrissent de chair, tant qu'ils .en peuuent- trouuer : et se peuuent estre abusez ceux qui ont eu opinion ^ qu'aCTamez ils mangent la terre : car quand on leur yoid fouir en terre, et la deseouurir ; c'est pour manger du carnage qu'ils y ont enfouy et caché , après qu'ils en ont esté saouls , non pas pour manger la terre. Et tant approchent les Loups en toutes choses de la nature des Chiens , que mesmes (ainsi que les Chiens) se trouuans desbiffez ils mangent de l'herbe, par forme de médicament» à fin de se lascher le ventre. Leur ruse est, d'assaillir et se ruer sur panures gens ruraux et sans défense : mais ne se présentent iamais à hommes qu'ils voyant alaigres , gaillards , et armez pour leur nuire ou mal faire. Quand estans en chaleur ils suiuent la Louue ; ils exercent cruellement leur ferité et cruauté les vus contre les autres, et s'en trebat tans à toute outrance : se mordent, blessent, deschirent, et tuent comme si toute leur vie ils auoient esté capitaux ennemis. Horsde là, ils s'entr'aiment s'entr'entendent, et s entr^suiuent, comme larrons en foire; et de compagnie et corn--

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tuun accord font par troupes la gaerre aux autres animaux, qui sont de leur proie. Le Loup est naturellement ennemy à TAsne, au Taureau » ei au Renard : et se sont mespris ceux qui ont voulu dire , que le Loup auoit le col tout d*vn os , et pource ne le pouuoit fleschir : car il l'a composé de vertèbres 9 tout ainsi que les autres animaux ; et défait voit on qu'il le sçait bien ploier de part et d'autre. Il est vray qu'il a le col fort gros, et fort massif, nerueux et charnu ; et y a grand force : car prenant vn Mouton par le milieu du corps, il le porte en sa gueule tout aussi aisément, qu'vn Leurier emporte vn Connin : et s'il trou ue vn Chenal ou vne Vache morte dedans vn fossé, il le tirera dehors pour le manger: ce qu'à peine pourroit faire vn Chenal bien attelé. Les Louues font ordinairement leurs petis en des fors taillis, halliers couuerts, ou buissons fort espais : ou en quelque colline ou ruisseau plein d'herbes, qui regarde le midy ; à fin de sentir la chaleur du Soleil : et'souuent les font près quelque grande tasniere de.Blereaux, pour se sauner là dedans, si on leur veut faire quelque tort ou ennuy. Si la Louue se sent pressée de gens ou de Chiens, elle prent vn de ses pelis Louueteaux en sa gueule, et l'emporte : et n'estant point destroussee de ses pelis, elle les allaicte iusqu'à ce qu'ils puissent manger : et sont tousiours le Loup ou la Louue près de leurs petis. Et quand ils peuuent manger, l'vn d'eux (ie dy du Loup ou de la Louue) va au pourchas : et aiant Irouué ou pris quelque beste, la mange : puis venu deuantses pelis la reuomit, pour leur apprendre à gouster la proie, et pour les nourrir. Et quand ils sont grandelets le père ou la mère leur apportent quelque agneau vif, ou quelque oye, ou quelque petit Chien tout vif, • pour les leur faire tuer, et en ce faisant apprendre leur mestier. Les Loups ne mangent iamais la teste ne la peau des animaux qu'ils prennent : et n'y a boucher ny escorcheur, qui plus proprement les escorche, qu'ils font. Estans les Louueteaux deuenus plus grans, enuiron le mois de Septenobre, le Loup et la Louue commencent à les mener aux champs, hors le buisson auquel ils auront esté nourris : et là attendent que leur père et mère leur apportent quelque proye, viue ou morte, sans.gueres s*esloigner dudit buisson. Sur la fin de l'année, les ieunes Loups estans chassez entreprennent de sortir au cours : et lors auec les leuriers , ou rets on les peut aisément prendre. Les vieux Loups, gardent soigneusement leur quartier, et chassent les ieunes : lesquels neantmoins s'entretiennent au païs le mieux qu'ils peuuent : tellement que tousiours il s'y en trouue quantité. De fait le Gentilhomme, après auoir prins 6 ou 7 Loups aux enuirons de sa maison, cuidant en auoir purgé ses bois, au bout d'vn mois en reirouuc autant d'autres. Aussi les tient-on pour besles de passage, et qui viennent de

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bien loin comnie des Ardannes et autres grandes foresis. Ce qui attire aussi ijuanfilé de Loups en vn païs, ce sont les guerres : car les Loups suyuent tousiours yn camp, à cause des carnages des hommes , cbeuaux » et autres animaux qu*on y trouue morts. Et quand ils sont accoustumez à manger chair d'hommes , à peine en veulent-ils manger d'autre , et en sont fort friaus : et s'ils n'en trouuent de mors » courent sus aux viuans : comme à quelques ieunes laquais , &llettes, ou petits enfans, et panures simples geus, quand ils les trouuent à Tescart, et les tuent et mangent. On dit qu'es roignons d'vn vieil Loup, s'engendrent et nourrissent des serpens : qui quelques fois font mourir le Loup ; et le suruiùans deuienneut bestes fort venimeuses. Aussi voit-on que la morsure du Loup , né se guérit qu'à bien grande p^ne : à cause du mali'ng et pernicieux venin , qui est caché dans son corps. A cause de quoy , les hommes , les chiens, et les autres animaux qui ont esté mords des Loups (comme vous tesmoigneront ceux qui les chassent) ou meurent de la morsure, ou perdent les membres attains d'icelle, tous pourris tombans par pieces, quelque remède qu'on y puisse appliquer. Au surplus, grande est l'astuce et Cnesse des Loups : car ils ont vue coustume de hurler au soir, qui est yn signe qu'ils donnent Tvn à l'autre, pour s'assembler tous ensemble. Assemblez ils vont assaillir quelques haras de chenaux : et (s'il;) peuuent) les foni esquarter, à fin de se saisir de quelqu'vn des Poulîains , pour l'estrangler et manger. Autant en font-ils aux pasturages des Bœufs et Vaches : Et s'ils se trouuent en païs ,' où n'y ait ni haras , ni pasturages, ils vont aux villages de maison en maison , à fin de trouver quelque beste esgaree , que le mauuais mesnager ait oublié d'enfermer le soir en l'estable, pour la prendre , tuer et mjtnger. Et s'ils ne trouuent rien hors closture et à descouuert; ils cherchent les retraictes des porcs, oye.4, et volailles; rompent tout, et les rauissent. Et s'il y a Moutons et Brebis setrez en quelque estable vn peu esquartee ; ils y font ouuerture par deuant ou par derrière : et s'ils y peuuent entrer, en tuent vingt , trente, ou quarante : et de la pluspart ne font que boire et succer le sang : sinon à leur partement que chacun emporte la sienne* Et s'ils n'y peuvent entrer font vn trou à la muraille : et par iceluy si les moutons viennent à monstrer la teste, les Loups estans au guet les saisissent; et tirent de telle sorte, que bien sonnent ils font passer tout le corps par le trou; sinon, pour le moins ils en emportent la teste. Aux lieux où les troupeaux de moutons sont enfermez aux champs dans des parcs : les Loups s'assemblent, et vont assaillir les Chiens,

»E LA CHASSE DV LOVP

des bergers qui gardMi les parcs» 4e telle rase qae Tyo d*e«x fwtmt semblant de fuir» court lasebement, et se laisse approcher et ati«ndse des Chiens ; se retirant toosiours tout doucement» a&n de l«i esquarter loin du parc» et les amuser» ce pendant que les autres Louye ie iettans de roideur contre les clayes» les font tomber : pois onirails dans le parc» prennent aisément nombre des moutons esgare;i et •etfpepdus de fraieur» et les tuent ; ou pour le -moins en tirent quelqiies vos par dessous la elaye. Us ont encores vne autre industrieuse vase pe^r attrapper les Cbiens» qui les abboyent et desoouurent» et leur ImI tant de nuisance. Us se mettent va ou deux au guet aux enuirets de la maison» où ils oyent le Cbien abbayer; et vn autre s'ap^itoohe 'do Cbien qui abbaye» et l'attire en reculaos le plus loin qu'il peol As la maison » puis tout en vn instant luy monstre les dents» et luy ooort sus^: lors le Chien se cuidant sauuer par la porte» ou par dessoufaz l'hais de la maison » est rencontré et surprins par celoy ou ceux qui estoient au guet, et tout soudain tué et mangé. Encores soat-rls par nature «si lins et accorts » qu'aux foresls ils chassent et courent les îeunes €erfe et faons de Biche à relais comme feroîent Chiens courans : voire «e dresser eux mesmes» et mettre comme vn cours de Leuriers gnettans, et attendans à l'oree de la forest ; ce pendant que les vos d'eox vottt chasser hors le bois » et accueillir les bestes estans aux gaignages. Quelques Philosophcii ont laissé par escrit que les Loups et les Louues ne demeurent en leur chaleur que par l'espace de douze iours : dorans lesquelz ils iusnent» et soustienoent la faim sans manger : mais puis après fait bien dangereux* se rencontrer douant eux : car ainsi affamez ils deuorent tout ce qu'ils trouvent de prinse et de proie. On dit aussi que le Loup en ses bonnes aime à iouer et à plaisanter : et desrôbbant par fois quelque petit enfant» qu'il rencontre mal gardé; qu'il s'en iouë et s'en donne du passetemps assez long temps : néanmoins, en faisans comme le Chat de la souris » en fin après s'en estre iouë longuement , il le tue et mange. Daaantage , que si on fait vn acoustrement de la laine d'vn Mouton » que le Loup ait tué » ou que la laine d'vne besie tuée par le Loup » soit meslée parmy autre laine dont soit faict draps , et de ce drap robe» que cest acoustrement sera resentant ie ne sçay quOy de ce venimeux accident du Loup» et subjet à la vermine. Aussi, que quand le Loup se sent auoir les dents agassees de manger chair crue» ou rebouchées de rompre les os des bestes qu'il deuore .' il sort de ^ cauerne ; et masche de l'origan , à fin d'aguiser ses dents : Et que le

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IjMip quand il commence à auotr faim; mange si asprement, quMl e^t soudain rassasié : mais se trouue mal puis après; et se tient long temps en sa caucroe à dormir et se reposer. Tant est la nature des Loops, et toute sa substance, contraire à la substance et nature des brebis et moutons, (ce dit vn grand Philosophe) que si vne corde faite des boyaux d*vn Loup esloit mise et appliquée en vn luth ou autre instrument , meske parmy des autres cordes faites de boyaux de brebis on mouton : peu à peu celles du mouton ou brebis se trouueroient rongées et comme mangées, par celle faite des boyaux du Loup. Le Loup (ce dit Homère) est merueilleusement vigilant, et ne craint rien tant que le fea. Quand on jette des*pierres contre le Loup, il a bien cesteaatucéd'obséraer et regarder d*vn œil furieux, celuy qui luy aura jette la pierre: et s'il en a esté offensé, il tuera celuy qui l'aura jettee, s'il peut par luy estre attrapé : mais s'il n*en a point esté blessé , ou peu atteint, aussi n'offensera il que bien peu le iettenr de la pierre, luy donnant seulement quelque bourrade, par forme de correction. Plus les Loups sont vieux , plus en est aux hommes la rencontre dangereuse : pourceque leur défaillant la vertu et la force, ils ne peuuent plus aller à la queste et chasse de leur proye accouatumee : partant dressent embusches aux hommes , et les rauissent , tuent , et mangent , s'ils les peuuent rencontrer à lenr auahtage. Aussi quand les Loups sont fort vieux , la pointe de leurs dents et de leurs ongles est comme vsee , et se racourcil de sorte , que débilitez ils n'ont plus ne force ne vertu. Ceux des Loups , qui ont le poil plus droit et herissonné, sont de plus hardy courage : ont la peau et les os durs , et endurait grand nombre de coups. Les yeux du Loup esclairent la nuict comme vne chandelle : c'est pourquoi les Chiens la nuit venue, font difficulté de s'en approcher. La dent plus grande du Loup a plusieurs singulières vertus : et sa teste attachée aux portes des maisons , sert pour résister à tous charmes et empoisonnemens. Voilà en somme ce que i'ay peu recueillir de plusieurs bons auteurs , et mesmes de l'expérience , des mœurs , nature, qualités, vices, et vertus du Loup. Yray est que des médecins et PhHosophes i'ay encores appris , que ceux qui ont mal aux yeux , sentent souuerain allégement , s'ils les oignent des excremens du Loup : et que la cendre faite desdits excremens meslee auec du miel, est bonne pour sister la defluxion des yeux chessieux ou pleurans : et que la graisse du mesme Loup est pareillement fort propre pour les en frôler. Que le foye du Loup» desséché et

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puluerisé, puis veu détrempé en moast ou autre vm tiède , est bon pour les vieilles toux , et pour le foye de rhomme vieil que la poudre de la teste d'vQ Loup desséchée guérit la douleur des dents : et que les os trouuez parmy les excremens des Loups ont pareille vertu. Que le fiel du Loup meslë auec la graine du concombre sauuage » ou avec le ius d*icelle, communément appelé Elaterium , et lié sur le -nombril- 4e la personne» luy lascbe le ventre. Que Thuyle dedans lequel vo Loup aura esté mis tout vif : et bouilly si longuement que la. chair se puisse séparer des os , est vn singulier remède pour la goutte, et que l'œil droit du Loup salé et lié au bras gauche de Thomme , luy est va prompt remède contre les fiebures. Que le sain et graisse du Loup amollit la dureté du foye des hommes » et de Tamarry des femmes , et en appaise les douleurs. Que si vne femme estant en trauail d'enfant , mange de la chair du Loup, ou queîqu'vn qui en aura mangé s'approche d'elle, quand elle commencera à sentir le mal : cela luy donn»^ ra vn bien grand allégement. Que les dents du Loup liens sur l'en* faut en maillot , les aydent à faire plustost venir leurs dents , et aaee moindre douleur. De faict à Paris , les mères pendent au cel de leurs enfans nouueaux nez des hochetz d'argent ; au bout desquels est em*manchee vne grande dent de Loup : à fin que les petits eofans se ioQans de ce hochet , et portans la dent de Loup en leur bouche , s'en frètent les geociues : et que par ce moyen leurs dens plus aiséement en sortent , et auec moindre douleur. Que la peau du Loup est propre à faire manteaux et fourrures , à fin d'estre preserué de poux , punaises, et autres vermines qui fuyent la peau du Loup comme le feu. Que si on met quelque morseau du carnage , ou de la peau du Loup nouuellement prins et tué , dans l'estable des moutous ou brebis , iamais les moutons et brebis ne mangeront , tant que ceste chair ou peau de Loup y demeurera ; ains plustost se laisseront mourir de faim. Que les grandes dens des Loups attachées aux iambes des che* uaux, les gardent de si tost se lasser en chemin. £t par eux sont plusieurs autres choses remarquées des secrets, remèdes et propriétés de toutes parties du Loup que i'ay omises en cest endroit, de crainte d'ennuyer le lecteur de superfluiié et prolixité.

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Comment on doit dresser le Limier pour la chasse du Loup.

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