CHAPITRE XIV
Pour dresser un Faucon.
UN Faucon doit estre élevé dans une chambre, et non comme j'ay dit qu'il falloit élever les Autours, pour les raisons que j'ay dites. Lorsque vostre Faucon sera sec, c'est-a-dire qu'il n'aura plus de sang dans les tuyaux de ses plumes, qu'on appelle pannes aux oyseaux de proye; et, au lieu de dire le plumage pour exprimer leur couleur, on dit un oyseau de tel ou de tel pannage. Quand vous aurez bien reconnu vostre oyseau estre sec, gardez le encore un mois sans le prendre, aflin qu'il se fortifie et que ses os se durcissent; car les Faucons ont les os bien tendres dabort , et ils ne reviennent point sy on les manie trop rudement , mais en meurent. Ke le prenez donc qu'un mois après qu'il sera sec, le soir, et qu'il n'ait mangé depuis le matin. Garnissez le de jets, sonnettes et venelles; donnez luy un bon chapperon qui ait servi a un autre oyseau, et qui ne lui fasse pas de mal : il faut cette première nuit le tenir sur le poing; lui parler doussement, lui toucher dessus et dessous avec une aile de canard , et luy avoir bien fait le bec et les serres : le landemain essayez a le faire manger sur le poing; s'il y est assuré, et qu'il mange deux ou trois jours de suite, mettez le leurre a terre, avec la viande attachée dessus: posez loyseau sur le leurre, et qu'il y mange; deux jours après, mettez le leurre a deux ou trois pas de loyseau : s'il y va, vous croistrez sa leçon de jour en jour ; et, au bout de huit jours, il viendra de plus de dix pas ; enfin portez le dehors, comme j'ay dit de l'Autour, avec une bonne fisselle, et
le
le fidtes venir comme l'Autour au lieu de le faire venir au poin : ce sera au leurre; et ne luy oster le chaperon que lors qu'on commencera a l'appeller. Dans huit jours, il viendra de deux longueurs de fisselle, qui fera plus de cent pas; accoutumez le a connoistre vostre voix autant que le leurre. Au bout de vingt jours, et non plutost, vous osterezla flsselle et le ferez venir, comme on dit, sur sa foy ; mais ne risquez pas à le mettre hors de filière avant de luy avoir fait rendre le double de la mulette, comme je vais l'enseigner au chapitre suivant.