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CHAPITRE XIII

i^ bon valet de chiens doit estre gracieux, fort courtois ; et doux, aymant aies chiens de nature : et faut qu'il ait bon pied, et bon vent, tant pour entonner sa trompe que sa bouteille. La première chose qu*il doit faire )a[uc3 estre leué, est][d*aller voir ses chiens, les nettoyer et accoustrer, [ roïiime Testât le requiert.

Apres les auoir nettoyez , il doit prendre sa trompe et sonner quatre ou cinq mots le gresie, afin de les resiouir et appeler à luv : et quand il les verra tous autour de

VENERIE PAR

luy, faut qu'il les couple, et en les couplant qu*il se prenne bien garde de ne coupler les chiens masies ensemble de peur qu'ils ne se battent. Et s*il y a des ieunes chiens, il les faut coupler auec les vieilles lyces, pour les apprendre à suiure. Quand ils seront tous bien couplez, il faut que le valet.de chiens emplisse deux grandes gibbecieres ou pochettes toutes pleines d*osselets, et autres friandises, comme Sardines , Ralles de pied de chenaux fricassez, rosties à la graisse, et autres semblables, puis doit mettre tout par petits loppins dedans les gibbecieres, et pendi*e vne à son col, et bailler l'autre à \ii de ses compagnons. Cela fait, doit prendre deux bouchons de paille nette, et les mettre à sa ceincture auec vne espoucette pour bouchonner et espoucetter ses chiens quand ils seront aux champs. Les autres valets de chiens ou aydes qui seront auec luy, en doiuent faire autant. Apres, il faut qu'ils prennent chacun vne belle houssine en la main, et que l'vn d'eux se mette deuant qui appdlera les chiens après luy, l'autre se mette derrière, qui les touchera : et s'il en y a deux autres ils se metti*ont aux deux costez, et ainsi s'en doiuent aller tous quatre pourmener les chiens par les bleds verds , et par les prairies, tant pour les faire paistre, que pour leur apprendre à croire, les faisant passer à trauers les troupeaux de brebis, et autre bestial priué, afin de les y accoustumer, et faire cognoistre. Que s'il y auoit quelque chien mal complexionné qui leur voulut courre sus, il le faudrait coupler auec vn Mouton ou Bélier, et auec la houssine le fesser et battre longuement, en criant et menassant, afin qu'vne autrefois il entende la voix de ceux qui les menaceront. Aussi faut passer les chiens par les Garennes, et s'ils branslent aux connils, les menacer et chastier : parce que les ieunes chiens, de leur nature, les ayment volontiers. Apres les auoir ainsi pouimenez, et que le soleil commencera à hausser, ils s'en doiuent aller en quelque beau pré, et appeller tous leurs chiens autour d'eux, et prendre leurs bouchons et espoucettes pour les bouchonner et espoucetter le plus doucement qu'ils pourront : car aucunesfois les chiens qui com*ent par les fors se piquent, et prennent des espines : ou bien ont quelques dartres ou gales ; là ou les valets de chiens ayans la main rude, en les bouchonnant, les pourroient escorcher, et faire plustost mal que bien : et aussi que le chien courant ne veut pas perdre son poil et bourre : d'autant qu'il est incessamment par les bois, là où l'esgail, l'eau, et autres froidures tombent sur luy. A ceste cause doit suffire de bouchonner les chiens courans trois fois la semaine : mais quant aux Leuriers, ie ne dy pas qu'il ne les faille bouchonner tous les iours. Apres toutes ces choses faites, il faut que les valets de chiens leur apprennent à entendre les forhux , tant de la trompe que de la bouche , en cette manière. Premiei-ement, il faut que l'un d'eux prenne vne des gibbecieres pleines de friandises, et qu'il s'en aille à mi iect d'Arbalestre ou plus loing, selon que les chiens seront ieunes et dressez; car s'ik estoient ieunes, n'ayans iamais esté dressez, il faudroit faire le forhu plus près, et ne les descouplez point, afin que les vieux les emmenassent et traînassent au forhu. Mais s'ils sont commencez à estre dressez, on doit aller plus loing, et les descoupler: et alors que le valet de chiens sera à deux bons iets d'arbalestre loing de ses chiens (lesquels faut que ses compaignons tiennent hardez] il doit commencer à forhuer, et sonner de la trompe, cryant, Ty a Hillaui pour le Cerf : et Valeey aller pour le Heure : et ne doit cesser de sonner et forhuer, que ses chiens ne soyent arriuez^ luy. Quand ses compagnons l'entendront forhuer, il faut qu'ils descouplent leurs chiens, en criant: Etcoute à luy, tyrex, tyrtz. Puis quand ils seront arriuez au forhu, le valet de chiens doit prendre sa gibbeciere, et leur ietter toutes les friandises parmy eux, en leur criant et les rcsiouissant, comme l'art le requieil. Alors qu'il ven*a qu'ils auront presque achcué de manger, il doit faire signe à ses compaignons qu'ils forhuent : lesquds n'auront bougé du lieu où ils ont descouplé leurs chiens, qui auront l'autre gibbeciere pleine de friandises, lesquels commenceront de leur coté à forhuer, et sonner de la trompe, pour faire venir les chiens à eux. Cduy qui aura fait

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le premier forhu, les doit menacer, et frapper auec vne houssine, en criant, Eseouteâ luy, ou, Tirez à luy. Et quand les chiens seront arriuez à eux, ils leurs doiuent donner les friandises, comme a fait Tautre. Puis après les coupler bien doucement, parce que si on nidoyoit vne fois xn ieune chien au couple , vne autre fois on ne le cuideroit pas i*eprendre. Quand ils seront couplez, il les faut emmener au Chenin , et leur donner à manger, et si faut laisser du pain couppé dedans leur baquet , pour ceux qui seront desgoutez. On doit changer leur paille deux ou trois fois la sepmaine, pour le moins : et entortiller des bouchons en de petits Inistons, et les ficher en terre pour les faire pisser. C'est vne chose certaine, que si vous frottez >d bouchon ou autre chose de galbanum, tous les chiens ne faudront iamais à venir pisser contre. Et si d'auenture il n*y auoit dedans le chenin ruisseau ou fontaine, il faut mettre leur eau dedans la pierre, ou dedans du bois, comme i*ay dit cy deuant : laquelle faut changer et refraischir tous les iours deux fois. Aussi par les grandes chalairs, les chiens se chargent souuentes-fois de pouls, pulces, et d'autres vermines et saDetez : et pour y remédier , il les faut lauer vne fois la semaine en mï bain fait auec des herbes, comme s'ensuit.

Premièrement, faut auoir vne grande poisle tenant dix seaux d'eau, puis prendre dix bonnes ioinctées d'vne herbe nommée Berne ou Cresson saunage : et autant de feuilles de Lapace, et de Marjolaine samiage, de Sauge, Romarin et Rue, et faire fort bouillir le tout ensemble, iettant parmy, deux mesures de sel. Puis quand tout aura bien bouilly ensemble, et que les herbes seront bien consommées, il les faut ester de dessus le feu, et les laisser refroidir, iusques a ce que l'eau soit tiède; puis lauer les chiens et bouchonner auec le bouchon , ou bien les baigner les vns après les autres. Et doiuent estre faites toutes ces choses au temps des grandes chaleurs, trois fois le moys pour le moins. Et aussi aucimesfois quand on ramené les chiens des villages, ils craignent les eaux, et n'ont p<ns la hardiesse de 86 mettre dedans. A cette cause le valet de chiens doit regarder et eslire les iours qu'il fera chaud, esquels enuiron l'heure de midy doit coupler tous ses chiens, et les mener] sur le bord de quelque rivière ou estang, et se despouiller tout nud, en les prenant I'mi après l'autre: puis les porter bien auant pour les apprendre à nager, et accoustumer l'eau. Ayant fait cela deux ou trois fois, il cognoistra que ses chiens ne craindront plus les eaux, et qu'ils ne feront plus de difficulté de passer et nager les riuieres et estangs. Yoyla comme les bons valets de chiens les doiuent] traiter et gouuemer : car en faisant toutes ces choses susdites, il est impossible que leurs chiens ne soyent bien pensez et dressez. Aussi bien souuent les chiens courent par temps de pluyes, de verglats, et autre mauuais temps : ou bien font des efforts à courre, et à ni^r les rivières. Quand telles choses arriucnt, le valet de chiens leur doit faire vn beau grand feu pour les chauffer et sécher. Et quand ils seront secz, il leur doit frotter et bouchonner le ventre, pour faire tomber la terre et fange qu'ik pourroient auoir : car s'ils couchoyent mouillez , ils seroyent en danger d'eux morfondre et deuenir galeux. Souuentes-fois en courant par les campaignes et rocher s'ils s'aggrauent et escorchent les piedz. Et pour les penser et guarir . il faut premièrement leur lauer les pieds auec de l'eau et sel. Après faut auoir des œufz, et en prendre seulement les moyeux, et les battre fort auec du vin-aigre et auec du ius d'vne herbe qui croist sur les rochers, qu'on nomme Pilosele. Puis faut prendre de la geme, ou poix, et la mettre en poudre, et la mesler auec deux fois autant de suy. Et après mettre vostre dite poudre parmy les œufz le ius des herbes susdictes, faisant le tout chauffer ensemble, en le mouuant souuent : et se faut bien donner garde qu'il ne chauffe trop, parce que Thumidité se consommeroit, et les œufz se cu}Toient, qui gasteroit le tout : mais suffira seulement de le chauffer iusques à ce qu'il soit %!! peu plus que tiède : et de ce leur en frotterez au soir les pieds, et les enuelopperez auec

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«lu linge. le n'en melti-ay autre chose pour celte heure, espérant en parler plus amplement sur la fin, au traitté des Receptes.

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