‹ La vénerieChapitre 21 sur 138 · CHAPITRE XIIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIII

^^^!^^^ PRES que les valets auront apprins à leurs chiens à croire et à entendre le ^^^^*^r-5f forhu , et le son de sa trompe, les piqueurs voyans leurs chiens en assez '''^^^ bonne force de reins, et aagez de seize ou dix-huict mois, doiuent alors commencer à les dresser, et ne les mener qu'vne fois la sepmaine pour le plus aux champs , de peur de les faire effiler, par ce que chiens courants ne L -' -r sont du tout renforcez, ne assurez sur leurs membres qu'ils n'ayent deux ans pour le moins. Et faut auant toute chose, que quiconque voudra prendre le Cerf à force, entende trois secrets : Le premier est, qu'on ne doit iamais faire courir vne Biche aux chiens, ne leur en donner curée, parce qu'il y a différence du sentiment de la Biche à celuy du Cerf,

lACQVES DV FOVILLOVX. M

comme pouuez voir par expérience , que les chiens courants demeslent souuentes fois Tvii <Vauec Tautre, et sont de telle nature, que la première beste qu'on leur fait courir, et quils y prennent plaisir, si on leur en fait curée, il leur en souuient tousiours, et par là pouuez: cognoistre, que si vous leur faites curées des biches, ils les désireront plustost que les Cerfs. Ix second secret est, qu'on ne doit point dresser les ieunes Chiens dedans les toiles : parce qu'vn Cerf ne fait que tournoyer, ne se pouuant esloigner d'eux qui le voyent à toutes heures : et si on les fait courir après hors de la toille, et qu'^n Cerf dressast, se forloignant Mk peu d'eux ils l'abandonneroient incontinant : et qui plus est, ils se gastent encores à la toille en autre manière : car si vn Cerf y tournoyé deux ou trois tours, ils prennent aussi tost le contre-pied que le droit, se rompans et mettans hors d'haleine , sans apprendre à quester ny à chasser ne faisans que leuer la teste pour voir le Cerf. Le tiers secret est , de ne dresser lesxhiens , ne faire courir au matin s'il est possible, parce que si on leur accoustume Tesgûl, et qu'ils viennent à courir sur le haut du iour , ayant senti la chaleur du Soleil, ils ne voudront plus chasser. Mais autrement vous les poun*ez dresser, et donner en cette manière.

Premièrement vous deuez regarder quand les cerfs seront en leur grande venaison, parce qu'ils ne ruzent, et ne s'esloignent pas tant qu'ils feroient en Auril et May, qu'ils n'en sont point chargez, et ne courent pas si longuement. .Uors pouirez choisir vne forest, lu ou les relais seront bien iustes et à propos : puis mettre tous vos ieunes chiens ensemble auec quatre ou cinq des vieux pour les dresser. En après les faut mener au plus loingtain et dernier relais, et faire chasser le cerf iusques là ou ils seront, à quelque bonne meute de chiens, qui le gardent bien de reposer par les chemins, afin qu'alors qu'il sera arriué à eux, qu'il soit las et mal-mené. A l'heure faudra decoupler les rieux chiens les premiers : et quand ils auront dressé les routes ou voyes du cerf, estans bien ameutez, faut ameuter tous les ieunes chiens et les ameuter à eux : là oii faut qu'il y ait trois bons piqueui*s pour le moins, afin que s'il y auoit quelque chien qui voulût demeurer derrière, s'opiniastrer et amuser, de le bien battre et faire idier aux autres. Et deuez entendre, qu'en quelque lieu oh l'on tue le cerf, on luy doit despoûiller le col , et leur en faire la curée sur le champ tout chaudement, parce qu'elle leur est beaucoup meilleure, plus friande et profitable chaude que froide.

Vous leur pouuez donner curée en autre manière. Prenez vn cerf aux rets ou pièces, et luy fendez vn des pieds de deuant depuis l'entre-deux des ongles iusques à la ioincture des os^ ou bien luy couppez vn des ongles tout entier, puis le demeslerez de la pièce ou rets, et le laisserez idler; vn quart d'heure après, ferez amener tous vos ieunes chiens, lesquels ferez harder, puis ferez mettre des Limiei*s sur les routes du cerf, lesquelles ferez suiure avec les ieunes chiens. Apres l'auoir serui la longueur d'\'n iet d'arbaleste, vous pourrez forhuer et sonner pour chiens. Cela fait, pourrez descoupler les ieunes chiens des vieux, afin que les vieux les conduisent : et faut qu'il y ait de bons piqueurs à la queue pour les faire chasser et requester.

Vous leur pouues encores domier curée en autre manière. Il faut auoir quatre ou six valets, lesquels soient gnicieux, et allans bien à pied, car autrement ils leur feroient plus de tort que de profit : et leur pouuez donner à mener à chacun quatre ieunes chiens en vne lessc. Et après que le cerf sera donné aux chiens, s*on doiuent aller tousiours le petit pas sans les tourmenter au deuant de la meute. Puis quand ils verront que le cerf aura couru deux bonnes heures, et qu'il sera mal-menc, ils pourront lascher les ieunes chiens; mais se doiuent bien garder de les découpler quand ils verront le cerf aux abbois , et principalement quand il a la teste dure : car en ceste fureur il les pourroit tuer. Mu fantaisie est telle, qu'on doit preniiorement dresser les chiens pour le Lieui*e : car c'est leur droit commencement, parce qu'ils apprennent toutes luzes et hour-uariz, pareillement à croire, à venir à tous forhuz : et si

C iij

VENERIE PAR

s*a(Iinent le nez en accoustumant les chemins et compagnes. En après, quand on les veut dresser pour le cerf, ils abandonnent aisément le Heure : pour autant que la chair du cerf est plus friande, et aussi qu*il a plus grand vent et sentiment que n*a pas le Lieure. Il faut icy entendre que tous chiens veulent cognoistre les piqueurs qui les suiuent : et pour ce il est requis quand les valets de chiens leur donneront à manger, et qu'on leur fera la curée, que les piqueurs s'y trouuent pour leur faire chère , et parler à eux , alîn qu'ils les cognoissent et entendent.

Pi'

Page 1