CHAPITRE XV
N trouue vn os dedans le cœur du Cerf, lequel est grandement profitable contre le tremblement de cœur, principalement aux femmes gi'osses.
Autre terlu.
Prenez le vit d'vn Cerf, puis le faites tremper en du vin sûgre l'espace de vingt et quatre heures : et le faites sécher, puis après le mettez en poudre, et en faites boire le poids d'vn escu auec de l'eau de Planlin à quelque homme ou femme ayant le flux de sang, incontinant seront guaris.
Autre vertu.
Prenez la teste d\n Cerf, à Theure qu'elle est demy reuenuë et en sang, et la découpez par petits loppins, et les mettez dedans vne grande fiole ou mati*as de verre. Apres prendi*ez le ius d'vne herbe nommée Croisette, et le ius d'\'ne autre herbe nommée Pâture d'Espagne, auttrement appelé Cassis. Puis vous mettrez le ius de toutes ces herbes là où sera la teste du Cerf découpée en petits loppins, et lutrez et fermerez bien vostre fiole ou niatras par dessus» laissant reposer toutes ces drogues ensemble l'espace de deux iours. Cela fait» les ferez toutes distiUer en vn alambic de verre. L'eau qui en sortii*a, sei*a merueilleusement bonne contre tous venins , tant de morsures de serpens et contre poison.
Autre vertu.
La corne du Cerf bruslee et mise en poudre, fait mourir les vers dedans le corps et dehors, et si chasse les serpens de leurs fosses et c^iuernes. La présure et caillou d'\'n ieune CerJf tué dedans le ventre de la Biche, est fort bonne k la morsure des serpens.
Autre vertu.
La moelle et suif du Cerf, sont fort bons contre les gouttes venues de froides causes, en les faisant fondre : et de ce en frotter les lieux où sont les douleurs.
Plus le cerf nous a fait cognoistre l'herbe du Dictame, lequel se sentant blessé de quelque fer ou sagette, s'en va manger de la dite herbe, qui luy fait sortir le fer du corps, receuant tout incontinent guarison.
VENERIE PAR
Dl iSATlHEL. ET SVUTllïTÈ DES CERFS.
CHÀPITIŒ XVL
ISIDORE ilit le Cerf estre le vray conlraii-c du serpent : et que quand il est L vieux, décrépit et malade, qu*il s'en va aux fosses et cauernes des serpens, Ipuis avec les narines mouille et pousse son haleine dedans, en sorte que par Ha vertu et force d'icelle il contraint le serpent de sortir dehors: lequel ^^^i estant sorti, il le tue auec le pied, puis le mange et deuore. Apres il s'en va '^l)oire: loi^le venin s'espand par tous les conduits de son corps; quand il sent le venin, il se met à courir pour s'échaufler. Bien tost après il commence à se luider et purger, tellement qu'il ne luv demeure rien dedans le corps, sortant par tous les conduits que nature luy a donné : et par ce moyen se renouuelle et se guarit, faisant mutation de poil.
Quand les Cerfs passent la Mer, ou les grandes riuieres pour aller en quelques Isles ou forests au Rut, ils se mettent en grand nomhre, et cognoissent entr'eux le plus fort et meilleur nageur, lequels ils font aller deuant : puis celuy qui va après appuyé sa teste sur le dos du premier, et le tiers sur le dos du second, et consequemment font tous ainsi, iusques au dernier, afin de soulager Tvn Tautre : et quand le premier est las, \n autre se met en sa place. Pline dit qu'ils peuuent nager trente lieues de mer, et qu'il l'a veu pai' expérience en l'Isle de Cypre, de laquelle ils vont communément en vne autre Isle, nommée Cilice, entre lesquelles y a distance de trente lieues de Mer. Et aussi dit, qu'ils ont le vent et sentiment du Rut et des forest sur la coste de la Mer, estans chassez et forcez des chiens» qui se iettoyent dedans la Mer, où les pescheurs les tuoyent à dix lieues de la terre.
Le cerf s'esmenieille et espouuante quand il oit sifler en paume, ou hucher, et par expérience le pourrez cognoistre : car si vous voyez vn cerf courir de iour deuant vous, et qu'il soit en pays descouuert, huchez après luy disant, Guare à bas: soudain le verrez reuenir droit à TOUS pour la doute de la voix qu'il aura ouye.
n ayme à ouyr les instruments, et s'asseure quand il oit sonner quelque fluste, ou autre doux chant.
D oit fort clair, quand il a la teste et les oreilles leuées : mais quand il les a baissées, il n'oit point Quand il est debout , et qu'il n'a point d'elTroy, il s'esmenieille de tout ce qu'il voit : et prent plaisir à regarder comme vn charretier et sa charrette, ou vne beste chargée de quelque chose.
Pline dit qu'on cognoit la vieillesse des cerfs aux dents, aux pieds, et à la teste, comme ie le declareray cy après au jugement du cerf. Plus dit, que le corps et cheuillures du cerf multiplient tous les ans depuis sa première teste iusques à ce qu'il ait sept ans, après ils ne multiplient plus, sinon en grosseur, et ce selon l'ennuy qu'ils auront, ou la nourriture. Ils portent aucunefois plus, aucunefois moins, qui est la raison pourquoy on les iuge certs de dix corps, et autrefois les ont portez.
Plus dit que la première teste que porte un ieune cerf est donnée à Nature : et que les quatre Eléments en prennent chacun leur portion.
Isidore est d'\Tie autre opinion , disant que le cerf fiche et cache sa première teste en la terre, de telle sorte qu'on ne la peut trouuer : et à la vérité ie n'en sceii iamais veoir ne trouuer qui fussent cheutes et muées d'elles-mêmes ; toutesfois i'ay veu homme qui disoit en avoir veu : ie m'en rapporte h ce qui en est.
Le cerf
lACQVES DV FOVILLOVX. 13
Le cerf a vne malice, que s*il relevé en vne ieune taille, il va chercher et prendre le vent, pour sentir s'il y a personne là dedans qui luy nuise. Que si quelqu'vn prend vne petite branche ou rameau, et qu'il pisse ou crache dessus, puis qu'il le plante en la taille oii le cerf ira faire son viandis, ie ne faudra iamais à l'aller sentir : et ne cuidera plus releuer en cet endroit.
Pline dit que quand le Cerf est forcé des chiens, son dernier refuge est auprès des maisons à l'homme, auquel il ayme mieux se rendre que non pas aux chiens, ayant cc^oissance de ses plus contraires , ce que i'ay veu par expérience. Qu'il ne soit \Tay, quand la biche veut faire son faon, elle s'oste plustost du chemin des chiens, que de la voye des hommes : comme aussi quand die veut conceuoir son petit faon , elle attend que l'estoile apppllee Arcture, soit leuee, et porte huict ou neuf mois ses faons , lesquels naissent communément en May, combien qu'il en y a qui naissent plus tard, selon la nourriture et aage de la biche. Il y a des biches qui peuuent auoir deux Faons d'^-ne ventrée. Auant qu'elle ait son faon , elle se purge auec vne herbe nommée Tragoncee, puis après qu'elle a faonné, elle mange la peau où estoit enueloppé son faon.
Pline dit d'auanti^e, qui si on prenoit la biche incontinent qu'elle a faonné, on trouueroit vne pierre dedans son corps qu'elle a mangée pour deliurer plus aisément de ses petits faons, laquelle seroit beaucoup requise et profitable pour femmes grosses. Apres que son faon est grand, elle luy apprend à courir, à saillir, et le pays qu'il faut qu'il tienne pour se sauuer des chiens.
Les cerfs et biches peuuent viure cent ans, selon le dire de Phœbus : combien qu'on trouuc par les anciens Historiographes qu'il fût prins \u cerf, ayant vn collier au col , bien trois cens ans après la mort de César , oii ses armes estoient engrauees, et y avoit escrit dedans , C s s a- BV8 ME FECiT. Dout ost venu le prouerbe Latin, Ceminos annostiuere.
DV RVT ET MVZE DES CERFS.