JACQUES DU FOUILLOUX
Jusqu'ici on n'a rien su et on n'a rien écrit sur les ancêtres de Jacques Du FouiUoux. Sur sa personne, on ne sait que fort peu de chose, et la bibliographie du livre auquel il doit sa célébrité n'a jamais été faite d'une manière complète et satisfaisante.
Nos recherches ont pour but de jeter quelques lumières sur ces trois sujets difTérents.
Les chartes et autres documents manuscrits, ainsi que les ouvrages imprimés que nous avons pu consulter, ne nous fournissent pas le moyen de donner, sans lacunes, la généalogie du célèbre veneur auquel nous consacrons cette notice. Cependant tout ce que nous allons en dire sera appuyé sur des preuves authentiques.
I. Le premier du nom de Du FouiUoux qui se soit présenté à nous, est Simon De FoLLOSO qui , vers 1280 , vend à Guillaume et à Michel Eschardi plusiers fiels relevant de la seigneurie de Parthenay (1).
n. En 1323, un Guillaume Du Fouilloux, châtelain de Thouars, parait comme témoin dans un testament d'Alix de Chandenier, femme de Rcgnault de Blaules (2).
Dix ans plus tard (1333), le même Guillaume, sans nul doute, intervient encore, en qualité de témoin, le mardi avant la Saint'^yprien , dans une transaction à laquelle étaient présents avec lui , l'abbé de Charroux (3) , Jousselin de Lezay (4) , Bertrand de la Tour, valet, Pierre de Ghâtellaillon et autres.
On trouve mentionnés dans les Ardiives de la Chambre des Comptes de la provhxce dT Anjou (5), plusieurs seigneurs du nom de FouiUoitx.
(i) V. Catalogue des Archives de Joursenvault, n» 2542, original^ en latin.
(2) V. Collection ds èhartes et documents manuscrits recueillis par dom Fonteneau et eonsenrét à la bibliothèque de Poitiers, t. xxxviii, p. 51.
(3) Charroux, célèbre abbaye, au dtocète de Poitiers. L*abbé dont il est question ici devait être Pierre IV, trente-deuxième abbé. Voyez^ sur cette abbaye, la notice qu'en a donnée U. Chergé , 1. 1« , année 1835, p. 223, des Mémoires de la Société da AntiquaiiTs ds VOuest,
(4) Lezay, bourg de Tarrondissement de Melle (Deux-Sèvres).
(5) Ces Archives, auxquelles nous donnons le nom d'Archives de la Chambtyi des Comptes de la provinu dAnjou^ font partie de la section domaniale des Archiva générales du royaume.
m. Le premier de tous est Simon De Fouilloux , possesseur de rhébergement de la Grimaudière (1) et de ses appartenances, qu'il tenait de Mirebeau, et pour lequel il fit hommage le 18 mai 1376 (2).
IV. Son fils, Guillaume Du Fouilloux (sic), chargé par lui de procuration, fait également hommage, pour le même lieu de la Grimaudière , le 21 mars 1387 (3).
Le manuscrit connu à Poitiers sous le nom du Grand Gauthier des finances (4) rapporte (f. 167 , v») un hommage lige rendu au château de Niort , le 15 novembre 1404 , par un Guillaume Du Fouilloux, escuijer, comme seigneur de Maire ^, à cause de PruneUe Potorelle, sa femme. Ce doit être le même que le précédent.
Le 9 août 1405 , on le rencontre de nouveau rendant un autre hommage à Hirebeau pour la Grimaudière (6).
Nous ne voulons pas afiirmer, quoique cela paraisse extrêmement probable, que la Jehanne Du Fouilloux ^ veuve de Jean de liniers, qui, le 11 décembre 1387, faisait aveu comme tutrice de ses enfants de la seigneurie de La Mesleraye (7), au château de Parthenay (8), était ou sœur ou tante de ce Guillaume. Sa tutelle lui suscita des démêlés avec la famille de son mari , car elle plaidait en 1389 , comme ayant le bail de ses enfants , contre Amaury de Ligners et Jehan de Brueres en cas de nouveauté et d'excès^ pour le lieu de la Murinii-re et ceHains biens meubles estant audit lieu et pour plusieurs sommes d'argent (9).
V. Un Jehân Du Fouulloux, escuier^ probablement ftls du précédent, tenait de Mirebeau , en 1437 , Vostel de Lorgière, sis à la Grimaudière. U fit aveu, pour cet ostel de Lorgièrej le 16 septembre de cette même année (10).
On ne peut douter que le Jehan du Fouilloux qu*on trouve en 1451 faisant aveu, à foi et hommage lige , au vicomte de Thouars , pour son houstél de Sauziers ne soit encore le même (11).
Nous ne savons sMl faut distinguer de ce Jduin Du Fouilloux (ce qui n*est guère probable) le Jean qui possédait la seigneurie du Chillou (12), et qui avait épousé, suivant VHistoire généalogique de la maison de France du P. Anselme (13), Marguerite Bessonneau, fille de Jean Bessonneau et de Jeanne Ponhaut , pour lesquels il fonda un service annuel en réglise de Parthenay , en 1460.
Serait-ce son fils, ou bien lui encore, qui, le 3 juin 1463, rendait hommage au seigneur
(1) La Grimau^ère, paroisse de Notre-Dame-d*Or, près de IGrebean.
(2) Archives de la Chaxnb. des Comp. d'Ai^oa, kftnr terriers, 117« feuillet, 82 ?•• (^Ibidem.
(4) Ce maniiserit est conservé aux archives de la préfecbure de Poitiers; il contient les hommages et aveux rendus pendant une période de 10 à 15 ans, à Jean, dac de Berry, comte de Pdtoa.
(5) Maire, bourg à deux lieues au sud de Niort.
((S) Archives de U Chambre des Comp. d*AnJou , tbid.
(7) La Mesleraye^ alors humble et ignoré manoir; plus tard La Meilleraye^ somptueuse demeure , qui devint le chef4ieu de la duché-pairie du célèbre marédul de la Metileraye; aujourdliui mi(iestueuses et pittoresques ruines. Elles sont à une lieue au sud de celles plus modestes du Fouilloux.
(8) /nventatVe des titres de la maison de Liniers, tom. Lxxxiv de D. Font.
(9) Archives du royaume^ Plaid, civils, vii. 300 et 801 , v». (10) /èidem, iiièce 165.
(11) D. Fonteneau, t. xxxix , p. 298.
(12) Le Chillou , bourg de Tarrondissement de Parthenay (Deux«Sèvres).
(13) T. vm, p. 131.
de Mirebeau pour cet ostd de Largiire, sia à la Grimaudih^e, que nous voyons reparaître pour la cinquième fois , toujours sous la même famille , depuis 1376 (1) ?
VI. Le Guillaume, seigneur Du Fouillouk, qui avait aussi lui pour femme une Bessonneait appelée Marie, dont il eut une fille qu'il donna en mariage , le 15 juillet 1457, à Jean de Melun , fils puîné de Jean de Melun , IV« du nom, devait être fi-ère de celui qui procède (2).
Ce qu'il y a de certain, c'est que Vhomtel de Sauziers, au moins en partie , était passé entre les mains de la femme de Jean de Melun, soit par dot, soit par héritage, puisque, le <Î0 juin 14G2, son mari en fait aveu, à cause d'elle, au \icomte de Thouars (3).
Elle était déjà veuve en 1467. Nous l'apprenons d'une procuration qu'elle doi^na le 15 février de cette année, pour faire un nouvel hommage de Sauxiers au vicomte de Thouars (4).
Dans cette procuration, son mari défunt est qualifié de noble homme Jehan de Melun, jadis écuyer d'écurie du roi, seigneur du Mesnil, de Courteri et de Sauzien en partie. Elle épousa en secondes noces Briant Bonnet, seigneiu* de la Chapelle-Bertrand ^). Elle n'existait plus en 1483 (6).
Vn. Le dernier des Du Fouilloux que nous font connaître les ilrchtves de la Chambre des Comptes d* Anjou (pièce 164), s'appelait LoYS. H tenait également de Mirebeau, comme ses ancêtres, Vosiel de VOvgiers, ainsi qu'on le voit par l'aveu qu'il en fit à son suzerain , le 28 mai 1469.
Il y a lieu de croire que Loys était fils de GuiUaume Bu FouXUousi et de Marie Besson* neau , et qu'il ne fait qu'un avec Louis du FouUloxtx, écuyer, seigneur dudit lieu, marié à Jeanne de la Rochefoucault, fille de Guillaume, seigneur de Nouans et de Melleran (7).
De ce mariage naquit une fille nommée Guillemette, qu'épousa Antoine Maynart, 6cuyer, seigneur de la Cometière, en la paroisse d'Apvrillé (8). Leur contrat de mariage fut passé au Fouilloux, le 8 octobre 1482, par un des notaires en la court du scd estabU aux contrats à Parthenay. c En faveur de ce mariage, le dit Du Fouilloux et sa dite femme < donnent pour tous droits successifs, tant patemeaux que materneaux, aus dits futurs c époux à cause d'elle (Guillemette)... cinquante livres de rente et 600 liv. tournois le jour c des épousailles... et ledit Anthoine Maynart... pour le douaire de sa future épouse... c Thostel de Lavergne-Gomet, ses appartenances et dépendances, au cas qu'il vienne à c mourir avant sa femme... (9). »
Le mari de Guillemette du Fouilloux ne vivait plus le 18 mai 1492; car, à cette date, elle souscrivait un accord fait entre elle, agissant comme tutrice de ses enbnts mineurs, et Jacques Maynart, écuyer, son beau-firère, au sujet des biens de la succession de Tristan Maynart et de Mathurine Prévost, père et mère de son mari (10).
(i) Archives de Chamb. eomp. d'Anjou, pike 165.
(2) Hist. généal. de la Maison de France, t. v, p. 245.
(3) D. Font., I. xxxnt, p. 368.
(4) Ibidem, p. 308.
(5) La Chapelle-Bertrand, paroisse de rerrondissement de Parthenay.
(6) Ui$t. génèal. de la Maison de France, t. v, p. 243.
(7) Ibidem, t. iv« p. 449 et 450. ~ Nouans et Melleran, dans l'arrondissement de Helle (Deuz-Sévres).
(8) Apvrillé, Avrillé, anjourd'hui chef-lîea de canton du département de la Vendée.
(9) L. Font., t. xxTix, p. 543.
^10) Ibidem, p. 619.
Mil. VHistoire généalogique de la maison de Frawe (1) nous apprend que Guillemette ne fut pas le seul fruit de Tunion de Louis du Fouilloux avec Jeanne de la Rochefoucault : elle eut un firëre nommé ânthoine, que nous trouvons faisant hommage le 13 février 1511, au nom de sa mère, de la terre de Chastenet, à François, premier comte de la Rochefoucault.
Une transaction de 1487 , confirmée en 1506 par un partage (2), avait iait passer cette terre de Chastenet relevant de la baronie de la Rochefoucault, aux mains de réponse de Louis Du Fouilloux, au noble gentilhomme que Ton voit figurer en qualité d'homme d'armes sur le rôle de Farrière-ban convoqué en Poitou, par ordre du roi, par M. de Beaumont, sénéchal de la province, le 26 novembre 1491 (3).
Il avait cessé de vivre en 1507 (4).
Serait-il le Louis Du Faut'Uoux, écuyer du roi René, auquel ce prince, en qualité de lieutenant général du roi de France, es pays d^ Anjou, confia la charge, par une commission du 13 septembre 1468, de faire sortir de cette province des gens de guerre qui y vivaient en désordre (5)? Cela pourrait être, mais rien ne nous permet de Taffirmer. B se pourrait, au contraire, que le Du Fouilloux dont il s*agit ici, fût un seigneur de la maison de Bréé , qui aurait porté le nom de Du Fouilloux à cause de la seigneurie Du Fouilloux proche de Laval appartenant à cette famille, ou bien quelque autre seigneur du lieu du FouQloux, situé à deux lieues d*Ângers.
Nous ne savons non plus par quel lien rattacher à notre famille du Fouilloux le Charles Oudet, seigneur du Foilloux (sic) , écuyer , Tun des témoins présents à la donation universelle faite, le 3 avril 1494 , par dame Françoise de la Rochefoucault à François , son neveu et cousin (6).
Nous sommes tout aussi empêché pour remplacer au rang qui lui conviendrait une Françoise Du Fouilloux^ épouse de Guillaume Bigot, écuyer , seigneur de Dillay , la Gillardie et de Brion, que nous avons trouvé mentionnée dans une Généalogie de la maison de Bigot en Poitou, consen'ée au tom. 82 de D. Fonteneau, et faite en 1645 par René Bigot de cette fieimille. Ce que nous savons , c'est qu'en 1525 , elle et son époux étaient morts , puisque, à cette date , Louise et Jehan Bigot leurs enfants partageaient leurs successions. On pourrait supposer qu'elle était sœur de GuiUeniette et d'Anthoine Du Fouilloux ; elle serait en ce cas tante de Jacques.
Une plainte des religieux de l'abbaye de Fontaine-le-Comte(7), portée à la sénéchaussée de Poitiers contre les seigneurs de MontrueU-Bonnin (8), et du Fouilloux qui, avec une suite nombreuse, avaient poursuivi un sanglier dans les bois del 'abbaye et y avaient commis des dégâts considérables en tendant leurs toiles dans ces bois, nous fiait retrouver Anthoine du Fouilloux^ fils de Louis et de Jeanne delà Rochefoucault.
(i}LaFont., t. rv,p.4S6.
(2) Htst. génial, de la Maison de France, t. iv, p. 449 et 450.
(3) 7. p. 50 des Roolles des bans et arrière-4Hms de la protince de PoicUm, Xaintongeei Angou^ mois. Poitiers , Jean Fleuriau, 1667, !n-4*; liyre fort rtre, et précieux pour les familles nobles de ces trois proTÎnees.
(4) Histoire gènèah de la Maison de France, t nr, p. 450. (p) Ibidem, 1. 1, p. 231.
(6) Recueil de Dom Hoasseau, no 6873, à la Bibliothèque Nationale.
(7) Arch. du d^artement de la Vienne. » Fonttine-le-Gomte, à deux lieues sod-ouest de Poitiers. (ê) Montrenil-Bonnin, à quatre lieues à Touett de Poitiers. Le Fouilloux est à environ la même
distance de Montreuil-Boxmin.
Cette plainte est de Tannée 1514. Nous la reproduisons presque en entier, pensant qu'ont ne la trouvera pas hors de propos dans une notice consacrée à un homme qui s*est renda célèbre par la composition d'un ouvrage de vénerie (1).
Ello >cnîra d'ailleurs à montrer que c'est , en un point au moins , avec vérité que notre autour n dit dans le poème de son Adolescence, en parlant de ses ancêtres:
• . . • Yolantiers nostre généalogie Les filles ayme, armes et vénerie.
Cette pièce , fort curieuse en elle-même , serait pour nous d'une importance majeure , si nous ne pouvions, par d'autres documents, montrer que cet Anthoine Du FauiUoux^ qui y est nommé , doit être le père de notre veneur fameux. Il devient inutile de nous arrêter à
(ij Aujourday pardevant nous, en la coart de céans , cest présenté maistre Jaques Beaulin, lequel en nom et comme procureur suffisamment fondé des religieux abbé et convent de Nostre-Dame de la Fontaine-le-Comte , près Poictîers , a faict et formé complaincte en cas de saisine et de nouvelleté à rencontre de Raoul Vemon, escuter, seigneur de Monstreuilboorân, et Anthoine, seigneur du FouUoux, et tous autres qui opposer se vouldroient encontre. Disant lesdicts religieux , abbé et oonvent , ses maistres, que ladicte abbaye de Nostre-Dame de la Fontaine-le-Gomte est une belle, notable et ancienne abbaye et de fondacion royal, et que tant à cause dicelle fondacion que anciennes augmentations iîdctes par plusieurs rois et comtes de Poictou, ilz ont plusieurs beaux droits, privilèges, prérogatives et prééminences, mesme tous droitz deppendans de jurisdîccion haulte, moienne et basse, laquelle ilz ont par tonte leur terre de ladicte abbaye de la Fontaîne-le-Gomte , et au dedans dicelle terre et par tous leurs boys, ils ont tout droit de chasse et guerre à cor et cry à toutes manières de bestes à poel et à plume , et droit de povoir suyvre les bestes par eulx ou leurs bommes et subiectz levées en leurdicte terre et boys, Jusqucs au port des Piles d'un cousté, et d'autre jusques à la ville et cbasteau de Lezignen. En possession et saisine lesdicts religieuz, abbé et convent complaignans à cause de ladicte terre, seigneurie et jarisdtction de la Fontaine-le-Comte, et desdicts droits, privilèges, prééminences et droit de cbasse à cor et à cry, à toutes manières de bestes sanlvages à poel et à plume. En possession et saisine lesdicts compleignans de povoir cbasscr par toute leur terre de boys et tailhis i tout cardage, rezeaulx et filets. En possession saisine que les bestes par eulx ou leurs hommes et subjects prinses en leurdicte terre , boys, seigneurie et jurisdiction ou en icelle levées et poursuyvies et prinses ailleurs hors leurdicte terre et jurisdiction , les appliquer à leur profit et utilité , et autrement en faire et disposer à leur plaisir et volunté. En possession et saisine de garder, contredire et empescher que les dessud. Vemon, Fonlloux ne autres quelconques nayent en leurd. terre, boys, seigneurie. Justice et jurisdiction de la Fontaine-le- Comte aucun droit de chasser que veoir, que cognoistre, ne dy faire aucuns exploits contraires et préjudiciables aux droits desd. complaignans. Et si faut lavoient , de leur réparer, corriger, amender et remestre incontinent et sans delay au premier estât et deu par justice et autrement deuement. Et desd. droite possessions et saisines et autres pertinentes et à la matière présente ont lesd. complaignans et leurs prédécesseurs, en présence desd. Vemon, Foulloux et tous autres qui lont voulu veoir et sçavo'u* joy et usé par I, II, III, im, V, X, XX, XXX, XL, L, LX, cent ans et plus, et par tel et si long temps qu'il n*est mémoire du contraire ne du commencement que que soit par temps vallable et suffisant mais ce nonobstant , et lesd. complaignans estant en leursd. droits, possessions et saisines,
lesd. Raoul Vemon, du Fouilloux et autres plusieurs leurs allies et complices à grand nombre de gens depuis an et jour en ça se sont transportez en lad. terre, boys et Jurisdiction de la Fontaine-le-Comt« appartenant auxd. compldgnans embastonnés de plusieurs basions nuisibles et de guerre à cor et à cry, avec cordages et autres choses servans à chasse, et mesmemcnt en ung tailhis appelle le Marreau de la Potart, en et audedans lad. terre et jurisdiction de la Fontaine-le-Ck>mte et en icelle pour ftire leurs thantes et droisser leur cordage; lesd. exploicteurs cepperent grand quantité dud. boys à travers dod. Marreau pour tendre leurd. cordage et illecques prindrent lesd. exploicteurs et chasseurs nu grand
sanglier Donné et faict en la court ordinaire de la sénéchaussée de Poictou
tenue à Poitiers le Jour de l'an mil cinq cens et quatorze.
en faire ressortir les preuves, au surplus fort évidentes. Il vaut mieux produire de suite les autres titres que nous possédons.
Nous lisons à la page 27 d'un Tableaxi généalogique et historique de la maison de Taveau, fait en 1785, et conservé au tome 87 des Recueils de D. Fonteneau, qu'en 1515 environ , Guéi'ine Taveau, fllle de Mathurin Taveau, chevalier, baron de Moithemer, et de Renée Sanglier, se maria avec noble et puissant seigneur Anthoine Du FouiUoux, chevalier, seigneur du Fouilloux et du Chilloux (1).
Dans le même tableau généalogique, p. 28, nous voyons encore le noble et puissant messire Anthoine Du Fouilloux recevoir, le 19 janvier 1519, de sa femme Guénne Taveau, procui^ation pour partager, en son nom, avec nobles et puissants baron de Morthemer et avec Sébastienne Taveau, femme de René de laRochefaton, ses frères et sœur, les biens de feu Matliurin Taveau et de Renée Sanglier leur père et mère. C'est de ce partage qu'elle recueillit la terre de Bouille que nous trouverons tout à l'heure dans la famille du Fouilloux.
(1) Guérine Taveau était le quatrième enfant de Mathurin Taveau. Ses aînés se nommaient René, Pierre et Sébastiemie.
BIOGRAPHIE. il
L'épouse cl*Ânthoine du FouiUoux, Guérine Taveau, laissa h son mari deux enfants, Jeanne^ que nous verrons plus tard mariée à Hardy Cathus, seigneur des Granges-Cathus, et Jacques, l'auteur de la Vénerie.
Guérine mourut en couches le 31 mars 1521. Ce funeste événement se trouve conâgné dans un registre des comptes de la terre de Benêt pour l'année 1521. En voici les termes:
c Item le rachapt de la terre et seigneurie de Bouille , advenu par le trépas de Guérine c Taveau, dame dudict lieu de Bouille^ femme de messire Anthoine du Fouilloux, chevalier, 9 laquelle alla dévie à trépas le xxxi* jour de mars de ladicte année. > En marge, est écrit : « morte en couches. »
L'eniant qui, en naissant , donna la mort à sa mère , doit être Jacques Du Fouilloux. Ce qui nous le fait croire, c'est cet important passage du précieux Journal de GxiiUaume et de Michel le Riche : c Le veiidredy précédent (5 août 1580), Jacques Du Fouilloux , escuyer , f sieur dudict lieu, y décéda âgé de 58 à 60 ans (1). » Du Fouilloux naquit donc au plus tôt vers le mois d'août 1520, ou au plus tard à la même époque, en 1522. Inutile de discuter cette dernière date ; sa mère alors était déjà morte. Quant à la première , pour pouvoh* Tadmellre, il faudrait supposer que Tépouse d'Ànthoine Du FouiUoux, accouchée de Jacques dans le courant du mois d'août, aurait encore donné, sept mois après environ, un autre enfant à son mari : ce qui n'est pas dans l'ordre naturel ; à moins que, pour trancher cette difficulté, on ne veuille dire que les couches qui occasionnèrent la moi*t étaient prématurées. Ce serait une assertion fort hasardée et dénuée, pour nous du reste, de toute apparence de preuves ; tandis que la date du 81 mars 1521 concorde parfaitement avec les paroles de Michel le Riche : c décéda âgé de 58 à 60 ans. » Ainsi, au 5 août 1580, Jacques était enUe ces deux âges : né le 31 mars 1521 , il avait , le jour de sa mort , 59 ans 4 mois et 4 jours. Le témoignage de Michel le Riche , partout si exact, et si bien informé de tout ce qui se passait autour de lui , ne saurait être ici impugné : il habitait Saint-Maixent, à quatre lieues environ du Fouilloux, et il connaissait personnellement, sans aucun doute, celui dont il enregistrait la mort. Il ne savait pas au juste le jour de sa naissance, mais il était bien certain qu'il était alors entre les deux ftges de 58 à 60 ans, et cela était vrai. Pour annihiler son autorité , il ne faudrait rien moins que la production d'un document cVune incontestable authenticité.
Ainsi se trouvent fixées désormais les incertitudes qui ont régné jusqu'ici sur l'époque lie la naissance de notre célèbre Poite\'in. Tout ce qu'en ont dit ceux qui nous ont précédés n'était que pure hypothèse. Mais, en avançant qu'il naquit dans cette contrée du Poitou appelée Gastine, dont Parthenay était la capitale, c'était une assertion beaucoup
(i)PageSdOda Journal de Guillaume et de Michel le Riche, avocats du Roi ft Saint-Maixent (1Ô34 à 1580) , contenant pour le Poitou et pour les provinces voisines des détails inconnus et corieax sur les troubles survenus A l'occasion de la gabelle , sur le commencement du Protestantisme et les
guerres de religion, publié pour la première fols par A. D. de la Fontenelle de Vaadoré......
Saint-Maixent, Reversé, 1846, ln-8».
i2 BIOGRAPHIE.
plus plausible, qui n'avait toutefois d'autre fondement que ce que Tauteur raconte de lui-môme dans ces premiers vers du poëmc de son Adolescet^ce:
Pendant le temps que le noble François Faisait ployer la France soubz ses loiz , Tendre orfenin sortant de la lellne, ^ Transporté fuz dehors de ma Gastlne.
Si en face de ce passage on place cette autre mention du registre des comptes de Benêt :
€ Fondation d'une rente de 45 livres tournois faite à Téglise de Bouille par Ânthoine « Du Fouilloux, pour messes qui devront être dites à l'intention de Guérine Taveau, sa < femme, qui a sa sépxdiure en lodkte église. 16 mai 1521 ; »
Et qu'avec cela il soit wai (ce que nous croyons toujours) que Jacques soit l'enfant qui causa la mort de sa mère , on serait tenté de croire que c'est à Bouille qu'il naquit.
Cependant, de ce que les restes mortels de l'infortunée mère de Jacques furent ensevelis dans l'église de Bouille, faut-il en conclure et affirmer que c'est à Bouille qu'elle mourut? Ne pouri'ait-on pas supposer tout aussi bien, et avec autant de raison, que Guérine Taveau avait voulu reposer dans l'église de ce lieu, à côté de quelques-uns de ses ancêtres maternels, anciens seigneurs de Bouille, qui gisaient là probablement dans la môme enceinte (1)? Et l'époux, qui faisait en faveur de sa femme la pieuse fondation que nous venons de lire, n'aurait-il pas pu, de son propre mouvement, avoir la religieuse attention de faire transporter son corps sous les voûtes du temple où l'on devait prier d*une manière toute spéciale pour son salut éternel? Depuis le jour de sa mort jusqu'à celui où fut faite la fondation d' Anthoine Du Fouilloux, il s'était écoulé un mois et demi, dix fois le temps nécessaire pour opérer le transport de la défunte du Fouilloux à Bouille. Les deux endroits ne sont pas à plus de treize ou quatorze lieues l'un de l'autre.
Après cela, laquelle des deux opinions sur le lieu de la naissance de Jacques Du Fouilloux comient-il d'adopter? Quant à nous, nous avoueronc que rien ne nous autorise à préférer plutôt l'une que l'autre. Devant les documents fournis par le Registre de Benêt, les seuls auxquels il nous a été donné de recourir, le doute ne cesse pas d'être permis.
Dans ce Registre de Benêt , si précieux pour nous , et que deux fois déjà nous avons invoqué, se trouve relaté un « aveu de la terre de Bouille rendu au seigneur de Benêt, le. c 10 mai 1521 , par Anthoine Du Fouilloux, tant en son nom , comme ayant don de sa « femme , que comme loyal administrateur de Jacques du Fouilloux , son fils , moindre € d'ans (2). » Ce qui prouve que Guérine Taveau avait fait à son mari quelque avantage sur la seigneurie de Bouille qui lui appartenait.
(1) En 1390, Bouille appartenait à Morice de Launay, chevalier, à cause de Jehanne de Jaunay , sa femme. En 1437, U était passé à Artbus Bonnet, chevalier, qui le tenait de sa femme, Catherine Odart ou Oadart , laquelle en avait hérité, cette année même, de Jehan Odart, écuyer , son père. Catherine était veuve d'Arthos Bonnet en 1477 ; elle mourut en 1480, laissant Bouille A sa flUe, Jehanne Bonnet, femme de Joacbim Sanglier, écuyer sieur du Boitragler. En 1488, Jehanne Bonnet étant morte, la terre devint la propriété de sa fille, Régine ou Renée Sanglier, mère de Guérine Taveau (Extrait de divers titres originaux du cabinet de M. FillonJ. — Bonillé relevait de la seigneurie de Benêt, ainsi qa*en témoigne Taveu qjsx'on vt lire tout à Theure. Les deux endroits sont A environ une lieue et demie Tun de l'autre , et très près de la grande route de Niort A Fontenay, sur la gauche. Bouille est A moins de trois lieues de cette dernière ville.
(3) Ces extraits du Registre de Benêt nous ont été communiqués par M. Fillon , qui les a copiés sur le manuscrit retrouvé par lui dans les archives du greffe de Fontenay. L'original de l'aveu du 10 mai fait partie de sa collection si riche déjA en documents historiques manuscrits sur le Bas^Poitou.
BIOGRAPHIE. iS
Quelque grands qu'aient été les regrets que dut éprouver Anthoine Du FouiUpux â la perte de sa jeune épouse, ils ne furent point étemels ; car, quelques années après, il était remarié, à ce que nous voyons dans le Dictionnaire historique et généalogique des famiUes de l'ancien Poitou (1) , avec Marie de Nuchèze. L'époque de ses secondes noces ne nous est pas connue ; mais nous n'hésitons point à croire qu'elles eurent lieu cinq ans après la mort de Guérine Taveau ; nous fondant pour cela sur ce que raconte Jacques Du Fouilloux au début de son poème, que, sortant de la eéeinc, suivant sa naïve expression, il fat transporté hors de sa Gfttine , en un Ueu appelé linières où il demeura quinze ans et qu'il abandonna à l'âge de vingt, n avait donc cinq ans à peu près lorsqu'il sortit de la maison paternelle. H la quitta pour passer sous la tutelle de René de la Rochefoucault , son oncle à la mode de Bretagne (2). C'est ce que prouve sans réplique la commissign que Jacques obtint, le 12 mars 1540, pour faire rendre compte à Marguerite de Liniere, veuve de René de la Rochefoucault, de la gestion de la tutelle que son mari avait administrée (3).
Il ne nous parait pas du tout improbable de supposer que ce fut ce second mariage du père qui occasionna l'éloignement du fils. On sait quelles difllcultés, en semblables circonstances, surgissent le plus souvent dans les familles, et combien il est difficile de mettre d'accord les intérêts opposés qui se trouvent alors en présence. Quoi qu'il en soit, que c'ait été par le consentement bénévole du père, ou bien par l'intenention de la famille , il est un fait bien acquis , c^est que le fils , à l'flge de cinq ans , quitta la maison de son père, qu'il alla à liniers, ôéjour de René de la Rochefoucauld sous la tutelle de qui il fut placé , et qu'il demeura là 15 ans.
Ces longues années que Du Fouilloux passa à Liniers, et qu'il appelle avec quelque amertume un long temps de servitude (4), ne furent cependant pas un temps perdu pour lui. L'oisiveté d'ailleurs ne devait guère convenir à son caractère; il évitait, dit-il, san^ cesse la paresse (5). Aussi doit-on croire que ce fut pendant cette période de sa vie qu'il acquit l'instruction que son livre nous prouve qu'il possédait.
(1) Tome Vf, p. 544 , col. 2, artida de Jean Cathus.
(2) On se rappelle que Louis Du Fouilloux épousa Jeanne de la Roche foucaud ^ fille de GuUlawne, 8ei8;Qeur de Nouans, de Courponlrain, de Melleran, etc., desquels naquit Anthoine du FoutlZotix, père de Jacques. Le même Guillaume de la Rochefoucault eut pour 4« enfant autre Guillaume qui fat seigneur de Baj'ers, du Parc d'Arcbiac , et chef de la branche de Bayers , lequel eut pour flb René, sdgneur de Bayera , qui épousa Marguerite de Linic}^ , dame de Neuilly-le-Noble. Par conséquent , René de la Rochefoucault et Anthoine Du Fouilloux étaient cousins germains. (V. le Père Anselme , I. IT, GénèaL des la Rochefoucaud.)
0) Commission pour Jacques Qu Fouilloux , chevalier , fils de feu Anthoine , seigneur du Fouilloux , pour faire rendre compte A Marguerite de Ligntères , veuve de René de la Rochefoucault, de la tutelle dttdît Du Fouilloux, que ledit René avait administrée. (F. le Tableau généalogique et chiHnioL de la maison de Taveau ^ p. 27, dans le tome lxxxvii de D. Fonteneau.)
On a remarqué ces mots: que ledit René avait administrée. En efiet, il y avait déjà plus de onze ans que René de la Rochefoucault ne vivait plus; il était mort le 5 on le 6 décembi*e 1529, car on trouve dans le Père Ansélmej t. iv, p. 45i, qu'il fit, le 5 décembre do cette année, son tesUment par lequel il élut sa sépulture dans Téglise de Bayera * , et qu'il était mort le 7 du même mois, jour où sa veuve fit foire son inveuUire. Blarguerite de Ltniera était remariée en 1543 avec Eustache de Moussy, seigneur da Boismorand. Elle avait épousé son premier mari le 24 juillet 1516. Cette date est au moins celle du contrat de mariage. {Hist^ généal. de la Maison de F élance j t. iv, p. 452.)
(4) VAdolcBcence, vera 7.
(5) Rnd., vere 0.
' Bayers, dans le département de la Charente , arrondissement de Ruflec » sur la rive droite de la Cliarenie» à une lieue et demie de VerteuU, cette autre ancienne seigneurie de nUustre maison de h Rochefoucault.
Toutefois, rétude des lettres ne l'absorbait pas tellement qu'Q ne trouvât le moyen, jjottr adoucir $on esclavage, de se livrer au goût héréditaire qui, dès lors, se développait en lui. n menait de front Tétude et la chasse, et exerçait sa jeunesse & un art dont il devait devenir l'un des maîtres les plus distingués. Admirablement placé pour cela, Liniers, il nous l'a dit, était
... Un pays de bois et de rochers, Lien bien hanté de cerfii et de sangliers (i).
Ce vieux castel de Liniers est encore debout, tel qu'il était au temps où notre jeune veneur faisait la guerre aux hôtes des bois de la contrée. Il est situé non loin de Thouars (département des Deux-Sèvres), à deux lieues et demie à l'ouest, dans la commune des Moutiers, tout proche d'une petite forêt appelée le Parc-Challon, et un peu au-dessus du grand étang de Juigné. Aujourdliui l'aspect général des lieux n'est plus sans doute ce qu'il était il y a trois siècles : bien des bois, bien des terres incultes ont disparu devant les efforts de l'agriculture; mais les cerfs et les sangliers n'ont pas pour cela complètement abandonné ces cantons. Naguère encore les sangliers y abondaient, à ce que nous a raconté un ancien Ueutçnant de louveterie, M. de la Raye, qui a beaucoup chassé dans ce pays qu'il habite.
Le genre de ^ie que menait là Du Fouilloux n'avait rien de bien dur; mais il n'était probablement pas entièrement son maître : sa tutelle lui pesait. Aussi, à vingt ans (2), il lui prit fantaisie de s'émanciper, de vivre à sa guise. Son père, d'ailleurs, n'existait plus alors; il avait enterré sa première femme; la seconde l'enterra, et elle se remaria avec Jean Cathus, seigneur des Granges, qui servit comme homme d'armes au ban de la noblesse de Poitou en 1583 (3). Elle ne laissa pas d'enfants de son premier mari.
Voilà donc qu'un certain jour, de grand matin , notre jeune chasseur^ impatient du joug, prend son limier, pend à sa ceinture une bouteille pleine, apparemment de l'un de ces bons vins d'Arbois, de Beaune, de Chaloce ou de Grave qu'il prisait si fort (4), et s'échappe en secret ,
N'oubliant rien, sinon à dire à Dieu (5).
U tourne vers sa chire Gastine, et, cheminant à travers faretz et bocages, il y arrive bientôt, non pourtant sans se laisser emporter à la poursuite d'un cerf qu'il trouve sur sa route (6).
Souverain maître désormais de sa personne, il put s'abandonner à ses penchants en toute liberté.
n quitta peu, dès lors, nous le pensons, cette contrée le berceau de ses aïeux. Ne s'écrie-t-il pas, dans l'enthousiasme des plaisirs qu'il y goûte et dans la pensée sans doute aussi de ceux qu'il se promet pour l'avenir :
(1) V Adolescence^ vers 5 et 6.
(2) Ihid., yen 17 et 18.
(3) Dictionnaire historique et généalogique des familles de Vanàen Poitou, t. iv, p. 544.
(4) Voyez chapitre xxxv de la Vénerie.
(5) Vers 22 da poCme de YAdolesoence.
lé) i&td., yen 26 et toivants.
Chère GasUne ! avant la mort me donne
Le ooap du dart, qnlngrat je t'abandonne (1).
Sa Gastinel... c'était pour lui un pays magnifique, auquel rien ne manquait de ce qui pouvait contenter ses désirs. H y passait gatment son temps entre les jouissances de la chasse et les voluptés condamnables d'amours illégitimes. C'est ce qu'il appelait \1\Te au hoys cmnme un tria-hon hermite. Aucune vie au monde ne lui paraissait plus heneMcie.
L'un de ses passe-temps libertins faillit pourtant un jour lui coûter cher.
Ce jour-là, conmie il considérait d'un œil probablement peu chaste, et du milieu d'un buisson ob il se tenait caché, une troupe de jeunes bergers et bergères qui prenaient aux champs leurs ébats, dansant et fol&trant ensemble, il arriva qu'un loup ravit une brebis aux troupeaux mal gardés. Bergers alors de jeter des cris perçants, si perçants que lui-même (Du Fouilloux et non le loup) en fut effirayë et se mit à ftiir. U s'était accoutré d'un vêtement de peau de loup, ce qui lui vint assez mal à propos vraiment, car
Yoicy Tenir mastina de toutes parti (2),
qui, le prenant pour heste, se jettent sur lui et le houspillent à qui mieux mieux. En un clin d'œil l'habit fut en lambeaux : chacun tirait à soi , emportait son lopin. Ce n'était rien; mais les dents des terribles mâtins, un peu trop longues apparemment, pénétraient plus avant. Le malencontreux galant fut mis en un piteux état; les chiens, à ce qu'il conte, lui arrachèrent niainféguiUette de Veschine, ce qui lui causait faire piteuse mine. On le conçoit sans peine. Aux cris non moins piteux qu'il pous&it, accourut à son secours celle de ces bergères pour laquelle il soupirait. De sa quenouille et de la voix elle ^ fit tant, qu'elle parvint à l'arracher aux griffes des mâtins. Epris déjà pour cette nymphe des bords de la Viette (3), cette rivtère de renom ,
Qui en Gastine ba sur tontes le nom, Où font séjour les serenes fiicondes (4),
il ne se pouvait pas qu'en cette occasion, il ne sentit redoubler sa flamme. Il jura fidélité constante à la sensible jeune fille. On promit de se revoir, et la serene, qui déjà s'était efforcée de lui témoigner, en son mélodieux langage (5), combien elle compatissait k sa mésaventure, laissa tomber de ses lèvres, en s'éloignant, un tendre adieu :
(i) V Adolescence, ters 212 et 213.
(2) Ibid.y yren 230.
(3) La Viette est nne petite riviète qpi prend sa source entre Saint-Pardoux et la Boeedère, en Gâtiae. Elle passe non loin du manoîr du Fouilloux, et se jette dans le Thoaet à Parthenay-le-Yieox (Denx-Sèrres).
(4) VAdoleseenee^ ters 187 et 188.
(5) Y sceu priquea marrie
De rostre ennen, et gronde fascherie Igle-TOUs-ant pardiogue foit grand man , Qne fusiant morts les chiens qui sont ytau. 80 von plalset de tenir chez mon père, Y von donray do vin à bonne cbere.
E da bon ser, adé, adé tous dy (i).
Celte perle de Gâline, de cette heureuse contrée dont notre amoureux, dans son patriote que enthousiasme , disait :
Noble pays, qui sur toute la France Avez produit des filles d'excellence (2)
Plus plaisant et resiouyes que merles (3).
cette belle enfin, au cmir doux et humain, toucha profondément celui de notre jouvenceau, et leurs amours, si l'on l'en croit, durèrent mainte année et maiitt jour (4!).
Soit pourtant que la facilité de ces amours champêtres eût fini par en amoindrir pour lui les charmes, soit pour tout autre motif, à trente-trois ans il songea à former des liens plus honorables et épousa, vers la fin du mois d'août ou dans les quatre ou cinq premiers jours de septembre de Tannée 1534, Jeanne Berthelot, fille deRenéBertlielot, écuyer, lieutenant criminel , juge et magistrat en Poitou, et de Jeanne Dausseure. Jeanne reçut en dot de ses père et mère 10,250 livres et la dîme du lieu du Pelit-Fouilloux (5), autrement des Tuteaux ou d'Auzay.
Cette circonstance capitale de la vie de Du Fouilloux nous a été dévoilée par la quittance qu'il donna de cette somme de 10,250 li\Tes, qui lui fut comptée le 6 septembre 1554 en son liôtel noble du FouiUoux, ainsi que le porte cette quittance (6) dans laquelle est relatée la date de son contrat de mariage , lequel avait été passé le 20 du mois précédent. Conséquemment, la célébration de son mariage eut lieu entre ces deux dates, comme nous venons de le dire. Ce qui , sans doute, occasionna cette union , c'est la parenté qui existait déjà entre sa femme et sa sœur, nièce par alliance de René Berthelot (7).
La fille de celui-ci, avant son mariage, avait troublé, bien sûr fort innocemment, la cen-elle à un jeune poète qui étudiait alors à Poitiers la jurisprudence, et les beaux yeux des prudes dames et damoUelles de la cité , qu'il ne cessait d'assaillir de ses mignardises et de ses Estrénes rimées. La future épouse de Jacques Du Fouilloux en reçut deux pour sa part (8). Les paupières dorées de Jeanne étaient flèches acérées qui avaient transpercé
(1) V Adolescence j Yen 230.
(3) Ibid., vers 193 et 194.
^) Ibid., vers 440.
(4) Toutes les expressions soulignées que nous employons sont, de in£mè qae les vers, empnmtées tu poème de VAdoUscetu^e,
(5) Le Petlt-Fouilloux dépend encore aujourd'hui de la terre du Fouilloux. On voit que c'est par le minriage de notre gentilhomme poitnvîn que ce domaine Ait annexé aux siens.
(6) Nous avons eu sous les yeux cette pièce, qui ikit partie de la Collection de 3f. Fillon.
(7) Titre de la Collection de M. Fillon.
(8) On les trouve dans les Dive^'ses poésies de /. de la Péruse, p. 62, et p... de la première édition dont voici le titre: La Médée, Tragédie. Et avtres diverses poésies^ par feu L de la Peritse. A Poietiers, par les de Marnefz et Bouchetz frères, 1S30. — Diuerses poésies de fev L delà Pervse^ ibid (s. date), m-4o. 4 IT. prélim. et 56 pag. pour la première partie, et i20 pour la seconde. — Les exemplaires qui ne portent point de date sur le premier titre ne constituent point une édition différente. Hs sont, à cette seule exception près, semblables en tout A ceux qui ont la date. Cette édition est fort rare et fort recherchée aujourd'hui; aussi, a-t-elle été vendue, exemplaire sans date, 25 fr., vente Soleinne, reL parch. vert., e( 34 fr. dernière vente Nodier, exempt, également sans date, mar. rouge {Bauzonnef).
BIOGRAPHIE. il
de part en part le cœur de J. de la Péruse. Il souQrait afTreusement; maid le via, mais la mine sucrée de la belle Berthelot changèrent en joie le deuil qu'il avait reçeu de VosiU Cet œil, comme on voit, avait une terrible puissance. Ce n'était rien pourtant au prix des sourcils et du front ; le poëte Ta dit :
Jane tes loorcis jomeaut Nies de cent capidonneatts Et ton front plein que j'adore Me blanent plus fort encore.
La suite du passage précédemment cité (p. 396) du Jounxal de Le Riche» va nous apprendre que Jeanne Berthelot mourut avant son époux. Après avoir noté la mort de Du Fouilloux, le fidèle annaliste ajoute : c C'étoit un homme droit en ses promesses et f de bon naturel, qui oncques ne voulut faire tort à autrui, sauf qu'il a toujours aimé ses t plaisirs d'avec les fiUes dont il en a débauché, par ses blandices, plusieurs qu'il a c toutefois dotées, et leur a &it du bien, et à ses bastards; et ne laissoit de s'accoster f d^elles, encore qu'il fût marié avec une demoiselle de Poitiers, fille de M. Berthelot, # conseiller au parlement, et depuis lieutenant criminel dudit Poitiers, laquelle estoit fort r honnête et discrète. Il eut d'elle un fils seul qui fut page de M. du Lude, et décéda € oprès le décès de sa mère, et auparavant le père qui sun-écut la mère. Il avait composé € un livre de la chasse (1). »
Il y a dans ces quelques lignes toute une biographie et de précieux renseignements qui, au besoin , auraient pu suppléer en partie à l'acte sur lequel a été établie la preuve du mariage de notre gentilhomme poitevin.
Le Riche ne dit point comment mourut le fils de Jeanne Berthelot. On rencontre bien dans son livre, sous l'année 1573 (p. 125)^ un autre passage dans lequel il enregistre la mort, devant la Rochdle, d'un capitaine Fouilloux (2) qui pourrait être, il est vrai, Vancien pi^e du comte du Lude. Que ce jeune homme fût, à cette époque, à la tète d'une compagnie, il n'y aurait rien d'esctraordinaire : il pouvait alors avoir dix-huit ans; mais il nous semblerait bion étonnant que Le Riche, mentionnant le décès prématuré de l'unique
Les autres éditions de notre poète sont an peu moin^ rares. Elles sont au nombre de quatre :— io Œuvres de Jean de la Péruse ^ avec quelques autres diverses poésies de Cl, Binet, Paris, Nicolas Bonfons, 1573, in ^6 ou petit in-12, suivant le Manuel qui tlndiqoe comme nn volume peu commun, du prix de 10 à 15 fr. — S» Paris, Nie. Bonfons, 1576, avec le titre : La Médée, etc.; 10 fr., exempl. lav. rég. mar. r., fil., tr., Soleinne. — S*» Lyon, Ben. Rigaud, 1577, ln-10, avec le titre : Œuvres de Jean de la Péruse; 20 fr., Soleinne, exempl. lav. rég. mar. bleu, dent., tr. d. {Simier)\ 17 fr. mar. bl., Mazoyer, 1 liv. 6 sh., Ileber, suivant le Manuel. — Afi Rouen^ Raphafil du Petit-Val, in-12, avec le titre : La Médée.,.\ 3 fr., Soleinne, ex. v. m. — La Médée a été imprimée seule deux fois : !• 4 /?ci'Oi, du Petit-Val, 1613, petit ln-12. — S» Encore à Rouen (s. date), in-12; vend. 15 fr., mar. rouge, MoreUVindé, d*après le Afa)tue2.
(I) Journal de Guillaume et de Midiel Le Ridie^ p. 331.
(;1) c Ledit jour (vendredi 16 janvier), arriva en cette ville (Saint-Maixent) Naudin, Fun des provi-
scurs du camp, qui me dit que, mercredi dernier, il y eut quelque escarmouche donnée au-devant de <- h Uocbelle, et que, dans une sortie, les Rochellois firent prisonnier le capitaine de la Salle, et que c le capitaine Fouilloux fut tuS d*un coup d'arquebuse et d*un coup de pertuisane. »
L*auteur de Yllistoire de la ville de la Rochelle n*est pas ici d'accord avec l'avocat du roi de Saint- Maîxent; il rapporte, d'après Âmos Barbot, au 13 décembre précédent cette escarmouche dans laquelle l»t Salle et Fouillou auraient été faits prisonniers seulement. Amos Barbot ai écrit trente ans au moins après le siège de la Rochelle, et raconte des faits qui s'étaient passés dans son enfance. Il est •lonc plus sûr de s'en rapporter sur ce point à Le Riche.
filsdô Du FouiUoux, n*eût pas, en cet endroit, rappelé, lui bon catholique et royaliste dévoué, la mort qu'il devait regarder comme glorieuse du fils de celui auquel il consacrait dans son Jcwmal les lignes que nous venons de lire.
Le père dut éprouver de vifs regi-els de la perte de ce seul héritier direct de sa fortune et de son nom. La solitude se faisait autour de lui : sa femme et son fils Pavaient précédé dans la tombe, n y avait aussi vu descendre Tune de ses bâtardes quUl avait mariée à un bâtard de Sourdis auquel elle laissa une fille (1).
Avertissements éloquents qui lui rappelaient bien haut que pour lui aussi le moment suprême arriverait! Il ne le croyait probablement pas aussi proche. Les lois de la nature , en effet, pouvaient lui faire espérer encore de longs jours. On se souvient qu'il mourut le 5 août 1580, avant d'avoir atteint la soixantième année de son âge. Au portrait que Le Riche nous a laissé de lui , on reconnaît un homme doué de nobles et aimables qualités , sur lesquelles de coupables faiblesses ont jeté quelques ombres. Nous n'avons rien trouvé qui puisse servir à les dissiper; bien loin de là, témoignages contemporains, traditions locales, et plus d'un passage de son livre, confirment pleinement les paroles de l'avocat du roi de Saint-Maixent, et nous montrent le joyeux gentilhomme fort peu soucieux de transgresser les YI« et IX« commandements de Dieu , croyant sans doute qu'en paradis, à tous bons veneurs, place était assurée à côté de saint Hubert et de saint Eustache, leurs patrons (2).
Guillaume Bouchet, dans la 3^ de ses Séries, rapporte une burlesque aventure dont il ne nomme point le héros, lequel serait toutefois le jovial veneur, s'il fiiut s'en rapporter au Moyen de parvenir, oix se trouve enchâssée, avec quelques variantes cependant, la même aventure mise sur le compte du seigneur Du Fouilloux.
Celui-ci, mécontent de sa femme, sans doute parce qu'elle ne poussait pas la vertu jusqu'à demeurer muette devant les multiples infractions de son époux aux lois conjugales, ne trouva rien de mieux pour faire taire sescrieriee, comme dit Bouchet, que de l'enfermer dans un berceau, et de la bercer à outrance, pensant que, de même que les petits enfants, lasse de ce manège, elle finirait par s'apaiser en s'endormant.
n fit donc faire c un grand berceau à Croutelles (3), non sans admiration, encore qu'il c ne f&t pas si grand que celuy de Pantagruel. Le berceau étant faict, il convie ses deux c voisins (4) à souper. Us n'eurent achevé le souper que ceste femme commença, à < Taccoutumée, de tempester et crier. Us la prennent comme ils avoient projette, et la client en ce berceau, non pas sans difficulté; tant plus elle crioit, tant plus ils la
(i) c Jeadi (14 mai 1579), Catherine Jtu, veave du fUs aîné de M« François Baréta, de Parihenay, deur de l'Ageon, et fille de Catherhie Fradin et de feu Jau de Niort, sieur de Beauregard, fut époosée en l'église paroissiale de Saint-Saturnin de cette ville (Saini-Maizent) avec le baitard des Sourdys, qui, auparavant, avoit esté marié avec Tane des bastardes du uear Da Fouilloo», dont il a une fille. » {Journal de Ukhel Le Rieh£, p. 310.)
On trouve dans la collection de D. Fonteneau (tome xl, p. 704) an long extrait d'un testament de René d'Escoubleaa, écuyer, seigneur de Sourdis, de Goarteri et de la Chapelle-Bertrand, en date du 30 octobre 1573, par lequel René d'Escoubleaa nomme Jacques Du Fouilloux l'on de ses exécuteurs testamenlaîi*es, ce qui montre que, indépendamment du mariage ci-dessns, ou peut-être même d cause de ce mariago, il existait des relations d*amitié entre les deux gentilshommes, dont les terres, do reste, étaient voisines.
(2) V, chap. V de la Ylnerie.
(3) Vilbge à deux lieues de Poitiers, célèbre autrefois par ses quenouilles et ses foseaax, et aussi par ses finBS$e$ cousues de fil blanc.
(4) Ils avaient le secret de la conspiration, dont Ils avaient aidé à ourdir la trame.
BIOGRAPHIE. i9
« bercoyent; tant plus ils la berçoyent, tant plus elle crioit : au lieu qu'ils pensoyent c l'endormir, elle se mit tant à crier qu'elle n'en pouvoit plus, et estant toute eslourdie, « s'apaisa. Ils y procédèrent si bien, que de là en avant elle n'osoit plus crier, parquoy il c ne falloit plus bercer pour la foire taire, ou pour l'endormir, car incontinent qu'elle c crioit, son mary avoit ses gens aussi prests que le seigneur de Basché avoit messire c Oudard, Loire le marié, sa femme et Trudon le Tabourineur, au son de la campanelle, c toutes les fois qu'il vouloit bailler des nopces de Basché à messieurs les chiquaneurs qui € le venoyent citer et adjourner. Mais c'estoit le bon , car si une des voisines de ceste c diablesse de femme venoit au secours, ils la mettoient au mesme berceau, les berçans c jusqu'à ce qu'elles ne criassent plus : qui estoit bien difilcile, à ce qu'eux-mêmes m'en € ont dit (i). »
Cette anecdote est-elle vraie, et regarde-t-elle l'époux de Jeanne Berthelot? B n*y est point nommé, c'est incontestable, et il ne pouvait pas l'être, quatre ans seulement après sa mort, par l'auteur des Séries, qui avait été son ami et l'un des éditeurs de la Vénerie, et que de plus il avait appelé quelque part (nous verrons où plus loin) gentilhomme axUant accord et accomply qu'il s'en trouve en nostre France. Elle n'est pas plus incroyable, avec ce que nous savons déjà de notre Du Fouilloux, que beaucoup d'autres histoires racontées par Guillaume Bouchet et qui pourtant sont vraies. Mais si l'on n'imprimait pas le nom de ce mari si discourtois, on devait se le dire tout haut ; c'est pourquoi l'auteur du Moyen de parvefiir, qui n'était pas d'ailleurs tenu à la même réserve que Bouchet, a pu, après plusieurs années passées, accoler à son récit le nom de Du Fouilloux. Traie ou non, cette histoire témoignerait toujours de la réputation solidement assise et méritée de celui qui, à ce qu'on rapporte, avait cinquante enfants, tant c légitimes que bastards, dont il fist une c compaignie qu'il mena au roy lorsqu'il fist son entrée à Poictiers. »
Une note conservée à la Bibliothèque Nationale, section généalogique (2), est le seul garant, h&tons-nous de le dire, que nous ayons de ce fait, inexact au moins en un point, car nous savons que le pudibond veneur n'eut qu'un fils légitime. Quant aux bâtards, on a pu lui en prêter quelques-uns : mais qui ne sait qu'on ne prête qu'aux riches.
Le nom de notre gentilhomme se trouve mêlé à une autre anecdote du Moyen de parvenir, et cette fois nul doute qu'il ne s'agisse du seigneur des manoirs du Fouilloux et de Bouille. Voici à quelle occasion :
Un certain Monsieur de Latour, ministre en Poitou , ayant oublié par trop la gravité de ses fonctions, sa conduite déréglée lui attira de séoères admonitions de messieurs du consistoire. Il n'en tint compte, et continua tant et si bien en ses déportements, que le synode, averti, déposa le ministre libertin. Sa mésaventure ne porta pas tort qu'à sa réputation; sa bourse s'en sentit. Force fut donc à lui de la pourvoir par ailleurs. Il se fit marchand, et courut les foires. Un jour qu'il était venu à celle de Fontenay, muni de quantité de marchandises parmi lesquelles il y avait grand nombre de lanternes, passe au-devant de lui une troupe joyeuse de gentilshommes du pays. Le trouvant de bonne façon pour un lanternier, ils se prirent à le regarder. Ils crurent le reconnaître pour le
(1) Les Seréea de Gtiillanme Bouchet, sieur de Brocourt., — Le texte qae nous aron» luW est celui d'une édition qui n'est point citée dans le Manuel du lî&raiVe; c'est pourquoi nous en donnerons le titre en entier : Séries de Guillavme Bovéhet jvge et consvl des marchands à Poictien. Livre pretnier. Imprimé à Paris, pour Us Bouehets à Poictiers, i585, in-8«> de 46 feuil. préllm. et 258 chiflr. seulement an r>,
(2) Cette note nous a été communiquée par M. Fillon, lettre du 17 août 1848.
mimstre déposé, c Alors approchant, le FouiUoux lui demanda : Mon maître, mon ami, € n*estes-vous point parent de ce ministre qui fust déposé à l'autre synode? Adonques, < sans s*émouvoir» il dit : C'est moi qui suis celui que vous dites. Et pourquoi et comment € est-il avenu qu'aujourd'hui vous êtes marchand de lanternes? Hol ho! dit-il, et pour- « quoi non? je vous les ai autrefois prêchées, maintenant je vous les vends (1). »
Cette foire de Fontenay avait lieu, comme aujourd'hui encore, à la Saint-Jean, et était le rendezrvous de toute la noblesse du bas Poitou , qui s'y réunissait autant pour jouer et mener joyeuse vie que pour faire emplette de chevaux, d'armes et d'autres choses utiles à ses besoins. La coutume s'en est perpétuée ^ dit-on, jusqu'à nos jours (2). Certes Du FouiUoux, qui venait souvent à son château de Bouille, s'il n'y séjournait même pas un certain temps de l'année (3), n'était pas homme h laisser passer l'occasion qui lui était offerte tous les ans, & une faible distance de chez lui, de se diveitir et de gausser en nombreuse compagnie; et nous sommes bien sûr qu'il ne manqua jamais aucune des foires de Fontenay. Ce ne devait pas être le dernier venu , ni le moins plaisant convive de cette bande réjouie et quelque peu libertine de gentilshommes, au milieu desquels il nous parait dominer de toute la hauteur que donnent l'esprit et le savoir. Comme, le verre à la main, il devait rendre raison aux plus hardis d'entre eux! Quels propos fortement épicés devaient s'échapper de ses lèvres intarissables! Sans qu'on nous les ait transmis et sans avoir écouté aux portes, on pourrait les redire; mais nous n'avons plus, pour supporter le haut goût des paroles de ces hommes du xvi« siècle , leur palais si fortement trempé , et les faibles tympans de nos oreilles courraient risque de se briser à leur choc bruyant.
Laisson» là pour un instant le jovial veneur banqueter à son aise avec ses amis, disciples trop bien appris de M« François qui avait commencé dans cette ville de Fontenay à donner ses premières leçons de pantagruélisme. Personne n'ignore que Rabelais, dès sa première jeunesse, aussitôt qu'il eut l'âge requis pour faire son noviciat, entra au couvent des Frères Mineurs de Fontenay-le-Comte en Poitou, et qu'il y passa plusieurs années^ au grand scandale de la cité et de ses frères qui, finissant par se lasser de son libertinage et de son ûnpiété, lui administrèrent une correction manuelle justement méritée, et le mirent in iMxctf.
L'historien de Fontenay (4) veut que les quinze années de séjour qu'il fit dans cette ville aient été pour elle c la véritable source de sa gloire , » et que c l'impulsion donnée » par c ce grand homme » ait produit promptement des fruits remarquables dans la personne des hommes distingués qui illustrèrent à cette époque la cité, source des beaux esprits : - Fantmacum feUcium ingeniorum acaiurigo. Nous ne voudrions pas nier cette influence du grand àbstnuieur de quintessence; elle peut n'être pas dénuée de fondement. Mais si l'on accepte cette action de son talent et de sa science sur les esprits, ne serait-il pas permis de'croire que celle des autres qualités dont était si éminemment doué M« Alcoflbras n'a pas été non plus sans effet sur les Fontenaisiens de ce temps? M. Fillon nous dira ce qu'il en pense dans son second volume. Pour nous, nous nous apercevons qu'en allant plus loin nous nous éloignerions trop de notre siqet; nous y revenons donc, en rappelant que J. Du Fouilloux ne laissa point d'héritier direct. Quoiqu'il eût doté, de son vivant, les filles qu'il avait débauchées par ses blandkes, et fait du bien à ses bâtards, il laissa néanmoins
(1) Le Moyen de parvenir^ chap. intitulé : Le Résultat.
(2) V. Recherches hist. et archéol. sur Fontenay^ t. !«-, p. iSO.
(3) On Terra plus loin les raisons de notre opinion sur ce point.
(4) V. Redierches hisU et archéol. sur Fontenay, tome i^r, p. i07.
BIOGRAPHIE. 2f
une fortune assez considérable dont hérita Marie Cathus, fille de Jehanne, sa sœur, morte avant lui. L'année avant sa mort, le 19 octobre i579, par un acte passé au Fouilloux, il avait déj;"! donné à sa nièce la terre de Bouille en échange de celle du Ch<Ueiuiy, située en la paroisse de Saint-Amand, et de quelques autres objets de moindre valeur, & la condition toutefois de garder, sa vie durant, la jouissance de Bouille (1).
On doit se souvenir que cette terre de Châtenet était passée de la maison de la Roiliefoucauld en la possession des Du Fouilloux par le mariage de Jeanne de la Rocliefoucauld avec Louis Du Fouilloux, grand-père de Jacques {v. p. 390). Elle était arrivée à Marie Cathus de la succession de sa mère Jeanne Du Fouilloux. D parait que l'acte d'échange de cette terre pour Bouille, entre Marie Cathus et son onde, donnait ifuekiues appréhensions aux parties, et pouvait être attaqué par des tiers. Aussi, avant de le clore, Marie Cathus en fit montrer le projet à un avocat , qui écrivit au bas :
« Veu le projest de contract cy dessus, le conseil soubzigné est d'adviz que le cpntract < est en bonne forme, et vallable, car, encores que la dicte Cathus soyt héritière du « cousté paternel du dict sieur Du Fouilloux , il n'est pas illicite de contracter avec luy , «( pour>'eu qu'il n'y ait point de fraude. — Délibéré à Poictiers, le 20 octobre 1579 (S) : « signé E. Pasquier. »
Ces lignes sont de l'illustre Etienne Pasquier, que les Grands Jours, qui se tenaient alors à Poitiers, avaient amené dans cette ville. Il avait pris soin de mettre son honneur à Tabri sous ces mots : Pounveu qu'il n'y ait point de fraude; mais il se trouva un autre avocat (il a oublié de nous laisser son nom) que ce léger scrupule n'arrêta point, et qui , par une consultation jointe h l'acte, énuméra tous les moyens de frauder les héritière du côté maternel. Or, celui qui se trouvait ainsi lésé était Louis de la Rochefoucauld, seigneur de Bayers, de la Bergerie, etc. Il revendiqua les droits qu'il avait sur la seigneurie de Châtenet, dans laquelle il fit rentrer une sentence du 30 janvier 1580, loi^ue déjà, le 16 novembre précédent, Du Fouilloux l'avait vendue, moins d'un mois aitrès l'acte d'échange (3). Il semble de tout cela que Tonde et la nièce, en songeante leurs intérêts , avaient un peu oublié ceux de la justice.
Cotte nièce unique de Du Fouilloux avait eu pour premier mari le célèbre lieutenant ^:t'*uêral de Poitiers Jean de la Haye (4), et, à l'époque de la mort de son ohçle, elle était ri^nuuùée à Gabriel de la Rye, chevalier de l'ordre du Roi, capitaine de cinquante homme» irarines, conseiller et chambellan du duc d'Alençon, etc. (5).
(1) Cet acte d'échange et celui de prise de possession du château de Bonillé par l'époux de Marie Cathus font partie de la Collection de M. Fillon.
C-) On Toit que cette date est postérieure d*aQ jour à celle du contrat, et que par conséquent il avait été dressé d'avance ou qu'il fut antidaté.
(3) V. Histoire génèal. de la Maison de France, t. iv, p. i53.
(4) V. sur cet homme singulier, qu'une ambition démesurée perdit, la Notice biographique que M. Ch. de Chergé lui a consacrée dans les Mémoit^es de la Société des Antiquaires de VOuestf, année iSii. ^ Consulter également le Jounml de Guillaume et de Michel Le Ridie^ où se trouvent plusieurs faits de la vie de la Haye que M. de Chergé n'avait pu connaître à l'époque où il publia sa Atifire. -. Marie était la seconde femme de J. de la Haye. Il avait épousé en premières noces Anne de h Brosse , veuve d*Emery Girard, de l'antique maison de la Rousslère^Girard , à laquelle il dut sa première élévation.
{h) V. l'acte d'échange de Bouille iCollect. de .V. FUlon) , et le Dictionaire des famaies de Vaneimt Pot'tou, art. Cathus^ n« vi.
Ce second mari fui tué à la journée de Saint-Yrieix-le-Perche , au mois de mai 1503 (1).
Elle avait eu du premier une fille seule , Urbaine ou Urbane qui hérita du Fouilloux cl de Bouille, etc.
En épousant Marie Cathus , Jean de la Haye était devenu le neveu de^ notre célèbre veneur, ce qui explique comment, à la nouvelle de la mort de Charles IX, le lieutenant {{énéral de Poitou, croyant les circonstances favorables à Taccomplissement de ses desseins ténébreux , fit choix du château de Bouille pour le lieu de la conférence secrète qu'il voulut avoir en cette occasion avec quelques chefs catholiques de la ville de Fontenay, auprès desquels il employa toutes les ressources d'un esprit fin et délié , rompu depuis longtemps à l'intrigue, pour les engager à mettre bas les armes et à abandonner la cause qu'ils défendaient. Le seigneur de Bouille aurait-il aidé l'astucieux mari de sa nièce h ourdir ses trames iniques ? Cela pourrait être ; sa parenté avec lui le plaçait dans une position où il devait , plus facilement que tout autre , subir l'influence fascinatrice de ce caméléon politique. Quoi qu'il en soit, on ne peut rien affirmer. On ignorait môme jusqu'à présent le lieu oti se tint cette conférence , dont cependant P. Brisson (2) a laissé un récit fort détaiUé. Tout ce qu'on savait, d'après ce chroniqueur , c'est qu'eUe eut lieu dans les premiers jours de juiHet 1374, dans une maison peu éloignée de Fontenay (3).
Au nombre des enfants naturels du seigneur du FouiUoux et de Bouille, il y en eut un qu'il affectionna, il faut le croire d'une manière toute particulière; car, non content de lui laisser porter son nom de son vivant, il lui légua, en témoignage de sa tendresse paternelle, une petite part de sa succession.
I. Il s'appelait François. Sa mère était Jeanne Limouxin (de Bouille), de laquelle Jacques du Fouilloux eut plusieurs autres enfants. Il prenait le titre de sieur de la Plante^ Mougon (4) , du nom du lieu que son père lui avait laissé en héritage. Marie Cathus le nomma, le 12 octobre 1583, greffier de la seigneurie de Bouille. Il mourut en 1598 ou 1399.
n. II eut pour fils Jean Du Fouilloux, écuyer, que nous voyons figurer, comme témoin (13 juillet 1593) , dans un acte de prise de possession , par M* Jacques Babinet , clerc tonsuré du diocèse de îlaillezais, de la chapelle de Saint-Pardoux , paroisse de
(1) Void ce qu'on lit dans les Mss. de Robert du Dorât, t. xlv de D. Fonteneau, p. 641:
« DB LA TERRE ET SEIGNEURIE DE IX GÔTE-DE-MÉZIËRES , EN LA. BASSE HaBCUB. »
c Cette place appartenoit en mes jeunes années d Gabriel de la Rie, çouvemeur et lieutenant général de la haute et basse Marche, qui fut seigneur de la Côte-de-Mézières, lequel avoit épousé Marie Calbus, rdle de Hardi Cathus, seigneur des Granges, des Linaux-Jousseaume, des Coqainlères, la Grimaudière, te Plesûs, Vautobis et It Grange-Monjalière , capitaine de Talmond, et de Marie de Nucheste^ fils de Louis Cathus, seigneur de Lassi en la vicomte de Paris, capitaine de Talmond , laquelle étoit veuve de Jean de la Haye , seigneur de la Haye et de Jarzé , lieutenant général en la sénéchaussée de Poitou, à Poitiers^ dont issit une flUe unique , qui fut Urbaine de la Haye, héritière des Granges , de Jané et du Fouilloux, qui épousa Pierre de Laulnay, seigneur, baron d*0ag1ée-Heraut , Bouliers et du Fresne d'Authon Après le décès de Gabriel de la Rye, seigneur de la Céte-de-Mésières, arrivé en la journée de 8aint«Yrittx*le*Perche , au mois de mai de l'an 1503 , cette seigneurie tomba en la lignée de François Pastoureau, sieur de la Rochette, etc.
(2) V. Hiêtoire et vray Discours des Guerres civiles as pays de Potctou... , depuis Vannée i514 jusquà Védit de pacification de Vannée 1576, p. 270 de la réimpression faite par M. de la Fontanelle, dans les Chroniques fontenaisienncs , Fontenay-le-Comte , 1841 , in-8».
(3) C'est aux communications bienveillantes de M. Fillon que nous devons cette indication curieuse , que lui-même a recueillie des titres manuscrits qu'il possède sur la seigneurie de Bouille.
(4) La Plante-Mougon est située dans la paroisse do Douille.
Sainl-Etienne-des-Loges, près de Fontenay. Il avait été attaché au service de M. de la Roussiëre , de Tantique maison Girard de la Ronssière (i) , qui , & cette époque , était puissante en Poitou. Il était mort avant 1610.
m. Il avait épousé Catherine Aubert, dont il eut deux enfants, Bonaventure et Jeanne (2).
A la suite de Jean^ cité également par le Dicti<mi\aire des famiUee du Poitou, d'après le même acte de prise de possession de la chapelle de Saint-Pardoux, on trouve Jacques Du FouiLLOUx, écuyer, seigneur du FouiUottx et du Çhilloux, marié à Louise Foucher, lesquels laissèrent un fils nommé aussi Jacques , écuyer , seigneur du FouiUoux et du ChiUouXf qui épousa, le 9 novembre 1619 , Antoinette Le VaiUant , fille de Lùuis , écuyer, seigneur des Fourneaux, et d'Esther de Thais.
Privé des documents que l'auteur du Dictionnaire a eu sans doute à sa disposition , et que malheureusement il n'indique point , il est difficile de déterminer le point d'ob part cette ligne parallèle à la filiation que nous venons d'établir sous titres authentiques. Nous ne voyons pas d'autre moyen que de supposer , ce qui parait extrêmement probable , que Jacques , époux de Louise Foucher , est un fils , et même fils aine , de François , pour qu'il ait pu prendre, avec quelque raison , le titre de seigneur du Fouilloux, ce qui est déjà fort extraordinaire, puisque cette terre était encore possédée en 1619, date du mariage du second Jacques^ par Urbaine de la Haye, héritière, vers 1608, de sa mère Marie Cathus (3). 11 y a là un nuage dont nous ne pouvons percer l'obscurité.
Un Etienne Du FouUlouxj tapissier à Poitiers en 1734, était peut-être de la descendance de François f ou de quelque autre bdtard de son père. Il paraît dans un procès dont les pièces sont aux archives de la préfecture de Poitiers.
Le Du Fouilloux dont parle Tallemand des Réaux dans une note de ses Historiettes^ à Varticle du duc de Guise, ne saurait être de la famille du nôtre , puisqu'il le fait venir de Saintonge. Pour celui que Lallemant (4) nous rapporte avoir figuré dans un ballet de Cnssandre, à la cour de Louis XIV, il y aurait moins d'improbabilité à ce qu'il fut un dernier rejeton de la branche bâtarde. Quoi qu'il en soit, cette lignée de celui auquel nous consacrons ces pages est aujourd'hui tout à fait éteinte.
De son cèté, le noble manoir du Fouilloux n'est plus qu'une grande et pittoresque ruine. 11 est situé dans cette partie du Poitou appelée Gâtine , et dépend de la paroisse de Saint- Maitin-du-FouiUoux(5), de l'arrondissement de Parthenay (Deux-Sèvres), à deux lieues au sud de cette ville, et à dix de Poitiers. Au moment de la révolution, délaissé déjà par ses propriétaires (6) et commencé à être démoli, il fut vendu nationalement avec les vastes domaines qui en dépendaient.
(1) La Roussîôre est à environ deux lieues de Fontenay, et fort voisine de Saint-Étienne-des-Loget.
(2) Tout ce que nous venons de rapporter sur François Du Fouilloux et ses descendants est extrait de pièces originales de la Collection de M. Fillon, qui a réuni en un beau volume gr. in-folio tontes celles relatives à la fàmiUe du FouiUoux et à la seigneurie de Bouille.
('•')) r. le Dictionnaire des familles du Poitou , art. Cathus , no VI , et la précédente note des manuscrits de Robert du Dorât.
14) Bibliothèque hist. et crit. des Théreuticograpbes, p. cvii.
t5 Dans la iVod'ce de redit. Lebossé, à Angers, on a dit Saitit-Florent'du^FouiUoux: c*est une prave erreur.
G) Le Fouilloux, & cette époque, appartenait & la famille de Boisragon , à laquelle fl était passé, nous nef avons comment, vers le milieu du xvii* siècle. Cest elle qui en commença la démolition. Les poutres dû la grande salle furent transportées à U Picotière, domaine qui dépendait du Fouilloux, et ou elles servirent à des constructions nouvelles.
Nous avons va ses restes délabrés que dépeignait si bien , il y a peu de jours (1) , un aimable et spirituel conteur, M. de Longuemar, dont la plume est un crayon; nous sommes monté k la chambre de Tancien maître de ces lieux , chétive demeure maintenant d^un pauvre bûcheron. Dans les autres bâtiments qui sont encore debout, deux ou trois familles de paysans misérables ont établi leur logis. Vers le haut de la vaste cour est encore I sous sa voûte séculaire, la fontaine dont Tonde, aujourd'hui déshonorée par d'immondes pourceaux, désaltérait jadis, en traversant leur chenin (2), les
Nobles fils de Souillard, chien de très-grand renom (3).
du fameux Miraud, qui fût au gt^and roy Françoys, de Maigret ou de Marteau^ ou d'ifoyse la Banne Lyee (4).
Dans cette cour où retentissaient à chaque instant, il y a trois siècles, les aboiements d*une meute nombreuse, les cris des piqueurs et des valets de chiens, les hennissements des fiers chevaux, on n'entend plus que les bêlements de maigres brebis, les sourds grognements d'upe troupe de porcs, le braiment d'un &ne affamé et les sifflement» aigus d'un pâtre en guenilles. Il n'est plus là le chasseur infatigable qui donnait la vie à ces vallées si solitaires , à ces coteaux dépouillé» de leurs sombres futaies , chères aux cerfs et aux veneurs. De son temps déjà on les attaquait sans pitié, ce qui lui faisait dire avec juste raison : c Je voy que les veneurs qui viendront après nous n'auront pas grand peine à € chercher les cerfz aux fustayes (5). » Il n'est* plus là, c'est vrai ; les échos des environs ne sont plus réjouis par les sons éclatants de la puissante trompe du Nemrod de la Gâtine (6) , c'est vrai encore ; mais ils ne sont pas demeurés ingrats ; ils ont conservé son souvenir; ils répondent tous au nom de Du FoxriUoux. Ecoutez les habitants des villages voisins; jeunes ou vieux, il n'en est pas un qui n'ait son histoire à vous raconter sur Momieur Du FoutUotix. C'est ainsi qu'ils désignent, fort respectueusement toujours, leur ancien seigneur.
Vous leur entendrez dire que MoYisieur Du FouiUaux, étant à la cour du roi de France, écrivit à son fennier du Grand-Fouilloux (nous racontons textuellement) de lui acheter un boeuf noir et un bœuf blanc , et que , à tel jour et à telle heure , il eût à labourer avec eux sur le terrier (7) du Grand-Fouilloux. Ce même jour, ayant entraîné le roi à la promenade, car il vivait très-lamiliërement avec lui , il se tourne tout à coup de son côté : c Sire , vous
(1) Souveiiin éTtme excursion $ur ïe$ barda du Thaué, par M. Le Touzé de Longuemar, dans le feuilleton du Journal de la Vienne (n« da 15 juillet 1852). Ces channants souvenirs forment dans ce journal une suite de feuilletoos (n« 138, 140, 141, 146, 147, 149, 150, 151 , 152, 153 et 154). L'auteur les fait imprimer à part et y joint une suite de dessins, produits de son facile crayon. Ils doubleront l'intérêt qui s'attache à cette gracieuse publication.
(2) V. l'estampe du chaptre xii de La Vénerie,
(3) La Vénerie, ch. v.
(4) Knd., ch. ii.
(5) Ibid., chap. xxxni.
(6) V. cil. XLi de La Vénerie, les plaintes qu'exhale l'auteur sur ce que , de son temps déjà , si peu de seigneurs savaient bien sonner de la trompe.
(7) Ce qu*on appelle dans le pays le terrier du Fouilloux est le point le plus élevé de cette chaîne de collines dont les nombreux anneaui s'étendent sur toute la Gfttine. De son sommet, à 272 mètres audessus du niveau de l'Océan, on aperçoit, assure-t-on, les côtes de ce même Océan, i 25 lieues de là, quand le temps est sans nuage et dégagé de brouillards, et la toiture du palais de Poitiers. Ce qu'il y a de certain, cTest qu'on y jouit de la vue d'un immense et encbantenr panorama.
BIOGRAPHIE. JS
ne voyez pas ce que j'aperçois, là-bas, là-bas, bien loin?— Non.— Mon fermier qui laboure sur le teiTicr du FouîUoux avec un bœuf blanc et un bœuf noir. » On fut à Tenquëte, et le fait se trouva vrai. De nombreux témoins Tattestërent , car ce jour-là était justement celui du marclié à Parthenay , et l'on passait sur le terrier pour venir à la ville.
l'no autre fois, Monsieur Du Fouilloux trouva, toujours sur le terrier, un nid d'alouette avor quatre œufs que la mère couvait. Il part bien vite pour Paris et va trouver Sa M.tjt'Mê ; et comme il se promenait encore avec elle , il s'arrête un moment et regarde ; lAixé, prenant le roi par la main : c Voyez donc, sire, sur le terrier du Fouilloux cette al'^uette qui couve quatre œufs dans son nid. » Le roi de se récrier, bien qu'il eût éprouvé quelle perçante était la vue de son rusé compère. De deux bœuEs à une alouette la ditTêrence était aussi par trop forte. Le roi paria, et il paria gros, mais il perdit ; et il était ruiné , $*xi n'eût été le roi.
Et ces histoires, et d'autres encore, vous sont débitées fort sérieusement et du ton le plus convaincu du monde. Nous en passerons ; nous ne redirons point, par exemple, celle d*un sien rusé paysan qui, accusé par des jaloux de faire grand abattis parmi les lièvres du maître, lui en fit un jour manger un au naturel, bouilli dans la marmite, peau et chair* Cette fois, il avait trouvé plus fin que lui, le soupçonneux seigneur. Il se retira, bien persuadé qu'un si mauvais cuisinier ne pouvait être un habile chasseur.
Malgié notre promesse d'en finir avec ces histoires, nous sommes tenté pourtant d'en rapporter encore une. Qu'on prenne patience pour cette fois, ce sera bien la dernière» Nous Tavons ouïe , à un quait d'heure de distance du Fouilloux, de la bouche d*un vert vieillard qui comptait quatre-\ingt-quatre printemps. Il la tenait lorsqu'il n'en avait encore vu que quinze, de son grand père, mort à quatre-vingt-seize ans, lequel l'avait apprise de son père, décédé dans l'Âge le plus avancé, c Oh ! oh I Monsieur Du Fouilloux ^ nous dit le € vieillard que nous interrogions, c'était un homme fort subtil, qui savait beaucoup de « secrets. Aussi on se méfiait de lui. Voyez ce qui lui en arriva. » Et de nous raconter la bonne histoire que voici :
Un jour, étant à la chasse , il fit rencontre d'une jolie bergère à laquelle il donna une belle pomme rouge. Au lieu de la manger, la jeune fille la garda et la remit le soir à sa maîtresse. Celle-ci, au nom de Du Fouilloux, soupçonnant quelque sortilège, lu jette à une irrande et vilaine truie qui se trouvait là. La vieille gaupe (1), ayant dévoré le finit, est subitement agitée d'une frénésie inimaginable. Elle s'élance d'un bond hors de la maison; elle court, elle court... vers le manoir du Fouilloux. Point d'obstacle qui l'arrête: elle franchit «les barrières, enfonce les portes du logis; en deux sauts elle est en haut de Toîcalier ; elle se jette dans la chambre du maître, la voilà sur son lit ; et des pieds et du prt^in elle secoue , elle tourne et elle retourne le mala\isé donneur de philtres. Il se débat on vain, pousse des cris perçants: c'était un vacarme diabolique. Mais personne ne venait; pa< un des gens n'osait enfreindre la défense qui leur avait été faite de se lever , quelque l'ruit qu'ils entendissent. Au redoublement de ses cris pleins d'effroi, on s'aventure I • «nrtant à pénétrer dans l'enceinte interdite. La scélérate bête , il parait , tint bon , et ce no fut pas sans combat qu'on parvint à l'assommer.
I\^puis loi-s , assure-t-on , il n'est aucune de ces blondes et fraîches jeunes filles de
(i Gaupe est en patois poitem le nom qu'on donne à une vieiUe tmio qui a mis bas plusieurs fob et qui ne peut pins servir. On appelle les autres: truies gornièt^es, et leurs portées: gornées; et on dit: la truie a gorné, pour dire : la truie a mis bas.
Gâtine qui ait osé mordre dans la plus petite pomme revêtant la moindre apparence de couleur rouge.
Téméraires galants, apprenez, si déjà l'expérience ne vous a servi de maître, apprenez de messire Du Fouilloux que votre métier n'est pas sans danger. Souvenez-vous de ce qu'il nous en a raconté lui-même.
Que vous en semble, lecteur plus ou mohis bénévole j des paysans de Gâtine? En £ait de satire mordante, le grand Jacques Boileau ne serait auprès d'eux qu'un petit garçon et monsieur Barbier et monsieur Barthélémy, gens d'esprit et méchants s'il en fût, pourraient venir à leur école. Nous ne voyons que M« François, qui, au fait, n'était pas leur voisin de trop loin , qu'on puisse leur comparer.
A Bouille , cette autre seigneurie de notre célèbre Poitevin , on ne retrouve pas de souvenirs semblables à ceux que nous venons de recueillir. Le grivois chasseur n'a pas laissé sur ce soldes traces aussi profondes que sur celui de sa chère Gàtine. On y saisit, cependant, dans la quantité d'actes passés à différents temps en cet endroit (1) , des marques infaillibles, sinon d'un séjour prolongé, au moins de passages fréquents. Et Jeanne Limouzin?...
Dans le château était une chambre que, longtemps après la mort de l'ancien maître, on désignait encore par son nom. Un inventaire fait en 1604 (2) nous a transmis une
curieuse énumération de l'ameublement qu'elle contenait, c Et sommes entrés, y
c estril dit, dans la chambre du Fouilloux, au haut de l'escalier, où avons trouvé une
< armure et hamois d'hommes d'arme, un châlit en bois de nouher, une table aussi en 'c bois de nouher, un baheuf en bois façon d'ébène, un autre bàheuf couvert de cuir de c Hollande doré, un fauteuil en point façon de Lemozin, huict chézes en bois de nouher;
< au-dessus de la cheminée une glace façon de Venise , deux chandelers d'argent , une € boête en cuivre doré ; à costé une arquebuze et deux pistolets ; un coffre de cuir à c cloues dorés, et autour de la chambre des tapisseries de chasses façon de Lemozin , et c un tableau en un cadre doré, que le dict sieur [le valet qui faisait faire Vinveivtaire au € 9tom des maîtres] nous a dict estre le portrait de M«r« Jacques du Fouilloux , autrefois c seigneur de Bouille. »
Malheureusement, le château de Bouille a été reconstruit et la chambre n'existe plus (3). Où sont allés les objets qu'elle renfermait?
(1) Collectùm de M. Ftllon.» Quelques-uni de ces actes portent k ngnature du seigneur de Beaillé. Gelle-d:
^(ipM^l^^
est tir£e d'un acte du 7 juin 1561, dans lequel Jacquet Du Fouilloux intervient comme pleige et caution de certains droits prétendus par M« Loub Bodin dans la succession de Nicolas Rousseau.
(2) Inventaire du château de Bouille, fait en 1604. —L'original est au greffe de Fontenaj.
(3) « Le cbftteau de Bouille est situé dans un fond , près des marais qui séparent la terre ferme de rUe de Maillezals; c'est un gros pavillon flanqué de deux tours et entouré par des fossés pleins d'eau. Il a servi de défense dans le tempe des guerres civiles. » (Note empruntée à la Collection,., de D. Fonteneau, t. xu.)
Cette armure y cette arquebuse, ces tapisseries de Lemozin, et, le plus curieux de tous, lejableau du cadre doré? Là où vont toutes les choses d'ici-bas; ou bien si quelques-uns ont échappé à la loi commune de destruction, dépouillés de leur origine qui ferait leur gloire et quintuplerait leur valeur, ils reposent obscurément au milieu d*un musée ou dans une modeste collection d'antiquaire.
Si la perte de ce portrait de Tauteur de La Vénerie était de nature à nous causer quelque regret, la rencontre de celui qu'a récemment découvert M. Fillon nous consolerait au moins en partie. Ce nouveau portrait est un dessin original de Clouet dit Janet, célèbre portraitiste du xvi* siècle ; il est aux trois crayons, traité dans la manière fine et si vraie de l'auteur (1).
Cette heureuse découverte confirme ce qui avait été avancé dans la Bibliùfhèque hieUnique de la F)rance (t. iv, p. 187 , Appendice), à savoir, que Du Fouilloux est représenté sous ses propres traits dans la gravure qui , en tête de La Vénerie , montre l'auteur ofiDrant son livre au Roi. En effet, des deux côtés la ressemblance est parfaite; seulement, le célèbre chasseur est un peu plus jeune dans le portrait appartenant à M. Fillon.
Suivant 1q Dictionnaire des famiUe» du Poitou (2), qui doit ce renseignement à M. Fillon : € La famille Du Fouilloux portait paie d'argent et de sable de 6 pièces, à la fasce d'azur c brochant sur le tout. »
Ces armoiries ont été retrouvées par H. Fillon sur l'escalier du château des Granges- Cathus, où elles se trouvent plusieurs fois reproduites. Nous regrettons vivement de ne pouvoir enrichir notre publication , comme c'était notre attente , de ce remarquable monument et du portrait, que M. Fillon devait faire graver l'un et l'autre (3).
Ce n'est pas par sa vie, dont nous venons de rapporter tout ce que nous savons, que Jacques Du Fouilloux est arrivé Jusqu'à nous escorté d'une célébrité qui a traversé bientôt trois siècles sans périr. Le joyeux gentilhomme voulut demeurer toujours à l'unisson de sa généalogie, et se montrer le premier des veneurs tant à détourner, lancer et assaillir la béte, qu'à boire, manger, rire, faire grand'chère, etc. (4). S'il n*eût eu que sa vie k présenter à la postérité, elle l'eût promptement mis de côté ; mais il vint à elle son ouvrage à la main, et elle l'accueillit. C'est le livre qui a inspiré le désir de connaître l'homme. Nous en avons fini de celui-ci, passons à celui-là. Nous tâcherons de renfermer ce que nous voulons en dire dans des bornes restreintes. L'ouvrage est là, chacun peut l'ouvrir et le juger à sa guise.
Le manoir que Du Fouilloux habitait était situé dans une contrée couverte de forêts où abondait le gibier de toute sorte, au milieu d'une province où, de tout temps, les gentilshommes se sont livrés avec ardeur au plaisir de la chasse (A).
n sut profiter d'une si heureuse position. Il était à même de voir beaucoup : il examina beaucoup et bien ; mit en pratique ses préceptes avant de se décider à les écrire , comme il le déclare dans sa dédicace. Voilà ce qui a valu à son livre, joint au talent particulier, original, qu'il y a déposé, la réputation dont il jouit et que proclament assez haut les nombreuses éditions qu'on en a données, les traductions étrangères qui en ont été faites,
(1) Lettres de M. Fillon du 31 janYÎer 1851 , et du 12 août 1852.
(2) Tome n, p,i22.
(S) Le Magasin pittoresque , qai a publié ce portrait, a bien voulu nous autorlier à le reproduire AS cette édition.
(4) Ghap. XXXV de La Vénerie.
et surtout Tinsigne honneur d'avoir été pour Tillustre BufTon et l'exact Daubanton une autorité sur laquelle ils n'ont pas dédaigné de s'appuyer (1).
Du Fouilloux ne s'était pas contenté d'observer ; l'expérience né fut pas son seul guide. Son livre témoigne qu'il avait lu les ouvrages de ceux qui le précédèrent dans la carrière où il s*est distingué. Pline devait être son auteur favori, car il le cite en plusieurs endroits.
L*ouvrage du veneur poitevin est le plus connu, le plus célèbre, et, sans contredit, le plus recherché des livres sur la chasse. Si les naturalistes ont trouvé les obsen*ation6 de l'auteur dignes d'être recueillies, on s'imagine bien que ceux qui ont traité le même sujet après lui n'ont pas dédaigné d'en faire leur profit. Tous , à l'exception de Salnove , en ont fait le plus grand cas, et encore, dans les reproches que celui-ci lui a adressés (2), il y avait évidemment plus d'envie d'établir la vogue de son ouvrage aux dépens de son prédécesseur et compatriote, que d'amour de la vérité ; car tous ne sont pas également fondés» et ils devaient être imputés bien plus aux préjugés et aux croyances du siècle de l'auteur qu'à lui-même.
Quant aux autres écrivains théreutiques, ils ont parlé de son œuvre avec admiration et comme d'un livre dont il Mait écouter et suivre les enseignements.
René de Maricourt, qui a composé en 1627 un Traité et abrégé de la chasse ducJievreuil, encore inédit, s'est exprimé sur son compte en ces termes remarquables : c Je suis d'advis c que le chasseur et le veneur ne soient jamais sans le livre du sieur de Fouilloux , lequel est c très-bien fiiict, et est le grammairien des veneurs et chasseurs ; et en a escrit curieusement € et avec éloquence; joinct aussy qu'il est facétieux et récréatif; hormis qu'il ne le faut € imiter en ses trop grandes desbauches (3). »
Voilà certes un magnifique et complet éloge.
L'auteur d'un autre ouvrage de vénerie , également inédit pour la plus grande partie , messire Jean de ligniviUe, c un brave, aimable et docte gentilhomme, > comme l'appelle, avec justice, l'obligeant, l'aimable, le docte M. Paulin Paris (4), ne demeure guère au-dessous des louanges que l'on vient d'entendre, quand, après avoir traité de diverses chasses, il arrive à celle du chevreuil, et constate que Du Fouilloux n'en a rien dit, ce qu'il regrette fort , car , ajoute-t-il : c Je croy qu'ayant parlé si pertinemment de l'art du c connoisseur en sa Vénerie , que s'il avoit escript de la chasse du chevreuil , il auroit dict « des merveilles sur la cognoissance des chevreuils (5). »
Le pieux Ligni\ille , qui dédiait au Dieu du ciel ses Meuties et véneries , n'avait garde de ne pas accompagner cet éloge du prudent correctif dont René de Maricourt avait fait suivre le sien. Aussi recommande-t-il avec sagesse à ses jeunes adeptes de ne pas copier, en leur façon de vivre, les licencieux écarts du maître.
(i) V. Boffofi , notamment aux chapitres du llèn-e et du blaireau. Eu lisant dans le mémo auteur la descriplion du cerf, il est impouible de ne pas lolr qu'il s*y est inspiré de ce qu'en axait dit Du Fouilloux.
(2) V. La Vénerie royale du sieur de Salnove, édition de 1665, in-4o, p. 11 , ^, 94, i02 , 118, 198, 232, 239, 24i, 248.
(3) V. les Manuscrits françois de la BihUoihdque du Roi, par A. Paulin, Paris, t. v, p. 223, et le Ms. 7099 de ceUe bibliothèque, fonds de Versailles, anc. no 6, p. 25.
4) y. p. 259 du t. V des Manuscrits françois de la Bibliothèque du Roi.
(3) V. Analyse des Meuttes et véneries de haut et puissant seigneur, Messire Jean de LigniviUe^
clievalier, comte de Bey, eic , par M. Jérôme Pichon. Paris^ Techener, 1844, broch. in-8o de 16
pages. — V. aussi le Ms. 7194 de la Bibliothèque du Roi.
La Cume de Sainte-Palaye, à son tour, tout en blâmant rudement les indécences contenues dans certaines pages du livre, n'a pas laissé de lui rendre justice et d'en faire ressortir les particularités qui lui ont paru les plus intéressantes (1).
Avant ce dernier, Lallemant (2) avait apprécié le mérite de l'œuvre en critique un peusévère, il est vrai , mais néanmoins très-favorable. Les préceptes de Fauteur , dit-il, c ont c un caractère de vérité qui doit satisfaire tout lecteur attentif. Il y trouve plus de liaison » que dans les ouvrages antérieurs. cDuFouilloux, poursuit-il, s'écarte cependant quelquefois c de son but principal, et donne dans des digressions hors d'œuvre que l'érudition ne c peut remplacer : il retourne encore trop souvent sur ses pas... Mais on ne peut assez le c louer d'avoir préparé de riches matériaux à ceux qui ont écrit depuis lui sur la chasse, c Ses observations sur les différentes espèces de chiens de chasse , sur la manière de les c élever, de les nourrir et de les dresser, la cure de leurs maladies, les devoirs des valets c de chiens et du piqueur méritent particulièrement d'être lus. La chasse au cerf occupe c une trèd-grande partie de l'ouvrage : l'auteur en dit trop et n'en dit pas encore assez. Les « chasses au sanglier, au lièvre, au renard et au tesson ou blaireau, supposent beaucoup c d'expérience dans celui qui les décrit, et font regretter qu'il ne se soit pas étendu € davantage. >
Et de nos jours, le bonhomme Monteil, le piquant et original auteur de V Histoire des Français des divers Etais, n'a rien trouvé de mieux, à travers ses innombrables recherches, pour nous donner un tableau Adèle de la chasse au xvi« siècle, que de copier, à sa manière, ce qu'en a écrit l'illustre veneur (3).
Le mérite de la Vénerie, considérée au point de vue de l'art, nous parait plus que suffisamment constaté par les éloges que lui ont donnés les auteurs que nous venons de citer; nous n'ajouterons donc pas sur ce point ce qu'en ont dit, par-ci par-là, d'autres écrivains, d'ailleurs moins compétents ; ce serait sans utilité, et partant sans intérêt.
Nous préférons consacrer encore quelques pages rapides à l'examen des qualités littéraires de l'œuvre. A cet autre point de vue , nous ne trouvons pas le livre moins digiie d'éloges.
Quand on l'a lu, il nous semble qu'on peut louer hardiment le naturel et la simplicité du style. Les idées de l'auteur s'échappent de sa plume avec facilité et viennent se ranger sans emphase sur le papier. Ce n'est pas un petit mérite en un temps où Ronsard , admiré et suivi comme le plus beau des modèles, dominait en maître absolu sur la littérature. Du FouiUoux était demeuré bon Français en dépit des Grecs et des Romains de la pléiade, qui n'avaient pu pousser leurs conquêtes jusqu'au fond de la Gàtine de Poitou. Il expose, à notre sens, avec plus d'ordre et de précision que ne parait lui en accorder Lallemant , et l'on sent , quand il décrit une chasse , qu'il vous entraîne à sa suite, c II vous donne c presque l'envie de courir sur ses brisées » , comme l'a dit fort spirituellement quelqu'un
(1) y. tome II, p. 256 et suiv. dês Mémoires sur l'ancienne chevalerie ^ par La Cume de Sainte- Palaye, avec une introduction et des notes historiques par Ch. Nodier. Paris ^ Delongiehamps , iSSO , 8 Tol. ln-8».
(2) r. l'artide Jacques Du Fodilloux , p. evij de la Biblioth. histor. et crit. des Tkéreutieographes^
if partie de YEcole de la chasse aux chiens courons j par M. le Verrier de la Gonterie Rousèi ,
Nieoles et Richard UUemant , MDGG. LXIII , in-S».
(3) V. Le Chasseur des Cévennes , tome m , p. 25 de VHisioire des FrançaU des divers ÉîaU , ou Histoire de France aux cinq derniers siècles ^ par Alexis Monteil, troisième édition. Paris ^1^47, 5 Tol. gr. in-8^.
ya BIOGRAPHIE.
dont nous ignorons le nom (1). Joinct aussy qu'il e$t facétieux et récréatif, pour nous ^enir des expressions de Messire René de Maricourt. En effet, rien n'est plus comique que la peinture qu'il fait du seigneur partant pour la chasse des regnardz et taissons. Il le place dans une petite charrette , étendu sur un matelas de peaux gonflé de vent, c Toutes c les cheuilles et paux de la charrette doibuent être garnis de flaccons et bouteilles, et doibt € auoir au bout de la charette vn coflre de boys , plein de coqs d'Inde froids , jambons , € langues de bœuf et autres bons hamois de gueule. » Puis, viennent les divers instrumentz pour bescher : tarières, pietés, coupant fait en façon de pieté, hesclie, racle, € tenailles pour c arracher et tirer les taissons des pertuys, des paelles de fer et de bois, des sacz pour € mettre les taissons \ili dedans , une paelle ou autre vaisseau pour fisdre boire les petits « chiens. » Si c'est en hiver, c il pourra faire porter son petit pauillon et faire du feu dedans c pour se chauffer, i II devra se munir de c demye douzaine de mantes (couvertures de «lit) pour ietter contre terre afin d'escouter l'abboy des bassetz, s'il n'aime mieux, « toutefois, le lict plein de vent. » Six vigoureux paysans, destinés à ouvrir la tranchée, précèdent le char, six chiens de terre au moins l'escortent. Ce n'est pas tout , il faut encore, et c'est, après la petite charette, le premier article dont il doit se pourvoir, le bon seigneur, il faut avec lui, dans le même véhicule, c la fillette âgée de quinze à dix-sept c ans, laquelle lui frottera la tête par les chemins. » A ce trait, on^ reconnaît l'écrivain dissolu qu'on doit se garder d'imiter en ses trop grandes deshauches. c Et faut que le c seigneur marche en bataille de ceste façon, équippé de tous les ferrementz cy-dessus « mentionnez, afin d'aller donner l'assaut aux gros taissons et vulpins en leur fort, et « rompre leurs chasemates, plocu, paraspetz, et les auoir par mine et contre-mine iusques € au centre de la terre , pour en auoir les peaux à faire des carquans pour les arbalestriers c de Gascongne (2). »
Ces courtes citations, bien qu'insuffisantes pour fiaire apprécier complètement le style l'i de notre auteur, doivent en donner néanmoins une légère idée. On trouvera peut-être,
il" de même que Lallemant (3), qu'il ne ressemble pas plus au nètre que nos habits ne
! ressemblent à ceux de son époque ; mais il n'en revêt pas moins les qualités que nous lui
!| avons attribuées , il est gracieusement taillé dans de bonnes proportions , et il demeurera
l'un des modèles de son temps. Ainsi le jugea fort bien, au commencement du xvn* siècle, un excellent lexicographe (4) , qui n'a pas hésité & puiser dans la Vénerie, comme
(1) De la Vénerie, par Jacques Du FouUUnuOf article publié dans la Mémorial de Rouen ^ à Toceadon de l'édition d*Angers, et reprodait dans le Bulletin da Inbliophile, vu* série (ann. 1845-1846), p. 63,
(2) y. chap. Lxii de la Vénerie.
<3) Biblioth. des Théreutieographes, loco dL (4) Le grand Dictionnaire framçou^latih , Augmenté outre infinies DIetions Françoiies-, des mots
de Marine, Vénerie et Ftulconnerie, des moU Latins oublies es impressions précédentes : de plusieurs Reeerches, Antiquités, Prouerbes et Sentences Prouerbiales. — Item en cests dernière édition d^un nombre infini de Phrases et façons de parler, eueiUies es escrits des plus approuues Auiheurs , tant Historiens et Poêles que des anciens Romans... — Auec un abrégé de la prononciation et Grammaire Françoise très ttile et nécessaire aux Nations estrangeres, dont est faicte plus ample mention en la préface aux Lecteurs. — itecuetllî des obseruations de plusieurs hommes doctes : entre autres de M. NicoD.... PariSf Nicolas Buon , M. DC. XUII. Énorme b-4», sans pagination , signât. A. ^ Bbbb iiii (caMers de 8 feuillets); plus 16 ff. prélim.
Liroportance et la rareté de ce dictionnaire, fort recherché aujourd'hui, nous a engagé à en donner le titre à peu près en entier, malgré sa longueur. G*est une édition du célèbre Dictionnaire de Nicod , de fioifteau augmenté par M. Guiltaume Poille.
BIOGRAPHIE. Zt
^ une source classique , une quantité de vocables et de locutions (1). Enfin , le nom de Du Fouilloux était tellement identifié avec toute idée de vénerie, oflTrait tellement à l'esprit la réunion des qualités d'un bon veneur, que parler le langage de la diasse, se disait: l^arlcr Fouilloux, expression que nous avons retrouvée encore dans le Dictionnaire atteinand et français des deux nations (verbo Weidmœnnisch)^ édition de Strasbourg, i812.
iraceordi nous dira quelqu'un, la prose de Du Fouilloux a du naturel, de la simplicité , ello est facile, coulante, etc. Mais sa poésie? un critique (2) la trouve sans mérite. Ce jin:enient est bien sévère : il doit être réformé.
L'auteur du petit poème de l'Adolescence ne sera pas, si l'on veut, un poète du premier rang; nous ne voulons pas l'asseoir au plus haut sommet du Pinde, non. n y tiendra cependant une place honorable. Ses vers nous paraissent doués , à un degré inférieur peut-être, des mêmes qualités que sa prose.
Appelons-les en témoignage. Ceux que nous citons , nous les choisissons , non pas comme les plus favorables à notre cause, mais parce qu'ils ont l'avantage de présenter une description des plus curieuse de tout ce qui formait l'attirail de toilette d'une merveilleuse (lu temps. On y verra que les belles d'aujourd'hui ne sont pas plus fécondes en riches inventions pour faire valoir leurs attraits ou s'en procurer d'emprunt , que celles d'autrefois.
Voici donc : c'est le portrait de la bergère qui soudain avait blessé de VaiguUhnd^aymer notre veneur en ses jeunes ans. Chez elle , rien n'était faux : la nature, et non l'art, faisait tous les frais d'entretien de sa beauté;
Car point n*auoit de fart ne de ciuette
Point de touretz n'auoyt i son sommeil Fors seulement la clarté du soleil :
Elle n'estoyt point chèrement enfermée, Ains aax foreurs des vents abandonnée.
Point elle n'auoit ambre, musc, ne odeurs, Sa douce baleine seruoit de senteurs.
Point ne portoit fleur, beniouyn, gnacelle, Oncques parfùns ell' ne porta sur elle : Mais elle alloit, quand le temps estoit gay Entre les fleurs et rousees de maj.
Point ne portoit gans de chamois, mitaines, AIns en tout temps ba descouuert ses venet. Ne portoit point de calçons ne patins, L'esgail lauoit ses piedz tous les matins.
Point ne trompolt le monde en ses cheyeux, Mais les siens yraiz lui tomboyent sur les yeux. Pour se coeflér ne luy faut point d'empoys, De mirouêr, ne de teste de bois :
(1) Voir, entre autres, aux mots: Ameuter ^ AndouiUe, Armes, Asseoir, Commun, Couple, Dv fanes, Iloui^aris, Viander, Voyé.
(2) Dreux du Radier ^ dans la Bibliothèque historique et critique du Poitou, contenant des Vies des :>avants de cette provinu... Paris, M. DOC. UV, 5 vol. in-ia.
Nauojt carquans, velours, ne chapperonSy Qu'un couure-chef tout plié a grillons : Ni buse encor* de soye violette , Qu'on godillon (1) de simple laine verte.
Elle n'auoit au lieu de faux manchons Qu'on linge blanc, sur ses petia bras blonds. Ni iazerans (2), anneaux, ne bracelets,
Sur son gent corps,
D'eau de mouron , de febue , ne saliue Ne se fardoit, fors que de claire eau viue : Eau de gougourde a elle point ne touche, Pour adoucir son visage et sa bouche.
Point ne portoit de ce liège femelle Pour amoindrir son seing et sa mamelle. Vasquine nulle, ou autre peliçon EU' ne portoit, ce n'estoit sa façon. Point ne prenoît vin blanc pour se baigner, Ne drogue encor' pour son corps alléger: Mais s'en alloyt esbatre sur Therbette Dedans les prez au long de la Viette.
Indépendamment des 868 vers du poème de V Adolescence, Du Fouilloux en a semé encore quelques-uns dans divers endroits de la Vénerie. Le Blazon du veneur, à la fin du chap. XXI, est tout entiers en vers :
Je suis veneur, qui me leue matin, Prens ma bouteille, et l'emplis de bon vin, Beuuant deux coups en toute diligence, Pour cheminer en plus grande asseuranee.
Au chapitre XXXVI, ce sont aussi des vers quHl met dans la bouche du veneur faisant son rapport devant le Roi.
Nous avons ditetsurThomme et sur son œuvre ce que nous pensions. L'ouvrage, à part les trois ou quatre obscénités quUl renferme, et dont il pouvait fort bien se passer nous a paru digne d'éloges; nous lui en avons donné. L'homme, nous ne l'avons pas trouvé irréprochable ; nous l'avons bldmé. Tel est notre jugement. S'il est infirmé, nous ne nous fâcherons point : c'est que, apparemment, nous aurons mal vu, mal senti, ou qu'enverra, qu'on sentira diflëremment que nous.
Nous allons passer maintenant à la revue bibliographique que nous avons annoncée dès les premiers mots de notre travail. Mais, avant de l'aborder, il faut nous arrêter un peu pour divulguer ce qui n'a été dit, jusqu'ici, par aucun de ceux qui se sont occupés de DuFouilloux : à savoir, que le chasseur célèbre, non content d'avoir écrit un ouvrage classique sur la vénerie, avait encore composé un traité de fauconnerie, bien qu'il paraisse avoir fait assez peu de cas de cette science , sur laquelle il s'exprime dans le Blason du veneur en ces termes dédaigneux :
(i) Cotillon.
(2) Petite chaîne d'or que les femmes du peuple en Poitou portent encore en collier.
. • • • Ne déplaise aux fauconniers lereun Leur estai n*est approchant des Teneurs.
On ne peut pourtant en douter, en face des lignes suivantes déposées par Guillaume Bouchct dans son Recueil de tous les oyseaux deproye, qui servent à la Yollerie ei Fauconnerie, chapitre du Lanier femelle (B) :
c Monsieur Du Fouilloux, gentilhomme autant accord et accomply qu*il s'en trouve en « nostre France, auquel toute la postérité seroit redevable, s*il nous vouloit mettre en c lumière sa faucùnnerie (comme il a fait heureusement sa vénerie) , dict par un petit « fragment que j'ai en veu, qui semra d'échantillon pour le reste, que les faucons, « laniers et autres oiseaux qui hantent les costes de France, et principalement nostre € Gyenne, viennent de deux pays : les uns des pays froids, comme de la Russie, de la 4 Prusse, de Norovargue et autres pays circonvoisins, qui se cognoissent aux pennaches, « aux pieds et à la teste. »
Cette Fauconnerie n*a point été imprimée , et nous n*en connaissons point de manuscrit. L'ouvrage est sans doute peràu sans retour, et nous ne pouvons nous empêcher d'unfr nos regrets à ceux de Guillaume Bouchot sur la perte de ce fleuron arraché à la couronne de l'inimitable veneur (C).
Du chasseur passionné, du gentilhomme amoureux du plaisir, qui regardait c que la meilleure science que nous poutunts apprcixdre [après la crainte de Dieu] eHse tenir ioyeux, vsant d'honnestes exercices : entre lesquelz il n'en avoit trouvé aucun plus louable que Vart de vénerie (1); » de cet homme singulier qui , après tout , fut un homme remarquable et l'une des célébrités du Poitou dont le nom a été porté le plus loin, il ne reste qu'un portrait et un livre, base unique , mais solide, sur laquelle est assise une renommée qui n*est pas près de finir.
(1) y. la Vénerie dans la dédicace au Roi. — Pour cette citation, comme pour toutes celles qtie nous avons faites, nous nous sommes senri de l'édition de Poiliei'Sf 1568, la meilleure de toutes , à notre «vis.
Xous avons dit que la Vénerie de Du Fouilloux avait eu de nombreuses éditions et qu'elle avait été traduite en langues étrangères ; nous allons , dans la Bibliographie qui suit, en fournir les preuves. Nous en emprunterons bon nombre aux notes qu'a bien voulu nous communiquer Tun de nos bibliophiles les plus distingués, le savant et gracieux M. Jérôme Pichon. Nous marquerons d'un astérisque les éditions que noua avons vues.
Éditions françaises.
• I. La Vénerie de Jaques Du Fouilloux, escuyer seignevr dvdit liev pays de Gastine en Poitou, dédiée au Roy Treschrestien Charles neufiesme de ce nom. Plusieurs receptes et remèdes pour guérir les chiens de diverses maladies. Plus l'Adolescence de l'Autheur. Auec priuilege du Roy. A Poitiers, par les de Mame& et Bouchetz frères, 1561. Petit in-folio , figures sur bois (Bibliothèque Nationale).
Tel est le titre de cette première édition de la Vénerie. C'est un petit in-folio de 4 feuillets préliminaires et de 214 pages numérotées pour le corps de l'ouvrage (32 lignes à la page) , plus un feuillet non chiffré, qui contient la Complainte du cerf^ à Monsieur du FouiUoux, par Guillaume Boudiet. — Un extrait du privilège donné à Orléans , le 23 décembre 1560 , occupe le verso du feuillet de titre. Sur le recto du second est une figure qui représente l'auteur agenouillé et en costume de chasse, offrant son livre à Charles IX entouré de plusieurs seigneurs et de hallebardiers. Au-dessous de cette gra^ire commence la dédicace Au Treschrestien Roy, et Monarque de France , par son humble serf, du FouiUoux. Les figures, au nombre de 56 , non comprise celle du frontispice, que nous venons de décrire, \
sont intercalées dans le texte , qui est en lettres italiques. |
Dans cette édition, les tons de chasse ont été imprimés séparément sur des bandes de I
papier rapportées chacune à l'endroit convenable. C'est une particularité qui mérite d'être j
indiquée, et que M. Pichon a observée le premier. Il en est une autre qui n'a point été |
Eetite, et qui vaut cependant la peine d'être signalée : le roi, dans la gravure de dédicace, est aussi grand que ses courtisans, ce qui ne convient nullement à Charles IX, Agé de 10 ans en 1561. Il faut, ce nous semble, en conclure que l'ouvrage , dont le privilège est ]
du S3 décembre 1560, avait été composé pour être dédié à François n, mort le 5 décembre f
1560 , et que c'est sa mort qui détermina l'auteur à le dédier à Charles IX , sans pour cela l
changer la gravure qui était déjà faite à l'intention de François n. j
Le Manuel ne donne aucun prix de vente pour cette édition , et c'est une preuve de son j
extrême rareté. Dreux du Radier (1) ne la connaissait point, car, dans son article sur Du Fouilloux, il indique l'édition de 1562 comme la première. On ne la trouve point dans les
(i) Bibliothèque historique et critique du Poitou, contenant tes Vies des Savants de cette Province., Paris, M. Dcc. Liv. 5 vol. in-12.
catalogues si riches de La Valliëre, deGaignat, deMac-Carthy, Méon, Duriez, Bignon» comte de la B. (Bédoyëre), Pixërëcourt, Nodier, etc. , etc. , ni dans celui de M. Delasize, de Rouen (1846), ni dans le Catalogue des livres rares et précieux de la Bibliothèque de M. M*** (Paris, Techener, 1850), qui tous les deux pourtant renferment une nombreuse série de livres sur la chasse. Les seuls exemplaires qui se soient présentés en vente publique & Paris, depuis trente ans et plus peut-être, sont: 1» celui de la Bibliothèque Huzard (1842), vendu 69 fr., bien qu'incomplet et d'une reliure commune ; S» celui qui vient d'être poussé, (décembre 1851) jusqu'à 291 fr., à la vente de la bibliothèque de M. Lefèvre-Dallerange. Le rarissime et précieux volume, revêtu par Dura d'une superbe reliure à la jansétiiste, en maroquin vert , doré sur tranches, a été prendre place dans la belle biblio* thèque que M. le duc d'Âumale se compose avec le tact exquis du plus partait bibliophile. Nous avions donc raison de dire (1) qu'un exemplaire bien conservé , recouvert d'une belle reliure, soumis aux enchères des bibliophiles, se vendrait plus cher que les œuvres complètes de Chateaubriand ou de Lamartine.
n est focile, après cela, de s'imaginer quel prix énorme atteindrait un exemplaire sur vélin de l'ouvrage si recherché de notre Poitevin, si jamais il en apparaissait un. Eh bieni ce tara avis, qu'aucun bibliographe n*a jamais annoncé jusqu'ici, qu'aucun bibliophile n'a jamais contemplé, que nous sadiions, M. Jérôme Pichon a la joie de le posséder dans sa belle collection de livres sur la chasse. Les figures de cet exemplaire ont été coloriées dans le temps avec soin.
Il y a des exemplaires de cette édition sans date. Parfaitement identiques avec ceux qui portent la date , ils ne diffèrent que par le bas du firontispice. M. Pichon en possède un de ce genre : il a 10 pouces 7 lignes de haut et est plein de témoins.
n. La mèine... Poitiers, mêmes imprimeurs, 1562, in-4«», 4 feuillets préliminaires et 294 pages chiffrées, 27 lignes à la page, caractères italiques, à l'exception de la ComjOainU du cerf, qui est en caractères romains, fig. s. bois.
C'est cette édition que Dreux du Radier donnait comme la première. Elle est tout aussi rare , et on ne la trouve pas plus que la précédente dans aucun des catalogues désignés plus haut. Le Mamiél ne cite également pour elle aucun prix de vente. L'exemplaire Huzard <n« 4864, II« part.), relié en v. fauve, n'a été vendu que 55 fr.
* m. Xa même... même lieu, mêmes imprimeurs (sans date), in-ip de 4 feuillets préliminaires et 295 pages chiffrées, signatures A à T iv, cahiers de 8 feuill. sauf T ; 27 lignes à la page , italiques, (cabinet de M. Pichon , très bel exemplaire , 8 pouces 3 lignes de haut, et cabinet de M. Auguste Veinant.)
Indépendamment de la différence du nombre de pages et de l'absence de la date qui distinguent cette édition de la précédente, il existe entre elles quelques autres dissemblances, par exemple : 1» au feuillet * ij , la seconde ligne se compose des mots : € roy et monarqtie de, » dans l'édition sans date ; et dans celle de 1562 , il y a de plus la syllabe c fran; » — S» dans la première des deux , les mots qui commencent la page 2 sont : c un nommé; » la seconde a le mot : c par » de plus ; — 3» les mots : c fay descrit, » sont en lettres rondes dans l'édition sans date, et en lettres italiques dans l'autre.
Cette édition est celle que le Manuel place immédiatement après la première. Nous
(i) y. p. 10 de la Notice qd est an tête de rédition d*Anger$, 1841.
diflërons d*avis, en cette circonstance , avec M. Brunet, et nous la croyons plutôt de 1567 ou de i566. En voici la raison : Enguilbert de Marnefz et les Bouchetz frères imprimèrent en 1567 la Faxiconnerie de Franchières , et ils dédièrent leur œuvre à F. du Fou (1). Or, ils^ commencent Tépitre dédicatoire par ces mots : Après avoir imprimé ces jours pcissés un traité de la Vénerie, etc. Il est clair qu*ils ne veulent parler que de la Vénerie de Du Fouilloux, le seul ouvrage d'ailleurs de ce genre qui soit sorti de leurs presses. Ils ' n'auraient pu s'exprimer ainsi, si le livre auquel ils font allusion avait vu le jour seulement plus d*un an avant le Franchières. On ne saurait en aucune manière appliquer l'expression ces jours passés aux éditions de 1561 et de 1562 de la Vénerie ; par conséquent , il ne s'agit que de celte édition sans date. Pour qu'il en fot autrement, il faudrait produire une édition de 1567 ou de 1566. Kreysig (2), il est vrai, en indique bien une de Poitiers , 1564 ; mais , outre que cette date serait encore trop reculée, il n'est pas prouvé que cette assertion soit exacte. M. Pichon (3) a démontré, il nous semble, d'où peut provenir l'erreur du bibliographe allemand : celui-ci a \ii deux exemplaires de l'édition de 1562 , dans lesquels le 2 de la date avait été remplacé par un 4 habilement fait à la plume. C'est probablement un exemplaire, ainsi falsifié, qui aur^v causé l'illusion de Kreysig. Vend. 59 fr. , Huzard, exempl. lav. rég. v. jasp. , fil. , d. s. tr., et seulement 20 fr. , exempl. v. br. , en décembre * 1818, à la vente de L. (Lambert); mais portée à 89 fr. dans le catalogue du Bulletin du bibliophile, M« série (1843-1844) , n» 584, v. gr. , fil., d. s. tr..
* IV. La Vénerie de laques du Fouilloux , Gentilhomme , Seigneur dudit lieu , pays de Gastine , en Poitou : Dédiée au Roy Tre^Chrestien Chari^s neufiesme de ce nom. Avec plusieurs Receptes et Remèdes pour guérir les Chiens de diuerses maladies. Plvs l'Adolescence de l'Autheur. Âuec Priuilege du Roy. A Poitiers , par les de Mameiz , et Bouchetz > frères, 1568, in-4«, de 4 feuillets prélim. et 205 p. chiffrées, signaturées A à T iiij, toutes de 8feuill., sauf T qui n'en a que 4 ; 27 lignes à la page. (Cabinet de M. Pichon ; Bibliot. de Bordeaux, n<» 4615 du catal. des Se. et Arts, et cabinet de M. Garran de Balzan , à Poitiers.) -
Cette édition , fort rare aussi , est la première en caractères romains , et la plus jolie de toutes , tant à cause de la beauté de son caractère que par la netteté de son impression. C'est en tout un beau livre et l'une des productions qui font le plus d'honneur aux presses de nos célèbres imprimeurs poite>ins, les de Marnefz et les Bouchetz. A ces avantages, elle joint celui d'avoir été faite dans le pays, et du vivant de l'auteur, ce qui doit faire supposer qu'il en a revu les épreuves, et est une garantie pour la fidélité du texte et de* l'orthographe primitive, si mal à propos modifiés dans les éditions de Paris. Elle doit donci être particulièrement recherchée.
Les quatre feuillets préliminaires sont occupés par le titre , la dédicace , l'extrait du pri\11ége et la Table des chapitres. VAdolescence , qui rammence à la page 273, est en lettres italiques, et la Complainte du cerf, qui commence page 291, est en lettres rondes. Les grandes lettres initiales de chaque chapitre sont ornées et sont les mêmes que celles: qui se trouvent dans la Fauconnerie de Franchières, imprimée l'année précédente par les de Marnefz et Bouchetz frères. Cette édition est la dernière donnée par ces premiers éditeurs de
(i) V. p. 10 de U Notice qui est en tète de Tédition de la Vénerie donnée par Lebotsé, à Angera, ^
en 1844. j
(2) Bibliotheca scriptorum venaticorum continens auclores qui de venatione, aylvia, aueupio, piscatura "1 et allia eo spectanlibns eommenUti sunt. Congeasit George Chriatoph Kreysig, Alienburgi, 1750, in-8\ ;j
(3) P. 10 de la Solice qal est en tète de l'édition d'Angers. j
Du Fouilloux. Leur privilège expirait en 1570, et on ne voit pas que, dans les deux années qui leur restaient encore à en jouir , ils en aient fait usage. — Vendue , exemplaire demirel. , 21 fr., Aimé Martin , en 1825 , et 70 fr. , Huzard , rel. en vél. Ce dernier exemplaire est aujourd'hui chez M. Pichon qui l'a fait revêtir d'une magnifique reliure par un de nos plus célèbres bibliopëges.
La première édition en date, après celle-ci, est celle que fit paraître, en 1573, Galliot du Pré, deuxième du nom. En voici la description :
* V. La Vénerie de Jaqves dv Fovillovx gentilhomme seigneur dudit lieu au pais de Gastines en Poictou avec plusieurs receptes et remèdes pour guarir les chiens de diuerses maladies et interprétations des mots, vocables et dictions de vénerie. Plus Fart de chasser aux bestes privées et saunages extrait du liure du Roy Phœbus (Ici est la marqxie de Galliot II du Pré : une gaiUote avec la légende : Fortunam sequimur fugientem et vohimur undis) (1). A Paris, pour Galliot du Pré , libraire juré , rué St-Jacques , à l'enseigne de la Galère d'Or, 1573, in-4f>; 4 feuill. prélim. et 140 pour le texte et la table, n. chiffrés; signatures A et A jusqu'à MM. 4, fig. s. bois. (Cabinet de M. Pichon et Biblioth. de
Grenoble.)
Au verso du titre est la gravure qui représente Du Fouilloux , offrant son livre au Roi. Au-dessus sont ces mots : L'autheiir jn^ésente son livre au roy ; vient ensuite la Table des cJiapitres, qui remplit deux feuillets et le recto du troisième: en tout, 4 feuillets préliminaires.
On trouve, après ces quatre feuillets, un second titre qui ne diflère du premier qu'en ce
qu'il contient de moins les mots : et interprétations Phœbus. Le ve>*50 de ce titi*e est
blanc. Le recto du 2« feuiUët j Ai, contient la dédicace (celle des éditions précédentes), et le verso, le portrait de Charles IX, avec ces vers au-dessous :
Quand la rude saison destoume vostre cours Des plaines et foréU , monts et vaux et rochiers A courre cerfs à force enferrer lee sangliers Fouilloux TOUS représente au nayf le discours. Ou sans peine et danger (Sire) en couverte place Vous prendrez le deduict de la royale chasse.
Cette édition , en lettres rondes , est fort bien exécutée et rare. C'est la première où Ton ait inséré Pextrait du livre du Roi Phébus , contenant les chasses du Dain, de VOun, du Loupf du Bouc (Isart), du Cheureuil, du Connil, du Loutre^ du Regnard et Tessom, délaissées à traiter par nostredit authettr et pany deuant imprimés sous le no^n du roy Phébus, estril dit dans VEpistre aux Princes Seignew^ et Gentils-hommes de Fra^u^e, qui précède cette addition.
Cette Epistre, datée de Paris du 18 juin 1373, n'est, à très-peu de changements près, qu^une copie de la préface du Modus de 1360. On l'a reproduite dans toutes les éditions postérieures. Elle commence 4^ns cette édition au feuillet 118. c Dauantage (dit l'auteur c II la fin) désireux de profiter à nostre nation françoise, et afin d'allicer ceux qui pour la « rudesse qu'il leur a semblé estre es termes et vocables propres en l'ail de vénerie, ie me
(i) Cette marque est bien différente de celle qui a été donnée dans le Manuel^ tome III, p. 175.
38 BIOGRAPfflE.
c suis aduisô d'en faire un petit recueil et les interpréter selon le sens des susdits autheurs c et de Monsieur Budé en sa philologie, et duquel ie fais un présent. »
Ce vocabulaire contient les derniei^s feuillets du volume signatures MM. i , 2, 3 , 4. On Ta toujours inséré depuis, ainsi que Textrait du Roy Phébus, dans les éditions de la Vénerie. On en a fait autant pour l'épllre en vers c Aux Amateurs de Vénerie Gaston de Foix, seigneur du Rtt, donne salut. Elle se trouve ici au feuillet H9 verso.
Les figures de Tédition de Galliot du Pré, et des autres éditeurs qui Font suivi 9 représentent fidèlement, dans leur ensemble, chacun des sujets des éditions des Mamefz. D'imperceptibles diiTérences dans des détails sans importance n'empêchent pas de voir fort clairement que le libraire parisien a fait copier pour son livre les gravures des premiers éditeurs.
L'exemplaire lavé, réglé, veau éc, qui se trouvait chez Huzard, a été adjugé au prix élevé de 150 fr. à M. Pichon, qui l'a depuis enrichi d'une magnifique reliure.
De 1573 à 1585, aucune autre édition. Mais cette année, le ^^^ mars, Âbel l'Angelier et Félix le Manguier obtinrent un privilège pour la publication des livres intittdez la Vénerie de Jaques du Fouilloux et la Fauconnerie de Jean de Franchiers (sic) les susdictz Hures reueuz corrigez et de heaiu:oup augmentez. L'édition qu'ils firent paraître dans la même année ayant servi de type à toutes les éditions postérieures, nous en donnerons une description détaillée. D'abord en voici le titre :
• VL La Vénerie et Favconnerie de Jaqves dv Fovillovx, Jean de Franchières et autres divers autheurs. Reueués, corrigées et augmentées de chasses non encore par cy devant imprimées. Par I. D. S. gentilhomme P. A Paris, Pour Félix le Manguier, ruô neufiie nostre dame, à l'image S^-Jean-Baptiste , mdlxxxv. Avec privilège du Roy, in-4».
Ce volume est divisé en deux parties qui ont chacune un titre particulier et une pagination différente. La première contient, dans les 8 feuillets préliminaires, la Dédicace, l'Êpitre aux lecteurs et la Table; signatures a et €. Le texte de la Vénerie est compris dans les 95 feuillets suivants, numérotés jusqu'à la complainte du cerf inclusivement; signature A — AAïu. Au feuillet 96 est l'Epistre aux princes, seigneurs et gentilshommes de France, de l'édition de 1573. Les feuilles 97 à 109 contiennent les extraits de Phébus, ajoutés pour la première fois en 1573.
Le feuillet 110 porte : Adionctions à la Vénerie de Jacques du Fouilloux contenans plusieurs traictez des chasses du Lottp, du Conil et du Lieure non encor par cydeuant imprimez. Auec plusieurs remèdes ires^'tiles et nécessaires pour la maladie des chiens.
Cette annonce est un peu annonce d'éditeur, c'est-à-dire qu'elle promet un peu plus qu'elle ne donne. Ainsi la chasse du loup n'est autre que celle composée par Jean de Clamorgan, et qui avait été déjà imprimée plusieurs fois. La chasse du conil n'est que le chapitre 40 un peu augmenté , et qui ne contient pourtant qu'une page du livre Vn de la Maison^Ruetique de Charles Estienne et Jean Liébaut. Du lièvre, on ne dit rien. Quant aux Remèdes... extraits du Hure cTun Comte Italien, fort expert en Vart de la Vénerie, ils n'ont rien de nouveau, et sont tout simplement une traduction de Carcano (Tre libri degli uccelli da rapina. Venetia^ Giolito, 1568, petit in-8<»). Tout cela est contenu dans les feuillets 111 à 125 inclusivement. Après un feuillet blanc qui suit, vient le Recueil des titots... en Vart de Vénerie, qui a été pris dans l'édition de Galliot du Pré. Ce recueil contient 4 feuillets qui terminent la première partie du volume.
Immédiatement après vient la deuxième partie, dont nous transcrivons le titre :
La Favconnerie de lean de FVanchieres, grand prievr d'Aqvitaine, avec tovs les autres
autheurs qui se sont peu irùuuer traictans de ce aubiect de nouueau reueué, corrigée et augmentée^ outre les précédentes impressions. A Paris, Pour FéUx le Mangnier, 1685, avec privilège du Roy.
L'avertissement à tous amateurs du passetems et vertueux exerdce de la Fauconnerie, qui commence au feuillet a, ij , n*est autre chose que la dédicace de Tédition de 1567 abrégée.
Cette partie contient 4 feuillets préliminaires, 127 numérotés pour le texte, signât. A à II iy, et cinq pour la table.
Pour qu'un exemplaire soit complet, il faut donc qu'on y trouve les deux ouvrages réunis.
Cette édition de 1S85 a de plus que les suivantes auxquelles elle a servi de modèle : VEpistre des libraires à tous François amatew^ de V exercice de la chasse (feuillets a iij et a iiij). Elle est très-bien imprimée en lettres rondes, et contient 38 lignes à la page.
Le style de Du FouiUoux a été fort légèrement changé dans quelques passages de cette édition. C'est la dédicace toutefois qui a subi les modifications les plus notables, et elles ne sont pas heureuses. Elles ont eu le tort, à notre sens, d'altérer le style simple et concis de l'auteur. On en jugera du reste par la fin de cette dédicace , que nous transcrivons en plaçant le texte modifié en regard du texte primitif.
Edition de 1568, par les de Mamefz et Bouchetz frères.
« ... Et d'autant que des ma ieunesse ie c me suis exercé en celuy art, selon mon c petit pouuoir, ainsi que mes predecesc seurs, ie n'ay voulu estre négligent a c rédiger par escript ce qu'en aurois apprins « par expérience. Et combien qu'il y en ha c en votre Cour qui peuuent mieux le faire c que moy : toutesfois i'ay heu tant de € confiance en vostre humaine Maiesté, que € ie n'ay craint vous présenter ce mien tel « quel labeur , espérant que le receuriez en c gré, comme de celuy qui est vostre très- « humble esclaue et serf. »
Edition de 1585, par Félix le Mangnier.
c ... Et d'autant qu'en iceluy (art) dès ma c ieunesse ie me suis incessamment exercé; € en cela selon ma petite puissance suyuant c le trac de mes prédécesseurs : ie n'ay « voulu estre accuse à bon droit de neglic gence et paresse, à faute de rédiger par c escrit ce que l'expérience a peu iusques à c présent m'en auoir appris. Et combien c que ie n'ignore, que plusieurs bons et c vertueux Gentils-hommes suyuent vostre
< court, qui mieux que moy s'en pourroient c acquiter : toutes fois i'ai eu tant de conc fiance en l'humanité et clémence de vostre c souueraine Maiesté ; que ie n'ay eu ne c honte ne crainte de vous présenter ce mien
< tel quel labeur : espérant que le verriez de « bon œil, et receuriez de bon cœur comme « partant de la main de celuy qui est vostre « três-humble esclaue, et très-obéissant ser* € viteur et subiect. »
Toutes les éditions qui ont suivi ayant été faites sur celle-ci, ainsi que nous venons de le dire, et reproduisant par conséquent les altérations du style, cette circonstance assurera toujours la préférence des amateurs aux éditions de Poitiers » qui , faites dans le pays de Tauteur, et probablement sous ses yeux, ont le mérite de donner l'ouvi-age dans sa pureté primitive.
Nous ferons encore une remarque sur cette édition en faveur de ceux qui en trouveraient des exemplaires sans titre : outre les différences qui existent entre elle et les suivantes, on la reconnaîtra au feuillet 21, où les mots : Tay descrit, etc., renfermés dans un cadre , sont en caractères de Civilité.
j 40 BIOGRAPHIE.
|| Moins rare que les éditions de Poitiers et que celle même de Galliot du Pré , elle est
cependant fort recherchée, à cause de Tavantage des augmentations qu'elle renfenne» et parce que le tirage des gravures est meilleur que celui des éditions postérieures. — Vendue 53 fr., bas., Huzard, et donnée pour 5 liv. 19 sous, en 4770, chez le duc de Chaulnes, avec un exemplaire du Miroir de Fauconnerie, de Pierre Harmont; 5 liv. 42 s., v. fauve, chez Gaignat.
Les exemplaires qui portent au titre le nom d'Abd FAngelier, au lieu de celui de Félix le Manguier, n'oCfrent pas d'autres différences. — Vend. 67 fr., v. br., Huzard; 410 fr. Kodier, en 4844, bel esempl. mar. bl. {Bauzonnet); et 44 fr. seulement, dem. rel. v., vente Gorlay, mai 4852.
Les lettres initiales J. D. S. gentilhomme P., qu'on lit au titre de cette édition, n'ont point encore été expliquées. Elles signifient certainement Jean de Sansicquet, gentilhomme POITEVIN. Jean de Sansicquet, seigneur de Denans et d'Escoué, en bas Poitou, ami et parent de J. du Fouilloux, était fort instruit; il se trouvait à Paris justement l'année ' même que parut, chez Félix le Manguier, la réimpression du livre de son ami défunt (4). Toutes ces circonstances réunies ne permettent pas de douter que Jean de Sansicquet ne soit bien réellement le gentilhomme qui donna ses soins à l'édition de la Vénerie que nous venons de décrire.
• Vn. La Vénerie de laqves dv Fo>"illovx seignevr dvdit liev, Gentil-homme dv pays de Gastine en Poictou, par luy jadis dediee av Tres-chrestien Roy Charles nevfiesme, et de nouueau reueuê, et augmentée, outre les précédentes impressions. A Paris, chez Abel l'Angeliei', au premier pillier de la grand Salle du Palais, m. nci. in-4», fig. sur bois.
..Les trois seuls exemplaires que nous ayons vus de cette édition avaient le titre rouge et noir. Nous ignorons s'il en est de même pour tous. Les mots que nous avons transcrits en italiques, sont ceux en rouge. Belle édition, peu commune et qui a été faite, ainsi que les autres qui contiennent le Franchiëres, sur celle de 4585. Gomme dans celle-ci , la Vénerie et la Fauconnerie ont chacune leur pagination et un titre particulier. Le Franchières porte i la date de 4602, et le titre est également rouge et noir. Cette différence de date pour les
t| deux omTages est une singularité qui se reproduit dans toutes les éditions qui suivent, si
ce n'est dans celles de 4624 et de 4628. Et ce qui prouve qu'il n'y a rien de fortuit en cela, c'est que les exemplaires, même de première reliure, tels que celui que nous avons présentement sous les yeux, n'en sont pas exempts. — Vendu chez Huzard, 60 fr., exempl. v. fauve {armoiries); et adjugé à 44 liv. seulement çn 4750, catalogue Gersaint, bel exempl. mar. vert.
VnL La même... Paris, 4604, .in-4^.
Kreysig cite cette édition, que nous ne connaissons point. Si ce bibliographe ne s'est pas trompé, elle doit être fort rare, car nous n'avons pu la rencontrer dans 400 catalogues au moins que nous avons consultés. La Fauconnerie de Franchiëres s'y trouverait également jointe.
La Notice de l'édition de Lebossé enregistre en trois mots la suivante :
(i) V. dans le Cabinet de Michel Tiraqueau, sénéchal de Fontenoy, par Benjamin FUUm (Fontenay, 4848, in-S», pag. 49), une Note sur Jean de Sansicquet, où se trouve eonsignée, par 11. Fillon, cette importante découverte qu'il n'osait avancer que sous forme dubitative , mais que nous regardons toot-à-fkit comme certaine.