CHAPITRE XXIL
^ ES vieux Cerfs ont communément les cognoissances qui s*ensuiuent. Premieremeni, ) il fout regarder à la sole du pied » qui doit estre grande et large. Et notez que s'il y \ a deux Cerfs ensemble , dont rvn ait le pied long , et Tautre rond , et que les signes ' et iugements de tous deux soient de mesme grosseur et grandeur , si est-ce que le pied long se doit tousiours iuger plus Cerf que le pied rond : car il n'y a point de faute que le corsage n'en soit plus grand que de l'autre. Plus, faut regarder au talon, lequel doit estre gros et large: et la petite comblette ou fente qui est par le milieu d*iceluy, qui fait la séparation des deux costez, doit estre large et ouueile: la iambe large, les os gros, courts, et non tranchans, la pièce ronde et grosse. Communément les grands vieux cerfs sont bas ioinctez, et ne se fauxmarchent iamais : parce que les nerfs qui tiennent les ioinctui-es des ongles sont renforcez, et tiennent coup à la pesanteur du corps : ce que ne font pas aux ieunes cerfs, car les ioinctiu^ et nerls qui tiennent leurs ongles sont foibles, n'estans encores en leur force, et ne peuuent supporter la pesanteur du corps : tellement qu'il faut que Tongle \'arie et faux-marche. A cette cause ils se doiuent iuger ieunes cerfs. Plus, les vieux cerfs en leurs alleui-es ne passent iamais le pied de derrière ou celuy de douant, mais demeure après de quatre doigts pour le moins : ce que ne font pas les ieunes cerfs, car en leui*s alleures le pied de den*iere outre-passe celuy de deuant, comme fait vne Mule qui va Ïambe.
Cerfs ayans le pied creux, pourueu que tous autres bons signes y soyent, se peuuent iuger vieux cerfs. Ceux qui ont haut et mol pas, en lieu où il n\ ait gueres de pieri-es, se iugent par k\ estre bien vigoureux, n'ayans gueres esté chassez ne couiiis. Et si faut icy entendre, qu'il y a grande différence entre les cognoissances du pied des biches, et du pied des cerfs. Toutesfois, «juand les biches sont pleines, un ieune Veneur s*y pourroit bien tromper, parce qu'elles
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uuiirenl les ongles à cau?e de liMir pesanteur comme fait vn cerf: mais si est-ce que Ic5 cognoissauces en sont bien api»:n'entes : car si vous regardez le talon d'vnc biche, vons limmerez qu'il n'est si ieunc cerf, portant la seconde teste, qui ne Tait plus gros et plus large qu'elle n'a pas , el les os plus gros. Aussi les biches ont communément le pied long, estroit et creux, auec des
os tranchants. Autrement vous pourrez iuger les biches au viandis, parce qu*elles viandent gourmandément, coupant le bois rond comme fait vn bœuf: et au contraire, le cerf de dix cors le prend délicatement, en Teruçant pour en auoir la liqueur la plus douce et tendre qu'il peut.
Il faut que le Veneur entende icy ^*n secret : c'est que quand il sera aux bois, et qu'il viendra a rencontrer vn cerf, premièrement doit regarder quel pied c'est, s'il est vsé ou trenchant: après faut qu'il regarde le pays de la forestlàoù il sera : car il pourra présumer en luy-mesme, si c'est à l'occasion du pays ou autrement : parce que communément les cerfs nourris aux montaignes et pays pien'cux, ont les pinces et les tranchans, ou costez du pied fort vsez. La raison est, qu'en montant sur les montaignes ou rochers, ils n'appuyent que de la pince, ou des costez du pied , et non du talon : lesquelles pinces les rochers et pierres vsent incessamment : et par ainsi se pourroyent parauenture iuger plus vieux cerfs qu'ils ne seroient. Les cerfs font au contraire en pays sablonneux : car ils s'appuyent plus du talon que des pinces: la raison est, qu*en s'appuyant du pied sur le sable , il fuit et coule de dessous la pince , a cause de la pesanteur :
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car l'ongle qui est dur le fait glisser, et alors le cerf est contraint de se supporter et appuyer sur le talon, qui est aucunefois Toccasion de le faire croistre et eslargir. Tous ces signes sont les Yrays iugements et cognoissances que le Veneur doit scauoir et entendre du pied du cerf.
Feusse bien déclare aux apprentifs que c'est que de la pince, des os, et auti*es choses, mais ie voy qu'auioud*huy il en y a tant qui Tentendent, que ie m\'ii tais à cause de bréueté.