CHAPITRE UX
^^^^Ç%f E Vt»neur doit regarder le soir auant en quel pays les cerfs releuent: et si jc'est dedans les tailles, il faut qu'il regarde par quel lieu il pourra venir le [lendemain à bon vent : et aussi qu'il choisisse quelque bel arbre sur le bord ^de la taille, de laquelle il pourra voir à son aise toutes les bestes qui seront r dedans.
Le lendemain se doit leuer deux heures auant le iour, et aller au bois : puis quand il sera arriué prés les demeures, faut qu'il laisse son chien en vne maison, ou bien s'il a vn garçon auec luy, il luy pourra donner à garder, le faisant demeurer en quelque lieu où il le pourra trouuer s'il en a affaire. Alors s'en doit aller à son arbre qu'il aura remarqué le soir auant, et monter dedans, regardant en la taille : et s'il veoit quelque cerf qui luy plaise, faut qu'il regarde quelle teste il porte, et ne doit bouger de là iusques à ce qu'il le voye rembuscher au fort Puis quand il verra qu'il sera au couuert , faut bien qu'il regarde l'endroit et le lieu par où il entre, et le remarquera à quelque petit arbre ou autre chose qu'il pourra veoir. Ce fait il descendra secrettement de son arbre, et s'en ira quérir son chien. Mais faut qu'il note vn secret, c'est qu'il ne doit aller destoumer le Cerf d'vne bonne heure après qu'il l'aura veu, parce qu'aucunesfois les Cerfs font leur ressuy au bord du fort, ou bien ressortent dedans la taille pour escouier s'ils oiront ou verront rien qui leur nuise , comme i'ay dit cy deuant : qui est la raison pourquoy le veneur n'y doit aller si soudain. Et si d'auanture, en faisant son enceinte, il oyoit les Pies ou Geays caqueter, il faut qu*il se retire : car ce seroit signe que le cerf seroit encores debout.
rr
lACQVES DV FOVILLOVX. 2*
H pourra retourner enuiron demye heure api*es faire son enceinte. Estant bien destourné, s'en ira u rassemblée faire son rapport, et deschiiTrer la test^ ilu cerf (\\i\\ nnra veu, et tous autre»
bons signes qui y pourront eslre : cl si de fortune il leue les fumées, les doit meUi-e en ssi trompe et les y porter.
COMME LE VEyElJH DOIT ALLEU £.V QUESTE aux petites couronnes des tailles (lejiroLees, *j»ii sont par le milieu des forts.
CHAPITHE AAA7.
IIEN souuent les cerfs malicieux, qui ont auti*esfois esté counis et chassez, S4» I recèlent longuement sur eux , sans ^orlir de leur fort : et font leur \iandis en ^quelques petites tailles et couppos d»»5robees qui sont parle milieu des forts: ' et le font plus communément on May et luin qu'on autre saison, parce qu'en * ces mois ils ne vont gueros à Teau . » t se contentent de l'humidité et substance f Ac la gette, et de Tesgail qui est «îossus, lesquels leur donnent suflisance. Mais en luillet et Aoust que le bois durcit, et que les chaleurs sont véhémentes, il faut quVi
VENERIE PAR
riifure ils se décèlent de leur fort pour aller à Tcau. Toutesfois, en quelque saison que ce soit, ils ne se peuuent receler plus haut que quatre ioiirs , sans sortir hors du buisson , pour beaucoup déraisons : dont Tvneest , qu'ils veulent aller voir là où demeurent les autres bestcs, ausquellc3 ils esj>erent leur sauuegarde, afin que s'ils se voyoient counis des chiens, de les donner e^ change, ou bien sortent pour aller aux gaignages : toute-fois quand ils sortent, ils se reliren: en leur fort deux ou trois heures auant iour.
A tels cerfs malicieux il faut que le veneur en vse en cette sorte. Premièrement, quand il sera au bois en quelque beau buisson ou fort , au bout d*vne forest, et qu*il vient à rencontre d*vn cerf de vieux temps, comme d*vn ou deux iours, et que le pays fût fort rompu de ses vieilles erres, lors doit prendre ses deuants de tous costez, et si d*auenture il ne le trouuoit point enallé, ne sorti de bonne de vieux temps, il doit présumer en luy-mesme qu'il ne s'en va point, et qu'il se recelé sur luy dedans le fort. Alors doit aller prendre le dessoubs du vent, et entrer dedans le fort, tenant son chien de court en broissant le plus secrettement qu'il pourra. Et s'il voit (jne son chien ayt le vent de quelque chose, et qu*à voir sa contenance il fiist près du cerf, il se doit retirer arrière, de peur de le lancer, et aller entrer par quelque autre endroit là où le bois scroit plus clair. Puis s'il arrive à trouuer quelques petites couronnes ou tailles dérobées
Kl
lACQVES DV POYILLOVX. 25
là ou le Gerf auroit faict la nuit, Q en poarra reuoir à son aise, et leuer ses fumées. Mab faut icj noter vne chose, c*est qu'il ne doit pas aller en tels lieux qu*il ne soit pour le moins neuf heures du matin , pource que tds Cerfs font aucunefois leur ressuy dedans ces petites tailles pour auoir la chaleur du Soleil ; puis quand il vient sur les neuf heures , ik se retirent à Fombre pour deux raisons principales : dont l'vne est, pour la crainte des mouches et tahons , qui les tourmenteroient, s'ils estoient au descouuert : l'autre, pour la véhémente chaleur du Soleil, qui seroit sur le Midy.
Et faut bien que le veneur se prenne garde d'entrer guère auant dedans le fort , parce qi^e teb cerfs demeurent aucunefois à la longueur du traict de ces petites tailles desrobees , d'autant qu'ils n'y ont point de crainte ne d'ennuy : mais leur suffit seulement d'estre au couuert, et aussi qu'ils se relouent en tdies taillies dés cinq heures du soir. A cette cause doit suffire au veneur d'auoir reueu par pied, et leué les fumées du cerf, puis se retirer le plus secrettement qu'il pourra sans s'amuser à regarder les portées, tenant son chien entre ses bras. Et quand il sera assez loing de là , doit contrefaire le berger, ou bien sonner de quelque flageau, de peur que le cerf ait eu le vent de luy, et qu'il se soit lancé : car en iofiant des instrumens et chantant, il se pourroit r'asseurer. Apres pourra arrester demie heure ou plus en quelque lieu pour le laisser asseurer, puis refera son enceincte. Et si d'auenture il ne pouuoit leuer les fumées, et que le pays fiist si feutré d'herbe qu'il n'en peust reuoir par pied à son aise , lors doit mettre le genoil en terre ayant son chien derrière luy, regardant aux foulées des fueilles et de l'herbe si elles sont bien estraintes, mettant sa main dedans la forme du pied : et s'il voit qu'elle ait quatre pieds de largeur, il le peut iuger cerf de dix cors par les foulées : mais s'elle n'auoit que trois doigts de largeur, il le doit iuger ieune cerf.