‹ La vénerieChapitre 38 sur 138 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

>XO>'TINENT après soupper le Veneur doit aller à la chambre de son maistre, et 8*il est au Roy, Tant qu*il aille à la chambre du Lieutenant de la Vénerie, pour s^oir .|.en quel lieu on départ les questes, afin de demander la sienne. Ce fait s*en doit aller ^coucher pour se leuer matin, selon la saison et temps qu'il Tera, et le lieu où il voudra aller aux bois. Puis quand il sera prest, faut qu*il boiue le coup, et aille quérir son chien pour le faire de^sieuner , et n'oublier à emplir sa bouteille de bon vin. Cela fait, il prendra du vin-aigre dedans le creux de sa main, et le mettra aux nazeaux de son chien pour les luy destouper, afin qu'il ait meilleur sentiment. Aloi*s s'en ii*a aux bois : et si d'auenture il trouue on allant (juelque Lieure , Perdrix, ou autre oyseau ou besle couarde, viuant du grat et pasture, r/est mauuais présage pour luy : mais s'il rencontre quelque besle ou oyseau magiques , viuant de chair, comme Loups, Renards, Corbeaux, et leurs semblables, c*est foitbon augure pour

lAGQVES DV FOVILLOVX. 23

luy. Faut bien qu'il se garde d*arriuer trop matin aux tailles et gettes, là où il pensera que les cerls relouent et fassent leurs viandis : cai* les cerfs de repos font volontiers leur ressuy dedans la taille : et encores qu'ils soient retirez en leurs forts, s'ils sont cerfs malicieux, ils retournent aucunefois au bord de la taille, pour voir s'ils oirront ou verront rien qui leur puisse nuire. Et si de fortune ils auoient le vent du veneur, et de son limier, ils se pourroient desbusclier de leurs demeures, et aller en d'autres, principalement à la haute saison. Lorsque le veneur verra qu'il sera heure de se mettre en queste, il faut qu'il mette son chien deuant luy, et prenne le deuant des taille ou des forts. Et s'il vient à rencontre d'vn cerf qui luy plaise, il doit bien regarder s'il va de bon temps, ou non : et le pourra cognoistre , tant à la façon de faire de son chien, qu'à son œil : car en regardant les routes ou voyes par où le cerf passe, il veiTa souuentesfois l'egail abbatu^ ou les foulées fraiches , ou bien la terre en la forme du pied cnleuee de frais, et autres iugemens, par lesquels pourra cognoistre que le cerf va de bon temps. Et ne faut pas qu'il s'arreste à vn tas de resueurs , qui disent que quand on trouue des arantelles dedans la forme du pied du cerf, que c'est signe qu'il va de hautes erres. Telle manière de gens y seroientsouuentefois trompez : car incessamment les arantelles tombent du ciel , et ne sont point filées des areignees : ce que i'ay veu par expérience iVxn cerf qui passoit à cent pas près de moy, là oii i'allay soudainement voir, ie ne sçeujamais estre à temps que les fdandres ou arantelles ne fussent tombées dedans la forme du pied. Il y a encores vue autre chose là oii ils s'amusent , qui me semble estre de peu de valeur : c'est que quand ils voient l'eau claire dedans le pied es lieux mois là où le cerf aura passé, ils disent estre signe qu'il va aussi de hautes en*es, sans auoir esgard si les terres sont abreuuees d'eau ou non. Si est-ce qu'ils peuuent bien penser que si elles sont abreuuees, les petites sources qui passent par les veines et conduits d'icelle terre, remplissent d'eau la forme du pied et l'esclaircissent souilainement : qui sont les causes pourquoy le veneur y doit bien regarder, et ne s'amuser du tout à son chien : car il } en a qui trompent souuent leurs maistres, et principalement les chiens de haut nez : lesquels ne valent gueres pour le matin à cause de l'esgail, et à telle heure tirent fort laschement, faisant pou de conte des voyes comme si vn cerf alloit deuant eux de hautes erres : mais quand le Soleil a donné dessus, et qu'il a attiré le sentiment de la terre, l'esgail estant tombé, à l'heure ils ont bon nez et font bien leur deuoir.

Pour reuenir donc à nostre premier propos : Si le veneur rencontre vn cerf qui luy plaise allant de bon temps deuant luy, et que son chien le désire bien, il le doit tenir de court de peur qu'il caquette, et aussi qu'vn chien suit mieux au matin, estant tenu de court qu'autrement : combien qu'il y a des veneurs qui leur donnent la longueur du traict , ce qu'ils ne doiuent faire. Apres qu'il aura reueu quel cerf c'est , et quelles cognoissances il a, faut qu'il le rende au couuert» et le rembusche s'il peut, en reuoyant toutes les cognoissances tant du pied que des portées et foulées. Ce fait, faut qu'il iette ses brisées, l'ine haute, et Tautre basse, comme l'art le requiert, et tout soudain, tandis que son chien est cschauiïé, il doit prendre ses deuans, et faire ses enceinctes deux ou trois fois : Vyne par les grands chemins et voyes, afin de l'ayder de son œil , l'autre par le couuert, de peur que son chien sur-aille : car il aura tousiours meilleur sentiment par le couuert que par les voyes et chemins. Et s'il ne trouuoit le cerf sort}' de son enceincte, et qu'il mescree auoir bien destoumé, il s'en doit aller à sa brise et prendre le contrepied pour leuer les fumées tant du releué du soir que du matin , en regai*dant le lieu où il a fait son viandis, et de quoy : aussi pour voir ses ruses et malices, car par ses ruses le veneur pouira cognoistre ce qu'il fera estant devant les chiens : parce que si au matin il fait ses ruses en Teau, ou bien dedans les chemins, quand il sera laissé courre deuant les chiens, toutes les ruses qu'il fera seront en mesmes lieux , et semblables à celles qu'il aura faites le matin. Et par là le veneur pourra garder l'auantage des chiens et des piqueurs. Que si d'auentui-e le veneur trouuoit deux

F iij

VENERIE PAR

ou trois enti-ees, et autant de sorties, il doit bien regarder laquelle entrée remporte allant de nicilleiu* temps , et si les sorties no sont point de la nuict : parce qu'vn cerf sort et entre plusieurs fois la nuict dedans son fort : ou i>ien si cVst vn cerf malicieux il pourra faire de grandes ruses, allant et reuenant sur luy plusieurs fois; lors si le veneur ne pouuoit venir à bout de toutes ses soiiies et entrées, ne scachant laquelle de toutes le pourroit emporter, il faut qu*à Theure il prenne ses cernes et enceintes plus grandes, et enfermer dedans toutes ses ruses, entrées, sorties. Puis quand il verra que le tout demeure en son enceincte , excepté seulement vne entrée par laquelle il pourroit eslre venu des tailles ou gaignages, à l'heure faut qu'il mette son chien dessus, et le fasse, s'il est possiM»?, faulser iusques au fort: car il faut présumer que ces voyes l'emportent. Et en cette manière se doiuent destourner les cei-fs , non pas comme font les veneurs du iourd'huy: car depuis qu'ils voyent qu'ils ne peuuent venir à bout d'^Ti cerf, ils se mettent à fouler les forts pour le lancer, «lui est souuentesfois cause qu'ils ne trouuent rien en leurs enceinctes. Il y en a quelques vn> qui se fient en leurs chiens, et quand ils rencontrent vn cerf, ils le brisent seulement à Tentree du fort, et s'en vont au dessous du vent : et si leurs chiens en veulent au vent, ils ne font point dVnceincte, mais se contentent de cela. Telles sortes de gens se fient plus en leurs chiens qu*en leur œil: et me semble qu'vn bon veneurne doitiamais faire cas d'vn chien qui en désire au vent, parce qu'il ne met iamais le nez à terre, qui est cause qu'il trompe bien souuent son maistre.

COMME LE VEyEVR DOIT ALLER EN QUESTE

aux tailles ou gaignages, pour voir le Cerf à veuë.

Page 1