CHAPITRE Lnn
!L faut entendre qu'on ne doit iamais assaillir vn ieune Sanglier en son tiers Lan, pour le prendre à force : car il courra plus longuement qu'vn Cerf ne I portant que six cornettes. Hais quand il a son quart an, il se peut prendre à i force, tout ainsi qu'vn Cerf de dix cors, toutesfois qu'il court plus longue- \ ment. Dont si le Veneur destoume au matin vn Sanglier en son quart an, il ^?S'doit regarder s'il s'est retiré de bonne heure au fort : car communément Sangliers qui attendent le iour ù leuer pour se retirer en leur fort, suiuans longuement les routes et chemins, principalement en pays où il y a de la nouzielle, et de la faine, de quoy ils font leurs mangeures , sont volontiers meurtriers de chiens, et hardis. De telles bestes le Veneur ne doit point craindre d'approcher, les destourner le plus court qu'il pourra : car ils ne s'en cuideront pas aller pour luy : mais s'il reuoit d'vn Sanglier qui se souille souuent, et qu'il fasse vn boutis en vn endroit, puis à vn iet d'arbalestre vn autre, tirant pays sans s'arrester, c'est signe que c'est vne beste effrayée , qui s'en va en quelque lieu demeurer. Tels Sangliers qui sont ainsi effrayez, se retirent communément deux ou trois heures auant iour en leur fort. Et faut bien que le Veneur se donne garde d'approcher d'eux , car s'ils prenoient le vent de luy et de son chien , ils s'en iroient, et ne cuideroit iamais rapprocher.
Quand \n Sanglier veut demeurer en vn foi*t, il fait tousiours à l'entrée d'iceluy sa ruse, en quelque route ou chemin, puis entre dedans son fort pour se mettre à la bauge : et par ainsi le Veneur estant au matin au bois, pourra iuger de la malice des Sangliers, et selon ce qu'il verra, dressera sa meute de chiens au laissez-courre : car à vn grand Sanglier malicieux et de repos , il le faut charger de chiens d'arriuee, et que les piqueure soient tousiours meslez parmy eux, en le pressant le plus fort qu*iU [courront, pour luy ester le cœur : d'autant que s'il ne luy donnoient que huict ou dix chiens, il n'en feroit cas, et quand ils l'auroient vn peu eschauffé, il reprendroit son cœur, et ne feroit que tenir les abbois, en coun^nt sus à tout ce qu'il verroit deuant luy. Mais quand il se voit chargé de chiens et de piqueurs d'arriuee, qui le présent vn petit, il s'estonne, et perd le cœur, alors est contraint de fuir et dresser pays.
Il faut mettre des relais, mais ce doiuent estre des plus vieux et sages chiens des meutes : d'autant que si onmettoit les ieunes chiens vistes et vigoureux aux relais, alors que le Sanglier
lACQVES DV FOVILLOVX.
auroil accourcy ses fuites, il les pourroit tuer en telle furie. Mais si c'cstoit quelque Sanglier fuyai-d, qui eust accoustunié de prendre les campagnes, et tirer pays, on ne luy doit donner
que huict ou dix chiens de meute, et mettre les autres au relais, à Tcntree du pays où il voudra idier, car teb Sanglier ne cuident pas tenir les abbois qu*ils ne soient forcez : et quand ils les tiennent, les piqueurs y doiuent aller le plus secrettement qu'ils pourront sans mener bmit : et puis quand ils seront auprès du lieu ou sera le Sanglier, ils se doiuent escarter tous au tour du lieu où il est, allans d'vne course droit à luy, cl n'est possible qu'ils ne luy donnent ^ti coup d'espée. Et ne faut pas qu'ils tiennent la main basse, car ils donneroient dedans la hure, mais faut qu'ils leuent la main haute, et qu'ils donnent les coups d'espée en plongeant, se donnant garde le piqueur de donner au Sanglier du costé de son chenal, mais de l'autre costé : car du costé que le Sanglier se sent blessé, il tourne incontinent la hure, qui seroit cause dequoy il tueroit ou blesseroit son chenal.
Que s'il est en pays de plaine, il doit metti-e vn manteau deuant les iambes de son chenal : puis doit tuer le Sanglier à passades sans s'arrester.
C'est vne chose certaine que si on met des colliers chargez de sonnettes au col des chiens courants, alors qu1l courent le Sanglier, il ne les tui* pas si tost, mais il s'en fuira deuant eux, sans tenir les abbois.
Fin de la chasse du Sai\glier.
M iij
VENERIE PAR
La chasse du Lîeure,
LiEVEE ie suis de petite stature.
Donnant plaisir aux nobles et gentils : D'estre léger et viste de nature.
Sur toute beste on me donne le pris.
DE LA PROPRIÉTÉ DU LIEVRE, Et pour eognaistre le moile fmiec la femelle.