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CHAPITRE LV

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E commenceray aux vertus et proprietez do Lieure, lesquelles soDt grandes : selon la stature de la beste.

Premièrement, le sang du lieure est grandement desûcatif : si

vous rappliquez sur quelque rongne ou dartre, il la dessèche et

guarist. Le Lieure a un petit os dedans la iointure des ïambes,

lequel est souuerainement bon pour la colique passion. Sa peau bruslëe et mise

en poudre, est vn souuerain remède pour arrester le sang d'vne playe, en

l'appliquant dessus.

Le Lieure nous a monstre l'herbe de la Cicoree sauuage, laquelle est fort ' bonne aux melancholiques : pourtant qu'il est l'animal le plus triste et melancholique que nul autre et pour se guarir de sa tristesse, s'en va gister volontiers dessous icelle gerbe, laquelle les anciens ont nommée Palatiîim Leporis, dict Palus du Lieure.

Le Lieure de sa natnre , cognoist de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures la mutation an temps. Quand il va au giste , il ne veut point que l'ésgail ny l'eau luy touchent , à cette cause il soit les grands chemins et voyes. Et bien souuent la femelle fait de petits sentiers, en couppant 1110^)6 et petites branches auec les dents. Et pour autant qu'il y en a quelques vus qui sont ladres, qui suiuent les eaux, ceux-là ne font point de sentiers , et ne suiuent gueres les chemins , mais font leurs ruses dedans les eaux. Et deuez s^oir qu'on ne trouue gueres de femelles ladresses , comme on fait des masles : à cette cause le piqueur pourra iuger quel Lieure c'est, où il sera gisté en voyant sa nuict.

Les Lieures vont au Rut communément ea lanuier, Feurier, et Mars , allans chercher les femelles, iusques à sept ou huict lieuës loing d'où ib sont nez, suiuants les grands chemins , comme ie declareray çy-apres.

Le masle attend mieux les chiens et de plus près au giste que ne fait pas la femelle, à cause qu'il se sent plus viste , le corps plus dispos et hardy.

Si au partir du giste le Lieure leue les oreilles , ne fuyant point de puissance , et qu'il retrousse b queue sur l'eschine, c'est signe d'un fort et malicieux Lieure. Combien quePhebus die qu'il n'y a point de iugement entre le masle et la femelle des Lieures : si estsre que ie luy prooueray le contraire : car le masle a communément son repaire ou ses crottes plus petites , plus sèches , et plus aiguillonnées au bout, que non pas la femelle , laquelle les fait grosses, rondes , et non si sèches que le masle. La raison est , que la femelle ne fait pas tant de pays la nuict, et aussi qu'elle est beaucoup plus grande : qui est la cause qu'elle iette ses crottes plus grosses. Par autre moyen cognoistrez le masle aux chiens, en deffaisant sa nuict: car il bat plus les grands chemins et carrefours , prenant plus grand pays en lieux découuerts , que la femelle , et fait ses ruses plus soties , et de plus grand espace , la femelle les fait plus courtes , et par lieux plus couuerts , en toumoiant comme un Connil autour des brosses. Et si la femelle va faire sa nuict dedans les bleds verds , eDe ne trauerse gueres les sellions, mais les suit de long, et s'arreste aux plus fortes brosses du bled pour viander : ne luy suffit pas d'en manger son saoul : car elle le couppe , et laitte dedans les sellions.

VENERIE PAR

Plus , on cognoist le masle en le voiant partir du giste , parce qu*il a le derrière tout blanchastre, comme s'il auait esté plumé. Ou bien le cognoistrez par les espaules, lesquelles sont communément rouges, aiant parmy quelques poils longs.

Semblablement le cognoistrez à la teste , laquelle il a plus courte et plus ioiTuë que la femelle» le poil et la barbe des iouës longs , et volontiers les oreilles courtes , larges, et blanchastres , qui est au contraire de la femelle : car elle a la teste longue et estroite , et les oreilles grandes , le poil do dessus Teschine d*vn gris tirant sur le noir. Et volontiers quand les chiens chassent la femelle, elle ne fait que tournoier autour de son pays, passant sept ou huict fois par \n mesme lieu , sans se vouloir iamais forpaisser. Le masle fait le contraire : car si les chiens le chassent , et qu'il y ait fait deux tours autour de son giste , alors il prend congé de sa meute , et s'en va aucunesfois trois ou quatre lieues loing sans s'arrestcr , en quelque pays où il aura esté autrefois, duquel il il pourroit estre venu : car les Lieures vont aux passages à sept ou huict lieues loing, et les pourrez cognoisti*e en cette manière.

Quand vous verrez que vos chiens trouueront la nuict d'un Lieure dedans les carrefours ou chemins , et qu'il aura fort rusé sur quelques petits cousteaux secs , sans auoir gueres fait de pays , ne s'estre pourmené dedans les bleds , c'est signe que c'est vn Lieure qui n'est que venu, lequel se sera arresté au plus haut lieu , pour regarder le pays et le lieu oii il ira faire son giste, et pour se sauuer , si les chiens ou auti*es choses le rencontroient.

Vous le pourrez cognoUtre en cette sorte.

Communément les Lieures de passage, font leur giste au couuert par autant qu'ils sont en doute et crainte : et quand les chiens les trouuent, ils font les rompus , se faisans relancer deux ou trois fois : parce qu'il leur fasche de sortir du fort, ne scachant le pays : mais alors qu'ils voyent qiîeles chiens les pressent, ils prennent les chemins par où ils sont venus, et s'en retournent en leur pays. Par ainsi , si vn Lieure se fait relancer deux ou trois fois auprès de son giste , c*est signe que c'est vn Lieure de passage , qui pourra amener les chiens bien loing.

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