CHAPITRE LXin
îL faut icy entendre, que premier que lascher les Bassets , on doit regarder Lies terres quelles elles sont, et le lieu où elles sont situées, et là où sont les I acculs, car autrement on feroit tout au rebours de la chasse , dautant que si Iles terres estoient en pante de coustaux, il est requis de mettre les Bassets Ipar les dessouS deuers la vallée, afin d'acculer les Tessons sur le haut du fcostau, là les terres ne sont pas si profondes, pour les bescher plus ais^ ment. Autrement si les terres estoient en vue motte, et qu'elles fussent toutes rondes, la motte estant assise en lieu plat il faut mettre les Bassets aux pertuis qui sont les plus hauts, sur la sommité de la motte. Hais premier que de les lascher en telles terres, on doit frapper vingt ou trente coups de la teste des pietés sur le haut des terres, afin de faire desloger les Tessons du milieu d'icelles, pour les faire descendre aux acculs, qui sont au bas de la motte. On doit
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toosioors lascher à l'entrée àmn ou trois Bassets, afin qu*en leur fureur ils puissent d*esbranler et départir les Tessons, qui seront ensemble, et les chasser aux acculs : Ils ont \ne malice de se^ &ire abbayer aux carrefours, et tiennent fort en tels lieux contre les Bassets. A l'heure qu'oa Toit qu'ils sont aux abbois en tels endroits, il est requis frapper deux ou trois coups de pieté» et s'ils ne veulent desloger pour telle chose, il faut soudainement mettre la terriere ronde pour ks dëcouurir. Et alors qu'on verra qu'ils seront a Taccul, on ne doit pas percer au droit d'eux, mais faut percer au droit de la voix du Basset, pour autant que si on perçoit droit sur eux, ils retoumeroient dedans les grandes terres, et forceroient le Basset, à cette cause, il faut percer comme i'ay dit, au droit de la voix du Basset auec la terriere ronde, car elle enleue la terre sans qu'elle tombe dedans : puis soudainement mettre la tarière platte dedans le pertuis du nmd, afin qu'il ferme la mère tout au trauers, de peur que le Tesson reculast sur le chien. Et s'il est possible d'enfermer le chien par le derrière de la tarière, il seroit fort bon, car si c'estoit par le douant, les Tessons le pourroient battre et rudoier : parce qu'aucunesfois il s'en trouue en vn accul six ou sept, qui pourroient battre et rebuter le chien. Quand la mère est fermée de la tarière platte, il faut faire soudainement la tranchée auec les pietés et paelles, afin d'auoir espace pour ranger vn homme dedans : et à Theure laisser entrer les Bassets en la tranchée , et les faire abbayer en ce lieu là, où on voit batailles et assaux de toutes façons. H se ftttt donner garde que les Tessons ne se couurent de terre, ce qu'ils font volontiers quand ils sont acculez, tellement que les Bassets sont aucunesfois dessus, et ne sçaoent où ils sont allez. Puis quand on a découuert leur casemate et fort, il faut auoir les tenailles pour les arracher : mais il y a mystère à les prendre, parce que si on ne les prent qu'au corps, ils mordent et blessent les chiens quand on les tire dehors, toutefois on les peut prendre en cette sorte : H faut ouurir les tenailles, et leur en mettre la moitié en la gueule, l'autre moitié par le dessous de la machoûere, puis serrer les tenailles, et vous le tiendrez par les maschoûeres de dessous : car si vous le preniez par la maschoûere de dessus du costé du nez, il mourroit soudainement. Et alors que le tiendrez auec les tenailles , il le faut tirer et mettre dedans le sac, puis le porter en quelque cour ou iardin. renfermé de muraille, et le laisser aller, mettant les petits Bassets après quand il sera eschauffé, il viendra assaillir les hommes comme fait vn Sanglier. Et à tdie chasse il est requis 4'6stre botté : car plusieurs fois ils m'ont emporté le lopin de la chausse, et la chair qui estoit par dessous. l'eusse traitté plus amplement de cette chasse, mais parce que peu d'hommes y prennent plaisir, i'en ay escrit succinctement.
Fin de la Vénerie.
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n y a plusieurs hommes qui ont voulu dire que le ver qui vient sous la langue du chien, est la cause de le faire enrager, ce que ie leur nie : combien qu*on die que le chien ne court pas si tost en cette maladie, quand il a le ver osté de la langue. le m'en rapporte à ce qui en est.
Ces maladies prennent entre les chiens pour s'halener et fréquenter les vns auec les autres. Et est besoin , si quelque chien a ces maladies en \n Chenin , d'ester tous les autres , et les remuer en vn autre lieu, car comme i'ay dit cy dessus, telles maladies se prennent entre les chiens, comme la peste entre les hommes.
Les receptespour guarir des cinq espèces de rage. Etpremerement, de la rage mue.
lYAKD ^*n Chien aura la rage mue, pour le guarir il faut prendre le poids de I quatre escus du jus de la racine d'^iie herbe nommée Spatula putrida, dite Passe-rage, laquelle a la fueille comme Iris, toutesfois qu'elle est vn peu plus noire : et mettre ce ius en vn petit pot plombé, puis prendre le poids de ^ quatre escus du ius des fueilles d'vne herbe nommée l'herbe du Cru , autre- ^ ment Helebore noir, puis le poids de quatre escus du ius de l'herbe de la Rue. Si les herbes ne rendoient ius, faut prendre la décoction d'icelles. Et quand tous les ius seront ensemble, il faut mettre autant de vin blanc comme du ius de Rue. Puis faudra passer tous les ius des herbes, et le \in blanc, en vn beau linge net, et mettre tout en vn verre. Ce fait, faut prendre deux dragmes de Scamonée sans estre préparée : et la mesler parmy tous les ius : puis prendre le chien auec seruiette , et luy ouurir la gueule , en luy mettant dedans vne ouillette, ou entonnoir, ou en vne corne de Bœuf percée, et luy faire aualler le tout en luy tenant vn peu la teste leuee, de peur qu'il rende sa gorge. Apres luy auoir baillé cette médecine, on le doit seigner auec vn cousteau, comme l'on seigne les Chenaux, en la gueule : sçauoir est, aux denteleures, qui sont en la maschoûere de dessus au palais, qui est par le dedans de la gueule, et luy coupper deux ou trois denteleures, afin qu'il seigne plus fort. Puis mettrez reposer le chien sur la paille, et il guarira. Vous notterez que l'herbe que le vulgaire appdle corne de Cerf, ou toute dent de chien , est souueraine pour rage, si on fait boire au chien huict dragmes du ius d'icelle herbe, auec vn peu de sd.
Récite pour la rage tombante^ qui procède du cerueau.
I^L faut prendre le poids de 4 escus du ius de la fueille ou graine d*vne herbe qu'on ?nomme PMnia, en François, Peaune, i'entends de celle qui porte graine, puis [prendre le poids de quatre escus du ius de la racine d'vne herbe nommée Bryonia, 'en François, du parc, laquelle herbe vient dedans les bayes, et a la racine grosse comme la iambe d*vn homme, puis prendre le poids de quatre escus du ius d'vne herbe qu'on nomme Croisette, en latin, Cruciata, puis prendre quatre dragmes Destafiacre bien broyé en poudre , et le mesler auec tous les ius des susdites herbes , et faire boire le ius au Chien , comme dessus. Cda fait, il luy faut fendre les oreilles pour le faire seigner, ou bien le seigner des deux veines qui viennent par le dedans des espaules des iambes de deuant, qu'on appelle pour les Cheuaux, les arcs. Et si d'auanture on voyoit que la médecine iist peu d'opération pour U première fois, il la faut réitérer.
Prenex
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Reeepte pour la rage endormie^ laquelle procède de vers.
PRENEZ le poids de sixescus du ius d'Absinte, et le poids de deux escus d*Aloë en poudre» le poids de deux escus de poudre de corne de Cerf, brusiee auec deux dragmes d*vne drogue nommée Agaric, puis meslez les ius, et les poudres ensemble. El si vous voyez qu'il 7 ait faute de ius, et que les poudres fussent trop espesses, pour faire aualler au Chien, Ô faut mettre du vin blanc iusques au poids de quatre ou six escus, puis faire aualler le tout au Chien comme dessus.
Reeepte pour la rage reumatiqt^, laquelle vient en iaunisse.
IL but prendre le poids de six escus du ius ou décoction de la racine de Fenoil, le poids de quatre escus du ius ou décoction de Guy, qui croist dedans les Aubepins, le poids de quatre escus du ius ou décoction de Lierre, le poids de quatre escus de poudre ou marc de la racine de Polipode, qui croist dedans les chesnes, et mettre le tout dedans petit poislon, et le faire bouillir auec du vin blanc, puis quand il sera refroidi vn peu, il le faut soudain faire aualler au Chien , comme dessus.
Reeepte pour la rage flastree.
QYANT à la rage flastree, qui tient dans les boyaux, et plusieurs autres maladies, comme gouttes, estnifleures, refroidissements, et toutes autres maladies engendrées de froides causes, elles se guarissent par bains et estuues dont la reeepte s'ensuit.
Reeepte des bains pour guarir les Chiens des maladies venues de froides causes.
^L faut prendre deux grandes poiles, tenantes chacune six seaux, esqudies vous mettrez en chacune d'icelles dix iointees de chacune espèce des herbes qui s*cnsuiuent : Scauoir est, dix iointees d*vne herbe nommée Armoise, dix iointees de i Romarin , dix iointees de sauge menue , dix iointees de racines ou fueilles de Guymauues blanches, dix iointees de racines ou fueilles d'hiebles, dix iointees de fueilles ou racines de Fenoil, dix iointees de Maracheroain blanc, ou de Mélisse, dix iointees de Rue , dix iointees d'Enulacampana : scauoir est , fueille et racine , dix iointees de Lapaces , dix iointees de Ruglosse , et de Melilot : et mettre le tout dedans les susdites poilles , lesquelles faut emplir de deux parts d'eau , et le tiers de vin , et faire le tout bouillir ensemble , iusques à ce qu'il soit consommé du tiers , puis quand les herbes seront bien cuittes , il faut prendre les poilles, et ietter toutes les herbes et leur décoction en vne pippe , en laquelle faut mettre quatre seaux de bonne et forte lie devin, puis prendre lesdites poiles, et les remettre sur le feu, comme elles estoientauparauant, lesemplissans le tiers devin et eau, comme dessus. Apres faut auoir vn sac neuf, et aller chercher des fourmieres et gros fourmis rouges, lesquels faut prendre auec les œufs, et toutes leurs coques : puis les mettre bouillir et consommer dedans lesdites poiles auec ti*ois ou quatre picotins de sel : et quand le tout sera bien consommé iusques à la tieixe partie , et que l'eau sera bien grasse, il faut verser le tout dans la pipe ou a esté vei*see la première décoction , et laisser repeser toutes les choses susdites ensemble , iusques à ce que le tout soit vn peu plus chaut que tiède: et à l'heure mettrez les Chiens malades dedans , les faisans baigner l'espace d'vne bonne heure, sans sortir. Mais il se faut donner garde d'eux, en les tenant, de peur qu'ils se noyent,
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ou euanoûissent dedans la pipe. Puis après les faudra mettre en quelque lieu bien chaudement» là ou ils ne prennent point de vent, de peur qu'ils se morfondent et refroidissent : et les faut baigner par quatre ou cinq iours ensuiuans, en faisant réchauffer Teau, car ceste première décoction pourra seruir pour tous les baings. Et auant que de mettre les chiens malades» la première fois dedans le baing, il les faut purger en cette sorte.
Recepte pour purger les Chiens awint que Us mettre dedans le baing.
PRENEZ yne once et demie de casse, bien mundee, deux dragmes et demie Destofiacre en poudre, deux dragmes et demie de Scamonee, préparée dedans du vinaigre blanc auec quatre onces d*huyled*oliues, et détrempez le tout ensemble, en le faisant vn peu chauffer sur le feu , puis le faites aualler au Chien , vers le soir, sans luy donner à manger, et le lendemain le mettrez dedans le baing à ieun.
Baing pour lawr les Chiens, quand ils ont esté mordus des Chiens enragez,
de peur qu'ils enragent.
QYAND les chiens sont mords ou desbrayez de chiens enragez, il faut incontinent emplir vne pippe d'eau , puis prendre quatre boisseaux de sel , et les ielter dedans en meslant fort le sel auec vn baston pour le faire fondre soudainement : et quand il sera bien fondu, faut mettre le chien dedans, et le plonger tout, sans qu'il paroisse rien, par neuf fois : puis quand il sera bien laué, faut le laisser aller, cela l'empeschera d'enrager.
Autre recepte par mots présentant de la rage.
I'AY appris vne recepte d'^n Gentil-homme, en Bretaigne lequel faisoit de petits escriteaux, où il n'y auoit seulement que deux lignes, lesquels il mettoit en vne omelette d'œufs, puis les faisoit aualler aux chiens qui auoient esté mords de Chiens enragez, et y auoit dedans l'escriteau, yran qviran cafrax cafratrem cafratrosqve. Lesquels mots disoit estre singuliers pour empescher les Chiens de la rage, mais quant à moy ie n*y adioute pas de foy.
Des malades de la galle, des dartres, gratelles, et rongnes des Chiens.
IL y a quatre espèces de galles : scauoir est, la galle rouge et menue, qui enfle les ïambes des Chiens. La galle dartrée, laquelle vient large comme la paume de la main , qui enleue le cuir des chiens. La galle commune appellee rongne, la galle noire, qui est souz le cuir laquelle fait tomber tout le poil. Desquelles galles la rouge est la pire, et plus mal*aisee à guarir, parce qu'elle est engendrée de morfondeures, que les chiens prennent Thyuer en passant les eaux , et à coucher en lieux humides, sans estre chauffez ne séchez : ou bien leur vient pour estre nourris aux boucheries à manger le sang des Bœufs et Vaches, qui leur eschauffe le corps. Telles espèces de galles se doiuent guarir en cette sorte. Il faut premièrement purger le chien, de la médecine que i'ay mise cy dessus pour le baing : puis le lendemain luy tirer enuiron deux onces de sang, d'vne vene qui est entre la corde du iaret , et l'os de la ïambe , puis i deux iours de là , on le doit frotter d'vn ognement fait selon la Recepte qui s'ensuit.
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Rectptepour faire guarir les Chiens de la galle, des dartres, gratelles et rongnes.
\L faut prendre trois liures d'huyle de noix, vneliure et demie d'huyledeCade, deux lliures de vieux oingt, trois liures de miel commun, de vinaigre vne Hure et demie : Ile tout bien bouilli ensemble, iusques à la consommation delà moitié dudit vinaigre: S puis y adiouterez de la poix ou gemme , et poix-raisine , de chacune espèce deux liures et demie» de cire neulue demie Hure. Et ferez fondre le tout ensemble, en le mouuant tousiours auec vn baston de palme ou de canne. Et quand le tout sera fondu, il y faut mettre les poudres qui s'ensuiuent, estant le tout hors du feu : et premier, vne Hure et demie de souffre, deux Hures de couppotMe recuitte, douze onces de verdet, en mouuant tousiours le tout iusques à ce qu*il soit froid. Cest ynguent peut guarir toutes espèces de galles, tant fortes soient elles, et faut premier que de frotter les chiens de cest onguent, les lauer auec de l'eau et du sel, pour leur mondifier le cuir : puis mener les chiens auprès d*vn grand feu , et les frotter, et enfondre bien cest onguent : cda fait les attacher auprès du feu, auec vne chaisne de fer, et les laisser suer là l'espace d'vne bonne heure et demie, en leur donnant de l'eau à boire tout leur saoul. En après, les finit nourrir de bons potages , et de chûr de mouton , bouillue auec quelque peu de souffre ,*pour leur reschauffer le corps, et auec de bonnes herbes, en leur continuant l'espace de huict iours.
Autre reeepie pour les dartres.
|A galle dartreuse prouient à aucuns chiens, de nature, ou de race, ou bien de vieil- 1 lesse : laquelle galle se peut guarir en cette sorte.
n faut premièrement prendre le chien, et oster le poil des endroits oii sont les dartres, puis faut auoir du lexif , du vinaigre, et du sel, et le frotter fort iusques à ce que les dartres saignent: puis quand elles saigneront, faut prendre d'vn onguent, dont la recepte s'ensuit.
Prenez vne Hure d'onguent appelle vnguentum Enulatum, demie liure d'vn autre onguent appelle Pompholigos, deux Hures d'huile de noix, poix ou Geme vne liure, vne liure d'huile de C^e, demie liure de suye, demie Hure de souffre, demie Hure de vitriol verd, litarge d'or quatre onces, ceruze quatre onces, verdet quatre onces, alun de glads six onces : le tout bien mis en poudre, boûilly et incorporé ensemble, auec demie Hure de vinaigre. Et sera onguent propice pour la maladie susdite, en frottant les chiens, comme dessus.
Reeepie pour la rongne commune.
>A rongne commune prouient aucunesfois par faute que les chiens n'ont point d'eau nette pour boire à leur heure, et en souffrent; ou bien prent pour coucher salement, [comme es lieux où sont les Porceaux, ou sur la paille salle, où auroient couché ' d'autres chiens galleux, ou cette galle vient de morfondure. Tdies galles sont aisées à guarir, sans les frotter de drogue, mais seulement du ius ou décoction d'herbes, dont la recepte s'ensuit
Prenez deux iointees de Cresson saunage, autrement appelle Berne, et deux iointees d'Enulacampana , vulgairement appelée Leaune , des fueilles ou racine de Lapace , de la racine de Roerbe de chacune deux iointees, et des racines de Frodilles, pesant la quantité de deux liures : puis piller toutes ces herbes et racines, et les faire bien bouillir auec du vinaigre, et vn peu de lexif. Apres que tout aura bien boûilly faut passer la décoction , ou bien le ius d'icelles herbes et racines et adiouster parmy lesdits ius ou décoction deux Hures de Sauon commun, et le faire
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fondre dedans : puis quand il sera fondu, l*on en frottera et lauera les Chiens par quatre ou cinq matins ensuiuans, et ils guariront. Les receptes sont véritables, car ie les ay esprouuées.
Reeeptes pour guarir les ChUns de louppei.
IL suruient aucunesfois aux chiens des louppes, et pour bien les guarir, il faut regarder les lieux où elles sont, d'autant que si elles estoient en endroits sur le corps du Chien, où il y eust abondance de veines ou artères, elles seroient fort difficiles a oster en tels endroits. Cduy qui les ostera, se doit gouuemer en cette manière.
Il faut premièrement entendre, qu*il y a deux manières de les guarir, Tvne par incision, et l'autre par recepte, comme ie dedareray cy après. Celuy qui voudra vser d'incision, doit regarder combien il y a de venes qui entrent dedans ou dessus la louppe, puis faut qu'il ait vne aiguille, laquelle doit auoir la pointe carrée, et vn peu courbée, et l'enfilera de bon filet, ea passant son aiguille par dessous la veine, et la tirera quand le filet sera par le dessous, il le nouera par dessus la veine, en restreignant le plus qu'il pourra, puis coupera le filet, et laissera la veine bien liée, et en fera autant à toutes les autres veines, qui seront dedans la louppe, de peur qu'elles rendent du sang quand il fera son incision. Et alors qu'il verra toutes les veines bien liées, il prendra son razoûer et cernera la louppe tout autour, laissant la lieûre des veines par dehors de son incisure : car il faudra que les veines soient liées au commencement des racines de la louppe, puis couppera et enleuera b louppe, et tout incontinent prendra vn fer chaud pour cautériser les petites fibres et artères. Puis il fera son premier appareil de sang de Dragon, de moyeux d'œufs, de la poudre de linge bruslé, broyé auec du vinaigre : et faut emmesuler le chien, de peur qu'il arrache le filet, qui tient les veines attachées. Et faut penser le chien tous les iours auec du lard fondu en l'eau, meslé auec du Pompholigos batu en vu mortier de plomb : mais il se faut bien prendre garde que les veines ne saignent.
Autre recepte à ce mesme approuuee.
IL faut prendre trois grosses espines noires alors qu'elles seront toutes vertes, et fraischement cueillies, faites les tremper vingt-quatre heures dedans le sang des fleurs des femmes, puis les gressez toutes trois de ce venin, et les piquez dedans le milieu de la louppe, tant qu'elles y pourront entrer : et si d'auanture elles n'y pouuoient entrer, il faut faire ouuerture auec vn poinson, ou vne grosse espingle, et ficher les espines dedans, sans les bouger, qu'elles ne tombent d'elles-mêmes, ce fait, les louppes mourront peu de temps après.
Recepte pour faire mourir les puces, pouls, et vermines des Chiens, et les nettoyer.
IL faut prendre deux iointees de fueilles de Berne, et deux iointees de fùeilles de li^moe, et deux iointees de Mente : lesquelles herbes ferez bouillir en lexif de sarment, et adiouterez parmy deux onces Destafiacre en poudre : puis quand le tout aura boûilly, faut passer les herbes subtilement, et prendre la décoction, en laquelle adiouterez deux onces de sauon, auec vne once de safran, et vne iointee de sel, et meslerez le tout ensemble, et en lauerez le chien.
Recepte pour faire mourir, et tonner les vers.
IL faut prendre desescorces ou eschalles de noix, autrement appellees Tarn, et les pillez bien fort, estans bien macérées et trempées les mettrez en vn pot auec vne chopine de vinaigre par dessus , et les laisserez tremper enuiron deux heures. Ce fait , ferez bouillir au feu , deux ou trois
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mdes, vos drogues susdites, puis les passerez en vn beau linge blanc, et en mettrez la décoction, en vn pot, en y adioustant les poudres qui s'ensuiuent : sçauoir est, vne once d*aloé eupatic, vue once de corne de Cerf bruslee, vne once de poix résine, en brassant toutes les poudres parmy la décoction : en après prendre le Chien, auec la pointe d*vn cousteau, faire tomber quatre ou cinq vers, et mettre le ius dedans, et ils tomberont et mourront soudainement.
Autre reeepte à ce mesme.
IL fiaut prendre du fiel de bceuf , de la poix résine en poudre, aloé en poudre, cbaux viue en poudre, soulfre vif en poudre, et détrempez le tout dedans le fiel, en faisant comme dessus, ei les vers tomberont et mourront.
Teussebien mis par escript les receptes des anciens, lesquels mettoient le poil des chiens non pdr dedans vn fresne, ou cormier, mais telles choses abusent les hommes.
Récite pour les Chimê mords des Serpens et Vipères.
PRENEZ vne poignée d'herbe nommée la croisette, ou Cruciata, vne poignée de rue, vne poignée de la fueille d*vn arbrisseau nommé cassis, autrement poiure d'Espagne, vne poignée de l'herbe de Boillon blanc : autrement appellee Blonde, vne poignée de Genêts, vne poignée de Mente, et pilez fort toutes les herbes susdites, puis quand elles seront bien pilees et conquassees, il faut prendre vn verre de vin blanc, et faire le tout bouillir, vne onde seulement, en vn petit pot plombé, et en prendre le ius ou décoction, auec le poids d'vn escu de Teriade meslé parmy : puis prendre le chien et luy en faire aualler vn plein verre; et luy en lauerla morsure, mettant vne fueille de Bouillon blanc par dessus, liée d'vne branche de Genêts, et il guarira.
Reeepte pour guarir les Chiens de la morsure des Sangliers et testes mordantes.
LES Chiens sont souuent blessez des Sangliers en plusieurs parties de leur corps, et selon les lieux et endroits où ils seront blessez, il se faut gouuerner pour les panser : car si c'est au ventre, et que les trippes leur tombent sans estre offensées ne rompues, le ^'alet des Chiens doit soudainement prendre le chien, et luy remettre les trippes bien doucement dedans le ventre, auec le bout des doigts, en la manière que fait vn Chatreux quand il sene les Chiennes : puis coupper vne petite laische ou plataine de lard, et la mettre au dedans du ventre, au droit du pertuis, et faut qu'il ait vn carrelet tout prest, et coudre la peau par dessus : mais faut entendre qu'à tous les points qu'il fera il doit nouer son filet, car autrement s'il n'estoit noué, et que le filet pourrist en vn des points, tous les autres le laisseroient aller, et par ainsi il est requis de nouer et coupper le filet à chacun point. Autant en pourroit faire par toutes les blesseures, qui sont aux autres lieux, y mettant tousiours vn lardon, et coudi*c comme dessus, entretenant tousiours la playe grasse de lard, ou de gresse seulement: parce que le chien se guarira plûtost de sa langue s'il se peut lescher, que de tous les vnguents dequoy on le soturoit frotter. L'aiguille doit estre arree auec la pointe, et ronde depuis le milieu iusques au chas ou pertub : telles sortes d'aiguilles se nomment carrelets, desquelles les barbiers vsent. Les valets de chiens ne doiuent point aller à la chasse du Sanglier, qu'ils ne soient garnis de telles aiguilles, auec du lard pour mettre dedans les playes.
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Reeeptepour les chiens qui ont esté rompus et foules des Sangliers, sans estre blessez.
IL aduient aucunesfois que les Sangliers foulent les cliiensdu bout de la hure, sans les blesser, comme aux endroits des costes , aux hanches et lieux nerueux. Si de fortune ils auoient quelque chose démoli ou rompu , on les doit faire habiller : mais s'ils n'estoient que foulez, on doit faire vn emplastre auec les drogues qui s'ensuyuent.
Prenez la racine dVne herbe appellee Symphiton, ^nilgaii*ement Consolide, emplastre de Helilot, poix, ou Geme, et huile rosat, autant pesant des vnsque des autres: lesquelles dites drogues vous meslerez toutes ensemble, et ferez vue grande emplastre sur de la toile, puis vous couppercz le poil au droit du lieu où sera la douleur du chien , et y appliquerez vostre emplastre, la plus chaude qu'il la pourra endurer, et il guarira.
Reeeptepour les chiens qui ont des vers dedans le corps, lesquels ne peuuent vuider.
IL aduient aucunesfois que les chiens ont de grands vers, qui leur sortent du fondement, lesquels ils ne peuuent %-uider. A telles maladies faut faire la recepte que s'ensuit. Prenez du lus d'Absinthe, le poids de deux dragmes, deux dragmes d'aloéeupatic, deux dragmes D'estaiiacre, et vne dragme de corne de Cerf bruslee, vne dragme de souffre, le tout pilé et incorporé ensemble auec de l'huyle de noix iusques à la valeur de demy verre, et faites analler toutes les choses susdites au chien, et il guarira soudainement.
Restraintif pour les chiens aggrauex.
QYAND les Chiens sont aggrauez et dessolez, on leur doit faire les restraintifs en cette manière. Prenez vne douzaine de iaunes d'œqf , lesquels vous battrez auec quatre onces du ius ou décoction d'vne herbe qui vient sur les rochers, appellee Pilozelle, vulgairement oreille de Chat, ou bien auec du ius ou décoction de pommes de Grenades, bouillies auec du vinaigre et en défaut desdites choses pourrez prendre le vinaigre tout simple : puis quand les œufs seront bien battus, vousy adiouterez de la suye bien subtilement broyée en poudre, et meslerez le tout ensemble, et en frotterez les pieds des chiens les enueloppans auec du linge. Ce fait, laisseres reposer les chiens tout le long du iour et de la nuict, et ils guariront.
Recepte pour faire niourir les chancres, qui xnennent aux oreiUes des chiens.
PRENEZ du Sauon, le poids d'vn escu, d'huyle de Tartre, le poids d'vn escu, de Sel armeniac, le poids d'vn escu du souffre et verdet, le tout soit incorporé ensemble auecquea -du vinaigre blanc, et de l'eau forte, et en frottez par neuf matins le chancre.
Recepte pour garder les Chiennes d^entrer en chaleur.
DONNEZ à manger à vne chienne, auant qu'elle ait porté des chiens, par l'espace de neuf matins, par chacun matin, neuf grains de poiure, et elle n'entrera iamais en chaleur. Et les luy ferez aualler auec du fromage, ou autre chose.
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Reeepte pour faire pisser les Chiens.
IL adulent aucunesfois que les chiens ne peuuent pisser, ou par efforts qu'ils ont faits, ou par chaleur de reins. A telles maladies faut faire la reeepte qui s'ensuit. Prenez vne poignée de fueilles Guimaunes» autant de fueiUes ou graines d'vne herbe nonomee Archaquange, laquelle se trouue communément par les vi^es, racines de Fenoil, racines de Ronces, autant pesant des vues comme des autres, et ferez le tout bouillir ensemble auec du vin blanc, iusques à la consommation de la tierce partie, puis le ferez boire et aualler au chien , et il pissera, et sera guari.
Reeepte pour Us Chiens qui ont mal dedans les oreilles.
PRENEZ du verius, et le mettez en vne escuelle, puis faites yn peu chauffer, et adiouterez dedans de l'eau de fueille et fleur d'vn arbrisseau , ^-ulgairement appelle Troesne , ou de l'eau de la fleur de Cheurefueil, qui croist parmy les bayes, auec du miel, aussi gros comme le bout du doigt, lequel meslerez parmy les eaux. Et mettrez toutes lesdites choses dedans l'oreille du chien , en le mouuant tousiours , puis lui ferez pendre l'oreille pour faire tomber ce qu*aurez mis dedans. Cela fait, vous prendrez de l'huyleLorin, laquelle ferez chauffer, et-la mettrez dedans Toreille, en l'estouppant auec du cotton trempé en icelle huyie : luy faisant toutes lesdites choses par cinq ou six matins, et il guarira : mais il faut prendre garde qu'il ne se gratte.
Reeepte approuvées pour faire mourir tous chancres, dartres et fies.
IL faut prendi-e vne dragme de Sublimé en poudre, et la mettre en vn mortier de plomb, auec le ius et le dedans d'vn citron sans l'escorce et quand le tout sera bien broyé, il laut mettre dedans vn peu de vinaigre, et d'eau : puis prendre d*Alum le poids d'vn escu, et autant de Sauon : lesquels broyerez et meslerez auec les autres choses dessusdites, et faites bouillir le tout en vn petit pot, iusques à la consommation du tiers, puis appliquerez vostre dilte décoction sur les dartres, et chancres qui seront sur la peau et aux oreilles. Mais aux chancres qui sont sur la chair viue, comme au dedans de la peau du \ît, il faut faire bouillir le Sublimé, et en ietter la première eau, afin qu'elle ne soit si corrosiue, en faisant comme dessus.
Reeepte pour les playes des Chiens.
LE ius de la fueille du chou rouge est le souuerain baume pour les playes des chiens : car si vn chien est blessé, en appliquant le ius du chou rouge sur la playe, il la consolidera soudainement : la raison est, que la chair du chien est chaude et seiche, et le chou de sa nature est chaud et humide.
reusse mis plusieurs autres Receptes, mais craignant qu'on les trouuast ennuyeuses, i*ay seulement escrit et mis les principales et plus nécessaires.
Fin des Receptes.
L'ADOLESCENCE DE
L'Adolescence de Jacques du Fouilloux,
ESCVYER, SEIGNEVR DVDIT LIEV EN GASTINES,
Pays de Poictou.
PENDANT le temps que le noble Françùiê Faisait ployer la France sous ses Loix^ Tendre orphelin , sorXanX de la tétine.
Transporté fus dehors de ma Gastine Dans vn pays de bois et de rochers, Lieu bien hanté de Cerfs et de Sangliers : En seruitude en ce lieu fus long temps, Et à Linieres, où ne perdis mon temps : Ains éuitant sans cesse la paresse A ce plaisir exerçay ina ieunesse.
Qui est commun aux Princes et Seigtieurs, Comme auoient fait tous mes prédécesseurs : Car volontiers nostre Généalogie Les filles aime^ Armes ^ et Vénerie.
0 fus'ie eselaue enuiron de quinze ans, N^ayant encore émotion et sens, Quand Ceu vingt ans, il me print une enuie M'émanciper^ viure en ma fantaisie ^ Comme vn Sanglier à trois ans se départ, L'homme à vingt ans se met aussi à part. De bon matin m'en allay de ce lieu, N'oubliant rien sinoti à dire à Dieu : Prens mon Limier, m'en vois à Vauenture, Et ma bouteille attachée à ma ceinture. Tant cheminay par forests et boceages.
Que rencontray du Cerf dans les gaignages^ A la Bourdaine alors il viandoit, La iette aussi dans la taille eruçoit : Puis il t^en va tout le long d^vn ^lemin. Faisant sa ruze à VesgaU du matin.
Après fis tant que mon chien tire^fort Que le rendy d^asseuranee en son fort : Ou le brisay pour prendre les deuants A son ressuy de mon chien eu les venis.
le le trouuay <f me enoemcfe sorty Et cftfte Biche il s'estoit departy :
Le frappe à route, et me mets sur les vois Du chiefif de moy, eussiez ouy la voix, Sus voilecy, allez, vay auant :
Par la fumée il t^en va de bon temps : Voilecy par les portées, Voilecy par les foulées.
Voilecy aller le Cerf, Voilecy aller le Cerf, A route à luy valet Sus après luy valet.
Par
lACQVES DV POVILLOVX. 66
Piir Uê fcretU mamt écho resannoit Par la faueitr SEého qui t^espondoU.
Or tmunt'il ce gentil vent de Mer^ Qui me rendait le corps et pied léger, Et ii eentoia la fleur de VAubespine Que ce doux vent apportait de Gastine.
Après mon Cerf me mis par les camp€igneSf Oà le brisé au pied de deux montagnes.
Dessus vn tronc regardant ma bouteille, Prenant repos vne heure ie sommeille.
On oyait là le vent eythariser, Qui me donnait vn aiguiUan d^aymer Comme des voix doucettes et menues j Et me semblaient qu'elles venaient des nues.
le m^esueiUay, et reprenant mes voix le reneantray le Cerf sortant des bais : Tant le suiuy par rochers et eepii^es , Que le rendit aux farests de Gastines : Et le voyant d^entrée viander, Par la iugeay qu^il douait demeurer, Oà le brisay aux genêts de verdure.
En le laissant reposer à nature.
Quand ie senti du genest les douceurs ^ Soudaifi m'endors deda$is ces douces fleun. En sommeillant ouys eur vn radier Vn chant dium, qui me vint allécher :
De m'appracher ie ne craigny mes peines.
Afin dPouyr ces gentilles Serenes, . .
Qui de chansons doucement entonnées Besiouissoient mantaignes et vallées.
Quand i^aduisay ce gay troupeau assis Sur vn rocher, voir paistre ses brebis. Chacune ayant dessus son beau tetin Gentillement la quenouille de lin :
Il me sembla après ce mien réueilj Voyant leur face auiser le soleil, Pen choisi vne où mon cœur eut désir Soudainement de prendre son plaisir.
Or faisoiUil vne pluye doucette Qui luy rendùii la couleur vermeiUette, Là Me estait en vn lieu à souhait.
Plein tout autour de fleurs de serpoulet : Chantant ainsi à qui dumteroient mieux Vn chant si doux qui transperçait les Cieux. n'approchant près pour mieux les regarder Soudain fus prins de l'esguillan d^aymer. Voyant la gaye et mignonne Bergère Ayant le teint et la couleur si claire. Car point tCauait de fart ne de ciuette. Mais tout aùm que nature l'a faite,
Paint de tourets n'auait à son sommeil Fors seulement la dartè du Soleil :
Elle n'estait point chèrement enfermée, Ains aux fureurs des vents abandonnée.
Elle n'auait ambre, muic, ny odeurs.
Sa douce haleine luy seruoit de senteurs.
L'ADOLESCENCE DE
Point ne portoit fleur, benjoyn, gnaeelle, Oneques parfum elle ne porta sur elie : Mais elle alloit quand le temps estoit gay Entre les fleurs et rousée de May, Point ne portoit gans de chamoiêf mitaines, Ains en tout temps à descouuert ses veines. Ne portoit point de calçoM ne patine j L'esgaU lavoit ses pieds tous les matins: Point ne trompoit le monde en ses eheueux. Mais les siens vrais lui tomboient sur les yeux. Pour se coéffer ne luy faut point d^empois^ De miroûer ny de teste de bois :
ITauoit earquans, velours ne chapperons, Qu^vn couure chef tout plié à grillons : Ny b%ise encore de soye violette^ Qu^m godillon de simple laine verte.
EUe n^auoit au lieu de faux manchons Ou'tm linge blanc sur ses petits bras blonds : Ny iaierans, anneaux, ne bracelets.
Sur son gent corps, et ses tetins refajis. l/eau de mourron, de fehue^ ne saliue Ne se fardùit fors que de claire eau vive ; Eau de gourgouàe à elle point ne touche. Pour adoucir son visage et sa bovche.
Point ne portoit de ce liège femelle Pour amoindrir son seing et sa mammelle: Vasquine nulle, ou aucun pliçon EUe portoit , ce n^estoit sa façon.
Point ne prenait vin blanc pour se baigner^ Ne drogue encore pour son corps alléger: Mais if en alloit esbottre vur Vherbette Dedans un pré au long de la VietU.
Nourrie estoit non delieatemeni.
Les élemens estaient son aliment:
Car U SoleU qui rend par tout splendeur La contentait, et nourrissoit son coeur, En luy rendant le deuoir de nature, ConUnU estoit de telle nourriture.
Et sa beauté en rien n'amoindrissoiit Mais au contraire en beauté reluisait, Qui me rendait vn amoureux désir l/vn iour mevoirprés d^elU aman plaisir. Quand te l'eu veui à mon gré longuement ; Mon coeur «fwi feu fut espris viuement. Appereeuant la beauté du visage^ Et son parler qui sentait son ramage:
Or ir estais là caché prés d^vn radier^ Et ne m'osois de plus près approther.
Car mon esprit estoit en grandepensse Si droit à aie m'en irais d^arriuee.
Mon coeur me dit, ne te haste dPatler, EUe pourra deeeroe deuaUer.
Lors approther f» pourras à Vemhke, EtàUmgrévoir toute Vaesemblee:
Ce que i^ay fait, ayant la patience^ Et attendant Vheure de iouissanee.
lACQVES DV FOVILLOVX. 66
Bimiotiaprh comme estois en propoê Voir la Bergère, tout vint bien à propoe : Ah Ctel ouy$ grand iempeste et tonnerre, Soudain ievyla Nymphe sur la pierre.
Chantant vn chant ai haut et amoureux Qu^eêeUnreir fiet le Soleil et les Cieux. Mon emur alors commença rouuerture.
Le sang esmeu domina sur nature.
Me hasarday pour aller droit à elle, Mais elltf eust peur la gentUle pueelle, Et de droit ifen va oà estaient ses compagnes : Pms te descend tout au pied des montagnes. En grand tristesse, environ de trois tours le fus ainsi sans ^èlle auoir secours.
Au bout du temps ouys vne mttsette Dedans vn pré sur la menui herhette:
Vers le rocher ie tourne le visage.
Si ie verrois les brebis au gaignage»
Lors Caduisay la gentille fillette ^ Qui escoutoit le son de la musette :
Vous eussiez veu chacune if approcher De ce sonneur : il commence à marcher, Tousiours sonnant doucement les attire.
Mené la danse et après se retire :
Prenant plaisir voir faire petits sauts Aux bergères, dansons bran$les nouueaux.
Sur la Viette riuière de renom,
Quien GasHneasurtou^ lenom, •.--....
Où font seiour les Serenes facotides, Et de leur chant resiouyssent les ondes.
T/ouyr le chant ie fus tant resiouy, Qtifinoontinent mis tristesse en oubly : Tant fus ioyeux âP entendre leur musique, Que fi» dameur du pays magnifique.
Noble pays, qui sur toute la France Auez produit des filles â^ excellence.
On ne sçauroit en aucun ieu de pris Autres trouuer qui emportent leprix:
Soit à chanter et danser par mesure :
Car ces dons là procèdent de nature.
levoyles Rois et Princes estrangers Estre apprentifs de vos bransUs légers.
Or ne déplaise au Tybre, ny au Rosne, Ny au grand Nil, ny aussi à la Saune, Fleuues qui ont par VVniuers grand bruit ^ Car la Viette apporte plus beaux fruits : Uvn Sùnois et Xantes de renom, Nostre Viette a surmonté le nom :
Digne ât auoir ses sources immortelles, Puis que ses eaux nourrissent les pucelles. Or ehaniet donc, et dansez les fillettes^ Vostre doux chant excède les musettes:
Chère Gastine, auant la fnort me donne Le coup du dard qu^auant ie f abandonne. Donques testais musse datis des espines Pour contempler leur façon et leur mine :
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L'ADOLESCENCE DE
Au coiftg du roc, au bout de la prairie^ E$toi8 tout coy pour voir la Bergerie, Là te prenoit entr'eux tant de soulae, Tant à dan$er quintie^tter autres eêbats Qi^il n'est possible aux viuants curieux Plus en auoir sans le transport des deux.
Pendant le tetnps qu'estois en ce plaisir, Voyant la Nymphe où estoit mon désir Vous conteray au long de point en point Qu^il m'arriua, dont fus en piteux point. Ma rohhe estoit de bonnes peaux de loups. Qui me venait assez mal à propous^ Car vn faux Loup rauit vne Brebis :
Lors les Bergères firent de si hauU cris Que feu frayeur et du lieu me desparU. Voicy venir mastins de toutes parts.
Courons au bruit, et m'ont tranché chemin. M'ont attrapé, chacun prent son lopin Be mm habit, et l'ont mis à Venuers : Paduisay lors mes genoux descouuerU^ Bont m'escriay à haute pleine teste.
Voyant ma robbe ils me prenaient pour beste Maint esguillette arrachent de Veschme, Qui me causait faire piUuse mine :
Mais Bieu voulut que la douce fillette Ouyt mon ery, et court toute seuUtte, Et me voyant tout rompu, vint descendre, Prent sa quenouille, et ayde à me défendre ^ En elle alors mon ccBur fut imprimé, Et bien ioyeux d'estre ainsi déliuré Bielle m'approche, et près d^eUe rangé le me sentis de beaucoup soulagé :
Car le doux vent de sa soûefue haleine M amoindrissait de mes playes la peine. En souspirant commence à l'embrasser^ Et doucement son visage baiser.
Vous mereiant la gentUle fiUette Bont vous m'auez esté amie parfaite :
En cheminant tetiois sa blanche main.
Parlant à may cTw coeur doux et humain.
En me disant, y seeu priqueu marrie Be vostre anneu, et gronde fascherie.
Igle vousant pardingue fait grand mau, QuefUsiant morU les chiens qui sont itau. So vous plaiset de venir chet mon père, Yvou donray do vin à bonne chère.
le luy respons, ma douce et grande amie Be bien bon cœur humblement vofts merde. Et pour autant que €ay fort bon vouMr Be vous aymer et vostre grâce auoir.
le vous supplie de prendre cependant Bu bond du cceur ce mien petit présent.
Sur ces propos iettay sur la verdure Beux beaux anneaux lacet d^vne ceinture: EUe commence adone à soy diner.
Et les anneaux en son blatic sein serrer. *
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il êêtoU iempê d^emmener 9e$ igneaux^ Car detia lort t^en aUùieni à troupeaux Dé toiM coêtet ie$ compagnes $i bien Que WmÊfmee paùU de plue parler moyen.
Prenant congé me présenta la main Me promettant reuenir lendemain.
Sur ceet adieu de moy e'est eeparee, Oà la oogneu du dard d^amour frappée.
Car t^en allant «muent tournait ea faee^ En me disant de ei fort bonne grâce: '
ffra tou de moin enuiron de dix houre. Ne faiUèpas de vous trouuer à Vhoure, B da bon ser, adé, adé vous dy.
Or à Dieu donc la bMe fiUe aussi.
Lors aHendant rheure de la promesse.
Par les baquets mepourmenois sans cesse, En escoutant le doux chant des oiseaux. Qui raisonnoient à VenUmr des ruisseaux : Où ie songeais es mignardises vaines f Qu^incessamment font les Dames mondaines f Pour deoeuoir leurs maris et amis Du deeeptif langage SAmadis, Ne monstrant rien de leurs corps que la langue. Langue d^aspic pour dresser leur harangue. Et leur fournaise aussi puante que souffre , Maudit soit il qui dira bien du gouffre. Mais les troupeaux des Bergères viuans, Auclair Soleil, et aux deux reluisons.
Sont à aymer^ tant pour leur doux langage. Que leurs banquets de fruict et de laictage. Entretenant vne beauté certaine.
Et de leur bouche alenant douce àleine.
Lors quand ie vy qu^U estait près de Vheure, Mon allay voir des Brebis la demeure Sur vn eouiaut en vn petit pasty.
Près d^vn rocher, la Bergère attendy.
Tantost l'oug ses brebis erodans Qui de sa voix faisait des plaisons thcmts : Car la coustume est ainsi en Gastines, Quand vont aux champs de hueher leurs voisines. Par meeme dumt que mets cy en musique, Bendani ioyeux tout eontr meHaneholique.
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L'ADOLKSCENCE DE
Comme les Bergères eroilent leurs Brebis.
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Et 0 lou talet, o Ion talet, lou vakt, de re lo.
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£ou talet, lou talet, lou talet, la la a a ht.
lACQVES DV FOVILLOVX.
Le ehtmt et huchement dt$ Bergère*.
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Ou, (Ak, OU, OU, oup, ou, ou, ou, ou, ovp.
L'ADOLESCENCE DE
Responce de la Bergère compagne.
Ou, au, ou^ ou, ou, ou, ou^ o%^, ou, oup.
lACQVES DV FOVILLOVX. 69
Âpr» qy^èUê mU êon doux ehttnt acheuè, Ltèlle mê êuù âê bien prêt approché, L^entretenant de parole ioyeuse^ Luy promettant vn icur la faire heureuse.
EUe fût prompte à me preeter Voreille^ Son pauure eoncr êouepirant à merueUle.
Lor$ lapriay dam lee genêts nous seoir. Entre noue deux se rangea bon vouloir,
Jà le SoleU longuement esleué Le sien cshémm auoit presque acheué, Lare Cupidan nous donna Vauantage Dans le vert bois tout remply de fueUlage En vn beau lieu feutré d^herbe et de mousse Va despouUler dis espaules sa trousse : Et fteme vn lui sans plume ne couuerte Dedouces fleurs, et de fougère verte:
Puis son M are, bien tendu, destendit En ce beau lieu son gentU corps tendit De tout son long^ sans point estre contrainte: Fit son eheuet de la verdure peinte.
Lors me sentant si tree^pres de la bette Faueur d^amour me va pousser sur elle : fn ce beau lieu fkit faite Vouuerture Pour accomplir lee osuures de nature, l/vne tant douée et loyale amour.
Qui a duré maint année et maint iour, Viuant au bois comme vn ires-hon hermite. Au monde fCa vie plus benediete.
/• /^ ainsi quelque espace de temps Auee Bergers me donnant du bon temps Qui sont ioyeux, et n'ont autre sommeil Quand le bruit court, que trouuer lepreueQ, Là où se voit de Gastines les perles.
Plus plaisantes et resioûies que Merles ^ Tant bien dansons au son des cornemuses, En ce plaisir souuent eU' font leurs muses J/esprit ramage et coeur de gayeté.
En conspirant toute iogeusetL
Là voue verrez ces iolis BathéUers Faire gambade, et des sauts à miHliers, lettant anllades, et aueei regards mamte Ikseus lee filles, et qui Wen font pas moine.
Toila comment sans aymer à moitié:
Les deux amans ont pris leur amitié.
Priant le Dieu de tous vrais amoureux, Qu^akm que moy soient en Gastine heureux^
Fin de VAdole$cence.