‹ La vénerieChapitre 76 sur 138 · ET DE SA KATVRE · texte numérisé non relu

ET DE SA KATVRE

vjj^ E Rangier est beste semblable au Cerf, et a sa teste diuerse, plus grande et cheuillee. Il porte bien quatre vingts cors, et aucunesfois &>^ moins, selon ce qu'il est vieil. H a grande paumure dessus comme 70 le Cerf, fors que les Endoilliers de deuant, esquels sont paumes éSi aussi. Quand on le cbasse il fuit, à raison de la grand charge qu'il a en teste : mais après qu'il a couru vne longue espace de temps en faisant ses tours etfnavant, il se met et accule contre vn arbre, afin que rien ne luy puisse venir que deuant, et met sa teste contre terre. Et^uand il est en tel estât, nul n>n oseroit approcher pour le prendre, à cause de la teste qui luy couurele corps. Si Dû luy va par derrière, au lieu que les Cerfs frappent des Endoilliers dessous, il frappe des ergots dessus, mais non si grand coup que fait le Cerf. Telles besies font grand peur aux allans et Leuriers quand ils voient sa diuerse teste. Le Rangier n'est pas plus haut qu'vn Dain, mais il est plus espais et plus gros. Quand il leue la teste en arrière, elle est plus grande que son corps d'entre sa teste. U viande comme vn Cerf, ou mi Dain , et iette sa fumée en torches ou en platteaux. Il vit bien longuement. On le prent aux arcs, aux rezeaux, aux lacs, aux fosses et autres engeins. n a plus grande venaison que n'a vn Cerf en sa saison. H va en Rut après les Cerfs, comme font les Dains, et porte comme vne Biche, pource on le chasse.

La manière de prendre h Rangier ou Ranglier.

QYAKD vn Veneur voudra chasser le Rangier, il le doit quérir en taillant -de ses chiens , non pas le quester et laisser courir par son limier par les forts bois, où il luy semblera que les bestes rousses font leur demeure : et là doit tendre des rets et hayes, selon les altours de la forest , et doit mener ses Limiers par les bois. Pource que le Rangier est pesante beste pour la teste grande et haute qu'il porte, peu de maistres et Veneurs le chassent à force, ne à Chiras de chasse.

De la chasse du Dain et de sa naiure.

E Dain est assez cogneu pour estre de l'espèce du Cerf. Vray est qu'il n'a pas le poil tel : car il Ta plus blanc, et sa teste est diuerse. Il est plus petite beste que le [ Cerf, et est plus grand que le cheureuil. Sa teste est paumée de longue paumure, et a plus de cors que celle du Cerf. Il a plus longue queue que le Cerf, et naist en la I fin du mois de 3Iay. R a toutes les manières de faire du Cerf, fors qu'il va plûtost au rut, et est plûtost en la saison : car quand le Cerf a esté quinze iours au Rut, i peine le Dain commence à s*eschaufler. On ne fait point de suite ne limier au Dain , et ne va-on en queste comme au cerf : mais on le iuge par le pied. U iette ses fumées en diuerses manières sdon le temps et les viandes, comme font les Cerfs, mais plussouuent en torches qu'autrement. Quand ils se sentent chassez des chiens , ils tournent en leur pays , et ne font si longue fuitte que le cerf : car il ressaut aux chiens par plusieurs fois , et fuyent tousiours les voyes tant qu'ils peuuent et sur

tout

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tODt par le change, iU se font prendre es eaux. Il bat les iiiisseaux comme le cerf, mais non pas si malicieusement, aussi ne va-il en si grandes riuieres. Il va plûtost de prin-saut que le Cerf, el Roye quand il est en Rut, non pas comme le cerf, mais plus bas, en gargutant dedans sa gueule. Le Cerf et le Dain ne s'entraiment aucunement : car r\7i fuit Tautre en son repost. La chair du Dain est plus sauoureuse aux chiens que celle du Cerf, ne celle du Cheureuil : et pource c*6st mauuais change, quand on chasse le Cerf aux chiens qui ont autrefois mangé du Dain. Sa venaison est fort bonne , et se garde salée comme c^Ue du Cerf. Les Dains demeurent volontiers en sec pays , accompagnez les vns des autres : hormis depuis le mois de Hay iusqu*à la fin d*Aoust, esquds mois pour crainte qu'ils ont des mouches, ils prennent leurs buissons. Us demeurent volontiers en haut pays, oii y a vallées et petites montagnes.

Comme U faut prendre le Dain.

LE bon Yeneur doit quérir le Dain auec quatre ou six chiens des plus sages qu'il ait : Et s'ils trouuent le lieu oii il aura viande le matin, ou de releuee, ou la nuict, le Veneur les doit laisser faire et mettre pied à terre, et garder qu'ils n'aillent le contre-ongle.

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Chasse du Boue sauvnge.

SL y a deux sortes de Boucs, les vus s'appellent Boucs saunages, et les autres LYsarus, autrement dits Sarris. Les boucs saunages sont aussi grands qu'vn I Cerf : mais ne sont si longs , ne si enjambez par haut, ores qu'ils aient autant ) de chair. Us ont autant d'ans que de grosses rayes, ils ont au trauers de leurs \ cornes, et tout ainsi qu'vn Cerf met sa teste et ses cornes, ainsi font les boucs Heurs rayes : toutesfois ils ne portent que leurs perches , lesquelles sont grosses comme la iambe d'vn homme , selon qu'ils sont vieils. fls ne iettent point ny muent leurs testes : et tant plus ils ont de rayes en leurs cors, et plus leurs cors sont longs et plus gros, tant plus vieils sont les boucs. Us ont grande barbe, et sont bruns, de poil de loup et bien vdus, et ont vne raye noire sur l'eschine , et tout au long des fesses , et ont le ventre fauue , les iambes noires , et derrière fauue. Leurs pieds sont comme des autres boucs priuez ou cheures. Leurs traces sont grosses et grandes et rondes plus que d'vn Cerf. Leurs os sont à l'aduenant d'vn bouc priué, et d'vne cheure, fors qu'ils sont plus gros, ils naissent en May. La Biche saunage faonne ainsi qn'vne biche, cheure, ou daine, mais elle n'a qu'vn bouc à la fois, et l'allaicte ainsi que fait vne Cheure priuee. Les boucs viuent d'herbes, de foings, comme les autres bestes douces : ils iettent leurs fumées par torchées, et ce au commencement du nouueau temps, et après ils les remuent formées, ainsi que fait vn Cerf. On les iuge par les fumées quand elles sont en torches et aussi quand eÛes sont formées comme on fait vn cerf : encores que celles du cerf ne soient de telle manière : car elles retirent (quand elles sont formées] sur la forme des fumées d'vn bouc ou d'vne cheure priuee. Les boucs vont au Rut enuiron la Toussaints , et demeurent su mois en leurs chaleurs : et puis que leur Rut est passé, ils se mettent en ordre et par ensemble, et descendent les hautes montagnes et rochers oii ils auront demeuré tout Testé , tant pour la neige que pource qu'ils ne trouuent de quoy viander la sus , non pas en vn pays plein , mais vont vers les pieds des montagnes quérir leur vie : et ainsi demeurent iusques vers Pasques, et lors ils remontent es plus hautes montaignes qu'ils trouuent, et chacun prent son buisson, ainsi que font les Cerfs. Les Cheures alors se déportent des boucs, et vont demeurer près des ruisseaux pour faonner et 7 demeurer tout le long de l'esté. Lors que les Boucs sont hors d*auec les Cheures , attendans que le temps de leur Rut soit venu, ib courent sus aux gens et bestes, et se combattent cntr'eux

VENERIE PAR

ainsi que les Cerfs, mais non de telle manière : car ils chantent plus laidement Le Bouc blesse d'vn coup qu*il donne, non pas du bout de la teste, mais du milieu, tellement qu'il rompt les bras et cuisses de ceux qu'il attaint. Et encores qu'il ne fasse point de playe, si estrce que s*il accule vn homme contre vn arbre ou contre terre, il le tuera. Le bouc est de tdie nature, que si vn homme quelque puissant et fort qu'il soit, le frappe d'vnc barre de fer suc l'eschine, pour cela il ne baissera ne ployera l'eschine. Quand il est au Rut, il a le col gros k menieilles, veiro est de telle nature que encores qu'il tombast de dix toises de haut, il ne se feroit aucun mat^ et se tient aussi fermement sur vne roche que fait vn Cheual sur le sablon. Toutesfois ila cheent aucunesfois de si haut pour la pasture qu'ils ont, qu'ils ne se peuuent soustenir suc les iambea, et alors ils donnent de leurs testes dans des rochers^ et par ce moyen guarissent

Du Bouc, dit Ysaruê ou Sarrk.

LE Bouc, dit Ysarus est de pareille forme que le précèdent, et n'est gueres plus grand qu'vn bouc priué. B est de pareille nature et vie que le Bouc saunage : aucunesfois se voulant gratter ses cuisses, il s'y fourre si fort les griffes qu'il se met par ses fosses, et ne les peut retirer, parce qu'elles sont reuirees : ainsi tombent et se rompent le col. Quand ils viennent de leur viande , ils vont demeurer aux roches , et gisent sur le plus dur des rochers. Le fiel de chacun des deux boucs est bon contre endurcissement de nerfs. Les grands Boucs s'acquièrent trop de venaison, principalement par dedans. Les Chieures ont les cornes commeliesbMes de chacune nature mais non pas si grandes. Les deux sortes de boucs ont leurs gresie et saison et leur Rut comme le Cerf, et ce enuiron la Toussaints, et lors on les doit chasser iusques a leur lEhit, et pource qu'ils ne trouuent rien en hyuer : ils mangent des Pins et Sapins en bois qui sent tounours verds, et qui est leur refraischement. Leur peau est chaude quand elle est corroyée en bonne saison, car le froid ne la pluye la peuuent percer si le poil est hors. Leur chair n'est paa trop saine car die engendre fieui'es, pour la gnmde chaleur qui est en eux : toutesfois quand ilasont en saison , leur venaison est bonne salée à gens qui n'ont pas chair fraische , ne d'autre meilleure quand ils veulent

Comme k Ytnmr doit faire ses préparatifs pour prendre le Boue ,dit Tearut ou Sarris.

LE temps conuenable à chasser au Bouc, dit Tsarua, est enuiron la Toussaints, et doit le Teneur faire gésir la nuict (qu'il le voudra surprendre) es hautes montaignes et cabanes où les pasteurs couchent pour garder leur bestail : et si doit preuoir huict iours deuant,, quels sont les faits des montagnes, les atours, fuittes, et doit faire hayes,. et tendre au douant des roches ou les boucs se pourront garentir, tout ainsi qu'il feroit au douant d'vne riuiere pouc vn Cerf : car c'est grand péril pour les chiens que de saillir aual des roches. Si le Veneur ne peut faire baye par tout le rocher, il doit mettre tous les gens qu'il aura au plus haut du rocher, et leur eommander ietter des pierres, et tirer d'arbalestre, afin qu'ils n'en approchent: puis les doit quester et courre de son Limier (tout ainsi qu'on fait du cerf) auec dix ou douze chiens de meute, et tout au moins faire quatre relais : car quand les chiens ont monté vne montagne pour la chaleur, ils ne peuuent quérir en auant , ne chasser aucunesfois pour la grande chaleur, le Bouc se va rendre aux petites riuieres , parquoy le Veneur doit là mettre rdais ^et ne se doit attendre i celuy qui laschera les chiens qui le chassent: parce qu'ils voudroient chasser de trop loing, et partant doiuent estre laissez tout de veuê comme Limiers. Il y a quelques chiens qui sont ieunes, frais, reposez, qui ne laissent iamais le Bouc qu'ils ne luy soient au cul, encore moins luy

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bussent battre les eaux , par la crainte quMls ont de le perdre. La chasse du Bouc n*est de grande mabtrise» parce qu*on ne peut accompagner ses xhiens, ne aller auec eux à pied ne à chenal.

Chaue du Cheureuil.

[E Cheureuil est beste assez commune, et aisée à chasser, combien que peu [de Veneurs sçachent sa nature. H va en amour en Octobre, et dure son Rut ^ enuiron quinze iours , et n'est qu'auec vne Cheurelle , et demeurent ensemble [masle et femelle comme oiseaux, attendant que leurs femelles aient faonné» ^Et lors la femelle se départ du masle, et va faonner bien loing, car le masle l tueroit le faon, s'il le couuoit. Et quand il est grand, qu'il peut manger des berbes, de la fueille et fuir : alors la cheurelle se racompagne auec le masle : et qui ne les chas-* sera ou tuera, tousiours se rassembleront plûtost qu'ils pourront. La cause pourquoy ils sont tousiours ensemble , et ce au contraire des autres bestes : et pource coustumierement vne Cheurelle porte deux faons, masle et femelle : et quand ils sont nez ensemble tousiours ae tiennent ensemble. B s'est veu Cheurelle qui anoit cinq faons dedans le corps. Si tost qu'ib sont retraits du Rut, ils iettent leurs testes, car peu d'iceux aians passé deux ans faillent à muer à la Toussaints : puis ils refont leurs testes veluëes ainsi comme le Cerf, et fraient en Mars communément, n n'y a point de saison i chasser le Cheureil , car ils ne portent venaison. On doit laisser les Cheurelles iusques à ce qu'elles aient faonné, et qu'ils puissent viure sans elles. La chair des Cheureux est fort bonne : car die dure tout l'an , et font bonne fuitte et plus longue que ne font les Cerfs en droit cueur de saison. On ne les peut cognoistre par leurs fumées , ne par les pieds guère, comme les Cerfs. Os n'ont pas trop grand veuë, et ne cueillent pas trop grande venaison , si ce n'est par dedans, et la plus grande graisse qu'il aient dedans, c'est quand les rongnons sont couuerts de suif. Quand les chiens les chassent, ils tournent leur pays, et rassaillent aux diiens. Et quand ils ne peuuent durer ou que les leuriers les ont courus , ils font leur fuitte bien 'tonguement, et battent les ruisseaux comme le Cerf. D a cette nature et propriété, que quand il ne peut plus aller auant, il demeure en l'eau fors la teste soubs qudques racines, et ne se deoouure aucunement, si que les chiens et les Teneurs passeront par dessus et à son costé, qu'il tue s'en bougera. H demeure es forts buissons, bruyères et ioncs, et volontiers en hautes montagnes et vallées, et aucunesfois en plain. Et comme les cerb mettent leurs bottes en premier an , «nstt en td temps ils portent leurs saiseaux et broches. Il ne s'escorche ne desfait comme le Ceif : car il n'a venaison qu'on puisse saler, et aucunesfois on la donne aux Chiens. Us vont à leurs viandiers comme les antres bestes.

Propriété du Connil.

LE Connil est beste assez connue d'vn chacun, il porte trente iours, et non plus, et faut qu'il aille au masle, car autrement mangeroit ses Connillaux. Elle porte ores deux, trois, quatre ou cinq Lapreaux : Et qui veut auoir bonne garenne de Connils, il les doit deux ou trois fob la semaine faire chasser aux Espagnols (Chiens d'oiseaux) et les faire encotter : car autrement ils videroient le pays, si on ne les tenoit près de leur terrier, spécialement si le Lieure y passe qui soit chaud de Connine. Quand le Connil veut aller à la Connine, il frappe si fort du pied en terre que merueille, et en ce faisant s'eschauffe. Quand il a fait sa besongne, il se laisse cheoir en arrière, et demeure tout pasmé, my-mort , et lors on le prent comme Lieures qui sont en fosses. Sa chair est meilleure que celle du Lieure, qui est melancholique et seiche.

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Comme on doit chasser et prendre les ConniU.

|YAND le Veneur voudra prendre les Connils, il doit prendre chiens d'oiseaux» dits Espagnols, et les doit faire quérir par les bayes et les buissons au pays où il

I cuidera qu'ils demeurent. Il doit aussi auoir des petits Leuriers pour le Heure et Connil, s'ils le prennent, c'est bien fait, et sinon, les chiens d'oiseaux le feront

I entrer dedans les fosses , et quand ils seront dedans , ils doiuent mettre les bources |ui sont faites de cordes) au pertuis du terrier, et en autant de pertuis faut mettre des bources : puis par m desdits pertuis le veneur mettra le Furon lequel doit estre emmuzelé : car autrement il occiroit le connil, et ne sortiroit hors des fosses de deux ou trois ioilt^. Si le Connil est en grand pays, où il n'y ait terriers, ains seulement fosses en terre, il faut alors tendi'e pochettes, rezeaux et panneaux, et si mestier est faire bayes, passées à petit pertuis selon que la beste le requiert. Si veneur n'a Furon, et il veut prendre les connils qui sont es fosses, il les peut faire saillir hors auec la poudre d'orpin de soufibre, et de nijenne qu'il fera brusier, ou en parchemin ou en drap, et s'il a tendu les bources au dessous du vent quand le furon est entré, il pourra mettre au dessous du vent les poudres dessus dites, et alors les connils se viendront prendre aux bources.

Chasse du Loup.

\ E Loup est assez commune beste, il va au rut auec les Louues en Feurier, et font en I la manière que font les Chiens et sont en leur grand chaleur dix ou douze iours : et ; quand vneLouue est chaude s'il y a loups au pays ils vont après, comme font chiens après vne lisse quand elle est chaude : mais iamais nul ne la lignera fors qu'un. Elle fait en telle manière qu'elle pourmenera les loups six ou huict iours sans manger ne sans boire, et sans dormir : car ils ont tant de courage à elle, qu'il ne leur chaut de boire ne de manger, ne de dormir, et quand ils sont las, elle les laisse bien reposer iusques à tant qu'ils soient endormis, et esueillera celuy qui luy semblera qui plus l'ait aymee et plus trauaillé pour eDe, et s'en valoing d'illec, et se fait aligner à luy. Etpource ditron, que quand vne femme fait aucun mal, qu'elle semble la Louue, pource qu'elle se prent au plus meschant et au plus laid, pource qu'il a le plus trauaillé et plus ioûé pour elle que n'ont les autres, et il est plus pauure et plus maigre, et plus meschant, et c'est la cause pourquoy on le dit Aucunes gens dient que iamais loup ne vit son père, et c'est vérité aucunesfois, non pas tousiours : car il aduioit quand la Louue a mené celuy Loup qu'elle aime plus, comme i'ay dit, et les autres Loups s'esueilleot, ils se mettent tantost aux routes de la louue, et s'ik trouuent que la louue se tienne et le Loup ensemble, tous les autres loups courent sus au loup, et le tuent : et pource dit^n que le Loup, ne veit onc son père : et cecv est vérité en ce cas, mais quand en tout le pays n'a sinon vn Loiip et vne Louue, ce ne peut estre vérité. Ou aucunesfois par aduenture les autres Loups se sont esueillezsi tost ou si tard , qu'encores le Loup ne tiendra auec la louue, et par aduenture seront ia lassez, et lors s'enfuit-il des autres Loups qui ne le tuent pas, et ce cas aussi n'est pas venté. Us peuuent engendrer au bout d'vn an , et lors se partent de la mère et de leur père et aucunesfois ainçois qu'ils aient vn an, mais qu'ils aient refaites leurs dents toutes à leur droit des autres petites dents qu'ils ont de premier : car ils ont deux dents i vn an : les premières leur cheent quand ils ont demy an, et puis reuiennent, et les autres qu'ils portent a tous les iours de leur vie sans remuer : et quand elles sont refaites à leur endroit, adonc laissent-ils leur père et leur

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merei et vont quérir leur aduenturci mais pourtant qu'ils aillent loing, ne demeurait longuement Tm sansTautre : pour ce n'est pas que s'ils rencontrent leur père et leur mère qui les ont nourris qu'ils ne leur fassent feste et reuerence tousiours. Et sçache que quand vn Loup et ?ne Louue se sont accompagnez, ils demeurent volontiers tousiours ensemble, et pourtant qu'ils aillent quérir leur proye l'vn deçà l'autre delà , il ne sera que la nuict ils ne soient ensemble s'ils peouent» au moins au bout de trois iours. Et tels Loups ainsi accompagnez portent à manger i leurs enfans, aussi bien le père comme la mère, fors que le Loup mange premièrement son saofult et puis porte le demeurant à ses cheaux : la louue ne fait pas ainsi : car ainçois qu'elle mange, elle porte à ses cheaux. Quand la Louue vient, et elle porte aucune chose, et le loup n'a pas assez mangé , il luy oste la proye et à ses cheaux , et mange son saoul premier, et puis laisse le demeurant s'il y en a, sinon se meurent de faim, si voyent qu'il n'y acompte gueres : mais qu^il ait le ventre plein. Quand la louue voit ce, elle est si fine qu'elle laisse la viande qu'elle porte loing de là ou sont les Louueteaux, et vient voir si le Loup s'en est allé, et puis apporte la TÎande à ses Louueteaux : mais le Loup qui est aussi malicieux , quand il voit venir la Louue sana nulle proye, il va fleurer sa bouche, et s'il sent qu'elle n'ait rien apporté, il la prend aux dents et la bat, tant qu'il conuient qu'elle luy monstre où elle a laissé sa proye. Et quand retourne à ses cheaux, elle vient le couuert, et ne se monstre point iusques à tant qu'elle ait veu si le loup 7 est point : et s'il y est elle se muce iusques à tant qu'il s'en soit allé quérir sa proye pour la faim qu'il a : et lors quand il s'en est allé, elle porte à manger à ses Louueteaux. Aucuns dient qu'elle se baigne et corps et teste quand elle renient, afin que le Loup ne sente qu'elle ait rien iq>porté : mais ie ne l'afferme mie. Autres Loups pesants de nature ne sont ainsi accompagnez, n'aident point à la Louue à nourrir ses Louueteaux , mais quand le Loup et la Louue sont accompagnez, et il n'y a plus Loup au pays par droit et naturel sentiment, il sçait bien que les Louueteaux sont les siens, et pource les aide-il a nourrir, mais c'est mal gratieusement. Au temps que les Louueteaux sont petits, les Loups sont plus gras qu'en tout l'an, car ils mangent ce iiu'ils prennent, et ce que la Louue et les Louueteaux doiuent manger. Et portent les Louues neuf aepmaines , et aucunesfois trois ou quatre iours plus : vne fois Tan vont en amours. Aucunes gens dient que les Louues ne portent point des Louueteaux tant comme sa mère est viuante : elles ont ainsi leurs Louueteaux comme vne lisse, ore plus, ore moins : ils ont grand force, spécialement deuant, et malle morsure et forte : car aucunefois vn Loup tuera vne vache ou vne iument. H a si grand force, qu'il portera auec sa gueule vne Chieure ou ^-n Mouton , vne Brebis ou vn Porcd , sans toucher à terre, et courra si fort portant sa beste, que si les mastins ou cheuaucheurs ne viennent au deuant, les pasteurs ou autres gens ne le pourroient atteindre : il vit de toutes chairs, de toutes charongnes, et toute vermine, et sa vie n'est pas longue : car il ne vit plus de trezeou quatorze ans. Il a malle morsure et venimeuse, par les serpens et vermines qu'il mange, n va si tost, mais qu'il soit vuide, que i'ay veu laisser quatre laisses de leuriers à doubles l'vn après l'autre, qui ne pouuoient afficher vn Loup : car il va aussi tost comme beste du monde, et dure trop longuement son aller quand on le chasse fort aux Chiens courans, il ne fuit gueres loing d'eux : et si les mastins ou leuriers ne s'esloignent, il fuit le couuert, comme vn Sanglier,, ou comme vn Ours, et volontiers les voyes. H va communément quérir sa proye de nuict, aucunesfois de iour quand il a grand faim. Et aucuns sont qui chassent Cerfs, Sangliers et Cheureaux^ et sentent autant qu'vn mastin, et prennent des chiens quand ils peuuent. R y a aucuns Loups ipi mangent des enfans, et aucunesfois les hommes, et ne mangent nulle autre chair depuis qu'ils y sont enchamez, ainçois se laissent mourir, et ceux-là on appelle Loups-garoux : car d'eux on s'en doit garder. Et sont si cauteleux que quand ils voyent vn homme, ils le tiennent s'ils peuuent, ainçois qu'il les voye. Et s'il les y voit premièrement, ils l'assaillent si subtilement^ qu'à peine eschappe il qu'ils ne le prennent et tuent : car ils se sçauent très bien garder des

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^rmes que l*hoinme porte. Il y a deux raisons pourquoy ils se prennent aux hommes : l'vne est quand ik sont trop vieils et perdent leurs dents et leur force , et ne peuuent emporter leur prinse, •comme Ils souloient faire, dont conuient qu'ils se prennent aux enfans, qui n'est pas forte prinse pour eux» et ne leur conuient porter nulle part, fors seulement que manger, et ont plus tendre chair que n'est la peau ne la chair d*vne autre beste. L'autre raison est, quand ils «ont ^enchamez en pays de guerre, où il y a eu batailles à efforts, et lors ils mangent ou des pendus qui sont attachez ou qui cheent du gibet : La chair de l'homme est si sauoureuse, eisi plaisante^ que puis qu'ils en sont encharnez ils ne mangent autres bestes, ains se laissent mourir. l'ay yeu ^'iU laissoient les brebis, et prenoient et tuoient le pasteur : le Loup est scauante beste et fiwsse, plus que nul autre à garder ses aduantages : car il ne fuira iamais trop fort, fors quand il «n aura grand besoin, il veut estre tousiours en sa force, et en son haleine, chacun iour luy en est besoing : car communément tous ceux qui le voyent l'escrient et le chassent. Quand on le chasse à force il fuira bien tout vn iour, si Leuriers ne luy font laisser. Il se fait volontiers prendre en aucun village ou ruisselet, il se fait peu abbayer, sinon quand il ne peut aller, il dénient aucunesfois enragé. Quand Loups mordent vn homme, à peine en peut il guarir, comme i'ay dit : car leur morsure est venimeuse : et d'autre part pour la maladie de la rage, quand ils sont plains ou malades, ils paissent de l'herbe comme vn Chien pour leur vuider. Os demeurent longuement sans manger, et sera vn Loup six iours sans manger ou plus. Quand la Louuea ses Louueteaux, àpdne n'yra ja près de là, de peur de les perdre. Si le Loup vint i vn poic ou à vn parc de brebis, et s'il a loisir, il les tuera tous, ain^is qu'il en mange. On les prend à force , aux Chiens , aux Leuriers , aux lacs et aux cordes. Mais s'O est pris en vn las ou en autres cordes qudles qu'elles soient, il couppera subtilement auec ses dents si on n'y est tantost pour le tuer, auxfossez, aux aguilles, aux chasse-pieds, ou aux poudres venimeuses qu'on leur donne en la chair, et aussi en autres manières. Quand le bestaO descend des montagnes, lors ils descendent pour auoir leur rie. Us suiuent volontiers gens d'armes pour les charongnes dubestial, ou des chenaux morts, ou d'autres choses. Us vdent comme Chiens, et s'ils sont deux Loups ils feront si grand noise, que vous diriez proprement qu'il y en a plus de vingt Et cela font 3s quand il est clair temps et serain , ou quand ils sont ieunes Loups , qu'ils n'ont pas passé encores leur an , quand on les appelle en hurlant pour les enchamer. Et si vous dy pour tonte vérité que si on les a vue fois encharnez, à grand peine demeureroient-ib oii ils auroient mangé, spécialement vieils Loups, au moins la première fois qu'ils mangeront. Ibis quand ils sont asseurez .qu'ils ont mangé deux ou trois fois ils demeurent : Aucuns sont si malicieux qu'ils mangeront la nuit, et s'en iront le iour loing bien demie lieuë ou plus, demeurer, et spécialement s'ils sentent qu'on leur a fût ennuy, ou qu'on leur a fut train de chair pour les chasses. Us ne se plaignent point quand on les tue, comme font Chiens : mais des autres natures les ressemblent ils. On ne peut nourrir iamais vn Loup enchiûsné, ou prins et tenu subiect, tant soit ieune oa rieil, si on le cuide chastier, battre et tenir en bonne discipline, que tousiours ne fasse md «'il a le loisir, et le peut faire : et iamais pourtant qu'il soit priué , ne sera si on le meine hors ^ju'il ne regarde tousiours deçà et de là, pour voir s'il peut en nul lieu (me mal ou r^arder : car il doute qu'on ne luy fasse mal, et sçait bien en sa cognoissance qu'il fait mal, et pource on les chasse et tue, mab pourtant cela ne peut il laisser sa mauuaise nature. On dit que le dextre pied de deuant porte médecine au mal des mammelles, et aux bosses qui riennent aux pourceaux, prenez dessous les masselles et aussi an foye de l'homme.

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Du Renard et de touie sa nature.

RENARD est assez commune beste, si ne me conuient ja dire de sa façon : car peu de gens sont qui n'en ayent veu. H a beaucoup de conditions telles comme le Loup : car la Renarde porte autant comme la Louue faict ses louueteaux vne fois plu$, et Tautre moins, ainsi comme la louue : mais qu'elle les faict dessous terre bien profond, plus que la louue ne faict, et est chaude vne fois, laquelle a la morsure venimeuse comme le loup, et sa vie n'est plus longue d'vn loup. A grand peine prend on Renarde prains : car quand elle se sent prains et pesante, elle demeure tousiours enuiron ses tanières, et si elle oit rien tantost se boute dedans, deuant que Chiens Ia.puissent prendre : die est malicieuse et fausse beste comme le Loup. La chasse du Renard* est moult belle : car les Chiens la chassent de près, et volontiers tousiours en assentent, pour ce qu'^elle suit les forts pays et prend la campagne, pource qu'elle ne se fie point à sa course ne en sa dèffence : car elle est trop, foible : et si elle le tait et „ ce sera par droicbire , force, et tousiours tiendra le couuert, et si elle ne se pouuoit couurir que d'vne ronce, die se couurira. Et q]uand die veoit qu'elle n'y pourra durer, adonc se met die dedans terre, et a ses fosses qui sont les forteresses lesqudles elle sçait bien : illec les peut on bien fouir et prendre, mais que ce soit en plein pays es roches. Si lèuriers le courent, le dernier remède qu'il a s'il est en plein pays il conchie Kolontiers leuriers, afin qu'ils le laissent la pour la puanteur et ordure : et aussi pour la puanteur qu'ila, vn petit Leurier qui prend tout seul vn Renard fût hardiment : car l'en ay veu de grands qui prenoient bien le Cerf et Sanglier, et Loup qui en laissoient bien aller vn Renard. Quand elle va en amour et elle quiert son compagnon , die crie à voix enrouée, voix de chien enragé, et aussi quand elle n'a tous ses Renardeaux elle les appelle en celle mesme guise. Ole ne se plaint point quand oales tué, mais tousiours se deffend à son pouuoir. Elle vit de toutes manières de vermines, de toutes charongnes et ordures, mais sa meilleure viande qu'dle ailne plus, ce sont gdines, chappons,. canes, et oy«s, petits oisons et oiseaux saunages quand elle les trouue à poinct, elle mange papillons, giolens, lûct, formage, et beurre* Grand dommage font aux Garennes des Connils etdes.Lieures qu'ils prennent et mangent volontiers, pour leur grande subtilité et malice, et non pas pour courre. Aucuns font qui chantent comme Loups : aucuns qui ne vont fors aux villages quérir leur proye, comme i'ay dit, dles sont si malicieuses et si subtiles qu'hommes ne chiens n'y peuuent mettre remède. Elle demeure volon* tiers es fossez près de villes ou villages, pour tousiours faire mal aux gelines, et autres choses comme i'ay dit. La peau du Renard est moult chaude pour faire mouflles et pelices, mais ce n'est bdle fourrure, et put tousiours, si elle n'est bien couroyee. Le sein du Renard et les mouëlîes sont bonnes à adoucissemens de nerfs. De ses autres manières et malices ie parieray plus à plein quand ie diray comme on doit chasser. On le prend aux Chiens, aux Leuriers, aux hics, aux cordes : mais il couppe lacs et cordes comme fait le Loup.

Du BUrwu, et de sa nature.

ILEREAV est assez commune beste, car elle ne fuit gueres longuement : car fies chiens la tiennent aussi-tost, oii il se fait abbayer, et pufs on le tue ^volontiers,, et demeure dedans terre, ou s*il est hors il n'est gueres loing des tanières. II vit de toutes vermines et charongnes, et de tous fruicts comme le k Renard , mais il n'ose tant s'aduen(ui*er le iour comme il fait, car il ne scait ^ ny ne peut fuir, il vit plus de dormir que d*autre chose, ils font vne fois Tan cheaux comme Renai*ds, et les font dedans les fossez. Quiuid on les chasse ils se deffendent fort.

VENERIE PAR

et ont leur morsure venimeuse comme Renards, encore se defendent-ils plus fort que le Renard. C*est la beste du monde qui plus acueille de graisse dedans : et pour long dormir qu'il fait : et son sain porte médecine comme celuy du Renard. On dit qu*Mi enfant qui oncques n*auroit chaussé souliers si les premiers qu'il chausseroient estoient de peau de Tesson, il guarira le^ chenaux du farcin , s'il monte sus : sa chair ne vaut rien à manger non plus que celle du Renard.

Comme on doit chasser et prendre le Loup.

T quand le Veneur voudra chasser le loup, il doit enchamer les loups par ceste manière : Premièrement il doit regarder vn beau lieu à \ne lieue ou demie près d'autres grandes forests, où il y ait beau tiltre de leuriers, et belle place à i l'enuiron, et eau dedans, et là doit tuer vn cheual ou vn bœuf ou autre beste grosse, et prendre les quatre membres, cuisses et espaules, et doit mener quatre compagnons es grandes forests, là où chacun doit faire son train, et doiuent abbatre leur chair, et haller à la queue de leurs chenaux, et traîner par les voyes, là ou la beste est morte, et laisser chacun son train. Et quand les loups se releueront à la nuict, ils iront par les chemins delà forest, et sentiront le train de la charongne: ils iront après iusques ils soient là où la beste est morte, et mangeront tant qu'il leur plaira. Dont doit le Teneur quand il sera clair iour, aller là où la charongne est, et lier son cheual bien loing d'illec au dessous du vent, et doit venir tout bellement là où la charongne est, et regarder s'il pourra voir les loups, et s'il les voit, il doit retraire sans leur faire ennuy, et sans regarder combien ils ont mangé : car s'ils ont mangé ou trop, ou peu, ce n'y fait rien au faict ce mal, non , puis qu'il les a veus : car c'est trop merueilleuse beste et malicieuse, comme i'aydit. Mais ne s'esloigne qu'vn peu loing de la charongne, monte sur vn arbre pour voir où les loups iront, et où ils demeurent: car de leur nature ils ne demeurent pas volontiers là où ils ont mangé, ainçois iront de haute prime. Ou pource qu'ils seront venus trop tard manger, ou pource qu'ils veulent aller demeurer au Soleil plus qu'au bois, qui est en l'ombre et au froid, et pour eux vuider et esbattre, ou pour aucun ennuy qu'on leur aura fait : pource veux-je qu'ils demeurent iusques à l'heure de prime s'il en sçaura mieux la vérité , et si ne les peut voir au matin , il doit aller voir la charongne , et regarder s'ils ont mangé, et combien de loups selon les mangeures qu'ils auront fait, qu'ils doiuent auoir. Et puis s'en doit reuenir à l'hostel et faire son rapport à son Seigneur, et peur regarder par les Toyes qui sont autour du buisson, s'ils sont hors du buisson ou s'ils demeurent quand ils ont mangé, et si le Limier qui encontre volontiers loups, il peut prendre autour du buisson sans entrer dedans, si sera plus seur s'ils y sont demourez ou non : car son Limier en assentira en plusieurs des lieux, et doit regarder si sont tous les loups qui ont mangé : car aucunesfois vn loup s'en va et les autres demeurent, et aucunesfois vn demeure et les autres s'en vont, comme leur vient à leur volonté, ou les causes y sont, comme est quand ils sont pleins, ils demeurent plus volontiers. Et quand ils n'ont mangé leur saoul douant le iour, ils demeurent plus volontiers que ceux qui ont mangé au vespre deuant, ou ieunes loups, ou autres causes semblables : car vn loup est si malicieux qu'à grand peine demeure où il a mangé, et pour ce est bonne chose de faire de petit de chair son train, et laisser au buisson où on voudra chasser vne mauuaise beste riue , encores liez les iambes qu'elle ne se deffende. Et quand les loups auront mangé le train qni sera de petit de chair, et ne seront pas faons , ils tueront la beste qui sera viue : et 8*ils ne le font la première nuict, ils le feront la seconde ou la tierce. Et lors quand ils ont tué la beste et mangée, ils demeurent plus volontiers, car ils sont gloutes bestes, et veulent garder leur charongne qu'ils cuident auoir prinse, et s'ils trouuent qu'ils demeurent et ayent mangé deux nuicts l'vne après l'autre, il se peut ordonner et mander des gens qu'il aura, et dequoy il aura

besoin

lACQVES DV FOVILLOVX. 77

besoin pour chasser le tiers iour. Et si les loups n'ont mangé la première nuict, ainsi comme i'ay dit, deuant qu'il aura fait son train, si se fasse le lendemain à la nuict, ainsi comme i'ay dit par tout le pays enuiron où il pense que les loups doiuent demeurer. Et ainsi fasse iusques à quatre nuicts, et sans faute s'il y a loups au pays ils y viendront, si ce n'est au mois de Feurier, là ou ils vont en leurs amours : car lors ne comptent-ils gueres de suiuir nul lieu. Aussi il est vray que aucunesfois les loups viennent poursuiuir le train iusques à la charongne, et ne mangent point. Adonc quand le Veneur verra qu*ils ne voudront manger pour quand que on leur fait trains, il doit remuer la chair de l'entrechamement, comme est de cheual ou de bœuf, ou par le contraire, ou de moutons ou de brebis, ou de pourceaux ou asnes, qu'ils mangent volontiers. Et ainsi ne peut sçauoir s'il y a loups ou non : car ik n'auront point mangé. Il les doit appeller et huer en telle manière, et s'il y a loups dedans le buisson ils luy respondront, ou les vns ou les autres. Et s'il aduenoit qu'ils mangeassent et s'en allassent hors du buisson, et cela faisoit-il par deux fois ou par trois nuicts, sans ce que nul y demourast, il doit au vespre deuant qu'il soit nuict, pendre la charongne par les arbres, si haut qu'mi n'y puisse aduenir, et laisser des os s'il y en a en terre, afin qu'ils les rongent et viennent au buisson , ainsi comme vne heure deuant le iour : Et doit on auoir laissé la robe du pasteur qui garde les brebis, afin qu'ils n'ayent nul vent de celuy qui les enuoye : et leur doit abatre, et puis il s'en doit aller. Et quand l'aube du iour sera, il doit mettre les lévriers par où les loups s'en sont accoustumes d'aller les autres nuicts : et les loups qui n'auront mangé de toute la nuict, quand on leur aura abatuë la chair ils mangeront tant que par leur gloutonnie le iour les y prendra , et demoureroni : et s'ils vont hors, ce sera depuis qu'Usera iour : car ils ont tant court terme de manger, tant que le iour leur y est suruenu, et les lévriers seront ja assez comme i'ay dit, si aura rioté. Biais pource que le Seigneur ne se leue pas à l'aube du iour pour voir le déduit, ie veux que quand il leur aura abatu de la chair vne pièce, après il fasse faire dix ou douze feux, ou tant comme bon luy semblera, entre la Forest où ils s'en alloient les autres nuicts, et le buisson à deux traits d'arbalestre du buisson, tant qu'il puisse veoir et ouyr ceux qui parleront, et à chacun feu ùt vn homme ou deux, et ait de l'vn iusques à l'autre le ject d'vne petite pierre : et les vns parlent aux autres haut, sans ressembler en demandant des nouuelles en chantant ou riant, et sans huer. Et quand les loups verront et oïront cela, et par le iour qui leur sera suruenu ils deuront demeurer, et entre deux sera venu le Seigneur, si les pourra chasser et prendre en ceste manière. Premièrement il doit regarder le plus beau tiltre, le plus long, et le plus plain qui soit enuers le buisson, et là doit-il mettre les lévriers, et s'il y a beau tiltre par où les loups souloient aller les autres nuicts, quand ils ont mangé, là les doit-il mettre, supposé qu'il y eust mauuais vent et contraire pour les lévriers : car à tout cela s'en viendront-ils plus volontiers par illec que par autre part, et s'il y a bon vent tant vaut mieux, et sinon il doit mettre les lévriers comme i'ay dit au plus beau tiltre, et au plus long, et les doit tant coiement asseoir et mettre tout de rang ou cinq ou six laisses, ou plus ou moins, selon qu'il y aura de lévriers, et aussi autant tout de rang derrière celle l'vne de l'autre, enuiron le ject d'vne flèche l'vne laisse l'autre. Ainsi doit faire de laisser trois ou quatre doubles, et garder tousiours le vent que les loups ne le puissent auoir des gens ne des lévriers, et doit auoir mandé toutes les gens en quoy a mandement vn ou deux iours deuant, et prier tous ses vobins qui seront près de luy demeurans qu'ils luy viennent ayder à chasser les loups, et ils le feront tres-volontiers pour le grand danger que leur font lesdits loups de leur bestial. Et quand il aura assez de gens à son aduis, et aura aussi les leuriers, il doit mettre tout la gent autour du buisson , fors que deuant les leuriers au plus près qu'il pourra l'vn de l'autre les gens qu'il aura, et cela appelle-on defences, l'autre de^» l'autre ddà toutes assemblées, les vues gens viennent les \iis contre les autres, afin qu'il soit plus fort, et afin que si on les mettoit par vne part et ils oyent le bruit de toutes part de la

VENERIE PAR

genc si s'en iront par auti*e : mais quand ils seront tous mis i*vn d'vne part, l'autre de l'autre en venant les \ti& contre les autres, ils n'oseront aller que parmy les leuriers. Quand ils auront les bruits, lors doit aller le veneur, son limier et ses chiens à la charongne où auront mangé et les doit briser du limier hors de la charongne, iusques là ou ils entrent au fort, et lors doit il abatre le tiers de ses meilleurs chiens, et doit faire tenir bien longuement en son buisson aucunefois auant qu'il isse hors : Et doit le veneur cheuaucher ses chiens de près, huer et corner souuent, à fin que ses chiens le chassent mieux : car beaucoup de chiens doutent à chasser le loup, pource est bon qu'il les cheuauche de près et les enchausse et rebaudisse. Et doiuent estre mis les leuriers bien couuerts de feuilles de bois, ainsi que i'ay dit cj douant : et si le premier les laisse passer, elles le doiuent faire iusques à tant qu'il voye par derrière comme dit est. Et aussi les seconds et la tierce les doiuent passer et venir au costé de la quarte qui est la dernière, s'il a tant de leuriers doit estre ietté emmy le visage au douant de luy, et ainsi les deuront-Us prendre. On peut faire ses chiens tout pour le loup à leur apprendre a chasser les ieunes qui n'ont encore passé vn an, car ils les chassent plus volontiers et a mmns de doute qu'ils ne font vn \îeil loup. Et aussi on les prend plustost, car ils ne se sçauent pas si bien garder comme vn grand loup. Et aussi peut-on prendre les loups vifs à diuers engins, lesquels ie dira/ cy-apres quand temps en sera : et ceux peutH>n mettre en aucune part, et les faire chasser à ses chiens, et les faire tuer douant eux. Et quand le loup est mort il doit faire le droit aux chiens en telle manière. Premièrement il doit faire le loup bien fouler et bien tuer i ses chiens : après le doit fendre tout au long, et le vuider de tout tant qui est dedans et bien lauer, puis doit mettre dedans le ventre du Loup de la chair cuitte ou fromage, et doit auoir me ou deux brebis ou chieure, et faire découper et hacher dedans bien menu auec du pain : et doit illecques faire manger ses chiens. Aussi y doit-il enchamer ses leuriers plus que nulle autre beste plus volontiers que no feroit vn loup, pource faut-il qu'ils soient mieux enchamez. Et si par aduenture aucun loup s'en va par les défenses qui ne vienne aux leuriers , ia ne hisse pour cela d'y retourner le lendemain , car il le trouuera au mesme buisson : car quand la nuict est venui, il pense en l'effiroy qu'il a eu le iour douant, il veut aller voir la nuict que c'a esté : et que les autres loups ses compagnons sont deuenus, ne s'il y a plus de charongne. Et aussi est bien si malicieux, qu'il pense que le lendemain on y reuiendra chasser. Hais quand Q aura senty que les autres loups ont esté prins, et aura eu le vent des gens, il aura encore plus grand peur qu'A n'a eu le iour deuant Et lors à l'autre nuict vuidera-il le buisson, et n'y retournera de grand espace de temps pour y demeurer. Et si on luy enchamoit, il y pourroit bien manger. Mais il s'en ira demeurer bien loing. On peut cognoistre vn loup d'auec vne louue par les trasses : car le loup a plus gros talon, et plus gros doigt, phis gros ongles, et plus ronds pieds que n'ala louue, laquelle a les trasses plus esparpiUees et plus longues. La louue souuentesfois iette ses laisses parmy les voyes, et le loup l'vn des oostes du chemin.

Comme on doit ehaaer le Renard.

|VAKD le veneur voudra chasser le Renard, il doit quérir en fors buissons et [en fort pays de ronces ou de bruyères, et près des villages on hameaux, ou es grands fessez qui sont enuiron la bonne ville, qui sont forts de hayes et ^de ronces : car ils y demeurent volontiers pour le pourchas qu'ils ont des [gelines et des oyes, et des autres ordures qui sont es villes : aussi es vignes ^ quand sont couuertes de fueilles et les raisins y sont, ils demeurent volon* tiers en tout fort pays et conuert. Et s'il scait ou les terriers ou tanières des Renards soient.

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il les doit estouper le iour deuant qu'il les voudra chasser, et vaut mieux les estouper de nuict : mais qu'il fasse lune, que de iour. Qui ne s^it le iour la manière d'estouper, si prenne des fourcÛeures et menu bois, et les boute dedans les fosses, et puis mettre de la terre dessus et bien fort, afin qu*il n'y puisse entrer en aucune manière. Et si vous voulez qu'il n'approche ja les pertuis, prenez deux bastons et les mettez en croix sur chacun pertuis : et quand il ûendra pour entrer au pertuis et il verra blanchir ses bastons , il cuidera que ce soit aucun engin contre hiy, si n'y approchera iamais. Toutesfois pource que chiens et lévriers les chassent aucunesfois do si près qu'ils ne regardent cela, faut que les pertuis soient estoupez. Et si le Veneur ne sçait OQ les pertuis sont, si les fasse quérir deux ou trois iours deuant qu'il vueille chasser : et la noict deuant ou le matin bien matin qu'il voudra chasser, si les fasse estouper comme i'ay dit. Et comme aucunesfois on ne peut trouuer tous les terriers et tannieres de Renard, si Renard se venoit ^terrer en aucun lieu, le Veneur le peut prendre s'il veut ou vif ou mort : car s'il y a autres pertuis fors qu'vn , il peut mettre au dessous du vent bourses s'il y en a, ou sinon y mettre vn sac, et les autres pertuis estouper, fors qu'vn qui soit au dessous ^u vent, et par là, boute le feu, ou en drap, ou en parchemin, et dedans labource, du pimet, ou du souffre, et demiere, et serre bien derrière le pertuis que la fumée n'en puisse issir, et le Renard ne demourera gueres à se mettre dedans le sac ou la bourse , et ainsi se prendra vif. Si le Veneur le veut prendre mort, si estoupe tous les pertuis et boute le feu comme i'ay dit dedans, si le trouuera le lendemain mort à la bouche de l'vn des pertuis. Par tout lanuier, Feurier et Mars fait meilleur chasser les Renards qu'en autre temps, combien que tousiours les peut-on chasser, pource que le bois est plus clair : car la fueille en est cheuë : et on peut mieux voir chasser ses chiens, et aussi trouue-on plustost ses terriers et tannieres qu'on ne feroit quand le bois est couuert. Les peaux des Renards vallent beaucoup mieux lors qu'en autre temps : et aussi les chiens s'y affectent mieux et chassent plus de près : et quand il aura estoupé toutes les tannieres, il doit mettre ses lévriers au dessous du vent, et défenses enuiron le buisson, spécialement là où il y a foi*t pays : car il fuit volontiers le couuert. Puis doit laisser courre le tiers de ses chiens pour trouuer le Renard, et les autres doit fiiire tenir par les voyes du buisson : et quand il verra que chiens chasseront le Renard, il les pourra relaisser : car s'il laissoit aller tous les chiens , ils pourroien t accueillir autres bestes qu'ils auront chassées, pource il est bon qu'on ne laisse aller tous ses chiens : car assez est du tiers ou du quart au commencement : mais quand il sera trouué et il sçaura bien que c'est Renard, il rélaisse après tous ses chiens, il aura bonne chasse : car il tourne longuement en son pays auant qu'il en isse hors. Et quand le Renard est pris , il doit faire le droit qui appartient aux chiens , tout en la manière que i'ay dit du loup, et en doit faire curée, et donner et decoupper du pain aux chiens sur le cuir du Renard, et sera bien fait.

Comme on doU chasser et prendre le Blereau.

QVAND le Veneur voudra chasser le Rlereau , il doit quérir les terriers et tannieres oii ils demeurent, et doit quand la Lune sera claire, après la minuit tendre aux bouches des tannieres ses poches : puis le matin doit venir à tout ses chiens quérir les hayes et fort pays enuiron les tannieres : et dés qu'ils oïront l'effroy des chiens , ils se cuideront bouter dedans les terriers, et seront pris es poches, et si les chiens les attaignent entre^eux on en aura bonne chasse et bon déduit : car ils se font abbayer comme vn Sanglier.

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VENERIE PAR

De l'Ours et de sa nature.

; de deux conditions, les vns sont grands de leur nature, autres petits; ores qu'ils soient vieils, toutesfois leurs conditions sont toutes vues : mais les plus grands sont les plus forts, et ceux qui navrent aucunesfois les bestes priuees ï.^Aiî^ merueilleusement, sont forts par tout le corps, fors qu'en la testo qu'ils ont si foible, que s'ils y sont férus ils sont morts. lû vont en leur amour ^>^ j^è en Décembre, les vns plustost que les autres, selon ce qu'ils sont à requoy en ^^^ bonnes pa^tures, et durent en leur chaleur quinze iours. Et comme l'Ourse a -^^^-^^ conceu ùu se sent grosse, elle se met en vne caue de roche, et demeure dedans ' iusqiies a tant qu'elle ait faonné : et pource prend*on peu d'Ourses qui soient proings. Aussi les Ours masles demeurent dedans les caues quarante iours sans manger ne sans boire, fors qu'ils succent leurs mains. Et au quarantiesme iour issent hors, et si celuy iour fait beau, ils s'en retournent dedans leurs caues, iusques à autres quarante iours : car ils pensent qu'encore sera mal hyuer. Et dorment iusques à celuy iour qu*ils sortent de leurs caues. Us naissent en Uars, et le plus d'eux tous morts par l'espace d'vn iour : Leur mère les haleine si fort, et les eschauffe si bien, et lesche de la langue, qu'elle les fait reuenir. Leur poil est plus près du blanc que du noir, et allaictent bien vn mois leui^s petits et plus. La cause est, qu'ils ont mauuais ongles et malles dents, et sont fdonnesses bestes de leur nature, quand ils ne trouuent le laict de leur mère à leur guise, ou que l'Ourse se remue ou se meut, ils mordent et esgratignent les paupes de leur mère, et elle se courrouce et les blesse ou tue aucunefois. Et pource se garde elle quand ils sont vn peu forts, que ne les laisse plus allaicter, mais elle va manger tout ce qu'elle peut trouuer, et puis leur iette par la gorge deuant eux tout ce qu'elle a mangé. Et ainsi les nourrit iusqu'à tant qu'ils se peuuent pourchasser. Quand l'Ours fait sa besongne auec l'Ourse, ils sont en guise d'homme et de femme, et tous estendus Tvn sur l'autre. Us viuent d'herbes, de fruicts, de miel, de chair crue et cuitte, quand ils en peuuent auoir : de laict, de glan , de febues, et de fromis, de toutes autres vermines et charongnes, et montent sur les arbres pour quérir des fruicts. Et aucunesfois quand tout leur faut par grand hyuer et par grand famine, ils osent bien prendre et tuer vne vache ou vn bœuf. Toutesfois peu sont qui le fassent, mais pource aux brebis, cheures, et tel menu bestial mangent et prennent volontiers quand ils les tiennent à point, spécialement ceux qui sont de la grande forme durent en leur force dix ans. L'Ours peut viure vingt ans : car il dénient volontiers aueugle , et puis ne peut guérir sa veûe. Us vont trop loing quérir leur manger, estans si pesantes bestes. Et c'est afin qu'on ne les trouue : car ils ne demeurent ja près leurs viandiers : quand on les chasse ils suiuent l'homme, et ne luy courent pas sus, iusqu'à ce qu'il se sente blessé : mais quand il est blessé il les courent sus à tout tant qu'il voit deuant. D a merueilleux et forts bras dequoy il estraint aucunesfois vn homme ou vn chien si fort qu'il l'affolle ou tue : ses ongles ne font pas mal , tel que beste en puisse mourir, mais ils tiennent aux mains et meinent à leur bouche et dents, de cela font leurs merueillcuses armes : car ils font trop forte et trop malle morsure, tant que s'il tenoit vn homme par la teste il luy romproit iusques à la ceruelle, et le tueroit , et s'il tenoit les bras ou la iambe d'vn homme aux mains et aux dents, il les romproit tout outre : il n'est si forte haute espee, qu'aux mains, quand ils sont férus, ne la rompent. Il est si pesante beste que les chiens qui le veulent chasser le voyent tousioiu*s : car il ne court gueres plus fort qu'vn homme. Il ne se fait point abbayer ou trouuer, comme fait le Sanglier, ainrois s*enfuit de loing comme fait vn lièvre, iusques à tant que les

gens approchent, et ainsi qu'il Toit que les chiens le tiennent et luy commencent à faire grand mal, lors il se met en défense moult vaillamment. Aucuns se leuent sur les pieds de derrière, aussi bien que scauroit faire vn homme, et c'est signe de couardise et d*effroy. Mais s'ils sont sur les quatre pieds, ils tuent l'homme qui vient contr*eux. Adonc il semble qu'ib se veulent reuanger, et non pas fuir. Ils sentent de loing et ont bon vent, plus que nulle autre beste, fors que le Sanglier : car ils sentiront vne pasture de glan , s'ils sont en \ne forest : et quand ils sont lasetdesconfitsils se font prendre en aucune petite riuiere ou ruisseau. On les chasse aux allans et aux lévriers, et aux chiens courants, à l'arc, à l'espieu, aux lances et espees, et aux fossez et autres engins. Si deux hommes à pied auoient bons espieux et se veulent bien tenir bonne compagnie, tuent bien vn Ours : car sa nature est telle, que à chacun coup qu'on le fiert, il se veut reuanger de chacun , et quand l'vn le fiert il luy court sus : et quant l'autre le fiert , il laisse iceluy , et court a l'autre , et ainsi le peut on ferir chacun tant de fois comme il veut. Leur nature est de demourer es grandes montagnes, mais quand il neige fort, ils descendent pour la neige, et pource qu'ils ne trouuent que manger es plaines forests , ils iettent leurs laisses aucunesfois en torches, aucunesfois en plateaux comme ^ne vache, selon ce qu'ils auront mangé, raisins ou autres choses semblables qui sont molles. Ils iettent leurs laisses en plateaux, et s'ils ont mangé du glan, ou des febues, ou semblables choses dures, ils ietteront en torches. Les Ours peuuent engendrer en vn an, et lors se départent de leurs mères, ils vont ou le pas ou le cours, et puis trottent volontiers les voyes quand il va à son aise. 3Iais quand on le chasse, il fuit les forets et les couuerts. La sabon de l'Ours commence en May, et dure iusques à tant qu'il va aux Ourses : toutes ses saisons sont gras au dedans ou dehors : et plus dure sa saison que nulle autre beste qui soit. Et quand il est blessé et peut eschapper aux chasseurs, et estre hors d'eux, il s'ouure auec les mains sa playe, et attaint hors ses boyaux. Quand il rouient de son manger il va volontiers les chemins, c'est pour s'en aller demoui*er quand il se destoume des chemins, et s'il s'en va demourer, il ne fait point de ruses, il se baigne et souille comme \d Sanglier, et mange en guise de chien. Il a malle chair et mal sauoureuse, et mal saine i manger. Son sain porte médecine contre goûtes, et adoucissement de nerfs, meslé auec autres oignemens, les pieds sont merueilleux à manger, et meilleures que rien qu'il porte. Et deuez sçauoir qu'on appelle de toutes bestes mordantes le sain et mangeures quand ils vont manger, et de cerf et de toutes bestes rousses qui ne sont mordans, l'appelle suif, et quand ils vont manger on appelle viander.

Comme on doit chasser et prendre F Ours.

QYAND le Teneur voudra chasser l'Ours, la plus seure chose sera d'aller en queste auec son limier : car autrement à l'œil il trespasseroit trop de fois routes, et le chien assentira en trop de lieux qu'il ne pourroit ja voir. Et si n'a limier, il faut qu'il le quiere en taillant, comme i'ay dit du Dain, du Cheureuil, comme aussi de sa nature et de ses mangeures, il doit aller en queste selon le temps que les bleds et herbes sont. Et au temps des vignes, des glans, des feines, et d'autres mangeures que i*ay dit qu'il fait, si aille en queste à chacun selon sa saison : et le doit destourner et laisser courre tout ainsi comme vn Sanglier, et pour le chasser etplutost prendre, doit auoir meslez mastins auec les chiens courans : car ils le pincent et font courroucer tant qu'ils le mettent aux abbois , ou ils luy font suider le pays : Et s'il y a des allans , iette au bois, et ils luy feront vuider le pays, dedans le l:K)is ils ne laissent point partir d'vne place iusques à tant qu'on l'ait tué, et ainsi sei*a plutost prins : car il ne tue point les chiens comme fait vn Sanglier, mais les mord et estraint seulement.

V iij

VENERIE PAR

Du Loiifre, et de toute sa nature.

I OM*RE est assez commune beste, elle mange poissons, et demeure enuiron les I riuieres et estangs. Elle demeure dessous les racines des arbres près des riuieres. jElle mange comme yne autre beste fait les herbes seulement au Printemps» et va aux j poissons, comme dit est. Elle noué par dessus les riuieres, et par dessous quand il luy plaist, et pour ce ne luy peuuent eschapper nuls poissons que ne prenne, s*ils ne sont trop grands. Elle fait grand dommage es viuiers et estangs: car vne paire de Loutres sans plus, destruiront bien des pobsons en mï grand yiuier et estang, etpourceles chasse-on. Elles vont en leur amour au temps que font les Fuirons : chacun qui en tient en sa maison ou en son hostd le sçait. Et portent leurs cheaux comme le Furon , aucunesfois plus ou moins , et sont leurs cheuaux es fosses dessous les racines des arbres près des riuieres. On les chasse aux chiens par grand maistrise, ainsi que ie diray-cy après, et aussi le prend-ton es riuieres, à corddettes, comme on fait les Heures aux filets, aux chaussepieds, et autres engins : die a malle morsure et venimeuse : elle se défend bien de la force des chiens : et quand elle est prinse es cordes ou es filets , 86 on n'y est tantost, elle les rompt aux dents, et se deliure. D n*est besoin de faire mention d'icelle ne de sa nature : car sa chasse est ce que plus vaut, fors tant seulement qu'elle a les pieds comme ^ne oye : car elle a peau d'vn doigt à l'autre, et n'a nul talon, fors qu'dle a vne bocette dessous le pied, et appdle-on les marches du Loutre, ainsi comme on appdle le pied du Cerf, et les fumées, fiante ou esprainte, Loutre ne demeure guieres en vn lieu : car quand die y est, espouuente ou mange le poisson qui y est. Lors va elle aucunesfois vne lieuê en amont ou en aual, querant les poissons si elle n'est en estang.

Comment on doit prendre et chasser le LotUre.

YAND le Veneur voudra chasser Loutre, il doit auoir Limiers, et doit faire aller quatre vallets en queste , deux à mont l'eau , et les autres deux à val l'eau , les vns d'vne part de l'eau , et les autres de l'autre : et s'il y a Loutre au pays, les vns ou g| les autres en rencontreront : car Loutre ne peut tousiours demeurer en l'eau qu'il ^ ne saille dehors la nuict, et pour soy vuider et paistre de l'herbe, ce qu'il fait I aucunefois : et si son chien encontre il doit regarder s'il en pourra voir par le pied ou en sablon, ou en autre mol terrain près de l'eau, et doit regarder oii tient la teste, ou en allant à mont et aual. Et s'il ne peut voir par le pied il en deuroit veoir par les fiantes ou espraintes, et le doit poursuiuir de son Chien, ou le destoumer ainsi qu'on fiiict vn Cerf ou vn Sanglier, et s'il n'en peut trouuer tantost ou encontrer, il peut aller à vne lieuë courant à mont ou à val l'eau : car vn Loutre va bien quérir ses mangeures demie lieuë, et volontiers et phis communément à mont l'eau, pource que l'eau qui vient à val porte le vent des poissons qui sont au dessous où le nez au vent, pource que le vent luy apporte au nez l'assentiment des poissons qui sont au dessous du vent. Et si se doit faire l'assemblée pour le Loutre, ainsi comme pour le Cerf: car de toutes choses dequoy on va en queste se doit faire assemUee, et là doit faire chacun son rapport de ce qu'il aura trouué en sa queste, et quand aura veu et diuisé et desieusné ses chiens, celuy qui aura destoumé ou en aura encontre, U doit Caire laisser aller ses chiens ainsi comme deux traits d'arc, auant qu'il soit là oii il en aura encontre, afin que ses chiens se soient vuidez : et aussi quand les chiens portent des couples ils courent çà et là, si vaut mieux qu'ils ayent fait leurs folies auant qu'ils soient aux Loutres, et se ftôsoient vuider,

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que s'ib descouploient sus les routes et alloient folliant, et quand les chiens en assentironi, ils iront querant les riues de l'eau. Et le valet du limier et des autres doiuent tousiours quérir par les riues et racines près de Teau» iusques à tant que Tvn des chiens le trouue. Et doiuent estre deux ou trois valets a mont l'eau , ou le valet en aura encontre , et autant à val Teau sus les gens en lieu où il aura plus petite eau : et doit auoir chacun son baston fourché, et faire douant à leur guise. Et quand il verra venir douant la Loutre, qui viendra par dessous l'eau , il doit faire s'il peut, et sinon quand il aura passé ou en amont ou en à val, il doit courre par la riuiere iusques à vn autre lieu où il y ait basse eau, et le doit attendre, pour voir autresfois s'il pourra ferir. Et ainsi doit faire tant de fois iusques à tant que la fiere : car si les chiens sont bons pour la Loutre, viendront tousiours chassant après. Et pource qu'ils ne pourront assentir en l'eau, viendront tousiours chassant et querant après les riues dessous les racines, et ainsi ne pourra-il estre que les chiens ne le prennent, ou que les gens ne le fièrent. Et c'est très-belle chasse et bonne et bon déduit, quand les chiens sont bons, et les riuieres sont petites. Et si les riuieres sont grosses, ou c'est vn viuier ou vn estang, on doit auoir des filets qui attaignent d'vne nue a l'autre emplombez dessous, et non pas dessus, afin que le filet aille au fonds de l'eau. Et deux hommes doiuent tenir le bout à deux mains, vn de l'vne part de la nue, et l'autre de l'autre. Et quand la Loutre qui viendra dessus l'eau cuidera passer, il s'en viendra bouter au filet, et ils sentiront bransler le bout de la corde qu'ils tendront s'ils doiuent tirer leur filet. Et ainsi sera la Loutre prise plustost. Les chiens qui sont bons pour la Loutre, et on les met au Cerf, mais qu'ils ne soient trop vieux, sont merueilleusement bons.

Fin des chasses du Roy Fhébus.

Adjonctions à la Vénerie de lacques du Fouilloux.

Contenant pltMeurs traittez des Chasses du Loup^ du Canil^ du Ueure^ non encor par cy-deuant imprimex.

Auec plusieurs remèdes tres-vtiles et nécessaires pour la maladie des chiens.

De la chasse du Loup.

QVELLE BESTE EST LE LOVP, ET QVELLE

est sa nature.

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