CHAPITRE ri
|E buisson fait, se retirera le Teneur au lieu oii l'assemblée aura esté termee, et ^ chacun de ceux qui auront esté en queste auec les Limiers fera son rapport : puis \ ayant tous prins leur réfection du matin , le plus souuent le long d'vne baye ou ' buisson, l'on doit enuoyer les valets auec le\Tiers aux buttes, qui leur auront este monstrees et marquées par le seigneur, ou homme à ce cognoissant. Les Chiens courans seront départis par bandes, les vns seruiront pour la meute après que le Limier les aura lancez. Et là feutbien auoir le soingque ceste bande soit des meilleurs, mieux dressez, et plus vistes Chiens : lesquels, selon le nombre des Chiens, sera bon de changer à \-ne heure de là, ainsi que l'on pourra aduiser. Sur tout, faut que tousiours le valet des Chiens soit à pied, pour les accompagner de près, et les enhardir quand il sera besoing. Pour ce regard sera bon d'heure i autre luy bailler Chiens frais et de relais, et qu'il les relaye de prés : par ce moyen les premiers baillez reprendront leur haleine tout à leur aise. Yray est que pour les rendre plus hardis, faudra qu'il parle souuent à eux, et donne courage auec le son de sa trompe. Car il y a beaucoup de chiens, s'ib ne sont de race, qui n'osent entreprendre a courir les Loups, principalement les vieils Loups, d'autant que sont bestes plus furieuses que les ieunes. Si le bois est grand, et que l'm n*7 puisse aller à cheual, ie trouuerois bon qu'il y eust vn varlet pour accompagner les chiens et les tenir en queue le plus près qu'il pourroit. Aussi voudrois-je bien qu'il sonnast souuent de sa trompe, et qu'auec son forhu il ne cessa d'enhardir ses chiens. Vray est que les autres qui ne sont à la queue des chiens, ne doiuent sonner mot, par ce que tant de sonneurs de trompes souuentefois estourdissent les chiens, et leur font perdre tout crédit et moyen de bien chasser quand l'vn sonne deçà, l'autre de là. Si c'est vA vieil loup, et qui ne voye aucune chose qui luy nuise, ne faudra d'entreprendre le cours, ains si on le veut prendre à force, et que le temps de iour soit assez long, faut le rebouter, et remparer dedans le bois quand il s'olliira. Incontinent le loup après auoir cherché tous moyens de sortir, et trouuant tousiours gens tant à pied qu'à cheual, et tabourins qui luy feront teste, se sentira tant pressé, qu'il ne sçaura auoir autre Kcours, sinon de courir ca et là. Alors on doit continuer à luv bailler chiens frais et de relais, qui le courent à pleine veue; qui est vne des plus belles chasses qu'il est possible de voir. Cependant il se faut donner garde de ses ruses : car après qu'il n'en peut plus, ou il gaigne
DE LA CHASSE DV LOVP
dans une grande tanière de llereaux» là oîi il entre la queue deuant, et alors le faut enuironner de chiens pour le tenir aux abbais : ou bien il se sauue dans quelque fort hallier d'espines ou ronces : alors chacun y doit accourir pour là le prendre et saccager. Fen ay prins beaucoup à force, dont aucuns ont duré près de huit heures, les autres se sont en cela tellement entretenus, gardans leur force et haleine, que la nuict venoit, et nous les perdions par faute de iour. l'en ay chasse tel qui a dure dix heures, à raison qu*il alloit souuent boire et se rafraîchir en vne mare dedans le bois. C'est pourquoy on dit que l'homme de guerre doit auoir trois choses en luy, assaut de leurier, fuite de loup, et defence de sanglier. Car l'homme de guerre doit assaillir aussi hardiment que fait vn bon leurier, qui prend et assaut tout ce qu'on luy monstre : s'il luy est besoin de se retirer, faut qu'il garde l'haleine de lui ou de son cheual : et s'il est tellement pressé de combattre qu'il n'en puisse eschapper, faut s'acculer contre maison, haye, ou fossé, ou buisson, et là soustenir l'assaut, et cependant aduiser de grande hardiesse à tuer quelqu'un de ceux qui l'assaillent, et passer à trauers d'eux, par ce moyen plusieurs combattans se sont saunez. Au surplus, si on chasse en vn buisson, et qu'on ait failly, les loups le lendemain y reuiendront, et reinbuscheront au mesme buisson s'entrecherchans, mais le iour d'après ne les y faut chercher. Aussi si quelque Prince ou grand Seigneur vouloit courre à force de chiens courans, faudroit enuironner le buisson de leuriers, et se tenir à trente ou quarante pas loing du bob, à (in qu'incontinent que le loup mettra la teste hors, ils le rembarrent dedans. Car s'il a esté couru des leuriers, et qu'il en trouue quelqu'vn en teste en tous endroicts ou il s'offrira à sortir, il n'osera plus entreprendre la campagne. Et s'il adulent que le buisson soit si grand qu'on ne le puisse enceindre et enuironner de leuriers, faut l'enuironner de toille ou quelques grands halliers à maille carrée de bonne grosse ficelle haut d'vne brassée , pour seruir de défense seulement. Et ainsi le Prince auroit bien son plaisir de voir chasser les chiens.