‹ La vénerieChapitre 83 sur 138 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

[E Seigneur ou Gentil-homme qui veut auoir plaisir de chasser les loups, et in'a aucun limier qui soit bien dressé, bien a-il des chiens qui ayment à [chasser loups, les pourra dresser de ceste manière. Doit auoir gens, tant à : pied quà cheual pour aller de gi*and matin à l'entour des bois et buissons, ^esquels les loups ont accoustumé se retirer : oii faut penser qu'ils demeuref ront toute l'année sans s'escarter aucunement, moyennant qu'on ne leur face, par trop de tourment, s'ils ont esté nez et nourris ausdits buissons, et bois. Ceux qui iront pour les guetter et reuoir, auront tousiours l'œil soigneux sur les terres labourées, chemins, sentea et petites aduenues : à sçauoir en esté sur la poudre, et en hyuer sur les boues et fiinges : et s'il a pieu la nuict, fera beau en reuoir, pourueu que la pluye ait cessé vne ou deux heures auant le iour. Eux donc voians par les traces délaissées es terres, que les loups sont allez droit au bois pour se rembuscher moyennant que les pas et voyes ne soient par pluies ou poudre recouuertes, iuget*ont pour certain le loup ou loups estre rembuschez au dit bois : duquel ils ne bougeront aucunement, pourueu qu'ils n'ayent esté forhuez de quelqu'vn, ny suiuis de mastins ou autres chiens courans. Car si on les a veuz, et qu'aucuns aient hué et crié après eux, et mis leurs chiens et mastins après, et soient loups qui aient esté chassez, ne se faut attendre à les trouuer audit bois ou buisson, ains s'en iront à plus d'vne lieue de là : parce que le loup a bien ceste ruse et

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malice de nature, de sçauoir qu'il est rauissant, et pour ce regard hay d'vn chacun. Si donc les loups ne sont huez ne suiuis de mastins, on départira les leuriers pour aller au cours, et seront assis, comme nous dirons cy après. Puis on enuoyera les chiens courans chacun aux lieux ordonnez pour les relais : et le Veneur, auec quatre des meilleurs chiens qu'il ait, viendra au rembuschement. Et là fera assentir à ses chiens les branches par où le loup sera rembusché. Et voyant qu'ils ne demandent qu'à courir, on laschera et decouplera deux des plus seurs, qui ayment plus à courir le loup : et dés qu'il oyra l'vn desdits chiens abbayer, decouplera incontinent les deux autres sur les voyes, brossant à trauers du bois pour les enhardir et rebaudir, sonnant souuent et criant Harlou, harlou, harlou. Puis les ayant lancez, Iny seront baillés les relds ainsi qu'on les aura ordonnez et de près : car si on relaye chiens de loing et non de prez, pourront aller au change , et rompre la chasse. Et auant que finir ce propos et passer plus outre , ne m'a semblé hors de rabon de descriré en ceste part la forme et manière comme l'on pourra cognoistre les yoyes du loup et de la louue, et les discerner d'auec celles du chien. Si l'on voit en terre labourée, sable, ou fange, ou poudre, des pas ou voyes de loups, et on est en doute si elles sont d'vn mastin : laut considérer la façon de Temprainte du pied, car le loup a le talon l&rge et gros, faisant trois fossettes en terre sous le talon. H a les ongles gros et courts, et les deux doigts des pieds de deuant tousiours serrez, ce qu'vn chien n'a pas. La louue les a de mesme fa^n , osté qu'elle a le pied plus long et plus estroit que le loup.

n y a aussi autre cognoissance par les bisses qu'ils font à l'entrée ou issue des bois et buissons, car le loup bit ses laisses dures à costé d'un chemin ou sente, en quelque carrefour, et sus quelques ronces ou buissons, la louue au contraire, rend ses bisses au milieu du chemin, fort molles et en plateau. On peut aussi iuger des loups à les ouyr le soir hurler : car la louue hurle plus clair que le loup, aussi font les ieunes loups de Tannée : mais le vieil loup hurle fort gros et menu. Outre ceb, le Teneur pourra facilement iuger qu'\'n leurier ou grand mastin n'auroit pas esté b nuict ou le matin au bois.

Au surplus pour dresser chiens courans à courir loups , faut aduiser, comme i'ay dit cy-deuant , ou poiurra estre la retraicte des ieunes loups au mois de luiUet ou d'Aoust; pour leur en faire courir vn ou deux que l'on aura pris tout exprez, afin qu'ils puissent saouler et en iouyr à leur aise, llesme pour leur donner hardiesse et exciter dauantage à la chasse, sera bon les mignarder et festoyer de plusieurs petites friandises que le valet aura portées en sa grande gibecière tout à propos, et après que l'on aura cogneu lesquels d'entr'eux auront le meilleur vouloir, et seront les plus adextres et prompts à chasser, on les dressera pour seruir de limier, ains bien souuent on lancera deuant eux quelques loups, et les fera Ton chasser en route, n'oubliant cependant à les tousiours mignarder et festoyer de plusieurs petites friandises, mesme afin de les enhardir et ayder à prendre b proye, souuenlesfois se retirer des voyes, pour aller prendre les deuants : et s'il en rabat quelqu'un, le bien festoyer et frapper a route : puis après le retirer, et bien caresser. Yray est que sur tout faut prendre seing que l'on ait des chiens de race qui courent loup, d'autant qu'il y a chiens de toutes sortes. Les vus sont chiens de garde pour abbayer aux larrons, quels sont les mastins : les autres sont alluns, comme en Espagne pour destoumer et poursuiure labeste qui se présente quelquefois par les champs : autres à gros poils pour aller à l'eau , appeliez barbets , qui portent le traict et chassent au gibier des fleuues et eslangs. Autres sont espagneux pour leuer et trouuer les Perdrix, et les Cailles, appeliez chiens couchans. Autres chiens pour aller dans terre combatre les Renards et Blereaux. Autres sont appeliez Dogues pour assaillir, mordre et retenir Sangliers, Ours ou Loups. Auti-es sont nommez leuriers, qui sont vistes et hardis à prendre ce qu'on leur monstre, quelque beste que ce soit, et portent grand amour à leurs maistres, combattant quelquefois pour eux, et se laissant mourir pour l'absence de leursdits maistres morts, ou bien estans allez en quelque voyage. Et doit l'on

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bien faire cas de leuriers qui prennent vn grand Sanglier, fier et orgueilleux, ou bien vn grand loup, qui est vne bes!e fort cruelle, encore que les leuriers soient beaucoup moindres que les limiers. Chacun scait et a veu que mes Leuriers ne sont de ces grands que Ton voit à la Cour, en Bretagne: toutesfois ils prennent bien les loups, qui sont le plus souuent trop plus grands qu'eux : mais la race et accoustumance y sèment beaucoup. De quelque grand Leurier de Bretaigne et d*vne belle leuriere à Heure, on pourra tirer de beaux leuriers pour loups.

COMME ON DOIT PRENDRE LOVPS aiêee Leuriers.

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